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vendredi 10 juin 2016

Pourquoi le Maroc n’arrive-t-il pas à diminuer les inégalités de richesse ?

 Pourquoi le Maroc n’arrive-t-il pas à diminuer les inégalités de richesse ?
La Marina de Casablanca. Crédit : Yassine Toumi.

Au Maroc, la croissance n’arrive pas à résorber les inégalités de richesse, contrairement à d’autres pays. Pourquoi cette situation traîne ? Quelles solutions faut-il concevoir, mettre en œuvre ?

Depuis plusieurs années, le concept de « croissance inclusive » est à la mode. Au Maroc, lors des conférences, il est sur toutes les bouches, en particulier sur celles des ministres. Derrière ce qu’on pourrait croire être une figure de style bienveillante, réside un enjeu de taille : Réduire les inégalités en faisant en sorte que les pauvres profitent encore plus de la croissance que les riches.

Aucune diminution depuis trente ans

Pour le moment, on est loin du compte puisque les inégalités n’ont pas diminué depuis plusieurs décennies. Le 3 juin, lors d’un colloque organisé par le ministère des finances intitulé « Modèle de développement pour l’entrée du Maroc dans le concert des pays émergents », Jan Rielaender, de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a émis un constat édifiant : Même si les pays d’Amérique du Sud comme le Brésil et le Chili pâtissent de grandes inégalités, celles-ci ont largement diminué ces quinze dernières années, alors qu’au Maroc, elles n’ont pratiquement pas baissé.


inegalites ocde
Graphique de l’OCDE

inegalites amerique du sud

Comme l’illustre le graphique de la Banque africaine de développement (BAD) ci-dessous, issu d’un rapport de 2011, la croissance qu’a connue le Maroc dans les années 2000 n’a pas plus bénéficié aux pauvres qu’aux riches. La banque estime que « les bénéfices engrangés par les pauvres (en proportion de leurs revenus) n’étaient pas significativement plus importants que ceux engrangés par les non-pauvres ».

bad croissance inegalites

Inégalités de quoi ?

D’abord, de quoi parle-t-on ? Il existe plusieurs manières de calculer les inégalités de richesse. La mesure qui revient le plus est le coefficient de Gini. Il est compris entre 0 et 1. Plus il est élevé, plus il y a d’inégalités. Celles-ci peuvent être de revenus, de dépenses, de patrimoines, selon les données utilisées. Au Maroc, le coefficient de Gini est de 0,4 d’après les calculs de l’OCDE. Cela fait trente ans qu’il se situe aux alentours de ce chiffre (d’après la littérature disponible).
Le concept d’inégalité est à distinguer de celui de polarisation. « On parle de polarisation quand cela tire vers les extrémités, quand le milieu est plutôt vide », nous explique Touhami Abdelkhalek, professeur-chercheur à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA). Cela peut, par exemple, se traduire par l’absence de classe moyenne. Au Maroc, la polarisation de la richesse ne diminue pas non plus. 

La lutte contre les inégalités plus importante que celle contre la pauvreté ?

La diminution de la pauvreté ne s’accompagne pas forcément d’une baisse des inégalités (si les pauvres deviennent moins pauvres mais qu’en même temps les riches deviennent plus riches). Or, d’après Touhami Abdelkhalek, la lutte contre les inégalités doit être le nouveau fer de lance des pouvoirs publics marocains, « quitte à avoir un peu moins de croissance ».
Cette priorisation du combat peut bien sûr être politique, voire philosophique. Mais de manière plus terre-à-terre, les inégalités peuvent être combattues au nom de la stabilité. L’OCDE résume ainsi : « L’absence d’égalité des chances [...] va inévitablement peser sur les performances économiques dans leur ensemble, bien que de façon indirecte. Les inégalités suscitent également des difficultés sur le plan politique car elles nourrissent le ressentiment social et génèrent une instabilité politique. Elles peuvent aussi alimenter des aspirations populistes [...] ».

Quelles solutions ?

Comment faire en sorte que les pauvres bénéficient plus de la croissance que les riches ? Jan Rielander estime que le Maroc peut prendre exemple sur les pays d’Amérique du Sud et ainsi mettre en place « un système social qui cible les populations qui en ont le plus besoin » et investir dans « un ciblage du système redistributif ». Même position pour Touhami Abdelkhalek, qui préconise des transferts ciblés et une réforme de la fiscalité pour la rendre plus progressive. L’impôt n’est donc pas la solution magique, surtout pour certains pays : « Il est plus malaisé de mettre en œuvre des politiques redistributives dans les économies émergentes, en raison de l’importance de leur secteur informel », estime l’OCDE.
Des politiques que l’on pourrait croire a priori efficaces pour diminuer les inégalités ne le sont pas forcément, met en garde pour sa part Touhami Abdelkhalek. Par exemple, le smig peut accentuer les inégalités s’il devient un moyen pour certains salariés de demander des augmentations. Autre exemple : la subvention de certains biens de consommation. Par exemple, celle des carburants ne bénéficie qu’aux propriétaires d’une voiture. Une réduction des inégalités passe-t-elle nécessairement par une taxation de la fortune ? Plane toujours le risque de l’émigration, rappelle Touhami Abdelkhalek, qui donne l’exemple d’« un Gérard Depardieu en Belgique ou d’un Marocain en Espagne ». L’économiste lance des pistes de réflexion : taxation de la terre ou de l’eau des barrages, faire payer l’école aux parents d’élèves riches et offrir des bourses aux autres…
Puis suffit-il de de prendre aux riches pour diminuer les inégalités ? Autrement dit, les politiques de transfert direct sont-elles suffisantes ? Bien sûr que non. Des services publics de qualité (école et santé principalement) sont un levier essentiel de la résorption des inégalités, en favorisant une « égalité des chances ».

Benkirane est-il sur la bonne voie ?

La création d’une aide spécifique aux veuves et l’idée de décompenser le prix du gaz butane et d’instaurer à la place une aide aux plus démunis semblent aller dans le sens préconisé. Le gouvernement d’Abdelilah Benkirane serait-il sur la bonne voie ? Touhami Abdelkhalek estime, pour sa part, qu’il ne s’agit pour le moment que de « mesurettes », et remarque que « le gouvernement n’a rien déclaré de manière explicite ». L’enseignant-chercheur relève que le discours que Mohammed VI a tenu le 30 juillet 2014 n’a été suivi d’aucun effet. Le souverain notait que : « Si le Maroc a connu des avancées tangibles, la réalité confirme que cette richesse ne profite pas à tous les citoyens ». 

Sans statistiques, aucune politique efficace

Mais pour trouver la bonne solution, faudrait-il encore faire des simulations avant d’opter pour telle ou telle mesure, et, le cas échéant, évaluer la politique choisie. Or, au Maroc, par manque de statistiques, rien de cela n’est fait. Par exemple, le coefficient de Gini peut seulement être calculé sur la base des dépenses d’un ménage, puisque aucune donnée fiable sur les revenus n’est disponible dans le pays. Il existe bien celles de la CNSS, mais elles occultent la réalité des personnes travaillant dans l’informel.
En 2009, une équipe de chercheurs s’est évertuée à cet exercice. Elle a simulé les conséquences de certaines politiques sur les inégalités. Même si cette étude ne s’intéresse qu’à un nombre limité de mesures, il en résulte que la baisse des droits de douane (D Sims5), pouvant résulter d’un accord de libre échange par exemple, ne réduit absolument pas les inégalités.
simulation inegalites
Le Maroc n’est pas bien sûr le seul État manquant d’études relatives aux inégalités. Dans un rapport sur les inégalités en Afrique du nord datant de 2011, la Banque africaine de développement (BAD) a noté : « Il est surprenant de voir le peu de recherches effectuées sur ce thème malgré le rôle central de la pauvreté et des inégalités dans le développement des pays d’Afrique du Nord. La sensibilité politique de ces problèmes explique peut-être le manque de données adéquates et d’études sur le sujet ».
Nos dernières vidéos : Eko : "J'aimerais faire un sketch avec Benkirane"

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