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samedi 18 juin 2016

– Farida Aarrass se bat pour la libération de son frère Ali.




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Farida Aarrass se bat depuis plus de six ans pour la libération de son frère Ali arrêté en Espagne et extradé au Maroc. Citoyen belgo-marocain, il purge une peine de 12 ans à la prison de Salé, accusé de terrorisme. Afin de mieux comprendre cette affaire, Farida a accepté de répondre à quelques questions sur ce combat qu’elle mène pour la liberté de son frère.

– Farida Arrass, bonjour. Tout d’abord, dans quelles conditions avez-vous appris l’arrestation et l’extradition de votre frère ?
J’ai appris son arrestation à distance, deux semaines après qu’elle n’ait eu lieu. J’étais en Belgique, lui a été arrêté en Espagne. J’étais surprise, choquée, outrée par une telle injustice à l’égard d’un homme aussi bon, aussi juste. Il vivait les meilleurs moments de sa vie, puisqu’il avait une petite fille de deux ans qui était devenue sa raison de vivre. Concernant son extradition, je l’ai apprise deux jours après qu’elle n’ait eu lieu, via les médias espagnols. Ni la famille, ni les avocats n’avaient été informés de cet horrible acte inoubliable, si douloureux. Alors que nous avions été rassurés d’une certaine manière par la demande du Haut Commissariat de l’ONU qui demandait à l’Espagne de suspendre l’extradition. L’Espagne a procédé à l’extradition de manière totalement illégale. D’autant plus qu’après plus de deux ans d’enquête menée par le juge bien connu Baltasar Garzon, il avait été prononcé un non-lieu, car il n’y avait aucun élément à charge contre mon frère qui permettait d’organiser un procès. 


A la suite de son extradition, il s’est passé plus de cinq mois avant que je n’entende la voix de mon frère au téléphone. Ça a été le moment le plus triste et le plus heureux à la fois. Nous pleurions tous les deux. Je criais, j’étais choquée et tellement émue à la fois. Il ne cessait de dire : « ce ne sont pas des créatures humaines, non ils ne le sont pas ! ». Il le disait encore et encore et me paraissait énormément traumatisé. J’ai pu le revoir pour la première fois le 5 mars 2012, date à laquelle avait lieu la première audience de son procès en appel. Je n’avais jamais autant pleuré de ma vie… Voir Ali dans le box des accusés ! C’était pour moi la preuve que plus rien ne tournait rond dans ce monde.
– Sur quelles preuves s’est-on basé pour ces accusations de terrorisme ?
Avec les lois anti-terroristes, les procédures se déroulent à l’envers. On vous soupçonne, on vous arrête, on mène ensuite une enquête parce qu’il y a absence de preuves et dans le cas d’Ali, après l’avoir extradé au Maroc, torturé et lui avoir fait signé des charges notées sur des documents durant la torture, ils ont eu ce qu’il fallait pour le condamner.
– Votre frère est citoyen belge, quelle aide reçoit-il de la part de la Belgique ?
Ali est un citoyen belge mais d’origine marocaine. Ici en Belgique on nous appelle les binationaux, les Belgo-Marocains. Il y a même fait son service militaire et son casier judiciaire est totalement vierge. Rien ne lui a jamais été reproché. Il a travaillé durant 28 ans en Belqique en tant qu’indépendant et Dieu sait si les indépendants paient des taxes lourdes ici. Jamais, je dis bien jamais, la Belgique n’a rien fait pour Ali. Ils m’ont toujours refusé leur aide pour quoi que ce soit. Cela depuis le début, toujours se servant de faux arguments.
– Les témoignages d’Ali font état de tortures dans les prisons marocaines, que fait justement la Belgique par rapport à cela ?
Les témoignages d’Ali sur la torture qu’il a subie ont été confirmés par le rapporteur de l’ONU sur la torture et mauvais traitements, Juan Mendez. Il lui a rendu visite accompagné d’un médecin légiste indépendant et a rendu le rapport établi public après qu’il ait constaté que le Maroc n’avait aucune intention de libérer Ali. Non seulement les séquelles physiques encore visibles à l’époque laissaient entendre qu’elles correspondaient aux allégations de torture, mais en plus les phases, postures et techniques de torture racontées par Ali étaient identiques à celles d’autres détenus qui se trouvaient dans d’autres prisons au Maroc. Juan Mendez leur avait aussi rendu visite. Malgré cela, la Belgique s’en lave les mains et le ministre des Affaires Etrangères semble toujours douter qu’il y ait eu torture. Nous avons pourtant une vidéo d’Ali couvert d’hématomes.
– Quels sont les gens qui vous entourent et/ou les structures ?
Je suis accompagnée depuis la seconde année de détention d’Ali de Luk Vervaet qui est un pilier dans la création du Comité Free Ali en Belgique. Nous avons bien sûr aussi nos avocats. Le Comité Free Ali est formé d’une trentaine de personnes, mais aussi de centaines de sympathisants. Amnesty International nous accompagne également. A Londres il y a « The friends of Ali Aarrass » et en Espagne « Une plateforme de soutien à Ali Aarrass ».
– Aujourd’hui quelles sont les actions que vous menez pour permettre sa libération ?
Autant d’actions que possible, plusieurs sont citoyennes, d’autres juridiques, d’autres militantes… Des livres sont en voie de publication. Toutes les actions sont présentées sur notre site www.freeali.eu.
– Vous êtes d’origine marocaine, vous menez un combat qui est contre votre pays d’origine finalement, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je suis d’origine marocaine par mes parents et je n’ai jamais vécu au Maroc. J’ai découvert le pays malheureusement dans les terribles circonstances qui touchent mon cher frère. Je trouve cela dommage car j’aurais aimé le découvrir autrement et pouvoir y voir autre chose que toute cette douleur. Cela m’inspire de la déception, de la tristesse…
Nous terminerons cette interview en vous indiquant qu’une BD pour raconter l’histoire de Ali est en cours et devrait sortir en septembre prochain. C’est Manu Scordia qui usera de son crayon. « Je me suis rendu compte de la complexité de cette histoire et l’idée de la raconter en quelques planches s’est transformée en un projet plus ambitieux de faire une bande dessinée entière qui raconte le parcours d’Ali Aarrass, cet homme victime d’une si monstrueuse injustice » , dit Manu Scordia. « L’étiquette « terroriste » suffit à justifier toutes les atteintes aux droits. D’ailleurs, Didier Reynders peut tranquillement utiliser ce prétexte pour justifier son inaction dans l’affaire Ali Aarrass: « attention, c’est quand même un dossier qui concerne le terrorisme… » sans préciser évidemment qu’il n’y a rien contre lui », ne manque pas d’ajouter le dessinateur.

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