samedi 11 mai 2019

Maroc. Français contre arabe, la guerre des langues



Après des décennies d’une arabisation hasardeuse de l’enseignement public amorcée dans le milieu des années 1970 pour des raisons politiques, le Maroc est sur le point de retourner à la case départ en refrancisant l’essentiel de son système éducatif. Bien que porté par le roi Mohamed VI et les partis qui lui sont proches, ce rétropédalage qui réhabilite la langue du colonisateur suscite une opposition farouche du Parti de la justice et du développement (PJD) et de l’Istiqlal. Quarante ans d’un formidable gâchis.

  
Il devait passer comme une lettre à la poste. Le 2 avril 2019, dans les couloirs feutrés du Parlement marocain, le projet de loi-cadre consacrant le retour du français pour l’enseignement des matières scientifiques au collège et au lycée devait être validé dans une ambiance d’unanimité joyeuse à la commission parlementaire de l’éducation. Mais contre toute attente, une poignée de députés, des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD, au gouvernement) demandent poliment que la séance soit reportée de quelques jours « pour permettre une bonne analyse du projet ». C’est le début d’un blocage qui ne dit pas son nom, et qui dure encore.
Ce projet avancé par le roi et son entourage a pourtant été élaboré au cœur du Palais par le très officiel Conseil supérieur de l’enseignement. Que s’est-il passé pour que les députés islamistes opèrent une telle volte-face et décident de reporter sine die l’adoption d’un projet royal porté par un gouvernement dont ils font partie ?

Crise linguistique, crise politique

Pour répondre à cette question, il faut revenir au 1er avril 2019, la veille de la réunion de la commission parlementaire. Vêtu d’une djellaba grise, un bonnet noir sur la tête, l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane écarté de manière humiliante par le roi en avril 2017 a la voix chevrotante, la mine défaite. Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, il fustige le projet-cadre, appelle les députés de son parti à ne pas l’adopter et invite « son frère » Saad Eddine Al-Othmani, l’actuel chef islamiste du gouvernement, à « assumer sa responsabilité devant Dieu et devant l’histoire » en rejetant ce texte.

Violation des droits de l’homme au Sahara Occidental L’UE interpellée



 
11 mai 2019

Les eurodéputés ont soulevé plusieurs cas de violation des droits fondamentaux des Sahraouis par les autorités marocaines. L’Union européenne ferme généralement les yeux sur les violations marocaines des droits de l’homme dans les territoires sahraouis libérés.
Plusieurs eurodéputés ont interpellé par écrit la Commission européenne pour exiger la nécessaire adaptation de l’aide humanitaire de l’Union européenne (UE) destinée aux réfugiés sahraouis, ainsi que sur la situation des prisonniers sahraouis au Maroc et le respect des droits de l’homme. Cette interpellation est logique vue que le nombre de Sahraouis qui vivent dans les camps de réfugiés de Tindouf a augmenté. Cette augmentation est d’ailleurs confirmée par le dernier (2018) recensement du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).
C’est justement sur la base de données contenues dans le rapport du HCR qu’une douzaine d’eurodéputés ont rappelé à la Commission européenne qu’en 2018, le besoin de financement est passé de 66 millions de dollars à 71 millions en 2019, l’interpellant sur son intention d’adapter son aide financière aux nouveaux chiffres établis par le HCR, ainsi que sur la compensation de l’aide financière perdue, imputable au retard dans la programmation.
Les eurodéputés ont également rappelé, selon l’APS qui rapporte l’information, que la Commission européenne a déclaré précédemment qu’une évaluation de la vulnérabilité était nécessaire pour mettre à jour son plan financier concernant l’aide humanitaire destinée aux réfugiés sahraouis.

Tortures et privations
Les eurodéputés ont également interrogé la Commission sur la possibilité de recourir à ses instruments externes, y compris Erasmus + (programme de l’UE en faveur de l’éducation, la formation et le sport), pour «améliorer les conditions de vie des réfugiés et remédier au manque d’opportunités pour la jeune génération sahraouie». S’agissant du respect des droits de l’homme, rapporte l’APS, d’autres eurodéputés ont soulevé plusieurs cas de violation des droits fondamentaux des Sahraouis par les autorités marocaines.

vendredi 10 mai 2019

17 acteurs de la société civile dénoncent la montée de “l’inégalo-scepticisme” dans un rapport




Communiqué commun
Paris, le 10 mai 2019
Dans un contexte marqué par de fortes tensions sociales, exprimées par le mouvement des Gilets jaunes, dont les issues restent incertaines (retombées politiques du Grand Débat National, percée de l’extrême droite dans les sondages pour les élections européennes), 17 acteurs de la société civile, rassemblant des associations environnementales, sociales, de solidarité internationale et de défense des droits de l’Homme, des organismes de recherche et des syndicats, dont la CFDT et Notre Affaire à Tous, dénoncent la montée de ce qu’ils nomment « l’inégalo-scepticisme » en France, dans un rapport à paraître le 14 mai.
Nombre d’analystes, focalisés sur les indicateurs économiques classiques, comme la croissance économique, les baisses d’impôts ou le pouvoir d’achat, occultent une réalité accablante : 20% des français ne peuvent pas faire trois repas par jour, portant ainsi à 5 millions le nombre de personnes ayant recours à l’aide alimentaire (CFSI). En 2019, la France compte 3 millions d’enfants pauvres (Les Petits Débrouillards). 30% des agriculteurs ont un revenu inférieur à 350 euros par mois (Max Havelaar). Si cela est encore insuffisant, notons également que les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les plus pauvres alors qu’en pourcentage de leurs revenus, ces derniers paient 4 fois plus de taxe carbone ! (Notre Affaire à Tous).
La doxa traditionnelle nourrit les « inégalo-sceptiques »
Nos organisations, fortes d’une expertise académique et de terrain, se saisissent de la grille de lecture des Objectifs de Développement Durable (ODD) pour révéler l’ampleur des inégalités en France et leur caractère multidimensionnel. Les chiffres que nous avons évoqués prouvent que les inégalités concernent, bien entendu, les revenus, mais également l’accès à l’alimentation, aux soins (incluant des écarts d’espérance de vie de 13 ans entre les plus pauvres et les plus aisés), le genre, le numérique et sa diffusion inégale qui prive certains individus de leur pouvoir d’agir, l’accès aux ressources (notamment énergétiques) ou à l’eau et à l’assainissement (650 000 français n’ont pas un accès physique permanent à de l’eau potable), l’accès à un travail décent et à un environnement sain et sûr. 

Maroc: Deux ressortissants suisses abandonnés par leur pays



Le Maroc communique beaucoup sur le sujet de la menace terroriste au point qu’une instrumentalisation du sujet est envisageable en raison du faible niveau de la menace.
Pressentant la fin de Daech, Rabat a multiplié les annonces de démantèlement de cellules terroristes. Le nombre d’annonces était en contradiction avec les appels à des offres touristiques qui dessinent le royaume comme un paradis pour les vacances.

L’exagération de la menace terroriste est justifiée par la volonté de Rabat de s’accaparer les richesses du territoire du Sahara Occidental et d’imposer le silence de l’Occident sur ses excès en matière de violations des droits de l’homme.
C’est ainsi que le jugement des prétendus assassins des deux jeunes scandinaves, Maren Ueland et Louisa Jespersen, a été remué. Le but est de rappeler l’existence d’une menace terroriste souvent exagérée en vue d’entretenir un sentiment durable d’insécurité.
Les autorités de Rabat ont agité cette affaire à un moment où elles sont acculées sur deux fronts : Le Rif, où des activistes sociaux ont été condamnés à 20 ans de prison, et le Sahara Occidental où le Conseil de Sécurité met la pression en vue de mettre fin à un conflit qui empoisonne la région depuis plus de 43 ans et où le Maroc s’accommodait d’un statu quo devenu insupportable pour la communauté internationale et les peuples de la région.

Une bénévole de RESF comparait en correctionnelle pour avoir scolarisé un mineur isolé



Le procès d'une bénévole de RESF se tient ce lundi à partir de 14h à Avignon. Chantal Raffanel est poursuivie pour usurpation de fonction après une plainte du Conseil départemental de Vaucluse. Il lui est reproché d'avoir inscrit un jeune mineur isolé à l'école en mentionnant "représentant légal".
Chantal Raffanel, bénévole RESF
Chantal Raffanel, bénévole RESF © Radio France - Marie-Audrey Lavaud
Vaucluse, France
Une bénévole de l'association RESF de Vaucluse comparait ce lundi après midi devant le tribunal correctionnel d'Avignon. Elle est poursuivie pour avoir inscrit un mineur étranger à l'école, en l’occurrence dans un lycée professionnel de Vedène. L'aide sociale à l'enfance a porté plainte pour usurpation de fonction car c'est ce service du Conseil départemental qui s'occupe des mineurs isolés et qui est le seul compétent.

jeudi 9 mai 2019

Blessing, migrante noyée dans la Durance : des mois de silence et un dossier en souffrance

Durance : des mois de silence et un dossier en souffrance

Il y a un an, le corps de Blessing Matthew était retrouvé contre un barrage des Hautes-Alpes. La Nigériane, qui venait de franchir la frontière, fuyait une patrouille de gendarmes. Le parquet a écarté lundi leur responsabilité, ce que contestent sa sœur et l’association Tous migrants.

C’était il y a un an. Le 7 mai 2018, Blessing Matthew s’est noyée dans la Durance à La Vachette (Hautes-Alpes), un lieu-dit de Val-des-Prés situé sur la route de Briançon. Cette Nigériane de 20 ans venait juste de passer la frontière franco-italienne, de nuit, en groupe et par les sentiers, dans le secteur du col de Montgenèvre. Selon ses compagnons de traversée, la dernière fois qu’elle a été vue, peu avant l’aube, elle était poursuivie par les forces de l’ordre, boitillante, épuisée et terrifiée, sur les berges du torrent en crue printanière. Le 9 mai, son corps est retrouvé à dix kilomètres en aval, flottant contre un barrage EDF du village de Prelles. La jeune femme ne porte plus que sa culotte, un anneau d’argent et un collier avec une pierre bleue. C’est le premier cadavre retrouvé depuis le début de l’afflux de migrants à la frontière des Hautes-Alpes, en 2016. Depuis, les corps de trois autres Africains ont été découverts dans la montagne. L’histoire de Blessing est pourtant une tragédie à part. Parce que c’était une femme, alors qu’elles sont ultra-minoritaires sur la frontière, parce que c’était la première victime, et parce que les conditions de sa mort restent troubles.

mercredi 8 mai 2019

Vient de paraitre : "L'hébergerie des délinquants solidaires. Une histoire de migrants" livre de Marie-Jo Fressard




Comment le petit pâtre africain devient berger des alpages. Un livre pour les jeunes, et les moins jeunes.

 Cette fiction retrace le parcours d'Alioune dit Ali, petit berger africain qui doit fuir son pays, la République Démocratique du Congo, avec cinq de ses camarades et se rendre en Europe où, lui dit-on, il est tellement facile de gagner beaucoup d'argent. 
Ce grand voyage aux mille dangers mortels et aux rencontres fraternelles va le conduire en France. C'est par la montagne enneigée qu'il arrivera dans les Hautes-Alpes où il rencontrera une bande de délinquants solidaires. Ensemble ils chercheront des solutions à toutes ses préoccupations.

« …Je me rends de temps en temps à Gap pour aller faire quelques courses.
Depuis plus d’une année, j’y rencontre beaucoup de jeunes subafricains. C’est par un réseau d’associations humanitaires et caritatives locales et par les réseaux sociaux que j’apprends, petit à petit, ce qu’ont vécu ces jeunes qui ont fait à travers l’Afrique un long parcours aux mille dangers parfois mortels pour venir chez nous où ils espèrent trouver une vie normale et du travail, loin de la guerre qui les a fait fuir leur pays, du travail qui leur permettra de rembourser l’argent qui leur a été prêté par la famille et les amis…
 Je m’étais jointe à la fin de la marche des migrants de Briançon à Gap et j’ai lu avec intérêt ce qu’en dit la presse locale. Mais j’étais atterrée en lisant quelques commentaires de lecteurs d’un affligeant racisme haineux envers ces arrivées d’étrangers.
Pour toutes ces raisons, j’ai décidé d’écrire cette fiction basée sur des faits réels, pour faire connaître un difficile parcours parmi d’autres au moins aussi cruels, de quelques migrants souvent mineurs, qui arrivent chez nous par la montagne et que nous croisons dans les rues de Gap. »
Marie-Jo Fressard
 


Conception graphique Cédric Rutter/Association La Guillotine

Prix : 7.00€

Pour acheter le livre, à Gap
- E'changeons le Monde, 17 rue Jean Eymard
- La Nouvelle Librairie, 6 cours Victor Hugo

 Pour commander par mail (11€ frais de port compris)
antidote-publishers.be ( BE20000423594956 )
 ou solidmar05@gmail.com

mardi 7 mai 2019

Très chère école privée marocaine...

                      
                    Société Mohamed Ezzouak, Directeur de publication Yabiladi.com, 5/5/2019

 Les classes moyennes marocaines ont abandonné tout espoir de sauver l’enseignement public qu’elles ont fui en masse ces dernières années. Elles demandent à l’Etat d’achever le Mammouth.

Les 3ème Assises nationales de la fiscalité ont donné l’impression d’un méchoui géant. Chacun veut sa part du festin, et (presque) tous se sont entendus pour acter l’abandon en rase campagne de l’éducation nationale, où d’en faire une sorte de RAMED scolaire pour les plus pauvres.

Qu’au niveau du gouvernement, de l’élite politique et intellectuelle, il y ait une volonté de saborder le système d’éducation publique, ne surprend plus vraiment. J’en veux pour preuve le statut de plus en plus précaire des enseignants recrutés par les AREF, ou le souk de la rentrée scolaire 2016/2017 dont on ne s'est toujours pas vraiment remis.

Ce qui est le plus désespérant, c’est cette adhésion résignée des classes moyennes à la stratégie de dépeçage de ce qui reste de l’éducation nationale. Le non consentement à l’impôt des Marocains a trouvé un mode d’expression acceptable : exiger une réduction d’impôt sur le revenu pour les frais de scolarité des enfants dans l’enseignement privé. Dans l’individualisme consumériste triomphant, les classes moyennes marocaines veulent ainsi faire sécession. Si choisir le meilleur pour la scolarité de ses enfants est tout à fait légitime, vouloir faire payer ce choix individuel à la collectivité via une baisse de la contribution fiscale est un non sens.

Du dépeçage de nos communs

Quand ferons-nous donc Nation ? N’ayant pas eu le temps de devenir citoyens égaux, nous glissons vers le contribuable-fossoyeur de tout service public. «Que fait l’Etat pour moi en échange de mes impôts ?» Cette question réthorique que nous entendons quotidiennement - et pas seulement dans la bouche des médecins du privé - devrait conduire à plus d’exigence à l’égard de nos responsables politiques et l’ensemble de l’administration. Mais le principe même de la reddition des comptes n’a toujours pas infusé dans notre société. Au lieu de ça, nous contribuables - faussement fatalistes - exigeons que l’Etat nous exempte d’une partie de nos obligations fiscales.Ses partisans de l’ultralibéralisme au gouvernement boivent du petit lait. Le résultat au niveau du système scolaire public est visible depuis l’arrivée du gouvernement Benkirane. On démolit les établissements scolaires en ville pour vendre le terrain à des projets immobiliers, on ne remplace pas les enseignants partant à la retraite, les insuffisantes nouvelles embauches se font dans une situation de précarité inimaginable il y a quelques années. On sent même une polarisation de la population des contribuables agacée par les revendications des enseignants-contractuels.

Accélérer vers le ravin

Ainsi, nous contribuons à un enseignement à deux vitesses : les enfants des familles les plus modestes entassées dans des écoles délabrées avec des profs non formés et complètement démotivés ; les enfants des classes moyennes dans des écoles privées de plus en plus chères et au niveau à peine meilleur que l’école publique il y a quelques décennies. Qu’avons-nous gagné de cette politique de désengagement de l’État au profit du privé ? Nous payons cash la facture de notre résignation politique post-années de plomb.
Lire : https://www.yabiladi.com/articles/details/77918/tres-chere-ecole-privee-marocaine.html

“Tous les Sahraouis sont des héros et des héroïnes” (Conchi Moya) Rédaction


Entretien avec l’écrivaine Conchi Moya
Conchi Moya est l’auteure du livre « Las acacias del éxodo » (« Les acacias de l’exode »), un ouvrage traitant du Sahara occidental. La présentation aura lieu ce samedi 4 mai à la librairie Libros Traperos de Murcia.
« Du PSOE, nous n’avons eu que trahisons. Il n’y a rien de positif à attendre de ce parti à l’égard du peuple sahraoui, comme il a continué à le démontrer tout au long de ces années ».
« Le fait que les femmes soient un pilier de la société sahraouie a toujours été évident. La société sahraouie est matriarcale, ce sont des femmes libres et elles occupent une place très importante dans leur famille et dans la société ».
Née à Madrid en 1971, elle est diplômée en Sciences de l’Information de l’Université Complutense. Avant « Les acacias de l’exode », elle a écrit deux autres livres, avec pour toile de fond le Sahara occidental, « Delicias saharauis » et  » Los otros príncipes ». Avec Bahia Mahmoud Awah, elle a écrit l’essai « L’avenir de l’espagnol au Sahara occidental ». Elle a aussi édité plusieurs anthologies de poésie sahraouie « Um Draiga », « Aaiún, gritando lo que se siente », « La primavera saharaui » et « Poetas saharauis (Generación de la Amistad) ». En décembre 2015 est paru son premier roman, « Sin pedir permiso » (« Sans demander la permission »).
Elle co-anime l’espace d’information Poemario por un Sahara Libre, dédié à l’actualité informative et culturelle de la cause sahraouie.
« Les acacias de l’exode », est un livre d’histoires dont le protagoniste est le Sahara occidental, le peuple sahraoui. Ce n’est pas ton premier livre sur ce thème et tu consacres une partie de ton activité à rendre visible la cause sahraouie. Quel est ton lien avec le Sahara, avec son peuple ?
J’ai rencontré le peuple sahraoui en avril 2000, lorsque je me suis rendue dans les camps de réfugiés sahraouis avec des collègues d’une radio libre à laquelle je collaborais. L’impact de ce que j’y ai vécu a été si fort que je me suis engagée à aider ces gens avec ce que je savais faire : raconter, écrire, informer. Finalement, j’ai rencontré mon collègue, l’écrivain et chercheur sahraoui Bahia Awah, et nous avons décidé de le faire ensemble. C’est ma cause, c’est mon peuple, j’ai une immense famille dispersée dans les camps, dans plusieurs pays de la diaspora et en territoire occupé. Beaucoup de mes meilleurs et plus chers amis sont sahraouis. Il n’y a pas eu un jour depuis mon premier voyage où j’ai cessé de penser au Sahara, et cela fait dix-neuf ans. Cela s’est littéralement traduit par le fait que j’ai eu l’honneur de participer au congrès fondateur du groupe d’écrivains sahraouis en exil Génération de l’amitié sahraouie. J’ai également été anthologue pour plusieurs de leurs publications. « Les Acacias de l’Exode » est mon troisième livre de récits sur le Sahara Occidental.
  
Dans l’une des histoires tu racontes la visite d’un « jeune homme politique espagnol », l’espoir qu’il a suscité parmi les militants sahraouis et, enfin, sa trahison. Ce politicien était Felipe González. Maintenant qu’un autre jeune homme politique socialiste se trouve à la Moncloa et continuera d’être président après les élections du 28 Avril, quelles sont les attentes de la population sahraouie : les Sahraouis espèrent-ils que Sánchez se tournera vers les camps de réfugiés, qu’il assumera la responsabilité de l’Espagne en tant que puissance colonisatrice et qu’il remplira le mandat des Nations Unies en attendant que le Sahara obtienne son indépendance et retrouve ses terres ?
L’histoire de la visite de Felipe Gonzalez en 1976 dans les camps de réfugiés pour soutenir le peuple sahraoui « jusqu’à la victoire finale » et sa trahison ultérieure, qui hantera Felipe à jamais, m’impressionne beaucoup. Les Sahraouis ne l’oublient pas et ils étaient chargés de récupérer et de diffuser ces images et l’audio de son discours. La chanteuse sahraouie Mariem Hassan lui a même dédié une chanson appelée « Shouka » (L’Épine), qui fait froid dans le dos. J’ai pu parler à certaines des personnes qui l’ont accompagné et j’ai voulu reproduire cette visite.
Le programme socialiste pour ces élections de 2019 comprenait une phrase faisant référence au peuple sahraoui, à savoir que le parti s’efforcera « de parvenir à une solution au conflit qui soit juste, définitive, mutuellement acceptable et respectueuse du principe de l’autodétermination du peuple sahraoui ». Il est vrai que Pedro Sánchez s’est en quelque sorte dissocié de la « vieille garde » socialiste, mais nous devrons voir jusqu’où il osera aller. La proximité du PSOE avec les thèses marocaines sur le Sahara Occidental est historique et il est difficile pour cela de changer. Il faut rappeler que dans la dernière législature Mohamed Chaib, député pour le Parti socialiste catalan, est entré au Congrès : il est considéré comme « l’homme de Mohamed VI en Espagne ».
Il suffit de voir que Zapatero est l’un des défenseurs de l’occupation marocaine du Sahara. À titre d’exemple, l’ancien président est allé participer à différentes manifestations dans les territoires occupés du Sahara, organisées par les autorités marocaines, comme le Forum de Crans Montana dans la ville sahraouie occupée de Dakhla, avec Mohamed VI qui a ouvert la manifestation et accueilli les participants avec la phrase « Bienvenue au Sahara Marocain ». Cela a été repris par l’Agence EFE en mars 2015, c’est consultable en ligne. Et sous le gouvernement de Zapatero, le PSOE a eu une attitude honteuse lors de deux événements décisifs tels que la grève de la faim de la militante sahraouie Aminetu Haidar à l’aéroport de Lanzarote et le violent démantèlement du camp sahraoui de Gdeim Izik, où le gouvernement du PSOE a considéré la version marocaine comme valide et a reçu le général marocain Hosni Benslimane au ministère de l’Intérieur, alors qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen pour l’assassinat de l’opposant Ben Barka. Le ministère de l’Intérieur Pérez Rubalcaba a répondu que son nom « n’était pas dans les bases de données du ministère ».
Du PSOE, nous n’avons eu que trahisons. Il n’y a rien de positif à attendre de ce parti à l’égard du peuple sahraoui, comme il a continué à le démontrer tout au long de ces années.
Dans un livre comme « Les acacias de l’exode », il doit être facile de céder à la tentation de se limiter à faire l’éloge de la figure des héros et des dirigeants du peuple sahraoui. Tu parles avec admiration de certains de ces personnages, mais tu concentres tes histoires sur les gens qui souffrent de l’exode, sur les enfants, sur les familles, sur les choses simples et fondamentales qu’ils ont perdues. Et surtout tu parles des femmes sahraouies, de leur rôle dans l’organisation de la vie civile dans les camps, de la façon dont elles s’occupent de la santé, de l’éducation, de l’organisation, bref, de la vie quotidienne. Quel rôle tiennent les femmes dans la cause sahraouie ?
En réalité, tous les Sahraouis sont des héros et des héroïnes. Et tout le peuple est le Front Polisario, qui est un mouvement de libération nationale qui existera jusqu’à ce que les Sahraouis récupèrent leurs terres. Dans le cas des Sahraouis, il y a des dirigeants qui ont donné leur vie pour la cause, littéralement, comme Elouali Mustafa, l’un des fondateurs du Front Polisario et leader de la révolution sahraouie, qui est mort sur le champ de bataille moins d’un an après le début de la guerre contre le Maroc. Beaucoup d’autres ont été un exemple par leurs efforts et leurs sacrifices tout au long de ces décennies. Comme le peuple, qui a souffert et souffre encore tant. Et avec « Les acacias de l’exode » je voudrais en quelque sorte que nous nous mettions à la place de ces gens qui, du jour au lendemain, ont été expulsés de leur terre, à qui tout a été enlevé et soumis aux plus grandes injustices, devant l’indifférence de la communauté internationale. Je voudrais que nous comprenions que cela peut arriver à n’importe qui, même si nous nous croyons en sécurité en vivant dans la bulle de notre soi-disant « premier monde ».
Le fait que les femmes sont un pilier de la société sahraouie a toujours été évident. La société sahraouie est matriarcale, ce sont des femmes libres et elles occupent une place très importante dans leur famille et dans la société. Elles ont installé les camps, et donc l’Etat sahraoui en exil, lorsque les hommes étaient sur le front. Il s’agissait de mères, de médecins, de constructrices, d’enseignantes, de donneuses de soins, de diplomates à l’étranger. Et dans les territoires occupés, les femmes mènent encore aujourd’hui de nombreuses manifestations de protestation, et il y a de nombreux noms de femmes parmi les militants des droits humains les plus importants. Les femmes sahraouies ont leur place dans la vie politique au niveau national et international. Il y a des ministres, des gouverneures, des parlementaires ou des diplomates, par exemple la représentante sahraouie en Espagne est une femme.
Mais tout cela n’empêche pas que les femmes sahraouies souffrent aussi du patriarcat, sont préoccupées par la perte du pouvoir depuis que les hommes sont retournés dans les camps après le cessez-le-feu et appellent à une plus grande participation à la vie publique. Maintenant, il y a une génération intéressante de très jeunes femmes sahraouies qui luttent pour leurs droits et leur espace, sans abandonner leur cause, et c’est extrêmement intéressant à mon avis.
Tout ton livre est un beau chant d’espoir, plein d’amour pour les gens dont tu parles. C’est aussi un cri de rage, de révolte contre la situation que vit le peuple sahraoui depuis 50 ans. Mais c’est aussi un appel contre l’oubli, contre l’éventuelle perte d’identité des générations déjà nées dans l’exode : y a-t-il un risque d’épuisement, de découragement chez les plus jeunes ?
Ce danger existe, c’est évident. J’ai des neveux et des neveux qui sont nés dans les camps de réfugiés et qui ont aussi des enfants qui sont nés dans les camps. Deux générations qui n’ont jamais pu mettre les pieds sur leurs terres ou qui ne connaissent que l’occupation. C’est un drame terrible. Et il y a un troisième déracinement, celui de la diaspora. 

Comment dire à un jeune Sahraoui de garder la foi en l’ONU ou en la communauté internationale ?
Mais en même temps, l’identité sahraouie est si forte qu’il y a beaucoup d’espoir placé dans les jeunes. Il y a une génération très bien préparée, qui connaît la cause et qui occupe des postes de responsabilité ou qui collabore à l’activisme intellectuel, culturel et artistique de l’information. Dans les territoires occupés, les défenseurs des droits humains sont de plus en plus jeunes, ils prennent le relais des militants vétérans. Le Maroc n’a pas réussi à effacer l’identité sahraouie de ces nouvelles générations, pas même des étudiants universitaires, obligés d’étudier dans les universités marocaines. Il existe un mouvement étudiant sahraoui très important dans les territoires occupés, qui subit des harcèlements, des détentions et des emprisonnements. Mais ils continuent.
Le grand problème est peut-être que le découragement les conduit à prendre des positions en faveur d’un conflit armé. Certains jeunes appellent à mettre fin à cette situation d' »impasse » et à reprendre la guerre. Ils en ont assez d’attendre et c’est compréhensible.
Tu es écrivaine, mais aussi journaliste, pourquoi avoir choisi le récit, la littérature pour nous parler des Sahraouis et non la chronique ou le reportage journalistique ?
Ce sont deux façons d’écrire qui sont presque aussi présentes dans ma création. Ma littérature est très narrative et j’aime raconter. Et en même temps, mes articles journalistiques ont toujours un aspect littéraire. En tout cas, Bahia Awah et moi militons pour l’information depuis 2001, lorsque nous avons commencé avec Poemario por un Sahara Libre, notre émission de radio qui est devenue plus tard un blog et que nous continuons. La littérature est venue plus tard et c’était en partie une conséquence du nombre de témoignages et d’histoires que nous entendions chaque jour. J’ai toujours écrit, depuis mon enfance, et si j’ai osé aller plus loin, c’est parce que je suis convaincue que la littérature et l’art sont une arme extrêmement puissante pour la diffusion des idées, et bien sûr des causes. Et par conséquent, ils doivent l’être pour une cause aussi juste que celle des Sahraouis.
 w41k.com/155823
Conchi Moya,Las acacias del éxodo
978-84-7737-959-1
120 pages
Prix: 14 euros
Fuente : Tlaxcala, 03/05/2019