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samedi 23 avril 2016

«Le soutien de la France au Maroc est devenu une partie du problème»


Par Oubbi Bouchraya. Représentant du Front Polisario en France

- Quel message avez-vous transmis aux participants à la conférence internationale sur le conflit du Sahara occidental qui s’est tenue à Paris le 19 avril à l’initiative du groupe d’amitié France-Algérie et de l’association des Amis de la RASD ?

Mon message est lié à la conjoncture actuelle qui est marquée par une crise sans précédent entre le Maroc et les Nations unies. Non satisfait de priver, durant des décennies, le peuple sahraoui de son droit légitime et inaliénable à l’autodétermination, ce pays est maintenant entré en confrontation directe avec le secrétaire général de l’ONU. Ban Ki-moon a été insulté et diffamé. C’est un précédent grave. Ce qui s’est produit doit interpeller tout le monde, car cela dépasse maintenant les contours du conflit du Sahara occidental.
C’est tout le système des Nations unies qui est remis en cause. Aussi, je lance un message pressant à la France. 


 Nous pensons que le rôle naturel de la France est de veiller à ce que le conflit du Sahara occidental connaisse un règlement pacifique, conforme à la légalité internationale. Il s’agit également pour la France de ne plus prendre parti en faveur du Maroc. Cette position est devenue la source du problème, car elle nourrit de façon démesurée l’intransigeance et l’arrogance du Maroc.

- Vous pensez que la France a une responsabilité dans le drame que vivent les Sahraouis ?
Le Maroc est entré en confrontation avec l’ONU, la Suède, l’Union européenne et l’Union africaine. Bref, il est confrontation avec tout le monde ou presque. Parallèlement, il ne semble craindre aucune réaction du Conseil de sécurité. Je crois qu’il est légitime de notre part de soupçonner que la France, membre permanent du Conseil de sécurité, a une responsabilité dans ce que nous vivons.
Il est dans l’intérêt de la France de commencer à prendre sa place dans la dynamique de la solution et de ne pas se cantonner, comme c’est le cas actuellement, dans cette position foncièrement pro-marocaine qui fait qu’elle est devenue une partie du problème. La France est un grand pays qui a une responsabilité dans la préservation de la paix internationale et donc de la paix régionale.

- Vous pensez donc que la paix régionale est maintenant menacée ?
Le risque d’une reprise des hostilités était déjà présent avant. A présent, je crois que cela est devenu imminent. On décide de manière unilatérale d’expulser la composante civile de la Minurso. Le prochain acte pourrait consister à déclarer que le cessez-le-feu n’est plus en vigueur, qui sait ? Je le répète, il n’est pas dans l’intérêt de la France qu’il y ait une guerre ou une confrontation armée dans une région aussi sensible que l’Afrique du Nord.
Au lieu d’exposer la région à tous types de périls, les efforts devraient plutôt se concentrer dans la recherche d’une solution conforme à la légalité internationale. Il y a eu un accord entre les deux parties en conflit sous les auspices de l’Onu et de l’Union africaine. Il s’agit juste de permettre aux Sahraouis de s’autodéterminer. Continuer à soutenir le Maroc équivaudrait à nourrir encore son agressivité. Ce pays est devenu une bombe à retardement qui peut exploser à n’importe quel moment. Si cela venait à se produire, il y a lieu de s’attendre ce que tout le monde soit touché, y compris l’Europe.
- Soupçonnez-vous une tentation du Maroc de laisser la situation dégénérer ?
Avant, le Maroc pariait sur le temps pour venir à bout de la patience du peuple sahraoui, de son représentant légitime, le Front Polisario, et de la communauté internationale. La stratégie de ce pays a consisté à fatiguer tout le monde… Le Maroc a maintenant changé d’attitude. Cela a commencé à partir de 2013 après, notamment, la dynamique générée par la mobilisation de l’Union africaine en faveur des droits du peuple sahraoui.
Il y a eu aussi cet important arrêt de la Cour européenne de justice (CEJ) et l’amorce par les pays scandinaves d’un processus de reconnaissance de la RASD. Je peux vous citer de nombreuses autres avancées. Cette dynamique favorable à la cause sahraouie a provoqué la panique au Maroc. Celui-ci s’emploie donc aujourd’hui à inverser cette tendance. C’est dans cette logique que s’inscrivent les confrontations que j’ai évoquées plus haut.
Le Maroc a compris qu’il n’était pas dans son intérêt de laisser cette dynamique se poursuivre. Il n’est pas non plus dans son intérêt de laisser les Sahraouis laisser suivre à l’ONU le même chemin que celui emprunté par les Palestiniens. Sachant tout cela, il ne faut donc pas tomber dans le piège du Maroc. La tension actuelle est destinée à faire monter la barre très haut. Pourquoi ? Pour que le rétablissement de la composante civile de la Minurso apparaisse, par exemple, comme une grande concession de faite aux Sahraouis. Ce qui est assurément très loin d’être le cas.
- Une première réaction concernant le rapport sur le conflit du Sahara occidental que le secrétaire général de l’ONU vient de présenter au Conseil de sécurité...
Il est très décevant. Il ne contient même pas une description des derniers développements. J’y décèle l’empreinte des grandes puissances et de la machine bureaucratique de l’ONU. Nous avons l’impression que c’est un rapport qui a été rédigé dans l’esprit de 2014 ou 2015. C’est frustrant et dangereux. C’est tout ce que je peux dire pour le moment.
Zine Cherfaoui

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