Christine Pedotti , 25/1/ 2018
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Depuis quelques jours, les appels en faveur de l’accueil des étrangers fleurissent, y compris émanant de proches du président Macron. Ses différents propos et la politique menée par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb sont mal ressentis non seulement par les différentes associations et ONG qui viennent en aide aux migrants, mais aussi par une partie de ses soutiens dont la sensibilité est plutôt à gauche. Le gouvernement prétend que la loi qui sera présentée au printemps est équilibrée et qu’elle promeut un meilleur accueil des demandeurs d’asile contre une plus grande rigueur à l’égard des migrants économiques entrés sans droit sur le territoire.
C’est déjà au nom de cette distinction que la circulaire du ministre de l’Intérieur veut recenser les personnes accueillies dans les centres d’hébergement d’urgence. De leur côté, les associations refusent de faire cette différence, au nom du principe d’humanité. Bien sûr, les associations ont raison ; le principe d’humanité est précieux entre tous et, devant un homme, une femme ou un enfant en détresse, affamé, malade, livré au froid, il ne peut y avoir de finesse politique. Pour autant, on ne peut négliger ce qui n’est pas dit par le gouvernement mais qui est la raison profonde de son attitude, comme elle fut celle du précédent. Eh oui, il faut en revenir à l’état de l’opinion publique. Sur ce sujet, les chiffres sont têtus, les Français et les Françaises ne veulent pas d’immigration. Au vu du sondage le plus récent (Elabe pour BFMTV en date du jeudi 18 janvier), le refus d’accueil reste très majoritaire quelles que soient les opinions politiques, même si les gens qui se situent à gauche sont un peu moins fermés que ceux qui se reconnaissent à droite. Mais d’autres faits sont avérés : dans tous les cas où des personnes migrantes ont été installées dans un village ou un quartier, l’annonce de leur venue a soulevé la colère des voisins ou riverains et, dans tous les cas, la grande majorité de la population locale s’est mobilisée pour venir en aide aux arrivants. Les belles histoires sont pléthore. Elles montrent que la peur est abstraite et l’hospitalité concrète. L’expérience de la place Maximilien de Bruxelles (voir p. 2) le montre. Quand les gens ne sont plus des chiffres ou des dossiers mais ont un visage et une histoire, tout change.
C’est pourquoi l’urgence, aussi grande que de donner un toit et du pain, c’est de changer notre regard, et c’est ce que nous demandons ici aux responsables politiques de notre pays et en tout premier lieu au président de la République, Emmanuel Macron. La politique, c’est aussi une parole qui change le monde et les coeurs ; l’une des beautés, des grandeurs et aussi des grandes responsabilités de la politique, c’est qu’elle peut permettre à la parole de devenir une action.
Monsieur le Président, vous pouvez faire pencher la balance vers l’accueil au lieu de la faire pencher vers la défiance et le refus. Ne vous laissez pas impressionner par l’opinion publique. Vous avez déclaré que la rue ne faisait pas la loi. La peur non plus ne doit pas être gagnante. Il y a soixante-seize ans paraissait le premier Cahier du Témoignage chrétien, titré « France, prends garde de perdre ton âme », qui se dressait contre la politique de collaboration avec le régime nazi et les lois antijuives. Il est tout à fait certain que, si l’on avait fait un sondage à l’époque, l’appel à la résistance au nazisme aurait été massivement minoritaire ; et les lois antijuives n’ont créé aucun remous.
Monsieur le Président, vous avez de grandes responsabilités, dont celles de la paix civile et de la cohésion nationale, mais aussi celle de l’honneur de la France, ce que le premier Cahier du Témoignage chrétien appelait « l’âme de la France ». Vous ne pouvez pas accepter que l’inhumanité soit le mode de traitement de la question des migrants parce que cette inhumanité ne frappe pas seulement ceux qui la subissent mais aussi ceux qui l’exercent ou la permettent. La question est difficile, nous en sommes bien conscient.e.s, mais nous savons, vous savez aussi, que vouloir bloquer les flux, dresser des murs, est une impasse. Nul n’y réussit, la détresse de ceux et celles qui arrivent est trop grande ; ce qu’ils et elles ont supporté avant de franchir nos frontières est si terrible que nos tracasseries administratives ou policières ne font qu’ajouter le malheur au malheur sans être dissuasives.
Monsieur le Président, la voix de la France compte et vous la portez. Contre les peurs et les repliements, vous devez affirmer que « tout le monde a une place sur cette Terre » et mettre en œuvre des politiques d’accueil généreuses et des alternatives empreintes d’humanité.
CHRISTINE PEDOTTI