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jeudi 3 novembre 2016

La douleur, entre Paris, Al Hoceima et El Aïoun


Ce qui s'est passé autour de la mort de Mouhcine Fikri, à Al Hoceima au Maroc, le 28 octobre, questionne tout le monde, les Marocains, les Sahraouis, et nous, les amis de ces deux peuples. L'onde de choc a aussi atteint le Sahara occidental. 
 
Abdeslam Salihi tente de s'immoler par le feu © DR Abdeslam Salihi tente de s'immoler par le feu © DR
 
C’est une réflexion que je me suis faite lundi soir lors du rassemblement organisé par les associations marocaines de défense des droits de l’homme devant l’ambassade du Maroc à Paris. 


 On est nombreux – 300 personnes environ, ce qui est beaucoup par rapport aux habituelles manifestations de protestation devant la même ambassade – ; il y a des solidaires, Tunisiens et Français notamment, mais l’immense majorité est marocaine, venue parfois de beaucoup plus loin que la région parisienne ; elle vibre à l’unisson d’une indignation très forte qui fait suite à la mort horrible de Mouhcine Fikri. Le mot qui est sur toutes les lèvres, c’est la « hogra », c’est-à-dire le sentiment du mépris, de l’humiliation, de l’abus de pouvoir ressenti par la population marocaine la plus pauvre, mais étendu par la mort emblématique de Mouhcine à l’ensemble du peuple marocain.
Cette grande solidarité fait du bien. Mais j’ai aussi dans un coin de mon cœur une frustration, un terrible regret – car je ne peux certainement pas l’exprimer ce jour-là – : pendant ce temps, on oublie encore plus que d’habitude le peuple du Sahara occidental occupé par le Maroc, la sempiternelle répression des activistes pacifiques qui manifestent pour leur droit à l’autodétermination, le fait qu’ils soient régulièrement tapés dans les rues, enlevés, incarcérés, souvent sans jugement, sinon de manière inéquitable – comme les 21 du Groupe de Gdeim Izik, toujours en prison depuis 72 mois alors que leur procès devant un tribunal militaire a été cassé fin juillet –, et que certains meurent des suites de mauvais traitements.

Car le black-out est total. Depuis avril 2014, ce sont 150 personnes « étrangères » – défenseurs des droits humains, élus, syndicalistes, journalistes, venus d’Espagne, de France, du Danemark, d’Italie, et j’en oublie – qui ont été interdites d’entrer sur le territoire sahraoui ou carrément expulsées, par les autorités marocaines bien sûr. Tout se passe donc dans l’impunité.
J’étais mal de penser à cela l’autre soir, de regretter que cette belle solidarité oublie les Sahraouis.
Mais voilà qu’Abdeslam Salihi, un jeune Sahraoui de 30 ans, s’est immolé par le feu hier soir mercredi 2 novembre à El Aïoun ; entre la vie et la mort, il a été transporté par hélicoptère vers Agadir ou Marrakech ; et ce matin tôt, un autre homme d’une quarantaine d’années s’est aspergé d’essence dans une station d’El Aïoun, des personnes présentes (des policiers ?) ont réussi à lui prendre son briquet avant qu’il n’y mette le feu. Leur immolation ou tentative d’immolation seraient dues, selon les autorités, aux « conditions de vie difficile » qu’ils subissent. Mais des témoins sahraouis ont entendu Abdeslam Salihi dénoncer surtout l’occupation marocaine. En tous cas, c’est la première fois que de tels actes ont lieu au Sahara depuis 41 ans d’occupation.
Terrible. Le signe du désespoir ? Oui certainement, mais en même temps, une manière d’agir pour les autres. C’est ce que décrit le psychanalyste marocain Jalil Bennani : le héros aujourd’hui « est devenu un anti-héros […], c’est quelqu’un qui est faible mais auquel les autres peuvent s’identifier », porteur « d’une souffrance à la fois individuelle et collective, qui soulève l’indignation de la société et la réaction des autorités ».
Cette immolation provoquera-t-elle l’indignation collective, des Sahraouis mais aussi des Marocains ? C’est le défi que posent de tels actes sacrificiels.
Quant à la réaction des autorités d’occupation, il faudrait sans doute une action déterminée des puissances comme la France, grande amie du Maroc, pour infléchir leur posture d’occupants arrogants. Mais peut-on y croire ?
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