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mardi 7 juin 2016

L’homme s’en est allé, la lutte continue


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Le président sahraoui Mohamed Abdelaziz inhumé hier

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Amnay Idir, El Watan, 5/6/2016

 
 La dépouille du défunt est accueillie par des milliers de réfugiés sahraouis pour un ultime hommage
La dépouille du défunt est accueillie

Décédé mardi dernier «des suites d’une longue maladie», Mohamed Abdelaziz, comme tous ces hommes qui luttent pour l’indépendance de leurs pays et les militants des causes justes, a vu son parcours se confondre avec le long combat de son peuple pour la liberté.

Aux côtés de Mustapha Sayed Al Ouali, il participe à la création du Front Polisario en mai 1973 et en devient un des principaux chefs militaires. Avec Brahim Ghali, il organise les premiers raids contre les garnisons espagnoles. A la tête du Polisario depuis 1976, il prône la lutte armée contre l’occupant marocain. Aux débuts des années 1990, le Front Polisario opte pour un règlement politique de la question sahraouie.
Néanmoins, les tergiversations des membres du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) et le rejet par Rabat de toute solution favorable à l’autodétermination du peuple sahraoui a fait resurgir l’éventualité du recours à la lutte armée pour obtenir l’indépendance. Ainsi, le 14 avril dernier, le président Mohamed Abdelaziz a prévenu l’ONU d’un risque de reprise des hostilités avec le Maroc si la Mission des Nations unies (Minurso) se retrouve dans l’incapacité à assumer pleinement son mandat.
Si le Conseil de sécurité n’exerce pas «une pression réelle et directe» sur le Maroc en permettant à la Minurso de reprendre son travail et son mandat pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination, ce sera «un feu vert à une agression militaire» du Maroc contre les Sahraouis, a indiqué Mohamed Abdelaziz dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Et de poursuivre : «Le peuple sahraoui sera alors de nouveau contraint de défendre ses droits par tous les moyens légitimes, y compris la lutte armée qui est légalisée par l’ONU pour tous les peuples colonisés.» Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental a été annexé en 1975 par le Maroc.
Le Front Polisario réclame l’indépendance du territoire à travers un référendum d’autodétermination, alors que le Maroc offre une autonomie sous sa souveraineté. En août 1979, la Mauritanie signe un accord de paix avec le Polisario, renonçant au sud du Sahara occidental. Une aubaine pour les forces marocaines, qui n’ont pas tardé à s’y déployer.
Entre 1980 et 1987, le Maroc construit un mur militarisé qui partage en deux le territoire sahraoui. Un cessez-le-feu est signé sous l’égide de l’ONU en 1991, à la condition qu’un référendum d’autodétermination soit organisé.
 Rabat propose comme solution une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Option rejetée par les Sahraouis, qui souhaitent l’indépendance. Envoyé spécial de l’ONU au Sahara occidental, James Baker présente un plan, en 2003, qui prévoit un régime d’autonomie pour une durée de 5 ans, suivi d’un référendum comportant l’option de l’indépendance. Les électeurs seront les Sahraouis et toute autre personne de plus de 18 ans vivant au Sahara occidental depuis au moins 4 ans.
Accepté par le Polisario, le plan est rejeté par le Maroc. D’où la démission de Baker en 2004. En juin 2007 s’ouvre la première session des pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario en présence des Etats voisins, à savoir l’Algérie et la Mauritanie, à Manhasset (New York) sans aboutir jusque-là à une solution. En mai 2012, le Maroc retire un temps sa confiance à Christopher Ross, l’envoyé spécial de Ban Ki-moon, l’accusant de «partialité».
Lors de sa visite, le 6 novembre dernier, dans les territoires occupés (El Ayoun), le roi du Maroc, Mohammed VI, a déclaré que son pays fera face «avec fermeté à toute tentative visant à contester l’exercice de la plénitude de ses pouvoirs sur son territoire» et «il se leurre celui qui attend du Maroc qu’il fasse toute autre concession». Le choix de la date de la visite, le 6 novembre, marquait le 40e anniversaire de la «marche verte».
Ce jour-là en 1975, à l’appel du roi Hassan II, 350 000 Marocains protégés par les soldats du royaume traversent la frontière du Sahara occidental occupé par l’Espagne. Pour les Sahraouis, cette date symbolise quatre décennies de colonialisme marocain. La Minurso est la seule mission de maintien de la paix sans mécanisme de surveillance des droits de l’homme, qui se contente de surveiller un cessez-le-feu conclu en 1991.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté le 29 avril la résolution 2285 par laquelle il proroge d’un an le mandat de la Minurso. La résolution repose sur les fondamentaux de l’ONU relatifs à cette question, notamment qu’il s’agit d’une question de décolonisation d’un territoire non autonome et que l’ONU a la responsabilité de sa décolonisation.
Elle reconnaît également au peuple sahraoui le droit à l’autodétermination, identifie les parties en conflit qui sont le Maroc et le Front Polisario et les appelle à la négociation. Le Conseil de sécurité «déplore que la capacité de la Minurso de s’acquitter pleinement de son mandat ait été limitée» après l’expulsion de dizaines de civils expatriés de la Mission. A titre de rappel, Rabat a expulsé 75 membres civils de la Minurso en mars dernier, une décision fait suite aux propos du secrétaire général de l’ONU qui évoquait «l’occupation» du Sahara occidental par le Maroc.
L’homme qui a tant combattu s’en est allé, mais les causes nobles survivent toujours à ceux qui les défendent. Le combat continue.

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