samedi 19 août 2017

Maroc : Le grand Della Sudda est mort.

Le militant droits-humaniste François Della Sudda vient de nous quitter. C’était un grand défenseur des droits humains au Maroc. C’était un socialiste aussi et l’un des fondateurs du PSU (français). Il a connu Ben Barka et certains nationalistes de gauche marocains algériens et tunisiens. 
 Il a été aussi co-fondateur des Comités de lutte contre la répression au Maroc (CLCRM) en 1972 pour soutenir les militants de la gauche révolutionnaire marocaine persécutés par Hassan Il. Il a publié en mai 1973 suite aux événements de Moulay Bouazza, un article qui fait date. Ce qui est curieux c’est qu’il reste d’une actualité étonnante vu le contexte d aujourd’hui. J’en cite un passage ici

« La répression qui s ‘est abattue sur l’ensemble des forces d’opposition…des centaines d’arrestations officielles …traduit l’extrême désarroi qui règne au sein du pouvoir…Il ne reste rien du semi-libéralisme dernière marge de manœuvre d’un pouvoir aux abois. Le masque est tombé: le policier est roi… » fin de citation
Que son âme repose en paix. Tu me manqueras à jamais très cher ami

 Maati Monjib

Titres Solidmar du 13 au 20 aout 2017


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Solidarité Maroc 05
solidmar05@gmail.com / Mariejof05@gmail.com

Occupation : acceptation ou résistance. 1ère partie, résistance

Par APSO

Le texte suivant est une partie d'un diptyque qui propose de suivre le destin de deux Sahraouis dont les chemins se sont croisés dans les mêmes lieux aux mêmes périodes. Les campements de El Aaiun occupée en 1991, année du cessez-le-feu. Par leurs choix opposés, acceptation ou résistance, ils illustrent ce que l’histoire a malmené les hommes, quand rien n’est simple et que le prix à payer est lourd.
Ci-dessous, Mohamed Mayara refuse pour survivre à la mort de son père, de sa sœur, et que leurs mémoires ne soient pas effacées... Mohamed Ardoun accepte pour survivre, et en meurt ignoré et méprisé des autorités, le texte sera publié ultérieurement.
Le diptyque a été publié dans Informations et Commentaires, le développement en questions, septembre 2016
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Je suis militant sahraoui pour le respect des droits de notre peuple. Je suis un parmi d’autres. Les autorités marocaines utilisent tous les moyens possibles pour nous empêcher de mener notre combat, par de l’intimidation, de la discrimination, des humiliations, en nous faisant prendre du temps et de l’énergie, ou en compliquant nos moyens économiques de subsistance.
J’ai connu les arrestations et longs interrogatoires répétés, les fouilles irrespectueuses, et les espionnages divers, les coupures de téléphone et d’électricité intempestives, l’encerclement très visible de ma maison par des dizaines de véhicules de la police
Je suis né le 6 décembre 1975, j’avais 1 mois le jour de l’invasion militaire du Sahara Occidental. Mes parents, originaires de El Aaiun, habitaient alors Tantan au sud du Maroc. Je suis le dernier de ma fratrie. Nous sommes 5 sœurs et 3 frères.
Mon père Haiba Mayara a disparu le 27 février 1976, jour de la proclamation de la République Sahraouie, un peu plus de deux mois après ma naissance. Il avait 55 ans.
La police est venue dans notre maison à Tan Tan, Les agents ont mis de force un bandeau sur les yeux de mon père et l’ont menotté. Ils ont emmené de la même façon mes trois oncles, avec comme seule explication qu’ils étaient tous du Polisario. 
Mon père est resté enfermé vers Agadir, dans une prison secrète marocaine où il est mort en 1977. Il est mort sous la torture des Marocains. Mon oncle était avec lui en prison, il a été libéré en 1991 et nous a appris la mort de mon père et ses circonstances. J’avais presque 16 ans.
Un grand frère, une grande sœur et ma mère ont aussi connu une période de disparition forcée et de torture. Mon grand frère Med Salem, né en 1958, était maitre dans une école de Essmara quand il a été arrêté en juin 1976. Il était soupçonné d’avoir des relations avec le Polisario. Il a disparu pendant 6 mois. Il a ensuite été constamment menacé et harcelé, il l’est toujours.
En juin 1976, Aicha, ma grande sœur née en 1954 a été arrêtée à Glimim, pas très loin de chez nous. Elle aussi a disparu pendant 6 mois. Elle s’était mariée en 1968 et avait deux enfants nés en 1969 et 1975. Son mari qui travaillait en France avant de rejoindre le Polisario en 1975 est mort pendant la guerre contre le Maroc, en 1984. Aicha est morte en 1987, des suites des tortures parce que la famille n’a pas pu la conduire au Maroc pour y être soignée. Ses enfants ont été élevés avec moi. Son deuxième fils Rachid, né la même année que moi, est mort une nuit de 1997, à 22 ans. Le docteur a dit qu’il avait fait une crise cardiaque.
En 1977, avec 17 autres femmes sahraouies, ma mère est allée à Rabat pour « chercher son mari » comme elle dit. Elle n’a rien appris sur lui, et a été arrêtée à Guelmim à son retour. Elle a disparu pendant 3 mois. J’avais un an et demi et j’étais avec ma grand-mère.
Je suis allé à l’école à Tan Tan en 1981, et je n’en ai pas de bon souvenir. Dès le début je me suis trouvé dans des bagarres avec les enfants marocains, et le père de l’un deux m’a frappé. J’ai alors réalisé que personne ne pouvait m’aider que des femmes : ma mère et les femmes de mes oncles. Cette prise de conscience de l’absence des hommes m’a profondément marqué.
Je suis allé au collège à Tan Tan jusqu'à la quatrième année. (3ème dans le système français)
La famille a déménagé vers El Aaiun en 1991. Nous attendions avec impatience la libération des disparus sahraouis. Ils ont été relâchés en juin 1991 mais mon père n’était pas parmi eux.
Nous avons d’abord habité sous la tente dans les campements de Sahraouis qui étaient à l’entrée nord de El Aaiun. Nous y sommes restés 3 ans, le temps de trouver un logement dans la ville.
Après mon bac en 1997, j’avais essayé de faire des études universitaires à Rabat, mais les conditions étaient trop difficiles, et j’ai abandonné. Il n’y a pas d’université au Sahara Occidental, et les conditions pratiques et pédagogiques que nous devons supporter sont décourageantes.
Si la conscience de mon identité sahraouie et de ses conséquences est ancrée dans mon histoire familiale, j’ai choisi la résistance à l’occupant et à l’oubli en étant membre du comité des familles des martyrs dans les centres secrets. Il est des vérités qu’il est nécessaire de connaître pour vivre.
J’avais 24 ans en 1999 lors de ce que nous appelons la première intifada.
Notre énorme manifestation a été attaquée par les forces d’occupation, et j’ai fui vers Rabat pour échapper à la répression, les arrestations, les tabassages. Là j’ai décidé d’apprendre une langue pour immigrer et défendre ma cause depuis l’extérieur. J’ai commencé par prendre des cours d’anglais à l’American Language Center puis j’ai décidé de m’inscrire au Goethe Institut. J’ai obtenu le Zertifikat Deutsche Als Fremdsprache, diplôme d’Allemand. Il validait un an d’étude. Cette période est pour moi le début de la conscience qu’il ne faut pas se laisser massacrer sans le faire savoir en dehors du pays. J’ai commencé à faire des vidéo, à écrire des informations. Finalement je ne suis pas parti à l’étranger, mais j’avais acquis des bases précieuses en allemand et anglais.
En 1999 aussi, après la mort d’Hassan 2, le Maroc de Mohamed 6 veut couper avec le passé. Il met en place l’instance indépendante pour la compensation matérielle pour la réconciliation. 

vendredi 18 août 2017

AU MOINS CENT NOUVELLES ARRESTATIONS LES 12 ET 13 AOUT

Arrestations dans le Rif

La Dépêche | 15 août 2017
Alors qu’un calme relatif était revenu dans le Rif ces dernières semaines, l’annonce de la mort de Imad Laâtabi le 8 août  a ravivé les tensions. Au moins 100 personnes en total auraient été arrêtées selon l’avocat Abdessadak Elbouchattaoui, suite aux marches interdites organisées à Laroui, dans la province de Nador, et à Imzouren, à 20 km d’Al Hoceima, le 12 et 13 août.
A Imzouren, le nombre exact des personnes arrêtées n’est pas connu, mais l’avocat Elbouchattaoui parle d’un chiffre avoisinant 70 personnes, qui risqueraient d’encombrer davantage la prison d’Al Hoceima, “déjà à son plein à cause des arrestations massives”, selon notre source.
De son côté, Yassin Elfassi, avocat inscrit au barreau d’Al Hoceima, cite des “dizaines d’arrestations”, dont au moins 15 à Laroui. Le nombre précis devra évoluer et être connu après l’épuisement des 72 heures de la garde à vue, indique l’avocat, pour qui “il est désormais impossible d’avoir des chiffres exacts à cause du grand nombre de détenus”.

Côté officiel, aucune communication n’a été faite par les autorités au sujet des arrestations du weekend dernier. Ladépêche.ma a tenté sans succès de contacter le porte parole du gouvernement. Le dernier bilan révélé par le même ministre remonte au 7 juillet. Il faisait état de 176 détenus.

    Quand la situation dans le Rif pousse des jeunes Marocains à "se réfugier" à Melilla



    ©El Diario


    Depuis quelques mois, le bureau chargé des demandes de protection internationale au poste-frontière de Beni Ensar voit arriver de plus en plus de jeunes originaires d'Al Hoceima.
    De nombreux demandeurs d’asile adressent leurs demandes au poste-frontière de Beni Ensar, entre le Maroc et Melilla, afin de pouvoir bénéficier de la protection internationale dans l’Union européenne. La majorité d’entre eux viennent de pays en guerre comme la Syrie et l’Irak, plus nombreux que les demandeurs d’asile originaires du continent africain. Mais voilà que depuis quelques mois, le bureau chargé des demandes de protection internationale au sein du poste-frontière voit arriver de plus en plus de jeunes originaires d’Al Hoceima.
    «Il semble qu’ils sont recherchés par la police marocaine», a confié à l’agence Efe l’avocat Rafael Gámez, qui collabore avec la police espagnole en matière d’assistance des demandeurs d’asile. Il ajoute que ces demandeurs d’asile «ont peur ou sont recherchés pour avoir activement pris part à des manifestations pacifiques; ils craignent des représailles». Depuis octobre 2016, le Rif est le théâtre de protestations, qui ont conduit à l’arrestation de près de 200 activistes.
    «Pour bénéficier de la protection internationale, les demandeurs d’asile doivent fournir des preuves de leur participation active dans ces manifestations», souligne Gámez. Ces preuves peuvent être des photos, des vidéos ou des publications par le biais de médias de communication. Moneim fait partie de ceux qui y sont arrivés, lui qui a décidé une nuit de quitter Al Hoceima et a passé plusieurs jours à attendre le moment d’entrer à Melilla par la voie du «risky». «Je ne pouvais pas passer avec mon passeport, par peur d’être arrêté à la frontière», explique-t-il à Efe. Le Marocain a donc profité de l’agitation provoquée par la ruée des porteurs au poste-frontière pour entrer dans le préside occupé.
    Mais l’obtention de la protection internationale ne signifie pas que Moneim accèdera très vite au continent européen. Le demandeur d’asile craint en effet de devoir passer «un an ou un an et demi  sans pouvoir sortir de Mellia», à l’instar de tout demandeur d’asile maghrébin. Par comparaison, d’autres réfugiés comme les Syriens n’attendent que quelques semaines avant d’être envoyés en Espagne.
    Si les données officielles ne précisent pas le nombre de demandeurs d’asile originaires du Rif parmi les quelque 1.300 demandes soumises rien que cette année, des organisations comme la Commission espagnole d’aide au réfugié (CEAR) en compte au moins une dizaine.

    Younes Benkirane : Assassins Nous aurons votre peau


    Assassins nous aurons votre peau
    (à Leila Alaoui, à Barcelone, à toutes les victimes de la terreur)
    Assassins Nous aurons votre peau
    Sans -pour autant- jamais céder à votre haine
    Assassins nous aurons votre peau
    Notre détermination est plus forte que la vôtre
    Notre vertu plus solide que votre morale
    Notre justice plus droite et loyale que vos meurtres
    Assassins nous aurons votre peau Et vous
    Vous ! Jamais n’aurez notre droiture
    Nous serons justes et fermes Et vous
    N’en serez qu’infâme vomissure
    Assassins nous aurons votre peau Et vous
    Et vous Jamais n’aurez notre pays
    Notre terre va du Levant au Couchant
    Et brille d’un soleil que vous ne saurez flétrir
    Notre pays est sources et eaux et vins et amour
    Fontaines et couleurs et saveurs et miels
    Notre pays est jardins Notre pays est sensualités et fidélités Et vous
    Vous !
    Jamais n’en aurez une once Ni quelque hypothétique houri
    Assassins nous aurons votre peau Nous vous terrasserons
    Vous n’aurez à m’implorer quelque indulgence
    Ni pitié Car
    Il n’est dans notre projet de vous fusiller
    De vous étêter
    De venger supplicier outrager ou violer
    Notre projet est autrement plus exigeant
    Plus laborieux et persévérant
    Notre dessein est inscrit dans la durée :
    Nous en devrons vous neutraliser
    Votre fonds de commerce juguler
    L’ignorance enrayer l’égalité prévaloir
    L’instruction instituer la culture promouvoir
    Assassins nous aurons votre peau
    Nous vous terrasserons
    YB

    Hirak du Rif : Après Imad Al-Attabi, l’activiste Abdelhafid El Haddad est mort




    Hirak du Rif : Après Imad Al-Attabi, l’activiste Abdelhafid El Haddad est mort



    C’est le deuxième décès dans les rangs des activistes du Hirak en l’espace de quelques jours. Ainsi, après la mort de Imad Al-Attabi, annoncé le 8 août dernier, le Maître Abdessadek El Bouchattaoui a annoncé, vendredi après-midi, le décès de l’activiste Abdelhafid El Haddad.
    Le défunt, chauffeur de taxi, marié et père de 3 enfants, transféré hier dans un état grave à l’hôpital Al-Farabi d’Oujda, « était dans le coma total en raison d’une asphyxie due à l'inhalation de gaz lacrymogène mercredi soir (9/8/2017) » avait expliqué le membre du collectif de défense des détenus du Hirak.
    Il convient de rappeler que lors de cette manifestation, organisée, justement, après l’inhumation de Imad Al-Attabi, des affrontements ont éclaté entre des manifestants et les forces de l’ordre qui ont dû faire usage de la force pour disperser la foule.
    A signaler également que le procureur du roi à la cour d'appel d’Al Hoceima avait donné une version complètement différente du drame. Le magistrat avait expliqué que la victime « était hospitalisée, car elle souffrait d'asthme ».

    Le Hirak ne revendique rien !

    17 août par Salaheddine Lemaizi 
     
    CC - Vimeo
    Le temps est lourd. La température politique est exténuante cet été au Maroc. Pas de soleil à l’horizon, qu’un ciel plombé et des arrestations et de la répression. La mobilisation au Rif est partiellement étouffée, pourtant le régime est déboussolé. La « société » se dit « inquiète », mais reste neutralisée. A ce point du Hirak, il faut être malhonnête pour ne voir dans ce mouvement qu’une simple liste de revendications pour un hôpital, une université... Cette mobilisation de neuf mois est une mise en échec en règle du régime politique, de ses appareils sécuritaires, économiques et sociaux, ainsi (et surtout) de ses intermédiaires. C’est tout l’édifice idéologique bâti depuis au moins 18 ans qui s’effrite.
    Le point de départ du Hirak a d’abord été une réaction spontanée à un événement indigne, la mort du poissonnier Mohcine Fikri ; puis il s’est organisé et a établi un cahier revendicatif avec des points précis. Cependant, depuis l’arrestation de ses leaders fin mai 2017, ce mouvement est entré dans une nouvelle phase. Désormais, le Hirak ne revendique rien ! « Revendiquer, c’est déjà être soumis », disait l’économiste français Frédiric Lordon.

     La population du Rif est déjà dans cette dynamique d’insoumission, de dissidence non violente, de libération de la parole et d’humanité. Même les plus tenaces chaines se brisent actuellement dans cette région, comme en témoigne cette participation des femmes rifaines dans la lutte et dans les rues. Tous les verrous éclatent ou presque. Le Rif sort du « cadre ». C’est ce dépassement de frontière qui inquiète le plus le régime et se traduit par la répression systématique de ce mouvement.
    « Revendiquer, c’est déjà être soumis »,
    Frédéric Lordon

    D’ailleurs, il se peut que nous vivions un de ces moments fort de l’Histoire d’un peuple, où des groupes ordinairement séparés redécouvrent ce qu’ils ont de profondément en commun. Ce moment révolutionnaire – appelons les choses par leur nom - qui conduit le commerçant, le salarié, le fonctionnaire, l’étudiant, le chômeur à faire barrage au système pour appeler à la Grève générale, une, deux, trois fois depuis des mois, avec d’immenses succès à chaque reprise. Cette convergence est une hantise de tout pouvoir.
    Durant les manifestations de juin et juillet, le Hirak a abandonné le registre de la revendication. L’exigence de la libération des 130 prisonniers du Hirak n’est pas une revendication, c’est un signe supplémentaire de désobéissance contre le pouvoir. Les habitants d’Al Hoceima à Talourakt en passant par Imzouren sont en résistance affirmative. Ils continuent à soutenir leurs jeunes en prison, que le pouvoir traite en criminels.
    Chaque annonce de manifestation est une affirmation d’exister face à un État aux abois. Chaque manifestant sortant dans les rues affirme son existence face à la volonté du régime qui le veut soumis et humilié. En soi, c’est une nouvelle affirmation du Politique.
    En somme, ce Hirak sonne le tocsin d’une période finissante. Les seigneurs du moment, corrompus et sans projet, accélèrent eux-mêmes le processus de décomposition de leur système. Même s’il y a de fortes chances qu’ils se maintiennent, moins légitimes que jamais, grâce à l’usage d’une répression de plus en plus brutale, la dissidence rifaine longue et coûteuse laissera des traces sur le corps malmené du Makhzen. A nous de faire que ces sacrifices et cette résistance ne soient pas vains.
    Secrétaire général d’ATTAC CADTM Maroc et Comité des études et de plaidoyer du CADTM Afrique.

    Autres articles en français de Salaheddine Lemaizi  www.cadtm.org/Le-Hirak-ne-revendique-rien


    « Le roi est bon, la classe politique est mauvaise », un mythe à bout de souffle ?



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    « Le roi est bon, la classe politique est mauvaise », un mythe à bout de souffle ?

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    Un texte de Mounia Bennani-Chraïbi, professeure de science politique à l’Université de Lausanne
    Cliquez ici pour obtenir la version imprimable (PDF)

    Avant-propos
    Younes Benmoumen
    À la 18ème année du règne de Mohammed VI, la cause est entendue : les partis politiques sont responsables de la crise politique que traverse le Maroc, parce qu’ils sont faibles. Ils ne sont plus en mesure d’assurer la fonction de corps intermédiaire entre la population et les institutions. Leur capacité à encadrer la participation politique des citoyens, puis à l’exprimer dans les institutions élues est en panne. Le Hirak en témoigne depuis presque un an, dans une région où le parti dominant les élections locales n’a jamais pu se constituer en interlocuteur légitime de la population locale. Ce constat est partagé par beaucoup, parce qu’il porte le sceau du sens commun.
    Pourtant, ce constat n’est pas nouveau. La contribution de Mounia Bennani-Chraïbi a d’abord le mérite d’énoncer la genèse de « la crise des partis » et de rappeler sa trajectoire chez différents auteurs et disciplines, historiens, politistes et anthropologues. Cette réflexion préalable permet de lever le voile sur les dynamiques qui travaillent aujourd’hui la scène politique marocaine, et qui sont le plus souvent occultées par le discours dominant.
    Que nous apprennent-ils sur la « crise des partis » ?  Tout d’abord que dans notre roman national, le parti politique défaillant est un personnage ancien. Il apparaît dès que le Palais s’est imposé en acteur dominant du jeu politique, au détriment des partis du Mouvement national. Pendant une trentaine d’années de plomb, répression, cooptation et fragmentation ont désamorcé le champ partisan en le terrassant. Comme elle le rappelle, les partis « administratifs » ont toujours été créés pour « combler le vide politique », « représenter la majorité silencieuse », attirer les « plus compétents » et mettre efficacement en œuvre « les Hautes orientations royales ».
    Aujourd’hui, les élections sont devenues régulières, relativement transparentes et compétitives. Mais ces élections sont encadrées par une ingénierie qui interdit l’émergence d’une majorité parlementaire, et condamne les partis à des coalitions incohérentes. La Monarchie dispose de larges prérogatives, mais sans être soumise à la reddition des comptes. Le multipartisme est mis en avant, mais une partie de l’opposition n’a accès ni à la scène électorale ni aux médias officiels. Ce portrait est sommairement celui d’un autoritarisme électoral, forme de régime politique dont le Maroc est devenu un archétype depuis l’alternance de 1998.
    Que nous apprend la littérature académique à ce sujet ? Qu’en substance, la fonction d’un parti politique dans un régime d’autoritarisme électoral est d’être « faible » et « défaillant ». Il sert moins à encadrer, mobiliser et gouverner, qu’à assurer un partage des ressources et des fonctions, « crédibiliser les politiques publiques, donner des signaux aux investisseurs et acteurs internationaux et, surtout, diffuser la responsabilité en cas d’échec ». De ce point de vue, les partis politiques marocains remplissent bien leur rôle. 5% des sièges à la Chambre suffisent à la présider, bloquer un gouvernement et finir par le rejoindre. L’ennui est que ce sont les électeurs qui renâclent.
    La crise est donc moins dans les partis, que dans la nature des revendications dirigées vers le pouvoir. Dans le discours, la déflexion de la responsabilité vers les partis ne convainc plus. À El Hoceima, la crise n’a jamais été pour ou contre le PAM, elle a été sans lui. Trop faible, un parti devient inutile. Trop puissant, il rompt l’équilibre de cartel des partis et se montre menaçant pour le Palais. Se focaliser sur la faiblesse des partis revient à occulter la critique du système dont elle est le résultat logique.
    Sans être exhaustive, cette analyse permet cependant de réaffirmer la nature institutionnelle du débat. Faut-il que les partis soient faibles pour que la Monarchie soit forte ? L’incapacité ou le refus de débattre de cet enjeu, celui d’un acteur dominant qui perpétue sa domination en la justifiant par la faiblesse du personnel politique, explique le brouillard où se perdent toutes les tentatives de réforme. Ce dilemme coûte cher au pays, puisqu’il ne permet ni la confiance dans les institutions publiques, ni des résultats socio-économiques probants.
    En sortir nécessite effectivement l’application pleine et entière des principes constitutionnels, au premier rang desquels la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes. Les travaux de Tafra sur les élections législatives marocaines démontrent que le mode de scrutin et les modalités du découpage électoral interdisent l’existence d’une majorité parlementaire cohérente. Or, c’est précisément l’une des conditions à l’exercice de la responsabilité. Ce principe simple est occulté par l’ingénierie électorale, qui fait du Parlement une institution désordonnée et condamnée à l’inefficacité, où les coalitions pléthoriques et hétérogènes sont le meilleur moyen de brouiller la responsabilité de chacun de ses membres.
    Le discours royal du 29 juillet fait de la reddition des comptes la pierre angulaire de la mise en œuvre de la Constitution. Mais il nécessite une initiative que personne ne semble aujourd’hui prêt à assumer : rouvrir les débats constitutionnels de 2011, dont la fugacité hypothèque aujourd’hui la mise en œuvre des principes édictés. L’État dispose aujourd’hui d’un exécutif bicéphale. Son chef, drapé de sa légitimité religieuse, préside le Conseil des ministres et dispose de domaines réservés. Il définit les « orientations stratégiques », pourvoit par dahir aux plus hautes fonctions civiles et militaires, nomme et renvoie les ministres. Ce qui reste au Chef du gouvernement, ce « primus inter pares » des élus, justifie-t-il la reddition des comptes ou la rend-il au moins crédible ? Car pour rendre des comptes, encore faut-il en être pleinement responsable. Tel est le contre-récit qui se développe, des manifestations de 2011 à celles du Rif.


    Lire la suite :

    Après Barcelone...

    Luk Vervaet

    Après Barcelone...
    Nous ne quittons pas encore nos maisons. Nous ne formons pas encore des colonnes de réfugiés comme on peut les voir par dizaines ou centaines de milliers dans les pays du Sud. Mais notre vie paisible dans le Nord semble définitivement finie. Des innocents meurent dans les capitales européennes avec la régularité d’une horloge, frappés par un terrorisme aveugle qui ne fait plus de distinction ou de différence.

     Le backlash, le contrecoup de 25 ans de guerres occidentales ininterrompues et de 15 ans de guerre mondiale contre le terrorisme est bien là. Si nous voulons sortir de l’impasse, il faudra la paix, aussi inimaginable qu’elle soit. La fin de la guerre d’agression contre le Vietnam dans les années 1970 ou l’accord de paix du Vendredi Saint en Irlande du Nord dans les années 1990 ont mis fin aux luttes armées qui frappaient plusieurs pays européens. Aujourd’hui, il faut que la Belgique, et les autres pays européens, se retirent de la coalition antiterroriste américaine. Et qu’on réinvente ce que veut dire : la paix et la justice sociale au niveau mondial...

    jeudi 17 août 2017

    #Maroc : Le journaliste Ali Lmrabet victime d’agressions policières à Tetouan


    12 août 2012



    Le journaliste marocain Ali Lmrabet a été agressé ce soir à Tetouan par trois policiers alors qu’il faisait ses courses dans les rues de la ville. Le journaliste, que nous avons joint par téléphone, nous confia les propos suivants :
     Je ne suis pas en état d’arrestation. J’ai l’habitude de sortir la nuit durant le ramadan marcher dans les rues de la ville. Alors que j’achetais des pommes d’un marchand ambulant, trois policiers m’ont attaqué et roué de coups. Ils m’ont traîné par terre et m’ont insulté.
    Le journaliste, qui est en ce moment dans un commissariat de police à Tetouan où il compte porter plainte pour coups et blessures dit ne pas comprendre les motifs de cette attaque :
    Je ne comprends pas pourquoi ils m’ont agressé. Ils n’ont pas manqué non plus de me voler 200 dh ainsi que ma carte nationale. Le plus surprenant peut- être c’est le fait qu’ils ne m’aient pas arrêté ni accusé de quoi que ce soit. C’est une agression gratuite. Je ne bougerai pas d’ici tant que ma plainte n’est pas recue et un PV redigé.
    Quand j’ai demandé qu’on me rende ma carte nationale les policiers m’ont insulté, me traitant de tous les noms. « Tu peux aller chercher ta carte chez Benkirane… » me dit l’un d’eux.
    Ali Lmrabet nous explique qu’il s’agit de la deuxième agression sur sa personne en moins de 48h :
    Hier encore, quelqu’un m’a attaqué avec un tesson de bouteille. La police n’est pas intervenue malgré mes appels répétés.
    Pour rappel, Ali Lmrabet est journaliste au quotidien espagnol El Mundo. Il est le fondateur du défunt journal Demain. En 2003 il est condamné pour crime de lèse-majesté et ses publications bannies des kiosques. Il est, depuis 2004, interdit de pratiquer sa profession de journaliste au Maroc.

    Maroc : D’où vient la fortune de Mohammed VI ?


    Selon plusieurs sources bien informées, la fortune du roi du Maroc Mohammed VI est estimée à plus de 5,7 milliards de dollars. Dans un discours officiel, le souverain marocain s’est déjà demandé où sont parties les richesses du Maroc. Le citoyen marocain, pour sa part, s’est posé une autre question très pertinente : Si le Maroc n’a pas de gaz ni de pétrole, d’où diables Mohammed VI tire-t-il autant d’argent pour se situer bien haut dans l’échelle des têtes les plus fortunés du monde ?.
    Eh bien, la réponse est là. Cet argent dissimulé dans les paradis fiscaux notamment en Suisse est le fruit d’un détournement systématique des revenus du phosphate du Sahara Occidental, des deniers publics mais surtout des lignes de crédit octroyées par les bailleurs de fonds internationaux tel le FMI et la BANQUE MONDIALE.

    Mohamed VI ne se contente pas de spolier le peuple marocain, le plus grave c’est qu’il l’endette sur plusieurs générations. Une dette qui restera à la charge éternelle des Marocains même s’il y a un changement de régime.

     Aujourd’hui Mohamed VI concentre tous les pouvoirs et décide de tout dans un Maroc qu’il considère comme son fief féodal et les Marocains comme ses serfs.
    Alors qu’ils mènent en toute quiétude « l’approche sécuritaire », le nom déguisé de l’approche répressive et violente, la presse du Makhzen, au Maroc il n’y a qu’une presse créée par les experts de Mohammed Yassine Mansouri, c’est-à-dire aux ordres du palais et et de sa stratosphère bruissent de rumeurs de bouleversements à venir dans les arcanes du pouvoir marocain et de ses administrations. Ainsi va notre vie politique: susciter des espoirs de changements à chaque révolte populaire.
    Le seul bouleversement digne de ce nom serait la disparition pure et simple du Makhzen et l’instauration d’une bonne république fédérale ! Tant que durera cette monarchie prédatrice égocentrique, féodale et despotique, point de salut !