jeudi 6 septembre 2018

Dans un accueil de nuit pour femmes sans abri.





Un témoignage bouleversant et superbement bien écrit d'une jeune éducatrice en accueil de nuit pour femmes sans abri.
Julie Popédup, Lutte Sociale Toulouse, 18/6/2018
 
Je suis éducatrice dans un accueil de nuit pour femmes sans abri, un lieu où elles peuvent venir de 18h à 11h. Je vais vous raconter leur réalité à travers la mienne. Éteignez vos télés, fermez vos magazines à sensation, vos journaux politiques, vos réseaux sociaux et écoutez moi. Je vois, j'entends et j'imagine chaque jour ce que l'humanité peut faire subir de pire à un être humain. Écoutez moi et regardez les!!
Ce sont celles qu'on appelait les SDF et encore avant les clochardes. Oubliez vos idées reçues, ce sont vous et moi. Ce sont des mères, des filles, des grands mères. Ce sont des avocates, des architectes, des femmes de chambre, des sportives professionnelles, des serveuses, des écrivaines, des femmes au foyer, des institutrices... Elles sont Espagnoles, Nigérianes, Géorgiennes, Italiennes, Albanaises, Roumaines, Guinéennes, Ivoiriennes, Algériennes, Sénégalaises, Ethiopiennes, Irakiennes... mais majoritairement Françaises.
Elles ont cependant toutes un point commun : la souffrance. Elles ne sont pas nées dans le bon pays, dans la bonne ethnie, du bon côté de la frontière, dans la bonne famille. Et quelque soit leur origine sociale ou leur nationalité, elles sont à la rue, en France.

mercredi 5 septembre 2018

L'avocat Emmanuel Daoud alerte sur le respect des droits des mineurs marocains isolés à Paris


L'avocat Emmanuel Daoud alerte sur le respect des droits des mineurs marocains isolés à Paris

En juin, un accord entre Paris et Rabat a été signé pour envoyer dans la capitale française une équipe de policiers marocains. Le but de cette intervention sécuritaire : identifier et éventuellement expulser les mineurs marocains non accompagnés qui errent depuis plus d'un an dans le 18e arrondissement.

Par

Emmanuel Daoud au Palais de Justice de Lyon en novembre 2012. Crédit: AFP PHOTO / JEFF PACHOUD
Le phénomène des jeunes migrants marocains isolés rôdant dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, ne se tasse pas. Âgés de 9 et 17 ans, drogués et livrés à eux-mêmes, ces enfants marocains passés par l’Espagne pour atteindre l’Europe, inquiètent les ministères français et marocains de l’Intérieur. Malgré les 700.000 € débloqués par la municipalité parisienne, les efforts des associations et du Parquet, le phénomène continue de s’aggraver.
Alors débordée, la France a fait, cet été, appel au Maroc. Selon les informations du Desk.ma et de l’Obs, révélées en juillet dernier, entre quatre et six agents de la DGSN ont été dépêchés à Paris en vertu d’un « arrangement administratif relatif au renforcement de la coopération policière opérationnelle ». En « procédant à des identifications » en vue de « leur retour au Maroc », cet accord sécuritaire entend bien endiguer la situation.
Maître Daoud, avocat pénaliste spécialisé dans les droits des enfants migrants,membre du conseil de l’Ordre de Paris ainsi que du groupe d’action judiciaire de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), nous éclaire sur les tenants et les aboutissants de cette entente franco-marocaine. Interview.
TelQuel : En tant qu’avocat pénaliste de formation et spécialiste des droits des enfants mineurs, quel est votre avis sur cet accord sécuritaire ?
Emmanuel Daoud : L’entente entre Rabat et Paris peut se justifier au sens d’un renforcement de la coopération entre les polices françaises et marocaines à ce sujet. De ce point de vue là, je n’y vois pas de problèmes. En revanche, ce sont les modalités de mise en œuvre de cette intervention de policiers marocains sur le territoire français qui ne vont pas. Cet accord a été formalisé pour permettre aux agents marocains d’exercer leurs fonctions sporadiquement sur le territoire français. En l’occurrence d’essayer de retracer le parcours familial et individuel de ces jeunes mineurs marocains faisant l’objet d’interpellations dans le quartier de la Goutte d’Or. Le vrai problème, c’est que ces auditions, qui ont pour objectif de vérifier si ces mineurs marocains sont désireux de rentrer au Maroc, se sont réalisées – ou se réaliseraient – hors de la présence d’avocats.

En quoi, légalement notamment, cette procédure pose-t-elle problème ?
On n’auditionne pas des enfants sans la présence d’avocats. Dans ce sens, on peut s’interroger sur la garantie lors de ces interrogatoires du respect de « l’intérêt supérieur de l’enfant » – introduite par la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant de 1989.
Aussi, leur demander s’ils seraient prêts à rentrer au Maroc est un non-sens, puisqu’on sait bien que la majorité d’entre eux ont fui le Maroc en raison de violences interfamiliales, et ont quitté délibérément leur pays pour essayer de trouver des jours meilleurs.



lundi 3 septembre 2018

Déchéance de la nationalité, expulsions, non-protection consulaire des binationaux… Banalités ou vrais dangers ?




par Luk Vervaet

Ces dernières années, la discrimination d’État liée à la nationalité, a été justifiée par la lutte contre le terrorisme et contre la (grande) criminalité. Pas une seule objection au Parlement belge contre la nouvelle loi de juillet 2016 sur la déchéance de la nationalité belge de personnes condamnés pour terrorisme[1]. Pas de grand bruit non plus quand ce même parlement a voté la nouvelle loi du 9 février 2017 permettant l’expulsion de détenus possédant une autre nationalité. [2] Cette nouvelle loi supprime l’interdiction d’expulser les étrangers, nés en Belgique ou arrivés avant l’âge de douze ans, et elle élargit les motifs pour les expulsions. Nos autorités se vantent déjà des résultats de cette loi : si en 2012, il y a eu 378 expulsions, 629 en 2013 et 625 en 2014, les chiffres ont pris un envol spectaculaire à partir de 2015, avec 1.437 expulsions, puis 1.595 en 2016 et enfin 1.622 en 2017 !

La loi sur la déchéance de la nationalité n’est pas passée en France. Elle y a même provoqué la démission d’une ministre. 
Rien de tout cela en Belgique : il ne s’agit que de terroristes et de criminels qui n’ont pas leur place parmi nous. Et surtout, le fait de s’opposer à ces lois pourrait causer des ennuis, permettre l’accusation d’avoir des sympathies pour le terrorisme. C’est ainsi qu’on raisonne dans notre pays. 
On balaie ainsi toute réflexion sur le fait que la question de la nationalité n’a rien à voir avec un délit commis, qu’il s’agit de la réintroduction de la double peine, qui ne vaut pas pour les belgo-belges et qu’on réalise dans les faits les revendications de l’extrême droite fasciste.

Après les lois de 2016 et de 2017, la loi du 9 mai 2018 de Reynders et de Geens franchit un nouveau pas, qui fait partie de la même logique d’exclusion par la discrimination selon la nationalité. Dorénavant est inscrit dans la loi que les binationaux seront privés d’une assistance consulaire, une fois qu’ils se trouvent dans le pays de leur deuxième nationalité et que ce pays s’oppose à une aide belge. 
Bien que cette loi touche des dizaines de milliers de concitoyens, des raisons pour banaliser cette mesure sont avancées. 
Ça a toujours été comme ça, rien de nouveau, me disent certains. Que la Belgique n’accorde pas d’aide aux Belgo-Marocains qui se trouvent au Maroc, le pays de leur deuxième nationalité, est tout à fait logique et normal, me disent d’autres. Sinon, à quoi ça sert d’avoir une deuxième nationalité ? Aussi, ce n’est que dans le cas où le pays de la deuxième nationalité s’oppose à une protection belge. Ou encore, me disent-ils, ce sont les lois et des accords internationaux qui stipulent les règles à adopter concernant les binationaux. La Belgique et le Maroc ne font que les appliquer…

dimanche 2 septembre 2018

Prisonniers sahraouis dans les geôles marocaines

Des militants des droits de l’homme tirent la sonnette d’alarme

01 septembre 2018


La Ligue pour la protection des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines a tiré la sonnette d’alarme sur l’état de santé des prisonniers politiques sahraouis qui croupissent dans les geôles marocaines, en raison des conditions de leur détention et la poursuite des grèves de la faim illimitée entamées par des détenus depuis plus d’un mois, selon l’APS, citant la presse sahraouie de jeudi.
Celle-ci a rapporté que les prisonniers politiques sahraouis Abdel Mawla Al Hafedi et Mohamed Dada ont entamé une grève de la faim de plus de 38 jours, ainsi que leur camarade Ali Chargui, qui en est à son 27e jour de grève de la faim, protestant contre les conditions de leur détention dans les prisons marocaines.
L’Association de protection des prisonniers sahraouis a appelé toutes «les institutions et organisations internationales de défense des droits de l’homme à faire pression sur l’occupation marocaine pour qu’elle mette fin à sa politique arbitraire contre les prisonniers politiques sahraouis».
Plusieurs prisonniers politiques sahraouis avaient entamé une grève de la faim illimitée pour dénoncer les conditions de détention difficiles dans les prisons d’occupation marocaines, notamment les prisons d’Aït Melloul et Tata.
Les organisations internationales militant en faveur des droits de l’homme au Sahara occidental occupé avaient dénoncé à maintes reprises les «conditions inhumaines» imposées aux prisonniers politiques sahraouis au Maroc, notamment ceux faisant partie du groupe de Gdeim Izik, placés à l’isolement et privés de tous leurs droits fondamentaux.