samedi 1 juillet 2017

Titres solidmar http://solidmar-le2eme.blogspot.fr du 25 juin au 2 juillet 2017

Semaine de lutte et de solidarité au Maroc, au Sahara Occidental et en France. Dans l’avalanche d’informations, difficile de choisir les meilleures. À chacun de faire son choix.
Même répression cruelle, même arrogance inhumaine du Makhzen envers les Rifains et les Sahraouis qui n’ont pourtant pas les mêmes revendications, sinon de réclamer une vie digne, les uns en Marocains normaux, les autres en Sahraouis libres.
En France,  lutte persévérante des migrants et soutien de la population, contre la perspective d’expulsion selon le règlement de Dublin...


Migrants : CR et conclusions de la rencontre avec le préfet des Hautes Alpes

                       CR et conclusions de la rencontre avec le préfet, rédigé par un des membres de la délégation reçue ce vendredi 30 juin à 17H        


  Après la fête, la main fermée du préfet de Gap

La manifestation des demandeurs d’asile s’est achevée après une rencontre difficile avec le préfet des Hautes Alpes. Difficile non pas sur la forme de l’entretien, courtois et patient, mais sur le plan des positionnements, immuables pour l’essentiel :
- Le Préfet ne quitte pas sa posture défense de la loi sacrée et n’admet pas les distances que nous prenons devant les contradictions du règlement de Dublin* avec les principes du droit au choix du pays d’asile, du droit à la sécurité des personnes menacées ; il répète sa confiance angélique dans le fonctionnement de l’accueil en Italie, pourtant dénoncé par les témoignages nombreux qui font état de maltraitances, d’expulsions vers des pays dangereux, incompatibles selon nous avec ses renvois de dublinés vers l’Italie. 

- Nous, associations de solidarité, restons immuables dans notre défense indiscriminée des personnes demandant refuge et refusons de nous associer à toute sélection ; immuable dans notre refus du renvoi vers l’Italie débordée et vers les pays d’origine menaçants. –et eux, les migrants qui ont courageusement porté témoignage et élevé le débat, eux qui restent immuables dans leur attente d’un accueil par la France, eux qui restent les mains vides : pas de dédublinage collectif car l’État n’y trouve pas son intérêt, pas de moratoire pour ne pas faire jurisprudence, pas de reconnaissance des risques individuels encourus en Italie ou au Soudan ou….

Reste le soutien juridique individuel, la contestation au Tribunal au cas par cas, mince piste d’action face au renvoi ; reste la promesse qu’il n’y aura pas d’expulsion de force -dans un premier temps… ,d’accepter les appels au Tribunal comme suspensifs, de reconnaître comme juste l’action des bénévoles, et la concession d’une prochaine réunion de travail pour approfondir l’échange, resté bien formel…. mince bilan d’une longue marche, d’un long campement, de fortes manifestations.

Restent la solidarité, resserrée dans ces moments-là, le contact avec de nombreux citoyens qui sont venus offrir leur aide et leur accueil, et l’engagement que nous prenons de poursuivre notre action pour ceux que nous avons accompagnés dans cette démarche, par des actions individuelles ciblées faute d’avoir pu obtenir une reconnaissance globale du bien-fondé de leurs demandes.

Il faudra encore bien des efforts, des manifs et du temps, beaucoup de nouveaux soutiens bénévoles aussi pour que nos idées ébranlent les certitudes confortables de nos dirigeants .
Nous ne lâcherons pas ceux qui nous font confiance et dont nous savons le juste combat entre persécution et accueil.
*(Procédure Dublin :
 http://www.gisti.org/spip.php?article5153 )

Grève de la faim illimitée des détenus du Hirak


Salah Alayoubi, 1/7/2017

Certains des détenus du Hirak ont annoncé entreprendre une grève de la faim illimitée jusqu'à l'abandon des charges qui pèsent contre eux ou la mort !

L’image contient peut-être : 21 personnes, personnes souriantes, texte

L’AMDH-Paris/IDF appelle à se joindre à la marche de solidarité avec le Hirak du Rif, le 2/7/2017

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L’AMDH-Paris/IDF appelle à se joindre à la marche de solidarité avec le Hirak du Rif.
Le dimanche 2 juillet 2017 à 15h30 place de la Bastille.
(Marche de la place de la Bastille à la place de la République)

La région du RIF (Nord du Maroc) qui a entamé sa contestation il y a 8 mois continue de subir une forte répression à travers les différentes arrestations de ses manifestant.e.s, les violences à l’encontre des hommes, femmes et enfants de la région, l’interdiction de circuler, les intimidations, la militarisation de la région… Et cela dans un silence incompréhensible et un détournement des vérités par les responsables et les médias.

Le Hirak, pacifique et organisé depuis le mois d’Octobre 2016 a vu ses activistes  emprisonné.e.s à partir du mois de mai et dispersé.e.s entre les différentes prisons de la région ainsi que la prison centrale de Casablanca (okacha). Depuis, tous les jours sont organisés des rassemblements pour demander la libération des prisonnier.e.s politiques et rappeler les revendications sociales et économiques pour lesquelles a commencé cette contestation.

Des appels à la solidarité sont lancés dans différentes villes marocaines et européennes, des comités de soutien sont nés et des rassemblements/manifestations sont organisés pour soutenir ce mouvement populaire, ses revendications et appeler à la libération de ses détenu.e.s.

C’est dans ce cadre que l’Association Marocaine des Droits Humains Paris/IDF (AMDH-Paris/IDF) appelle à participer à la marche organisée par le Comité de Soutien du Hirak du Rif en Ile-de-France, le dimanche 2 juillet à 15h30 de la place de La Bastille à la place République.                                                            

L’AMDH-Paris/IDF
Paris, le 30 juin 2017

Pour tout contact :
• E-mail : amdh.paris@gmail.com
• Blog : www.amdhparis.org
• Twitter : twitter.com/AMDHPARIS

vendredi 30 juin 2017

Le Service Européen reçoit une délégation amazighe sur les évènements du Rif

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Le Service Européen pour les Affaires Extérieures de l’Union Européenne et la présidence de la Sous-commission des Droits de l’Homme du Parlement Européen reçoivent une délégation amazighe sur les évènements du Rif
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Le Service européen pour l’action extérieure de l’Union Européenne a reçu les membres de l’Assemblée Mondiale Amazighe en la personne de son président Rachid RAHA et son secrétaire général M’Hamed BIHMEDN afin de connaître les derniers développements des événements du Rif, ce jeudi 29 juin. Les responsables de la Région Maghreb et de la politique régional pour le sud de la Méditerranée, sous proposition de Mme. Federika MOGHERENI, Haute Représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, se sont entretenues plus d’une heure avec messieurs Raha et Bihmedn, en exprimant leur spécial intérêt de suivre toute l’actualité du Maroc, leur vive préoccupation de l’évolution de la situation des droits humains, avec l’espoir que les choses s’arrangent le plus vite possible et que,  des solutions soient trouvées entre le pouvoir marocain et le mouvement populaire rifain, et avec le souhait que l’Union Européenne pourrait s’y impliquer sur le plan économique au désenclavement de la région. 

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Une délégation amazighe reçue au Parlement Européen sur les ...

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Le Service Européen pour les Affaires Extérieures de l'Union Européenne et la .

Soulèvement du Rif, et plus...À lire, voir, écouter absolumant

Maroc : Escalade dans la répression contre le mouvement soc

ial du Rif

Il y a 2 jours - Depuis huit mois, un vaste mouvement de protestation s'est déclenché dans la province d'Al Hoceima (Région du Rif au nord du Maroc)
Voir les photos

Maroc / L’État-voyou... Le roi est nu !


Le soulèvement du Rif a duré plus de 7 mois, après la tragédie inédite dans les annales des abjections commises par des républiques bananières, après qu’un camion d’ordures a broyé un homme, Mouhsin Fikri… huit mois et le roi brille par son silence strident, comme s’il vivait sur une planète dorée. Et le gouvernement, à son tour, quels que soient les partis qui le constituent, tous se revendiquant « partis du roi », ne souffle mot, hormis diffamations et menaces fabriquées sur les fallacieuses « revendications séparatistes » du Rif.
C’est que le roi a concentré entre ses mains tous les leviers du pouvoir, et rien ne se décide sans sa « parole sacrée ». Il est le soulèvement du Rif et il y croit fermement pour se trôner au-dessus de la modernité, de la rationalité, de la conscience aiguisée et cultivée à travers les réseaux sociaux! Le monde a bien changé et la mentalité primitive continue à régner!!
La tragédie que vit, et vivra plus gravement le Maroc que nous aimons, ne date pas du « Hirak », du soulèvement d’Al Hoceima. Elle s’origine dans une histoire lointaine… qu’on peut localiser arbitrairement depuis l’Indépendance, et ni les rois, ni les élites opportunistes n’en ont cure. Les drames et les deuils du peuple marocain sont périodiques et identifiables.
Le contentieux entre le peuple et le roi ne fait que s’amplifier. Ni gouvernance éthique, ni vision, ni projet de société. La corruption est généralisée, les richesses du pays sont accaparées, détournées au su et au vu de tous. Le roi, au lieu de faire le protecteur et le garant d’une société apaisée, démocratique et créatrice, il est devenu cupide et prédateur, au su et au vu du monde entier…
L’Instance Équité et Réconciliation, créée pour assainir les années de plomb et assurer la paix sociale n’a abouti qu’à une grappe de souffrance et d’humiliation encore plus déchirante pour les victimes et leurs familles, puisque l’impunité est tacitement reconnue comme une valeur pour ce régime stérile.
Le mensonge de la fameuse Constitution de 2011 qui prétendait déforcer le mouvement du 20 février, exhibe ses travers en octroyant une anachronique et extrême monopolisation du pouvoir, par une élite sans morale civique ni conscience régulatrice d’un véritable contrat social. Et quiconque proteste ou manifeste devient un traitre, un vendu à je ne sais quelles puissances étrangères. L’État instrumentalise la religion et gare aux islamistes d’instrumentaliser, à leur tour, la même religion, au lieu d’opérer une séparation nette des affaires de la cité et du culte…
Depuis le mouvement du 20 février, arrestations, enlèvements, torture n’ont cessé. Et la jeunesse marocaine est contrainte de se faire passer pour réfugiés syriens dans le but d’accéder à l’Europe et rêver trouver meilleure vie… Et la liste est très longue à étaler, appuyant le mal-vivre dans ce pays devenu la propriété privée du roi et des prédateurs.
Le roi n’est pas nu. Le roi est dans de mauvais draps !
Mohammed Belmaïzi
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Cas de torture à Al Hoceima : Le CNDH a remis deux rapports au ministère de la Justice



SuivreCas de torture à Al Hoceima : Le CNDH a remis deux rapports au ministère de la Justice 

 

 

Driss El Yazami, président du CNDH / DR
 
Le ministère de la Justice a reçu hier deux rapports rédigés par deux médecins légistes chargés par le CNDH d’examiner 35 détenus du «Hirak», indique le site Medias24.
Les observations des deux médecins sont encore confidentielles. C'est désormais au département de Mohamed Aujjar que revient d’ordonner des enquêtes ou de classer les deux rapports.
Hier soir, le chef du gouvernement s’est engagé à «enquêter sur tout abus», et à se conformer aux orientations royales pour garantir des «procès équitables, enquêter sur toute torture présumée et de mener l’expertise médicale nécessaire conformément aux règles juridiques universellement reconnues».

La rédaction
Journaliste Yabiladi.com
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jeudi 29 juin 2017

Une révolte révélatrice des impasses politiques : Au Maroc, le Rif défie le roi

par Aboubakr Jamai, Le Monde diplomatique, juillet 2017

La persistance de la contestation populaire dans le nord-est du Maroc et ses revendications de mieux-être social mettent en relief l’échec des programmes de développement économique et des projets d’infrastructure pilotés par la monarchie. Malgré la répression, l’ampleur des manifestations pose la question d’une nouvelle réforme constitutionnelle sur des bases plus ambitieuses qu’en 2011.

Manifestation à Al-Hoceïma, 2017. Photo Louis Witter / hanslucas.com
Suivre Depuis plusieurs mois, la région du Rif (nord-est du Maroc) connaît une importante contestation populaire. Le mouvement a démarré dans la ville d’Al-Hoceïma après la mort, le 28 octobre 2016, de Mouhcine Fikri, un marchand de poisson broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer une grande quantité d’espadon que la police venait de lui confisquer pour cause de pêche illégale. Depuis, les manifestations se répètent en dépit d’une forte répression et de peines de prison ferme requises contre les principaux contestataires. L’opiniâtreté du mouvement et le niveau de mobilisation remettent en question la stratégie adoptée par la monarchie depuis le « printemps arabe » de 2011. En réponse aux revendications du Mouvement du 20 février (date de la manifestation au cours de laquelle cinq jeunes étaient morts à Al-Hoceïma), le roi Mohammed VI avait fait adopter une révision constitutionnelle pour accorder plus de pouvoir au premier ministre, poste auquel il nomma un islamiste du Parti de la justice et du développement (PJD) à l’issue des élections, le 25 novembre 2011. Mais aujourd’hui le chômage des jeunes et l’incapacité des institutions à canaliser les revendications de populations mieux informées et mieux organisées qu’il y a cinq ans débordent du Rif ; la contestation pourrait se propager au reste du pays.
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Hirak du Rif : manifestation de solidarité ce samedi 1er juillet à Lyon

Depuis quelques semaines, ce sont près de 200 militants activistes de ce mouvement marocain qui ont été arrêtés. Accusés d’atteinte à la sureté de l’Etat, certains encourent de lourdes peines de prison.

A l’initiative du Comité du Rhône de soutien au Hirak du Rif, un sit-in de solidarité avec le mouvement contestataire du Rif est prévu samedi 1er juillet à Lyon 14 h place Bellecour.
Environ 150 personnes, dont 8 journalistes ont été arrêtées depuis le début des manifestations quotidiennes dans la région du Rif au Maroc, alors que les principales revendications du mouvement contestataire (Hirak) n’ont pas été satisfaites.
 
Le vendredi 30 octobre 2016, Mouhcine Fikri, 31 ans, a été broyé par un camion d’éboueur où il s’était engouffré.
A Al-Hoceima, ville côtière du Rif, dans le nord du Maroc, la police venait d’y jeter les espadons que le jeune homme transportait. La pêche de ce poisson est interdite à cette période de l’année. Difficile de savoir avec certitude ce qui s’est déroulé pendant l’altercation à l’issue de laquelle le jeune homme a sauté dans le camion-benne pour tenter d’y récupérer sa marchandise. Une chose est sûre, la version suivante s’est répandue comme une traînée de poudre au Maroc : un policier aurait demandé un pot-de-vin à Mouhcine Fikri qui aurait refusé, puis ordonné au conducteur de mettre en route le mécanisme de la benne en ordonnant "broie-le" quand celui-ci s’y est introduit. Très vite, un hashtag # طحن_مو ("Broie-le" en français, NDLR) a été créé sur Twitter.


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Zohra Koubia (AMDH) : « Le Maroc va perdre beaucoup dans cette crise » (La Voix du Nord)

Interview de Zohra Koubia de l'AMDH (Association marocaine des droits de l’homme). Les gens de la génération Hassan II ont connu un État « makhzen » (réseau proche du pouvoir) mais pas les petits jeunes. Ils croyaient à un État de droit et à la constitution. C’est fini. Le Maroc va perdre beaucoup dans cette crise. On va retourner en arrière. »

Hirak : Cinq présidents de communes du Rif claquent la porte suite aux violents affrontements


Cinq élus issus de l’USFP, du PAM et du Parti de l’Istiqlal ont présenté mercredi une démission collective adressée à Farid Chourak, fraîchement nommé par le roi Mohammed VI en tant que gouverneur de la province d'Al Hoceima. Une décision qu'ils justifient par l’intervention musclée des forces de l’ordre le jour de l’Aïd.

Les forces de l'ordre face aux manifestants
à Al Hoceima lors d'une manifestation. / Ph. DR
Nouveau rebondissement après les violences qui ont éclaté lundi à Al Hoceima et sa région. 
Cinq présidents de communes du Rif ont présenté hier une démission collective au gouverneur de la province, en guise de protestation contre l’intervention musclée des forces de l’ordre lors des affrontements ayant opposé manifestants et policiers.
Il s’agit d’El Makki Hannoudi, président USFP de la commune rurale de Louta et de Rochdi Ziyani, président de Bni Hadifa, du Parti de l’Istiqlal. Les PAMistes Abid Aknibess de la commune de Rouadi, Abdelhamid Khammari (cercle de Bni Ouriaghel) et Omar Noureddine (Imrabten) figurent aussi parmi les signataires, selon le document adressé à Farid Chourak, fraîchement nommé par le roi Mohammed VI en tant que gouverneur de la province d’Al Hoceima.
Dans leur lettre, les désormais cinq ex-présidents de communes expliquent que leur démission collective intervient suite à la «situation et la crise de la région, après que les autorités locales ont rompu tout dialogue et consultation, et en guise de protestation contre l'usage répété et les abus continus et excessifs de la force, et l’approche sécuritaire pure et dure face aux demandes et revendications de la population».

Maroc : La matraque à la place de l’argent

par Maroc Leaks,29/6/2017
Casablanca, sit-in de soutien au Hirak, 28 juin 2017

Le manque d’argent et les dettes exhorbitantes paralysent le gouvernement marocain pendant que les besoins de la population attendent dans le placard au risque d’être oubliés.

Avec la crise financière traversée par le Maroc depuis plusieurs années et que Rabat n’arrive à peine à dissimuler, la capacité d’initiative du gouvernement s’est avérée très étroite. Il n’y a pas d’argent, le tourisme en baisse et les dettes accumulées sont toujours là. La précarité aussi ne fait que monter dans une société de plus en plus consciente de ses droits légitimes. Le régime, pour sa part, focalise sur le Sahara Occidental qui accapare toute son attention et intérêt.

La crise du Rif a mis à l’épreuve le régime du Maroc. Le slogan du plus beau pays au monde est tombé à l’eau. De même, la vitrine largement exposée de l’exception  marocaine.

Surendetté, le Makhzen se trouve au bord de la faillite. Incapable de subvenir aux besoins de la population, le régime a choisi la fuite en avant matraque en main en vue de mater le Hirak du Rif. Coincé dans ses contradictions et sa soummission à la volonté du palais, le gouvernement du PJD se cache derrièle le silence. Il n’est même pas utile pour canaliser la rue tel qu’il l’a fait en 2011 dans le but de sauver le régime des foudres du Printemps Arabe.

Le peuple marocain s’est trouvé face à une réalité dure : Le fait de voter pour des partis politiques qui sont, en réalité une coquille vide. Ils ont voté pour le PJD sans que celui-ci ait un programme clair et transparent. C’est le résultat des votes achetés à 200 DHM.
Cependant, un fait important pourrait changer la donne. Cinq des présidents des communes d’Al Hoceima ont présenté leurs démissions. Il paraît que d’autres suivront. Une première dans les conflits sociaux marocains.

Manifestations à Lyon, Paris et Madrid pour la libération des détenus politiques rifains


Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais

Rosa Moussaoui
Jeudi, 22 Juin, 2017
L'Humanité
L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.
Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.
Suite de la page une
La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

Des journalistes croupissent derrière les barreaux

Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.
Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.
Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.
Journaliste à la rubrique Monde

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Suite de la page une
La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

Des journalistes croupissent derrière les barreaux

Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.
Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.
Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.
Journaliste à la rubrique Monde

Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais

Rosa Moussaoui
Jeudi, 22 Juin, 2017
L'Humanité
L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.
Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.
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La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

Des journalistes croupissent derrière les barreaux

Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.
Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.
Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.
Journaliste à la rubrique Monde


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