vendredi 10 août 2018

Hirak : le bâton, seule réponse du pouvoir marocain

par
 






Les lourdes condamnations qui ont frappé les dirigeants du Hirak le confirment, le pouvoir marocain refuse d’entendre les revendications populaires. Il ne connaît qu’une réponse aux aspirations sociales et démocratiques : la répression.
Article 1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Déclaration universelle des droits de l’homme
Rien au monde
Ne pourra t’obliger
à plier genou
renoncer
à ton identité humaine
Ne mesure pas ta force
A la balance de tes bourreaux
Abdellatif Laâbi, In Praise of Defeat, First Archipelago Books edition, 2016 (édition bilingue).
En septembre 2017, après l’arrestation d’un certain nombre de manifestants du mouvement Hirak par l’Etat marocain, le comité éditorial du New York Times a publié un article intitulé « Morocco’s Refusal to Listen ». Maintenant que de lourds verdicts sont tombés sur les manifestants, le gouvernement a sans surprise prouvé qu’il était sourd à la voix du peuple. Mais ce qui est également démontré sans l’ombre d’un doute, c’est que le peuple refuse de plier le genou. Le pouvoir est entré dans une relation d’affrontement avec lui. D’un côté, il y a les autorités traditionnelles qui possèdent les richesses du pays et qui règnent par l’autocratie. Et de l’autre, il y a les gens qui en ont assez d’être enfermés pour avoir parlé et qui expérimentent maintenant des types de mouvement sans leader sur Internet. Ils ne font plus confiance à l’État.

« Ont-ils tué Kennedy ? »

Imaginez que vous élevez collectivement la voix pour demander un avenir meilleur et que la réponse, ce sont trois siècles de prison accumulés. Vous assistez à votre premier procès. Les procureurs vous accusent d’avoir miné la sécurité intérieure de l’État, ce qui justifie votre incarcération à vie. Vous vous défendez en disant que vous voulez simplement un emploi, un hôpital, une université, la fin de l’omniprésence de la police et de ses informateurs dans votre région. Vous affirmez que votre protestation pacifique pour la réalisation de ces revendications légitimes est un droit constitutionnel. Le procès se répète 84 fois pendant une période de neuf mois et trois jours. Cela devient une farce. Les gens dans la rue demandent : « Ont-ils tué Kennedy ? »
Mais qui sont ces gens ? Ils appartiennent à la deuxième vague de dirigeants et de manifestants du Hirak à être emprisonnés, après une première vague de manifestants condamnés en appel à une peine de sept mois chacun en juillet dernier, après la condamnation du militant du Hirak Elmortada Lamrachen à cinq ans d’emprisonnement, et après que Jamal Oulad Abdennabi, 18 ans, a pris vingt ans, réduits à cinq en appel. Cette deuxième vague inclut Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Ouassim El Boustati, Samir Ighid, tous condamnés à vingt ans de prison. Mohamed Jelloul, auparavant détenu pendant cinq ans pour son activisme, est maintenant condamné à dix ans de plus. Mohamed Asrihi, directeur du journal Rif24, et Rabie El Ablak collaborateur du journal Badil aujourd’hui fermé après la détention de son fondateur Hamid El Mahdaoui, ont été condamnés à cinq ans chacun. Hamid El Mahdaoui a pris trois ans.
La liste, caractéristique d’un régime autoritaire, est composée de 54 prisonniers politiques au total. On s’attend à ce que les prisonniers fassent appel, bien que selon les informations qui circulent, certains d’entre eux hésitent.

RDC : Il faut protéger les enfants soldats au Kasaï (pétition)


31 juillet 2018

République démocratique du Congo

Il faut protéger les enfants soldats au Kasaï


Depuis 2016, dans la région du Kasaï en République démocratique du Congo (RDC), des milliers d’enfants ont été recrutés par des groupes armés pour participer aux combats et sont exposés à une violence effroyable.
En 2017, Amnesty International a interrogé des enfants à peine âgés de 11 ans qui ont décrit les abus horribles qu’ils avaient subis et notamment la manière dont ils avaient été forcés de participer aux combats et blessés par balles. Afin de leur faire croire que rien de leur arrivera sur le champ de bataille, les chefs de guerre les contraignent à avaler des boissons mystiques censées les protéger contre les balles.
L’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans ou le fait de les faire participer activement à des hostilités constituent un crime de guerre. Les autorités congolaises doivent tout mettre en œuvre pour protéger les enfants du recrutement forcé et des autres violations des droits humains auxquelles ils sont exposés en RDC. Elles doivent également traduire en justice les responsables de ces violations. Signez notre pétition adressée au Président Joseph Kabila.
Signer la pétition
Plus d'infos
Partager sur Facebook
Tweeter à vos amis
Partager sur Whatsapp
Partager sur Google Plus
Envoyer à vos amis
Suivez-nous :
   

Un hôpital marocain annonce qu’il “n’y aura pas d’accouchements dans les jours fériés"

Maroc Leaks, 6/8/2018

Les affectés ont comme alternative un complexe sanitaire à une heure et demie de voyage

Un hôpital marocain a posté sur sa porte une note selon laquelle « il n’y aura pas d’accouchements les jours fériés ou les week-ends », ce qui a suscité des critiques sur les réseaux sociaux, a rapporté lundi le journal « Al Ahdath al Magrhibiya ».
Le centre de santé en question se trouve à Ait Attab, une zone montagneuse située à l’est de Marrakech, dans l’Atlas, caractérisée par la dispersion énorme de la population dans des petits villages.
L’affiche indique qu’il n’y aura pas d’accouchements à partir du vendredi après-midi jusqu’à dimanche, ni les jours fériés, et encourage les personnes intéressées à se rendre à l’hôpital provincial de Beni Melal, situé à une heure et demie de distance.
Le journal rappelle les multiples scandales qui ont secoué le secteur de la santé ces dernières années, lorsque des vidéos sont rendues publiques où on voit des patients allongés sur le sol en train d’être soignés aux urgence ou des malades mentaux qui mangent dans une assiette par terre.
Les secteurs de la santé et de l’éducation entraînent un déficit endémique parmi les services publics au Maroc et les classes moyennes et supérieures optent presque systématiquement pour le secteur privé pour soigner ou éduquer leurs enfants.
Au Maroc, dans les zones rurales, la situation des dispensaires et des hôpitaux est très précaire, autant par manque de moyens matériels que par la réticence des professionnels à exercer dans des endroits très éloignés des principaux centres urbains.
Source : Un hospital de Marruecos cuelga un aviso de "no hay partos en festivos"

Maxi-prison de Haren : 10 ans plus tard, un début de chantier imminent ?

L’image contient peut-être : texte

Rappel : Au col de l'Échelle, des jeunes migrants piégés par le froid et renvoyés par la France

par

La vallée de la Clarée, dans les Hautes-Alpes, est le théâtre d’un concentré de crise migratoire. Les migrants qui franchissent le col de l’Echelle sont majoritairement mineurs - un statut qui n’est, selon le milieu associatif, pas pris en compte par les autorités 
Les premières neiges étaient tombées en début de semaine. Samedi soir dernier, sur la route du col de l’Echelle, à 1762 mètres d’altitude, non loin de la frontière franco-italienne, Alain est inquiet. Il fait froid et le vent souffle à travers les mélèzes. La lune n’est pas encore sortie mais malgré l’obscurité, il voit clair.
ll est 23 heures et il n’est pas seul. Grands phares allumés, plusieurs véhicules de la gendarmerie arpentent la même route que lui. Alain, accompagnateur en montagne à la retraite, sait que ces cimes, aussi belles soient-elles, cachent des pièges. Mais eux l’ignorent.
Un bruit. Le Briançonnais allume sa lampe torche. Derrière un tronc, un sac rouge, puis un visage. La silhouette ne bouge pas. «N’ayez pas peur», lance Alain. Ils s’étaient assis dos à la route, derrière un tronc. L’un après l’autre, ils sortent de l’obscurité. Ils sont quatre. Ils se taisent. L’un d’eux porte une doudoune, les autres se contentent d’une veste qu’ils ont boutonnée jusqu’au cou. A leurs pieds, des baskets. «Avez-vous froid?» Oui. «Soif? Faim?» Oui. «Quel âge avez-vous?» Le garçon en doudoune répond: «16 ans, Monsieur. Je suis né le 10 octobre 2001.» Ses trois compagnons font de même. Tous affirment avoir moins de 18 ans et acceptent le thé chaud et les galettes de chocolat que leur tend le retraité.

Une nouvelle route

C’est un phénomène qui secoue la vallée de la Clarée depuis une année. En 2017, environ 1600 migrants ont franchi le col de l’Echelle. Parmi eux, 900 étaient mineurs. Majoritairement originaires d’Afrique de l’Ouest, ces personnes suivent une route transmise par le bouche-à-oreille. La perméabilité des passages par le sud de la France étant de plus en plus réduite, leur itinéraire s’est déplacé vers le nord. De Turin, un train les dépose à la gare de Bardonecchia. A pied ensuite, ils traversent la frontière italo-française et partent à l’assaut du col. De jour comme de nuit.

Contre une loi liberticide, une autre politique migratoire est possible


(Paris, le 2 août 2018) Le projet de loi pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie a été adopté par le parlement le 1er août 2018. En dépit de quelques évolutions depuis sa présentation en février, il reste un texte régressif dont l’esprit est dans la droite lignée des politiques qui échouent depuis plusieurs décennies. Des solutions alternatives existent pourtant comme le démontre le manifeste des Etats généraux des migrations.

Malgré la volonté déclarée du gouvernement et de sa majorité législative d’en faire un texte alliant « humanité » et « fermeté », l’examen du contenu de ce projet de loi permet rapidement de se rendre compte que c’est la seconde qui a pris le pas sur la première. Entre les nombreux durcissements (restriction des conditions d’attribution de la nationalité française à Mayotte, durée de rétention administrative allongée, recours non suspensifs pour certaines personnes…) et les multiples rendez-vous manqués (absence d’interdiction de l’enfermement pour les mineur·e·s ou encore maintien du « délit de solidarité »), ce projet de loi va encore précariser les personnes migrantes.
Le texte, préparé sans concertation avec les organisations présentes sur le terrain, est dénoncé par des acteur·trice·s aussi varié·e·s que les salarié·e·s de la Cour nationale de droit d’asile et de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides mais aussi le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme ou le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe.
Face à un gouvernement qui travaille seul, les membres des Etats généraux des migrations se sont lancés dans un processus citoyen pour défendre une politique migratoire alternative respectueuse des droits fondamentaux et de la dignité des personnes.
Depuis plus de 10 mois, nous sommes plus de 10 000, issus de 1650 associations et collectifs, à nous être concertés pour réfléchir collectivement à des propositions concrètes basées sur l’expérience de terrain. Fin mai 2018, nous avons adopté le « Manifeste des assemblées locales réunies pour la 1ère session plénière des Etats généraux des migrations ». Plutôt que d’essayer de résoudre une « crise migratoire » qui n’existe pas, nous défendons un certain nombre de principes indispensables à une politique migratoire de long terme : accès aux droits fondamentaux pour les personnes migrantes ; respect du droit d’asile effectif ; liberté d’entrée, de circulation et d’installation dans l’espace européen ; égalité des droits entre français·e·s et personnes étrangères.
L’adoption d’une énième loi fondée sur la fermeture et le rejet ne change rien à la détermination des membres des Etats généraux des migrations : parce que l’humanité de demain se construit avec l’accueil d’aujourd’hui et contre les dérives issues des politiques migratoires actuelles, nous continuerons à plaider pour une politique d’ouverture qui place le respect des droits au centre des préoccupations.
Contact presse :
Henri Lefebvre : 07 50 39 14 66, h.lefebvre@crid.asso.fr

dimanche 5 août 2018

Migrants : le Conseil départemental de l’Isère exclut les jeunes majeurs étrangers

En plein été, le Conseil départemental de l’Isère exclut les jeunes majeurs étrangers en danger des dispositifs d’accompagnement vers l’autonomie.
1 août 2018
Plusieurs jeunes isolés étrangers pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance se retrouvent abandonnés à leur majorité : le Conseil départemental de l’Isère a décidé de leur refuser une mesure d’assistance éducative.
Avec ses partenaires, La Cimade dénonce ce refus emportant des conséquences dévastatrices pour l’avenir de ces jeunes, et relaye leurs témoignages.

Communiqué de presse des associations 3aMIE, Apardap, La Cimade, L’Institut des Droits de l’Homme du Barreau de Grenoble, Médecins du Monde, Secours Catholique.
Des dispositifs d’accompagnement sont prévus pour les mineurs en danger protégés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) lors de leur passage à la majorité. Ces mesures permettent d’assurer continuité et stabilité dans leur prise en charge jusqu’à leur autonomie. Or, le Conseil départemental de l’Isère a décidé de systématiquement refuser cet accompagnement à une trentaine de jeunes majeurs étrangers. Le refus de proposer une mesure d’assistance éducative à leur majorité a également pour conséquence la sortie du dispositif de l’ASE, et donc la fin de leur hébergement. Leur mise à la rue a commencé il y a une semaine et devrait continuer pendant cette période estivale, jusqu’à la fin du mois d’août. Par ailleurs, la plupart de ces décisions sont rendues sans aucune motivation contrairement à ce qui est prévu par la loi.

Ignacio Cembrero : Mohamed VI aime le pouvoir mais pas le travail qu’il suppose


 
Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero (*) s’est taillé la réputation, en deux décennies, d’être le meilleur spécialiste au monde du Maroc. D’où, d’ailleurs, ses gros ennuis avec ce pays… Résumé de ses connaissances et opinions en quelques questions clés.


Vous qui connaissez bien le Maroc, comment définiriez-vous le fonctionnement politique de ce pays? En principe, il présente les ingrédients de la démocratie (élections au suffrage universel, parlement donc élu, gouvernement de coalition, etc.), et pourtant, on sait que les choses sont plus compliquées…
Les autorités marocaines ont parfois synthétisé le système politique en deux mots: monarchie exécutive. Le Maroc a, en effet, les apparences d’une démocratie avec des partis politiques, des élections, un parlement, mais la réalité est toute autre. Malgré l’approbation d’une nouvelle Constitution en juillet 2011, le roi détient toujours l’essentiel du pouvoir entre ses mains et, croyez-moi, il l’exerce.

Comment jugez-vous la classe politique marocaine? Est-elle au garde-à-vous devant le roi ? On dit que M6 a voulu se débarrasser du Premier ministre Benkirane car il était trop peu obéissant, est-ce votre impression?
Que dire d’une classe politique, de partis politiques qui renoncent à débattre du budget de la défense ou de celui du palais royal? Que dire des députés dont aucun ne s’étonne que le roi Mohamed VI passe la moitié de son temps en vacances à l’étranger? Cela fait longtemps que les partis, à commencer par ceux de la gauche et plus spécialement les socialistes, ont renoncé à jouer leur rôle. Le pire c’est que certains hommes politiques marocains le reconnaissent en privé mais ils ne bougent pas le petit doigt pour que cela change. C’est une classe politique qui, à quelques exceptions près, a vendu son âme. Et dire que l’on retrouve des partis politiques marocains dans les internationales conservatrice, socialiste…
Le roi s’est, en effet, débarrassé d’Abdelilah Benkirane en mars 2017 après l’avoir empêché, à travers des hommes sa confiance, de former un gouvernement. Il était pourtant le vainqueur des élections d’octobre 2016 qu’il avait gagnées avec davantage de députés qu’en 2011. Mais il ne faut pas s’y tromper. Le but ultime du palais c’est de se débarrasser du parti de Benkirane (le Parti de la Justice et du Développement, PJD) et, en général, de l’islam politique. Pour cela, on a encouragé la création ou la résurrection de formations artificielles, d’abord le Parti Authenticité et Modernité (PAM), il y a une bonne dizaine d’années, puis, plus récemment, le puissant ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch, a été parachuté à la tête du Regroupement national des indépendants pour lui insuffler une nouvelle vie. Pour le moment, ces opérations de création d’alternatives à l’islam politique n’ont pas vraiment abouti.