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samedi 2 avril 2016

Au Sahara Occidental, 40 ans de fractures familiales pour des "oubliés du monde"



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Quarante ans de conflit au Sahara Occidental ont brisé des milliers de familles sahraouies comme celle d'Abdelahi Reguibi, qui vit près de Tindouf dans un camp de réfugiés où le seul horizon semble être les sables du désert.

C'est lors d'une récente visite à ces "oubliés du monde" que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a provoqué l'ire du Maroc en parlant d'"occupation" du Sahara occidental, ex-colonie espagnole annexée par Rabat en 1975. M. Ban a ensuite évoqué des "malentendus".
La passe d'armes reflète le blocage sur la question sahraouie depuis la fin en 1991 de la guerre entre le Front Polisario, soutenu par l'Algérie, et le Maroc. Les indépendantistes réclament l'autodétermination, le Maroc propose une large autonomie et une mission de l'ONU est déployée depuis près de 25 ans.

 Cette impasse pèse sur des milliers de familles sahraouies toujours séparées par des centaines de kilomètres, de chaque côté d'un "mur de défense" en sable construit par le Maroc dans les années 1980. Même si ces dernières années des retrouvailles ont pu avoir lieu et si les nouvelles technologies leur permettent de communiquer.
C'était en 1978, en pleine guerre, deux ans après le retrait du dernier soldat espagnol de ce vaste territoire désertique peuplé de plus d'un demi-million d'habitants mais riche en phosphates et aux côtes poissonneuses.

Une mère sahraouies et ses deux enfants vont faire des courses dans le camp de réfugiés de Smara près de près de Tindouf en Algérie, le 25 février 2016
Une mère sahraouies et ses deux enfants vont faire des courses dans le camp de réfugiés de Smara près de près de Tindouf en Algérie, le 25 février 2016 
Jusqu’à l'âge de dix ans Abdelahi Reguibi a cru que sa tante était sa mère.
"Ma mère était partie au marché le jour où nous nous sommes sauvés", raconte à l'AFP ce journaliste de bientôt 40 ans, qui dirige la rédaction de Radio Smara. "D’après ce qu’on m’a raconté, les gens se sont enfuis sous les bombes, pieds nus. Nous sommes arrivés au camp de réfugiés et on ne l'a plus quitté".
Ses trois enfants et son épouse sont nés dans le camp de Smara. Comme les autres camps érigés près de Tindouf, à 1.800 km au sud-ouest d'Alger, il porte symboliquement le nom d'une grande ville sahraouie.
Les réfugiés, de 100.000 à 200.000 selon les sources, en l’absence de recensement officiel, vivent principalement d'aide internationale.

'Mère, père et frère'

Les deux parties de la famille de M. Reguibi sont longtemps restées dans l'ignorance l'une de l'autre: "Ceux qui avaient fui pensaient que ceux qui étaient restés derrière étaient emprisonnés ou morts et ceux qui sont restés sous l’occupation pensaient la même chose de ceux qui s'étaient sauvés".
L'arrivée du le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon au camp de réfugiés de Smara près de près de Tindouf en Algérie, le 25 février 2016
L'arrivée du le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon au camp de réfugiés de Smara près de près de Tindouf en Algérie, le 25 février 2016
"Comme j’étais jeune, je n’ai pas vraiment ressenti (cette absence), j’ai toujours pensé et je pense toujours que le Polisario représente la mère, le père et le frère", avance M. Reguibi.
En 2011, des retrouvailles familiales "très émouvantes" ont pu avoir lieu grâce au Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. "Mais nous avons dû aller à l’hôpital dès notre arrivée pour voir ma mère qui ne dormait plus depuis une semaine", explique Reguibi. "Nous étions heureux malgré les difficultés".
Mohammed Cheikh Kentaoui n'a pas eu la chance de revoir sa mère. Devant un thé, il feuillette un album de famille et raconte sa vie de réfugié.
Il n'avait pas 20 ans quand le Maroc a annexé le Sahara occidental. Il a alors choisi de fuir, avec un treillis et des chaussures militaires car il voulait combattre l'armée marocaine. Mais le Polisario fera de lui un enseignant.
En 1996, il est à Alger quand il apprend le décès de sa mère en contactant un proche aux Canaries, au large du Sahara occidental.
Mais en 2008, il parvient enfin à revoir des proches restés de l'autre côté. "Ils nous ont accueillis avec une grande fête qui a duré cinq jours. Ce n’était pas long mais au moins, on a pu voir la famille", assure ce père de trois filles, devenu comptable.
Khadija Metkhatri avait elle pu retrouver une partie des siens quatre ans plus tôt. Son père était mort de vieillesse, un de ses frères à la guerre.
"Quand je suis partie, mes frères allaient encore à l’école", confie-t-elle. "A mon retour, j’ai trouvé des hommes que je reconnaissais à peine. J'en pleurais de joie".
Mais cette sexagénaire évacue vite la nostalgie au profit d'un discours militant. "Je ne peux pas rester avec eux, j’ai fait la promesse au Polisario de militer dans ses rangs jusqu'à l'indépendance et je ne le trahirai pas".
Crédits photos : © AFP Farouk Batiche 

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