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samedi 7 mai 2016

Prisons Belgique : Certains détenus préfèrent les cancrelats de Forest à la froideur de Leuze

Annick Hovine, 3/5/2016

Des rats qui courent dans les couloirs; des détenus entassés par trois dans 9 m²; des cellules sans eau courante… Dans la prison bruxelloise de Forest, qui tombe en ruine, le quotidien, déjà innommable, est encore aggravé pendant les mouvements de grève des agents pénitentiaires. Plus d’accès aux douches, plus de préau, plus de visites…
Dans les nouvelles prisons (Leuze-en-Hainaut, Beveren et Marche-en-Famenne), les détenus disposent d’une douche et d’un accès au téléphone dans une cellule qu’ils n’ont pas à partager avec d’autres (il y a quelques duos). Il n’y a pas de raisons de se plaindre des conditions "matérielles" de leur détention.


Mais il y en a d’autres. Plusieurs détenus de Leuze sont des "anciens" de Forest ou de Saint-Gilles. Certains en arrivent à regretter leur taule-taudis bruxelloise. "Je les ai entendus dire : ‘On préfère les cancrelats à la froideur’ " , témoigne Dominique Anne Falys. Depuis un an et demi, elle est membre de la commission de surveillance de la prison de Leuze. Cet organe est l’œil de la société civile derrière les barreaux.

Que du métal, du verre et du béton
Ouverte en août 2014, cette prison est la troisième réalisation (après Marche et Beveren) du Masterplan visant à moderniser le parc carcéral belge. Habitant Leuze, Dominique Anne Falys s’y rend quasi toutes les semaines. Architecte et urbaniste de formation, elle jette un regard forcément particulier sur cet établissement carcéral flambant neuf : "Il n’y a que du métal, du verre et du béton : ça ne peut pas marcher sur le plan humain ! Il n’y a pas un morceau de bois, pas un brin d’herbe sur le terrain de sport, mais un revêtement vert facile à nettoyer. Le rapport au naturel n’existe pas. Cela ne favorise pas la réinsertion."
Dans les cellules, très fonctionnelles, il y a un lit, un bureau et une armoire-étagère, fixés au mur. C’est là que Mme Falys rencontre les détenus qui la sollicitent. "C’est l’occasion de les voir dans leur univers, dans leur vraie vie." Mais dans ces nouvelles prisons, conçues selon un partenariat public-privé (PPP), pas question de coller une photo sur le mur. "La moindre dégradation leur est facturée. Il y a un tableau d’affichage fixé près de la porte. Le seul endroit autorisé. L’étagère leur sert d’autel des Mânes : ils disposent une petite nappe, des photos et quelques objets personnels mis en scène."
 
Des échanges de plus en plus virtuels
A Leuze, prison high-tech, il y a dans chaque cellule un ordinateur pour accéder à "Prison Cloud", une plateforme numérique ultrasécurisée qui permet de téléphoner, de louer des films, de commander des articles à la cantine, d’envoyer des billets de rapport, de prendre rendez-vous avec la direction…
Le rêve ? On en est loin. "Prison Cloud supprime une part importante des relations humaines" , constate amèrement Mme Falys. Dans les prisons classiques, pour obtenir quelque chose, les détenus doivent écrire un billet de rapport et le donner à un gardien. "Il y a un vrai contact avec quelqu’un. Ici, ils tapent un message, comme un e-mail, et reçoivent une réponse. Ils peuvent passer leur journée à écrire ! Les réponses sont très formelles. Genre : oui, non… A peine le temps d’une formule de politesse."
Les agents pénitentiaires chefs de section sont assaillis de messages et de récriminations (la douche ne coule pas bien; la télé est en panne; X. a eu un travail avant moi alors que j’avais demandé le premier… "C’est devenu un mode de fonctionnement : il y a dix fois plus de demandes qu’avant. Et si la réponse ne vient pas assez vite, le ton devient vite plus sec, plus agressif."
On ne parle plus au gardien, on lui envoie un message. "Dans un environnement où c’est déjà difficile d’avoir des relations humaines égalitaires, cela exacerbe les tensions , observe-t-elle . Prison Cloud était censé faire gagner du temps au personnel mais cela aboutit à une déshumanisation. Le paradoxe, c’est que quand il n’y a pas de mouvement particulier, les gardiens semblent désœuvrés : ils attendent qu’il se passe quelque chose…" C’est très rare de voir une cellule ouverte où un agent discute avec un détenu.

Pas évident de prendre du recul
L’investissement consacré par l’Etat à la formation des agents est dérisoire, ajoute Mme Falys. "Ce n’est pas en trois mois qu’on apprend à faire face à cet univers qui est tout de même très particulier. Il faudrait aussi que ces agents puissent débattre de leur expérience : des problèmes de violence, ne fût-ce que de la crainte de cette violence, et de l’agressivité, qui est réelle. Ce n’est pas évident pour eux de prendre du recul."
Les agents pénitentiaires ne sont pas rémunérés cher et vilain. "Ils ont conscience de leur propre fragilité sociale et ils se trouvent face à des détenus qui sont logés, nourris, blanchis, qui ne doivent se soucier que d’eux-mêmes, de leur réinsertion et qui se plaignent ." On peut comprendre que des agents réagissent parfois de manière agressive ou exaspérée, ajoute-t-elle.

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