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lundi 18 juillet 2016

Camps des réfugiés sahraouis de Tindouf : 40 ans d’exil, de galère et de mutations


Depuis 40 ans, le peuple sahraoui a été privé du droit de vivre en paix dans son propre pays, en plus d’être l’objet de violations des droits humains et du pillage de ses ressources naturelles. Parler du Sahara occidental, c’est forcément penser à des enfants naissant malades, grandissant sans trop se souvenir de leur enfance mais qui n’oublient jamais que la patrie de leurs ancêtres leur a été purement et simplement confisquée.


  











Sur la hamada de Tindouf sont installés 5 grands camps de réfugiés distants de 30 à 140 km de Hassi Rabouni, le centre administratif qui abrite la quasi-majorité des institutions sahraouies dont, entre autres, la présidence de la République arabe démocratique sahraouie (RASD). 
Pourchassés de leur terre ancestrale par les forces armées marocaines début 1976, environ 200 000 Sahraouis vivant dans ces camps reproduisent la carte des lieux du Sahara occidental puisque les camps sont aux noms des grandes villes occupées du Sahara occidental : Boudjedour, Smara, Aouserd, El-Ayoun et Dakhla. Dans cet immense espace, la société organise sa survie, même si les dures conditions de ce côté du désert algérien ne facilitent vraiment pas les choses. Les femmes, aux côtés des hommes (pratiquement tous des militaires), assurent la bonne gestion des camps. Les enfants vont tous à l’école.


 L’AUTRE VISAGE DES CAMPEMENTS
«Dans le monde, vous ne verrez pas de réfugiés aussi organisés», affirmait le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek. Depuis 1976, année durant laquelle les Sahraouis ont fui les exactions et toutes sortes de violations de leurs droits par les Marocains, les choses ne sont plus les mêmes dans ces campements. Les habitués de ces campements vous diront que malgré le caractère traditionnellement nomade de la société sahraouie, les réfugiés ont appris à se sédentariser dans un environnement aride et désertique, où les opportunités d’autosuffisance sont quasi inexistantes. La chaleur extrême – jusqu’à 55 °C lors des mois de juillet et d’août –, les tempêtes de sable, la sécheresse permanente et les très rares mais dévastatrices pluies torrentielles ne sont que quelques exemples de l’inhospitalité de la nature dans cette partie désertique du Sahara. 

Chacun de ces camps, appelé wilaya ou région, est divisé en 6 daïras ou municipalités, regroupant chacune 4 quartiers d’habitations et dotées de services communs : le dispensaire, l’école et la mairie. Nul ne pourra le nier : l’organisation sociale dans les campements des réfugiés sahraouis s’est nettement améliorée depuis 1976 à ce jour. « Elle n’est plus, en tout cas, celle que j’avais connue au début des années 1990, à mes premiers déplacements dans les campements», nous indiqué un réfugié sahraoui. Selon lui, les réfugiés sahraouis ont réussi à survivre depuis 40 ans grâce à l’aide de la communauté internationale et à leur bonne organisation interne. Les autorités des réfugiés ont ainsi pu mettre en place plusieurs services de base. Il y a actuellement 49 écoles maternelles, primaires et intermédiaires, et plusieurs centres de formation. «Cela dénote de la bonne gestion des campements acquise au fil des jours», a soutenu son confrère. Que ce soit à Boudjedour, Aousserd, El Ayoun ou à Dakhla, les petits commerces se sont multipliés ces dernières années. Tout, ou presque y est vendu. La monnaie utilisée est le dinar algérien (DA). Les transferts monétaires des migrants de la diaspora et le développement d’une micro-économie, à travers la faible émergence d’initiatives socioprofessionnelles privées – principalement des petites échoppes – «ont progressivement changé le paysage des camps. Une partie de la population a ainsi pu acquérir des biens matériels nouveaux, comme des téléphones portables, des télévisions, des panneaux solaires, ou des frigidaires à gaz», lit-on dans un document d’Oxfam (une confédération composée de 17 organisations indépendantes de même sensibilité qui agissent contre les injustices et la pauvreté).
Dans les campements des réfugiés sahraouis, une autre «évolution» ne peut passer inaperçue : les «taxis Mercedes». Les «stations» se situent généralement à la sortie de chaque campement. A Boudjedour, à titre illustratif, c’est un terrain vague qui est transformé en une «station taxi». La majorité des véhicules sont d’une marque allemande. Immatriculés SH (Sahara occidental), leurs propriétaires, des jeunes dans la plupart des cas, assurent les dessertes entre les 5 campements, Hassi Rabouni mais aussi Tindouf. C’est une autre évolution qu’on ne peut omettre. Auparavant, dans les camps (des refugiés), les déplacements étaient assurés uniquement par des véhicules gouvernementaux appartenant à la Direction des protocoles dépendant de la présidence de la RASD. Autre évolution significative dans le mode de vie des réfugiés sahraouis : l’Internet. Aussi l’électrification qui se tend à se généraliser prochainement dans tous les campements. L’accès à ces outils existe au sein des camps, même s’il reste encore limité. Le degré d’information d’une partie de la population a ainsi atteint un niveau jamais vu. Internet incarne, en effet, autant un espace d’information que d’expression grâce aux réseaux sociaux. L’Internet «constitue une nouvelle source d’informations pour des Sahraouis avides de reprendre leur vie en main, qui discutent et débattent autour d’un thé rituel. Ils sont particulièrement attentifs à leur situation au niveau international, aux positionnements des Nations unies, et à toute éventuelle implication dans le processus de décolonisation et la résolution du conflit», note-t-on encore dans le même document d’Oxfam.

FRUSTRATION LÉGITIME DES JEUNES
Le statu quo est devenu insupportable pour les réfugiés. Aujourd’hui, leur voix doit être entendue. En parcourant les différents camps, une phrase revient sans cesse : «Il ne nous reste que le recours aux armes.» José Taboada, un Espagnol qui défend depuis trois décennies la cause sahraouie, renchérit : «Oui, la jeunesse se radicalise, elle sait que seule la violence fera parler à l’étranger de ce conflit oublié. Les vétérans du Front Polisario ne pourront pas la freiner longtemps. La communauté internationale doit, en effet, intensifier ses efforts pour garantir une vie digne à cette population et faire respecter le droit international afin de résoudre cette crise de façon définitive.» Les réfugiés sahraouis, rappelle Oxfam International, sont «contraints de vivre dans des conditions humanitaires très précaires. Cette situation constitue à elle seule une source de préoccupations sérieuses». Toutefois, ce sont surtout la durée extrêmement longue de cette crise et l’absence totale de perspectives qui rendent la situation de plus en plus insoutenable pour les hommes et femmes vivant dans les camps de réfugiés sahraouis. Ces mêmes réfugiés, et particulièrement les jeunes, brûlent d’envie de prendre le contrôle de leur propre vie. Même s’ils sont particulièrement bien informés et éduqués, leurs options sont fortement limitées. La frustration qui en découle est exacerbée par l’incertitude totale de ce que l’avenir leur réserve. Les propos de la jeunesse sahraouie deviennent, en effet, plus véhéments et leurs jugements plus tranchants face à une communauté internationale qu’ils considèrent comme incapable de faire respecter leurs droits. Ils se demandent ouvertement si leur cause ne progresserait pas davantage s’ils reprenaient les armes. Une question souvent évoquée ces derniers temps. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les jeunes Sahraouis sont très au fait de la chose politique, d’autant qu’ils sont rares à ne pas avoir décroché un diplôme universitaire. Vous ne pourrez aborder un jeune Sahraoui sans qu’il ne vous fasse un schéma bien tracé de toute la cause sahraouie. D’après les estimations, entre 500 et 700 jeunes Sahraouis reçoivent un diplôme du lycée ou de l’université chaque année. Ceux qui obtiennent un diplôme dans le domaine médical ou de l’enseignement ont une plus forte chance de trouver un emploi dans les camps, bien que leur rémunération reste minime. Les autres diplômés, qu’ils soient ingénieurs, politologues ou architectes, se retrouvent obligés de chercher d’autres occupations, leurs diplômes restant récents. Face à l’absence de perspectives professionnelles, un nombre important de jeunes hommes diplômés se décident ainsi chaque année à rejoindre l’armée. C’est, certes, le seul secteur ayant la capacité d’absorber une partie significative de cette jeunesse sans emploi, mais c’est aussi la détermination de cette jeunesse sahraouie à contribuer dans le combat pour leur indépendance nationale.

LE TRAVAIL JOURNALISTIQUE DE PLUS EN PLUS FACILITÉ
Tout comme la position officielle algérienne, claire et inchangée envers la question sahraouie, les journalistes algériens, eux aussi, tentent tant bien que mal de faire parvenir au monde entier «les souffrances» d’un peuple pris entre les griffes du colon marocain. Les expériences vécues avec des Sahraouis, les longs moments partagés avec ces derniers, que ce soit dans les territoires libérés ou dans les camps des réfugies nous ont enseignés que le soutien «de la presse algérienne a largement contribué, du moins à alléger, les maux». Les Sahraouis sont conscients de cette réalité. Ils sont surtout reconnaissants. Une reconnaissance affichée au plus haut niveau de la société sahraouie. Qu’ils soient ministres ou autres responsables sahraouis, y compris, feu Mohamed Abdelaziz, le président sahraoui décédé le 31 mai dernier, ils n’ont jamais tardé à rendre un grand hommage à cette presse. Une presse qui a été souvent la cible de critiques de la part des Marocains. Pas besoin de rappeler que bon nombre de sites de quotidiens algériens ont été piratés par des hackers marocains.
Quoi qu’il en soit, la presse algérienne demeure l’unique presse arabe à soutenir la cause sahraouie. Si d’autres quotidiens sont venus enrichir le champ médiatique national depuis 1989, d’autres, par contre, ont suivi l’évolution du conflit depuis les premiers instants de l’invasion marocaine. «Il m’est arrivé d’avoir suivi, des jours durant, les combattants de l’Armée sahraouie pendant le conflit armé l’opposant aux forces armées royales marocaines. Moi, et beaucoup d’autres de mes anciens collègues, avons réalisé un tas de reportages, d’entretiens et de couvertures sur le front ainsi que dans les territoires libérés après le cessez-le feu de 1991», en témoigne M. B., ancien journaliste sans citer, là aussi, d’anciens journalistes d’El-Moudjahid, Horizons, Ech Chaâb et El-Massa. Surtout de la télévision algérienne. Pour les «nouveaux», c’est tout simplement la relève. «Notre travail actuel au sein de la corporation consiste en premier lieu à assurer la relève des anciens journalistes algériens ayant suivi de près la question sahraouie depuis les premiers instants de l’invasion marocaine illégale des territoires du Sahara occidental. Nous sommes le porte-flambeau de cette cause noble et juste», a assuré dans ce contexte une consœur qui a affirmé, par ailleurs, que le travail journalistique s’est «nettement amélioré» à partir des camps des réfugiés sahraouis. «Les anciens» journalistes se souviennent assurément de toutes ces peines éprouvées, notamment s’agissant de l’envoi des articles. A cette époque-là, il fallait faire un déplacement jusqu’à Tindouf afin de faire parvenir, à chacun sa rédaction, le «papier» écrit à la main, via le fax. De nos jours, «tout a changé» avec l’Internet. Avec l’émergence des chaînes TV, leurs besoins sont également pris en compte.

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