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mardi 1 novembre 2016

Mon village a accueilli 18 migrants pendant 3 mois. Aujourd'hui, nous les regrettons



Avatar de Christophe Carol

LE PLUS. En février dernier, dix-huit migrants ont été installés à Campôme, un petit village d’une centaine d’habitants niché dans les Pyrénées-Orientales. Si leur arrivée a d’abord suscité quelques inquiétudes, leur séjour s’est finalement avéré positif pour la commune, à tel point que certains habitants regrettent aujourd’hui leur départ, explique le maire Christophe Carol.

Édité et parrainé par Sébastien Billard



 Des jeunes migrants quittent la "jungle" de Calais, le 27 octobre 2016 (P. HUGUEN/AFP).
À l’heure où la jungle de Calais est démantelée, et des milliers de migrants déplacés, je ne peux que repenser aux 18 jeunes hommes qui sont passés il y a quelques mois par Campôme, le petit village dont je suis maire.

En février dernier, alors que l’État décidait déjà de répartir sur le territoire français des migrants bloqués à Calais, je recevais un appel du sous-préfet de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Sachant que ma commune comptait un centre de vacances peu utilisé l’hiver, il me demandait tout simplement si j’étais disposé à mettre ce lieu à disposition d’une association qui prendrait en charge des migrants.


Bien que surpris par sa demande, je décidais avec mes deux adjoints d’accepter. En tant qu’élus de la République, ne pas répondre à cette demande de l’État aurait été manquer de courage et tourner le dos à certaines de nos valeurs.

"Pourquoi chez nous ?" 
Tout est ensuite allé très vite. J’ai reçu cet appel un samedi, l’arrivée de ces migrants étaient prévus dès la semaine suivante… J’ai donc immédiatement informé par téléphone chaque membre de mon conseil municipal puis organisé une réunion publique afin de répondre aux interrogations des habitants. Cette réunion a eu lieu le vendredi suivant, l’arrivée des migrants ayant finalement été retardée de quelques jours. Une soixantaine d’habitants est venue (sur une population de 110 personnes), la salle de la mairie était pleine à craquer.

Oui, il y a eu des réticences, des inquiétudes : pourquoi chez nous ? pourquoi dans un village aussi petit que le nôtre ? pourquoi uniquement de jeunes hommes et non des familles ? Ces craintes se focalisaient sur la proportion (18 migrants pour une population de 110 habitants), et le profil exclusivement masculin des migrants. Beaucoup de gens avaient en tête les images alarmantes que l’on peut voir à la télévision.

Les craintes se sont exprimées, les débats ont été riches. Certains ont rappelé à juste titre que notre village avait connu il y a des années la "retirada", l’arrivée de réfugiés espagnols fuyant la guerre civile puis la dictature de l’autre côté des Pyrénées. Et qu’il fallait faire preuve de la même solidarité aujourd’hui.

On sentait de la peur dans leur regard

Campôme est un village de moyenne montagne, situé à 6 kilomètres de Prades, et 60 de Perpignan. Les réticences entendues parfois ce soir-là étaient d’une certaine manière assez naturelles pour une population qui a l’habitude d’être éloignée des tourments du monde.

Mais passé le temps de la surprise, et grâce à ces échanges, l’envie d’aider s’est en réalité assez vite imposée. Dès la fin de cette réunion, des habitants sont venus nous, moi et mes adjoints, voir pour nous proposer un coup de main : certains avaient envie d’organiser des cours de français, d’autres de collecter des vêtements et de la nourriture. D’autres encore se disaient disponibles pour mener des sorties et des balades…

Les 18 migrants sont arrivés dans un bus qui avait quitté Calais le matin même. Ils étaient complètement perdus, et apeurés. On sentait dans leur comportement, leur regard, qu’ils avaient tous été confrontés à des réactions hostiles par le passé. Et qu’ils craignaient un accueil difficile. Certains, totalement surpris par le décor environnant, et croyant arriver à Marseille, ont même rechigné à descendre du bus, avant d’être convaincus par leurs compagnons de voyage.

Un seul parlait français
Ils ont pris place dans ce fameux centre de vacances, qui était autrefois la mairie et l’école du village, et qui fut transformé dans les années 1970 en un lieu destiné à accueillir les colonies de la Banque de France. Un bâtiment qui peut accueillir une trentaine de personnes, répartis dans des chambres de 4 à 5 couchages, et qui comprend une salle à manger et une cuisine.

Les migrants que nous avons accueillis n’avaient pas vocation à rester longtemps dans le village. Campôme devait servir de lieu d’accueil et d’orientation. Les migrants devaient y rester le temps de constituer leur dossier de demande d’asile, puis d’être dispatchés dans des CADA, des centres d’accueil de demandeurs d’asile.

Les premiers échanges ont été tout sauf évidents en raison de la barrière de la langue. Un seul parlait français, et peu d’entre eux parlaient anglais. Ils étaient par ailleurs très discrets sur ce qu’ils avaient vécu avant d’arriver ici, ce que l’on peut aisément comprendre.

Je n’ai entendu personne se plaindre d’eux

Afghans, Kurdes, Irakiens, tous avaient entre 18 et 35 ans. Leur première demande ? Un accès internet pour tenir informer leurs famille et amis restés au pays. Je me souviens notamment de Zacharian, un jeune éthiopien. Dans son pays, il était journaliste. Un jour, en reportage, il reçoit un appel horrifié de sa mère qui lui ordonne de ne pas revenir chez lui, la totalité des membres de son journal venant d’être arrêtés. Son long périple a commencé à ce moment précis.

Pour faciliter leur intégration, nous avons rapidement organisé une soirée de convivialité. Habitants et migrants ont cuisiné ensemble, échangé, écouté de la musique, dansé… Il y avait vraiment une super ambiance et cela a rendu les choses plus faciles ensuite.

Pendant ces trois mois, ces migrants se sont montrés très discrets. Alors que nombre d’habitants se sont mobilisés pour eux, multipliant les gestes simples mais précieux, eux aussi ont touché la population par leurs petites attentions. Je n’ai entendu personne se plaindre d’eux. Ce qui m’a le plus surpris d’ailleurs pendant ces trois mois, c’est que les réactions hostiles et déplacées sont exclusivement venues de l’extérieur du village. Des rumeurs totalement infondées (vol, dégradation…) ont commencé à circuler, des tracts d’associations d’extrême droite ont été distribués dans les boîtes aux lettres.

Deux d’entre eux ont été régularisés

Des fantasmes que les habitants du village, eux, savaient éloignés de la réalité contrairement à ceux qui habitent plus loin. Leur passage à Campôme s’est d’ailleurs tellement bien passé que leurs départs, au gré des places disponibles en CADA, a laissé un grand vide. Nombreux sont les habitants à regretter leur présence encore aujourd’hui.

On essaye de rester un peu en contact avec eux via Facebook, pour avoir quelques nouvelles. La majorité d’entre eux se trouve dans des CADA, en attente que leur dossier soit accepté ou non. Pour le moment, sur les 18, seuls deux ont été régularisés avec l’obtention d’un permis de séjour provisoire. Je sais que deux autres ont eux choisi de rentrer dans leur pays, malgré les risques.

Une chose est sûre, si l’État vient à nouveau me voir, nous accepterons à nouveau d’accueillir des migrants dans le village. J’ai d’ailleurs fait voter la possibilité de renouveler l’expérience en conseil municipal. Leur présence nous a tant apporté…


Propos recueillis par Sébastien Billard



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