vendredi 6 juillet 2018

Hirak du Rif : Le journaliste Hamid El Mahdaoui fera appel de son jugement

Hirak du Rif : Le journaliste Hamid El Mahdaoui fera appel de son jugement
Source : LesInfos.ma
03/07/2018 11:30

Condamné à trois ans ferme et 3.000 dirhams d’amende, le directeur du site « Badil.info » fera finalement appel de son jugement. Retour sur un cas qui suscite bien des polémiques.  


L’épouse du directeur du site d’information « Badil » avait d’abord annoncé que son mari n’allait pas faire appel de son jugement, mais ses avocats – Me Mohamed El Haini et Me Habib Hajji - ont affirmé le contraire, lundi soir sur un post Facebook. La condamnation de Hamid El Mahdaoui, jugée très lourde, suscite l’indignation tant dans les milieux des médias qu’associatifs et l’appel pourrait peut-être faire basculer les choses.
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Amnesty international monte au créneau 

Poursuivi indépendamment des acteurs du Hirak pour « non-dénonciation d’une tentative de nuire à la sécurité intérieure de l’Etat », le fondateur du site d’information « Badil » a écopé de trois ans de prison ferme et 3.000 dirhams d’amende. Une surprise pour Amnesty International. Ainsi, Yasmina Kacha, chercheuse pour l’organisation internationale et directrice du bureau Afrique du Nord à Reporters sans frontières explique que cette condamnation montre que la situation au Maroc est extrêmement difficile pour les journalistes. « Lorsqu’il a été annoncé que son dossier était séparé des autres jugements, on s’attendait à ce qu’il soit libéré », s’étonne la chercheuse auprès de nos confrères de Libération. « Il est maintenu en détention à l’isolement depuis bientôt un an, il a mené plusieurs grèves de la faim et on le condamne pour avoir parlé au téléphone et avoir reçu des appels de sources potentielles. C’est le choc ».
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Propos insensés 

En effet, la justice marocaine a procédé à l’arrestation du journaliste sur la base de sept conversations téléphoniques dans lesquelles Hamid El Mahdaoui s’était entretenu avec un certain Ismaïl Bouazzati, ressortissant marocain originaire d’Al Hoceïma et établi à Amsterdam. Dans ces communications, Ismaïl Bouazzati avait fait part de son souhait d’introduire des armes et des chars d’assaut sur le territoire marocain, des propos que le patron de « Badil » a jugés complètement insensés expliquant qu’il n’a, de ce fait, rien caché aux autorités. Lors de son audience le 27 juin dernier, le journaliste a refusé que les enregistrements téléphoniques soient réécoutés.
Hamid El Mahdaoui a été arrêté le 20 juillet 2017 à Al Hoceïma, alors en pleine révolte, avec d’autres acteurs de la contestation. Il a été condamné une première fois à trois mois de prison ferme pour « incitation d’individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics », avant que l’affaire des échanges téléphoniques ne vienne alourdir sa peine. Il est à rappeler que le journaliste n’est pas à sa première condamnation. À l’origine de révélations sur la mort de Karim Lachgar – il avait expliqué que l’activiste avait été victime de torture dans un commissariat en 2014 - il avait déjà été condamné à quatre mois de prison pour diffamation.
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Bac en poche mais système scolaire en faillite

«Nous avons triché toute notre scolarité »
Source : LesInfos.ma
26/06/2018

Après l'annonce des très attendus résultats du baccalauréat, la question de « l'après » se pose pour bon nombre de jeunes bacheliers. Ils rejoignent les rangs des universités et traînent durant leurs études supérieures des années de lacunes non comblées. Des enseignants des facultés de la capitale dénoncent un système scolaire en faillite, qui grève la formation et l'enseignement au Maroc.  


187.138 candidats au baccalauréat ont obtenu le précieux sésame ! Un diplôme décroché, en juin 2018, par plus de 57% des inscrits du secteur privé et public. Le taux de réussite est remarquable, s'enthousiasme le ministère de l’Éducation nationale, qui souligne l'amélioration de 7 points par rapport à l'année précédente (50,28%). Cette année encore certains brillants éléments se sont notamment distingués en obtenant des moyennes records (19,44 !) lors de cet examen. Les félicitations sont manifestement de rigueurs ! Pour autant, certaines voix s'élèvent et questionnent la qualité et le bien-fondé de ces formations...
A Rabat, de nombreux professeurs universitaires dénoncent un effet boule de neige et déplorent le niveau des jeunes fraîchement diplômés. « Le niveau est désastreux !», s'indigne le professeur S. Fort de plus d'une trentaine d'années d'expériences et d'enseignement dans une filière scientifique, l'universitaire explique avoir assisté à une chute vertigineuse et regrettable du niveau de l'enseignement. « Mes étudiants d'aujourd'hui seraient tout bonnement incapables de traiter les sujets que je donnais à leurs homologues dans les années 1980 », assène-t-il. Un très grand nombre de jeunes bacheliers des filières scientifiques, particulièrement prisées, manque des bases les plus élémentaires, avance l'un de ses confrères, le professeur M. Ce dernier relève régulièrement « les perles » de ces étudiants en première année, car « il préfère en rire », avoue-t-il gêné, à défaut d'en pleurer... Il reconnaît néanmoins que la situation reste critique et s'interroge, comme son homologue, sur le parcours de ces jeunes étudiants. « Comment ont-ils fait pour obtenir leur bac ? Pour passer de classes en classes, sans avoir valider ces acquis de base ?! », déplorent les professeurs, qui y voient une faille majeure et symptomatique d'un système scolaire en perdition.

Une habitude bien ancrée

L'un des éléments de réponse a été formulé personnellement par l'un des étudiants du professeur S. Pris la main dans le sac lors d'un examen, ce dernier, l'air contrit, s'excuse auprès de son enseignant : «  Désolé, mais c'est comme ça qu'on a toujours fait... Nous avons passé notre scolarité à tricher », reconnaît l'étudiant. Un aveu de faiblesse qui se vérifie dans de nombreux cas de figures, déclarent les enseignants dépassés. Pour ces universitaires, ce fléau connaît des origines multiples, imputables aux « différents camps » : des étudiants désinvoltes ou au contraire soumis à de trop fortes pressions et qui « n'étudient que pour les notes », un corps professoral dénué de moyens ou démissionnaire qui « exerce cette formation sans conviction ni - dans certains cas -, compétences » ainsi que des administrations scolaires qui louent la culture du classement et sacrifient la qualité de l'enseignement sur l'autel de la performance et concurrence entre les établissements scolaires.
Si le ministère de l’Éducation nationale déploie sans cesse de nouveaux dispositifs techniques, humains ou légaux pour lutter contre la fraude lors de l'examen du baccalauréat, ce phénomène semble rester néanmoins ancré dans les modalités de fonctionnement d'un trop grand nombre d'étudiants, agissant devant des enseignants désabusés... Cette année encore, 1267 cas de fraudes ont été enregistrés, soit un recul de près de 20% par rapport à l'année précédente, avance un Mustapha Khalfi, ravi. Toutefois, combattre la triche à la dernière étape du parcours secondaire consiste à regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. Pour le Professeur S, il n'y a pas de « discontinuité » et l'école autant que l'université ne pas des « îles désertes ». En tolérant ces failles, nous creusons chaque jour les sillons d'une société à plusieurs vitesses et mettons indiscutablement des bâtons dans les roues de ce développement auquel le Maroc aspire tant...

52 des 53 détenus du Hirak feront appel de leur condamnation



TelQuel
Vendredi 6 juillet 2018
sep
 
Rabie Lablaq est le seul des 53 militants du Hirak condamnés le 26 juin dernier par la Cour d’appel de Casablanca qui ne fera pas appel. Les avocats du comité de défense ont pourtant essayé pendant des heures de le faire revenir sur sa position. Les autres demandes d’appel seront déposées au plus tard ce vendredi 6 juillet.

jeudi 5 juillet 2018

Maroc : la condamnation des militants du mouvement « Hirak », symbole d’un gouvernement à la peine ?


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Interview
5 juillet 2018
Le point de vue de Brahim Oumansour

L’indignation augmente au Maroc après la condamnation des leaders du mouvement contestataire «Hirak» qui agita la région du Rif de 2016 à 2017. Ces revendications populaires pointaient du doigt les carences de l’État dans la gestion politique, sociale et économique de la région, et plus largement du Maroc. Le gouvernement semble avoir du mal à trouver des solutions durables pour redresser la situation du Royaume, mission rendue encore plus complexe dans un contexte diplomatique marqué par la tension avec l’Algérie. Le point de vue de Brahim Oumansour, chercheur associé à l’IRIS.

Les meneurs du mouvement « Hirak » viennent d’être condamnés à de lourdes peines de prison pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État ». De nombreuses associations de défense des droits de l’Homme ont dénoncé la répression du mouvement. Ces condamnations ne risquent-elles pas d’aggraver les tensions ? Que disent-elles des libertés individuelles et des droits de l’homme au Maroc ?

Depuis le début du mouvement Hirak Errif (mouvement du Rif), environ 400 personnes auraient été arrêtées. Les meneurs de ce mouvement de protestations, comme Nasser Zefzafi, écopent jusqu’à 20 ans de prison. Ces lourdes peines sont destinées bien sûr à briser le mouvement en le privant de ses leaders, et à servir d’exemple pour faire taire les autres militants. Les chefs d’accusation résultent d’une approche purement sécuritaire qui voilent les problèmes sociaux, économiques et politiques qui sont à l’origine de la gronde sociale. Rappelons que ce mouvement est né des manifestations déclenchées suite à la mort d’un vendeur de poissons, broyé dans une benne à ordure en octobre 2016, à Al-Hoceima (ville du Rif). Mais au-delà de cette tragédie, ce mouvement traduit un malaise social et un sentiment d’injustice très profonds. Plusieurs associations locales et internationales comme Human Rights Watch et Amnesty International condamnent ce verdict et dénoncent les arrestations abusives, et globalement la politique répressive des autorités marocaines contre le mouvement Hirak et d’autres mouvements. La répression n’exclut pas des journalistes comme Hamid Mahdaoui qui – pour avoir couvert les événements - est condamné à trois ans de prison ferme pour « non-dénonciation d’une tentative de nuire à la sécurité de l’État ».

Cet épisode souligne un net recul des droits de l’homme et des libertés au Maroc et risque de ternir l’image du pays aux yeux des instances internationales et particulièrement des partenaires européens sensibles à ces questions. De plus, contrairement aux attentes des autorités, ces condamnations disproportionnées risquent d’attiser les tensions et de susciter plus de solidarité en déplaçant la mobilisation vers d’autres villes et d’autres régions. Il faut ajouter que la mobilisation prend une forme horizontale qui la rend difficilement contrôlable par l’État.
Lire l'article : www.iris-france.org/115550-maroc-la-condamnation-des-militants-du...
 
 
 

mercredi 4 juillet 2018

Hirak du Rif, pétition à signer! LIBERATION !

ATTAC CADTM MAROC                                                                                                 

Appel de soutien et de solidarité

A toutes les personnes et organisations internationales qui soutiennent la liberté et les droits des peuples !

Les détenus du Hirak Rif subissent de lourdes peines de prison.

Elargissons la solidarité internationale pour leur libération et l’annulation des verdicts !

La Cour d'appel de Casablanca a prononcé de lourdes peines, mardi 26 juin 2018 contre les dirigeants et les militants du Hirak du Rif. Ce mouvement de contestation avait éclaté suite à la mort de Mohsine Fikri, broyé dans une benne à ordure le 28 Octobre 2016 à Al Hoceima.
Depuis lors, les Rifains et les Rifaines manifestent dans les rues et sur les places publiques pour exiger le jugement des meurtriers et satisfaire les revendications économiques, sociales et culturelles de la population.
Le pouvoir a essayé d’étouffer le mouvement en ayant recours à différentes formes de manœuvres politiques mais surtout à des interventions policières très violentes. Toute la région du Rif est assiégée par diverses forces de répression qui y stationnent depuis le début du mois de mai 2017. Les manifestations sont interdites. Les arrestations sont quotidiennes et les détenus subissent de lourdes peines. Le jeune Imad Attabi est décédé suite aux interventions sauvages des forces de répression contre la manifestation pacifique du 20 juillet 2017 à Al Hoceima.

Le nombre de détenus du Hirak du Rif a dépassé les 500. Les militants accusés étaient poursuivis pour plusieurs délits comme ceux « d’atteinte à la sécurité intérieure de l’État », « d’offense et de violence à l’encontre des éléments des forces publiques » ou encore « la tenue de rassemblements publics sans autorisation » qui témoignent de la nature des lois limitant les libertés.

Les lourdes peines – allant jusqu’à 20 ans de prison – attestent de l’ampleur du despotisme face aux luttes populaires dans notre pays. Ce qui nécessite une très large solidarité pour acquitter les détenus et faire tomber les verdicts prononcés par une justice corrompue et non démocratique.
Le régime marocain punit les détenus rifains pour avoir le courage de refuser ses politiques libérales et d’exiger la satisfaction de leurs revendications sociales (construction d’hôpitaux publics, d’une université et des infrastructures qui garantissaient leur dignité) et le jugement des responsables de l’assassinat de Mohsen Fikri et d’Imad Attabi.
Les détenus du Rif payent le prix de leur résistance à la persévérance de l’État à maintenir, par la répression forte, les politiques d’austérité dictées par les IFI au profit d’une minorité liée au pouvoir qui accumule les richesses.

Le Hirak du Rif est un vrai mouvement de base luttant pour un modèle de développement qui satisfasse les besoins immédiats de la majorité des citoyen-n-e, garantisse la dignité, mette fin à la répression, au bafouement des libertés d’expression et de manifestation, au pillage et la prédation des biens publics.
Seule la solidarité populaire locale, nationale et internationale est à même de garantir la liberté immédiate des détenus du Hirak du Rif et la satisfaction de leurs revendications économiques, sociales et culturelles légitimes.

Nous nous adressons donc à toutes personnes et organisations à l’échelle internationale pour signer cet appel pour exiger l’acquittement des détenus et leur innocence.

Elargissons la solidarité internationale !
Pour la liberté des détenus et la satisfaction des revendications du Hirak Rif !

ATTAC Maroc, membre du réseau CADTM.

 Signataires :
- Marie-Jo Fressard  Solidarité Maroc 05 05000 Gap France
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ALERTE Sahara: ce qu'a réellement décidé le sommet de Nouakchott

Sahara: ce qu'a réellement décidé le sommet de Nouakchott
Le Maroc a-t-il remporté une victoire dans le cadre du 31e sommet de l’Union africaine qui vient de se tenir à Nouakchott ? Ou a-t-il au contraire, été obligé d’accepter des concessions qui créent des précédents dangereux pour la question nationale ?
>Les faits.
Depuis plusieurs années, plusieurs pays très activistes sur le dossier du Sahara, tels que l’Afrique du Sud, l’Angola, le Mozambique et l’Algérie, ont multiplié les pressions pour pousser l’Union africaine à se doter d’un rôle pour la recherche d’une solution.
Mi-2014, imitant l’ONU, l’organisation panafricaine a désigné un “envoyé spécial pour le Sahara occidental“. Ce dernier n’était autre que Joaquim Alberto Chissano, ancien président du Mozambique, connu pour son hostilité militante à l’égard du Maroc. Cette nomination a été portée par le CPS, Conseil de la paix et de la sécurité en Afrique, présidé par l’Algérien Ismail Charki.
Pour des raisons évidentes, le Maroc n’avait jamais accepté que le dossier soit traité par l’Union africaine, et ce, depuis l’admission de la “rasd“ en 1984. En demandant à l’ONU de se saisir du dossier, au milieu des années 80, le Maroc a donc dessaisi de facto l’OUA de l’époque.
En 2013, l’Union africaine a manifesté d’une manière appuyée sa volonté de se saisir du dossier, à égalité ou en tandem avec l’ONU. En juin de la même année, le Roi Mohammed VI adresse au secrétaire général des Nations unies, une lettre réitérant “la position immuable du Maroc contre les tentatives renouvelées d'interférence de l'Union africaine dans le dossier du Sahara marocain“.

lundi 2 juillet 2018

Feu la liberté d’expression au Maroc



L’ouverture qui a suivi l’émergence en 2011 du Mouvement du 20 février n’a pas duré bien longtemps. À nouveau les libertés sont rognées, les manifestants jetés en prison, à tel point que certains militants en viennent à regretter les dernières années du règne d’Hassan II.

Vu de loin, le Maroc fait figure d’exception dans une région agitée depuis les révolutions arabes survenues en 2011. D’après le discours officiel, abondamment relayé par la presse locale, certains médias internationaux et, surtout, une partie considérable de l’opinion publique, le Maroc a négocié avec habileté le tournant de 2011. Alors que le pays était secoué par le Mouvement du 20 février, le roi Mohamed VI a annoncé dès le 9 mars 2011, soit moins de trois semaines après les premières manifestations, des changements politiques profonds. En juillet, une nouvelle Constitution qui accorde davantage de pouvoir exécutif au gouvernement était approuvée par 98 % des votants. Et en novembre, des élections anticipées avaient lieu, portant aux affaires un parti islamiste n’ayant jamais été au gouvernement, le Parti de la justice et du développement (PJD).
Malgré ces réponses, pendant environ un an, la rue marocaine a été animée par les manifestations du Mouvement du 20 février à un rythme soutenu et par de vifs débats politiques, y compris dans les régions les plus reculées. La liberté de parole a été progressivement arrachée et s’est exprimée depuis au sein de nombreux mouvements sociaux.
Pourtant, sept ans plus tard, les militants ayant participé à ce mouvement de protestation sans équivalent dans l’histoire récente du pays sont inquiets. Leur bilan est à mille lieues de « l’exception marocaine » dépeinte par le pouvoir.

« On se sent étouffer »

« En 2011, c’était le moment de la liberté ! On se sent étouffer par rapport à 2011. On se sent surveillé tout le temps, on sent la pression », regrette Khadija Ryadi, lauréate 2013 du prix des droits de l’homme des Nations unies et ancienne présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). « On n’a pas vécu cela depuis des années. » Le pays connait une vague de répression particulièrement intense, mettant à mal les récents acquis en matière de liberté d’expression et de rassemblement. Les rapports des ONG internationales confirment cette régression. L’hiver dernier, Amnesty International dénonçait des cas de torture — démentis par les autorités — de militants du Hirak, un mouvement exprimant des revendications économiques et sociales né dans le Rif en octobre 2016. Plus récemment, Human Rights Watch (HRW) pointait du doigt les violences policières et l’atmosphère pesante, peu propice au travail de ses enquêteurs à Jerada, une ancienne ville minière secouée par des manifestations.
Par ailleurs, dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 de Reporters sans frontières, le Maroc occupe la 135e place, illustrant la crise que traverse le journalisme dans le pays. Ces dernières années, les journaux indépendants ont disparu des kiosques tandis que les rares journalistes osant défier les lignes rouges subissent des pressions de plus en plus lourdes. Pour avoir couvert les manifestations du Rif, sept personnes, essentiellement des journalistes citoyens ayant relayé les premières protestations, sont derrière les barreaux, aux côtés des militants du mouvement.

Un millier de prisonniers politiques

Les chiffres rendus publics par l’AMDH sont sans appel. Près de mille personnes auraient été emprisonnées pour des raisons politiques depuis l’an dernier. Du jamais vu depuis la vague d’arrestations de 2003 ayant suivi les attentats de Casablanca [NDLR. Série de cinq attentats-suicides qui se sont déroulés le 16 mai 2003, perpétrés par une dizaine d’hommes originaires du bidonville Sidi Moumen, faisant 41 victimes et une centaine de blessés. Un « 11 septembre marocain » à l’origine d’une crise politique et d’un renforcement sécuritaire importants.]], selon Youssef Raissouni, directeur administratif du bureau central de l’AMDH. Parmi ces détenus, des manifestants ayant pris part au Hirak, d’autres au mouvement de Jerada, des étudiants de l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM), des habitants ayant participé à des mouvements sociaux à travers le pays, des journalistes.
On dénombre désormais près de 800 personnes poursuivies en lien avec le Hirak, d’après Rachid Belaali, du comité de défense des détenus. À Jerada, où les habitants ont battu le pavé entre décembre et mars après la mort de deux mineurs, une centaine de personnes sont actuellement emprisonnées dans le cadre d’une manifestation réprimée en mars dernier, selon le bureau d’Oujda de l’AMDH. Les arrestations continuent — et les libérations aussi, ce qui rend le suivi difficile — d’après Jawad Tlemsani du bureau de l’AMDH à Oujda, où se déroulent les procès. Ces derniers jours, une vingtaine de personnes auraient été incarcérées selon lui.
Pendant ce temps, les audiences-fleuves du procès des leaders du Hirak ont lieu à Casablanca. Et à El Hoceima, au cœur du Hirak, des manifestants sont quotidiennement condamnés à de lourdes peines de prison, dans une indifférence quasi générale. Lors de l’anniversaire du début de la répression en mai dernier, les détenus du Hirak de la prison de Oukacha à Casablanca — dont le militant rifain Nasser Zefzafi — ont observé une grève de la faim afin de protester contre leurs conditions de détention. Ce mercredi 6 juin, Zefzafi entamait sa deuxième année en isolement, au mépris des normes des Nations unies, ainsi que le rappelle HRW.

Militants et syndicalistes dans le collimateur

Dans ce contexte, le travail des militants des droits humains basés au Maroc devient particulièrement difficile. Très actif au sein du mouvement de protestation initié en 2011, Raissouni reconnait, sans la moindre hésitation : « Je me sens moins libre qu’en 2011. » Son quotidien est aujourd’hui marqué par les interdictions d’activités et les restrictions financières. « On ne peut plus travailler comme avant, faire un travail de plaidoyer, de formation, organiser des actions avec le grand public. Nous n’avons pas d’espace, » explique-t-il. « Nous ne sommes pas dans un État de droit. Notre Constitution n’est pas démocratique [malgré quelques avancées dans le texte]. Le Makhzen est rusé. Il n’institutionnalise pas les choses. Donc toute avancée est récupérable », ajoute-t-il. Après une période marquée par un foisonnement des activités militantes et un nouvel intérêt des jeunes envers la politique, un recul progressif s’est dessiné dès 2013, une fois le Mouvement du 20 février affaibli. L’année suivante, les autorités envoyaient un message clair, à travers une déclaration devant le Parlement du ministre de l’intérieur de l’époque, Mohamed Hassad qui, évoquant la menace terroriste, prétendit que certaines associations suivaient des agendas extérieurs « sous prétexte de travailler pour les droits de l’homme », et pouvaient nuire à la sécurité du pays. Depuis, des ONG, mais aussi des syndicats, ont des difficultés à organiser des activités publiques, à louer des salles, et peinent à obtenir les documents officiels leur permettant d’exister en toute légalité.

Regret des années 1990

Depuis quatre ans, 140 activités de l’AMDH ont été interdites, selon Raissouni. Sur la centaine de sections de l’association, une soixantaine, dont les bureaux de Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger, Kenitra, Salé, ne parviennent même pas à obtenir de récépissé lors du dépôt de documents qu’elles doivent légalement fournir, ajoute Raissouni. À Oujda, où le bureau a été renouvelé en mars dernier, les autorités locales n’ont toujours pas enregistré les modifications, affirme à son tour Jawad Tlemsani. Ancien de l’UNEM et membre du Parti socialiste unifié, Tlemsani, 26 ans, a assisté à la naissance d’une réelle culture de la protestation ces dernières années. Mais malgré ce progrès indéniable, il dénonce un net recul des libertés. D’Oujda, il a vu la mobilisation faiblir et la peur s’installer chez les habitants de Jerada, où deux autres mineurs sont décédés début juin. Les manifestations y sont désormais rares. Seuls quelques sit-in, souvent spontanés, ont encore lieu dans un nombre limité de quartiers.
Alors que cette confrontation avec le pouvoir se poursuit, Khadija Ryadi regarde vers le passé. La crise est si inédite et profonde qu’elle (mais aussi d’autres militants) en arrive à regretter les années 1990 et l’ouverture démocratique initiée à la fin du règne du roi Hassan II. « Le meilleur moment, c’était les années 1990. En 2011, c’était différent, c’était très court. Durant les années 1990, on a eu la liberté d’expression », affirme-t-elle. « Entre 1992 et 2001, c’était le seul moment où il y a eu une presse d’investigation, la liberté d’association. L’espace public s’est élargi et a été animé par de vrais débats. C’est le seul moment où on a respiré un peu de liberté. Il y avait un vrai débat politique. Maintenant, dès qu’ils disent deux mots, dès que la presse ouvre un débat, les gens vont en prison. Il n’y a plus de débat. Tout est verrouillé. »

Amnesty : Il faut annuler les jugements rendus à l'issue de procès iniques contre les manifestants du Hirak




27 juin 2018,
Les décisions de culpabilité et les lourdes peines prononcées dans les affaires concernant 53 manifestants 
du Hirak à Casablanca doivent être annulées en raison de
 l’iniquité des procès, a déclaré Amnesty International le 27 juin 2018.

Les chefs de file de la contestation Nasser Zefzafi et Nabil Ahamjik ont été condamnés dans la soirée du 26 juin à 20 ans de prison, tout comme deux autres manifestants, en lien avec les contestations qui se sont déroulées dans la région du Rif en 2017. D'autres manifestants ont été condamnés à des peines allant de 1 à 15 ans d'emprisonnement.
« Ces condamnations sont ternies par le caractère extrêmement inique des procès, a déclaré Heba Morayef, directrice du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.
« Nasser Zefzafi, ainsi que les personnes déclarées coupables et emprisonnées pour avoir manifesté pacifiquement en faveur de la justice sociale ou avoir relayé les manifestations sur les réseaux sociaux, n'auraient jamais dû comparaître en justice. Nasser Zefzafi doit être libéré et sa condamnation doit être annulée. »
Trois manifestants ont été condamnés à 15 ans d'emprisonnement et sept autres à 10 ans d'emprisonnement. Dix manifestants ont été condamnés à cinq ans de prison et à une amende de 2 000 dirhams marocains (environ 180 euros). Huit ont été condamnés à trois ans de prison, 19 à deux ans de prison et un à une année de prison. Tous ont écopé de la même amende.
Un autre accusé, qui a évité la prison, a été condamné à une amende de 5 000 dirhams marocains (environ 450 euros).

Maroc : Cette injustice qui brise les consciences et fait se consumer les cœurs


Nouvel article sur Le blog de Salah Elayoubi

Maroc : Cette injustice qui brise les consciences et fait se consumer les cœurs

par salahelayoubi
Courdappel Pour accéder aux salles d’audience de la Cour d’appel de Casablanca, il faut en passer par un escalier monumental de vingt-sept marches. Interminables. Réplique absurde et misérable d’une  architecture coloniale qui se voulait grandiloquente, brandie en guise d’épée de Damoclès, afin de mieux frapper l’esprit des indigènes et impressionner les éventuels contradicteurs d’entre eux. Le colonisateur parti, les réflexes sont restés. Le Makhzen  se les est naturellement appropriés, pour mieux terroriser le petit peuple.
Dans cet escalier de dix mètres de large, il n’y a pas un seul  garde-corps, pas une seule rambarde ou filière pour ceux qui seraient à la peine, les vieillards, les impotents et autres handicapés. Point d’escalator ni d’ascenseur non plus. Il en va ainsi de la vie au Maroc. Point de salut ni de soutien aux plus faibles.
Et les deux paliers intermédiaires n’y feront rien,  ceux qui empruntent cette interminable montée sont condamnés à la subir, comme première étape d’un long calvaire qui leur fera boire le calice de l’injustice jusqu’à la lie. Car n’allez surtout pas, l’espace d’un instant, imaginer ceux qui détiennent les leviers du pouvoir et de l’argent,  fouler ces marches. Ceux-là en seront quittes pour un simple appel téléphonique. La punition est exclusivement  réservée  aux pauvres parmi les pauvres, aux sans-voix et aux sans-grades. Des justiciables comme ils disent et qui n’ignorent rien de ce qui les guette,  au bout de cette interminable escalade: un supplice ourdi par une justice aux ordres qui intime le silence,  brise les consciences et fait se consumer les cœurs des familles et des bien-aimés.

dimanche 1 juillet 2018

Des organisations internationales dénoncent le blocus militaire marocain imposé aux villes sahraouies occupées




GENEVE – Plusieurs organisations internationales de défense des droits de l’Homme ont dénoncé le blocus militaire imposé par le Maroc aux villes sahraouies occupées et la répression brutale par les forces sécuritaires et militaires à l’encontre des civils sahraouis qui ont manifesté pacifiquement, jeudi à El-Ayoune occupée, et ce, en coïncidence avec la visite de l’envoyé onusien au Sahara Occidental, Horst Kohler.
Les juristes internationaux ont manifesté, au siège du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, leur solidarité avec les victimes de la machine de répression marocaine au Sahara Occidental et dénoncé, de ce fait, l’augmentation de la fréquence des violations atroces aux droits de l’Homme perpétrées par l’Etat marocain à l’encontre des civils sahraouis, dont le dernier étant l’acte de violence commis, jeudi, contre les manifestants sahraouis faisant 70 victimes, selon des juristes, majoritairement des femmes, cités par l'agence de presse sahraouie (SPS).
Ces organisations solidaires ont souligné, entre autres, la nécessité pour le Conseil des droits de l’Homme et le Haut-Commissariat des droits de l’Homme d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis de la sécurité des civils sahraouis dans les  territoires occupés et de leur protection.
Les défenseurs de droits de l’Homme ont, également, brandi des photos de victimes de la répression  pour démontrer l’ampleur de la violence et des violations dont étaient victimes les participants aux manifestations d’El-Ayoune.
Les forces de l’occupation marocaine ont aussi réprimé, vendredi, des civils sahraouis dans la ville occupée d’Es-Semara qui sont sortis manifester à l'occasion de la visite de l’envoyé onusien, Horst Kohler à cette ville.
L'agence de presse sahraouie (SPS) a rapporté que les forces d'occupation marocaines avaient encerclé les manifestants dans la rue et ont intervenu violement contre eux, ce qui a causé une dizaine de blessés parmi les manifestants dont certains ont été évacués à l'hôpital de Laayoune occupée.
Selon la même source, les forces de l'occupation ont intensifié le bouclage des villes occupées et l'encerclement des maisons des citoyens sahraouis dans une tentative d'empêcher les Sahraouis de sortir dans la rue et livrer leur message à l'Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara occidental, Horst Kohler qui a entamé la jeudi dernière sa visite dans la région.

L'occupation s'en prend aux journalistes sahraouis pour les empêcher de couvrir les manifestations de Laayoune

Les forces de l'occupation marocaines ont, en outre,  encerclé les maisons de nombreux journalistes sahraouis pour les empêcher de couvrir les manifestations organisées à la capitale occupée Laayoune qui coïncident avec la visite de l'Envoyé onusien.
Selon la presse sahraouie, la ville de Laayoune occupée subit un blocus oppressif intensifié dans une tentative désespérée des forces d'occupation de terroriser et empêcher les militants de manifester.
Dans le cadre de la politique de musèlement menée par l'occupation, les forces de cette dernière ont intervenu violement  vendredi contre la famille du jeune sahraoui Ayoub El-ghen lors d'un sit-in observé devant l'hôpital de Laayoune occupée pour revendiquer la vérité sur l'état de santé de leur fils percuté par un véhicule de la police la semaine dernière lors de sa participation à un sit-in pacifique pour revendiquer le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance, selon SPS.
Des membres de la famille El-ghen ont été blessés, à des degrés différents, et d'autres ont été arrêtés lors de cette intervention barbare, ajoute la même source.