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mardi 26 avril 2016

Je suis détenu politique



L'Humanité, 22/4/2016

Par Naâma Asfari Militant sahraoui détenu à Salé (Maroc), condamné à trente ans de prison
Je suis un détenu politique. Je, on ne fait pas de la politique, on lutte contre une certaine politique. On ne lutte pas contre la politique, mais contre certaines politiques et certaines manières de faire de la politique. Quel genre de politique mène le régime marocain contre nous ? Quelle politique conduit l’ONU pour assurer et maintenir une paix juste dans le monde ? Et les cinq membres du Conseil de sécurité ? Une politique qui n’a pas d’éthique est le contraire de la politique. Mais la politique n’est pas non plus la morale. Je ne suis qu’un homme simple. La politique m’a privé de toutes les petites choses qui m’auraient permis de vivre une vie comme n’importe quel homme dans le monde.
Enfant, l’atrocité de la politique m’a privé de la tendresse d’un père et d’une mère. Jeune, j’ai été privé des droits dont devraient bénéficier tous les jeunes du monde. Tous les droits et libertés n’existent pas sans le droit de mon peuple : droit à l’autodétermination. 
Aujourd’hui j’ai 46 ans, j’ai été condamné à trente ans de prison, avec vingt-trois compagnons condamnés pour certains à la perpétuité. Ces condamnations sont illégales, injustes et iniques. Tout le monde le reconnaît, l’État marocain le premier, qui a abrogé le tribunal militaire au lendemain même de nos condamnations. Les médias, les intellectuels dans tout le monde, que font-ils ? Je ne suis pas un terroriste, nous ne sommes pas des terroristes. Nous sommes des militants, nous luttons pacifiquement pour l’autodétermination de notre peuple. Je crois à votre conception de la justice. J’ai étudié le droit à l’université de Nanterre. J’ai commencé mes études de droit au Maroc, pays que j’aime de tout mon cœur. J’ai du respect pour le Maroc et le peuple marocain. Je rêve comme toute la jeunesse du Maghreb à un avenir de paix. La France, grande puissance, doit faire se rapprocher les peuples du Maghreb sur les valeurs de l’ONU.
Le printemps arabe a commencé au Sahara occidental à Gdeim Izik, début octobre 2010. Nos revendications, celles des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants qui se sont rassemblés sous les tentes dans le désert portaient sur le respect du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Feu Hassan II l’avait accepté et s’y était engagé. Sous l’égide de l’ONU, le Maroc a signé avec notre seul, unique et légitime représentant, le Polisario, un accord pour le référendum d’autodétermination.
 Ses héritiers ont nié ces engagements. La France doit avec l’Espagne faciliter les rapprochements au lieu de les compliquer. La question des droits de l’homme devrait être la priorité. J’ai été très choqué lorsque j’ai appris que le représentant de la France au Conseil de sécurité menaçait d’utiliser le veto contre la proposition de la représentante des États-Unis pour élargir la mission de la Minurso à la question des droits de l’homme. Il y a des moyens et instruments pour contraindre le Maroc à respecter la légalité internationale. 
Le 7 mars 2016 le Maroc a expulsé une délégation internationale du collectif des avocats et juristes. Qui proteste ? Le Conseil de sécurité doit débattre de la question du Sahara occidental. La France doit demander au Maroc un peu de sagesse, de réalisme, de logique. 
Le Maroc viole toutes les règles du droit, alors que c’est avec ces règles qu’on doit prévenir toute menace contre la paix et la sécurité. Le Maroc avec sa politique est devenu un État voyou. Les négociations sont le seul chemin pour une issue juste acceptable pour tous. Mais il y a une condition : le respect du choix du peuple sahraoui qui a construit depuis quarante ans son identité nationale. Je représente une génération qui rêve de mourir en paix avec le Maroc. Ma liberté n’a pas de valeur sans la libération de tous : Marocains, Mauritaniens, Algériens, Tunisiens, Libyens, Français, Espagnols, ONU… Que tout le monde prenne ses responsabilités. Voilà, je ne fais pas de la politique. Je suis militant pour la justice. Une justice réelle dans tout le monde.

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