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vendredi 4 novembre 2016

Faits divers, affaires d’État et communication royale



Par Ali Amar le Desk, 2/11/2016
 
La popularité de Mohammed VI est une obsession du pouvoir dont ses communicants abusent à outrance. Mais lorsque l’Etat est désavoué, et que le roi, de part sa suprématie institutionnelle est ainsi exposé en première ligne, cette pipolisation excessive le dessert gravement
Comme un mauvais coup du sort, les plus fortes actualités du moment –  le limogeage d’Azdine El Mountassir Billah de l’ANRT, la mort tragique du poissonnier Mouhcine Fikri à Al Hoceima et l’arrestation de la vedette de variétés Saad Lamjarred à Paris -, trois événements qui, à priori, n’ont aucun lien entre eux, à part d’être presque concomitants, ont tous focalisé, à des degrés divers, l’attention sur Mohammed VI en personne, reléguant au second plan les retombées de ses activités en Afrique de l’Est, les tractations partisanes autour de la formation du prochain gouvernement et la tenue imminente de la COP 22 à Marrakech.

Le caractère sensationnel et la coïncidence de ces faits ne suffisent pas à expliquer cette attention particulière, mais plutôt leur impact très négatif sur l’institution monarchique, et c’est de cela qu’ils ont un dénominateur commun.

La communication royale pose problème. En plus d’être complètement illisible, elle a quelque chose de dérangeant, presque de malsain. La précipitation et le silence total entourant le cas ANRT, la fébrilité et la surenchère dans celui de Mouhcine Fikri et l’amateurisme affligeant impliquant le roi dans les démêlées judiciaires de Saad Lamjarred, soulèvent des questions essentielles sur la gestion de l’image du chef de l’Etat.

 Une frénésie nuisible au statut du roi
Dans ces instants de crise, les communicants du roi agissent bille en tête avec pour seul objectif de grossir le trait à l’extrême pour sanctuariser sa popularité, comme si celle-ci était constamment menacée par les bourrasques de l’actualité. Sa pipolisation jusqu’à l’overdose, usant et abusant des artifices des réseaux sociaux, est dans ce sens aussi nuisible que contradictoire à son statut, provoquant l’effet inverse escompté sur la durée : le fait divers se transformant instantanément en affaire d’Etat dès lors qu’il est mis en équation avec le roi, ou plus généralement avec ce que le peuple entend par Makhzen.

La crise prend de l’ampleur quand la sollicitation royale devient un mal nécessaire. Une raison impérieuse oblige le débarquement d’un commis de l’Etat, mais la communication dans ce cas très attendue et plus que justifiée, n’est pas au rendez-vous. Un déni de la règle de droit entraîne un drame humain faisant descendre des milliers de manifestants dans la rue pousse le roi à ordonner une enquête que les institutions judiciaires auraient du diligenter par elles-mêmes. Une situation qui le met ainsi maladroitement au centre de l’arène contestataire. Une star de la chanson ayant bénéficié des honneurs de la Couronne, aujourd’hui poursuivie dans une sombre affaire d’agression sexuelle, reçoit l’appui personnel du monarque avec tambour et trompettes.

En terme de stratégie de communication, c’est un désastre, d’autant plus que cette succession d’expositions dommageables de Mohammed VI ne participe qu’à sa désacralisation forcée, non pas en terme institutionnel, mais dans la perspective d’une reddition des comptes dont il ne devrait sous aucun prétexte être l’otage.

La Constitution de 2011 devait consacrer la séparation des pouvoirs et permettre dans le cadre d’une définition claire des rôles de chacune des institutions de l’Etat d’agir en fonction de leurs responsabilités respectives. Cela n’a pas été établi dans les faits, bien au contraire. Le chef de gouvernement élu qui doit faire face de part son mandat aux soubresauts de la vie publique, se trouve autant démuni de ses prérogatives qu’affranchi de ses devoirs.

Il n’y a jamais eu avantage pour la monarchie à se poser comme institution de recours dans l’urgence face à un tollé populaire. L’idée survendue du « roi sauveur » est confondue avec celle de son rôle d’arbitre, ce qui met ainsi le pouvoir régalien directement en première ligne en cas de défaillance aigüe de l’Etat et de son administration. C’est tout le paradoxe de la suprématie du roi sur toutes les autres institutions représentatives. Par temps clair, il en bénéficie des rayons solaires, mais quand l’orage gronde, il est surtout le seul à en subir les ondées.

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