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mardi 29 décembre 2009

Lettre ouverte à Mohamed VI

Par Mohamed Hifad,23/11/2009

Louange à Dieu.
Majesté
Avec votre permission, je suis un enseignant ayant servi mon Roi et ma patrie pendant trente et deux années et je continue le même combat dans mon propre village natal, Douar Foulouste, Commune de Sidi Kaouki, Province d’Essaouira, avec le même sérieux, le même dévouement, la même honnêteté et le même sens de l’équité.
Majesté
De prime abord, je saisis cette heureuse opportunité pour vous présenter mes meilleurs vœux à l’occasion du cinquante-quatrième anniversaire de l’indépendance du Maroc.
Majesté

Comme vous le savez, les français ont instauré le domaine forestier au Maroc , ce qu’ils n’ont pas fait dans leur propre pays , et ont ainsi exproprié nos parents de leurs vergers d’arganiers , hérités de leurs ancêtres , soigneusement taillés , espacés , entretenus et bien gardés. Ils étaient clôturés et labourés et les vestiges des fondations des murs et des douars abandonnés, sont encore visibles de nos jours. Les français avaient fait d’une pierre deux coups : nous punir pour leur avoir résisté et organiser des coupes en leur faveur : le bois de l’arganier, qualifié de bois de fer, était de bonne qualité pour leurs trains, leurs usines et le chauffage de leurs écoles et de leurs foyers au détriment des habitants qu’ils avaient condamnés à l’exode à l’émigration et à l’exil.
Majesté
Après cinquante quatre années d’indépendance, nous n’avons pas encore droit à nos agdals alors que chacun d’entre nous connaît ses arganiers auxquels il va donner jusqu’à des noms ainsi que ses parcelles qu’il a hérités, de père en fils, de ses ancêtres. En voulant créer une coopérative agricole , grâce aux encouragements d’un ingénieur chercheur de votre Majesté au Ministère de l’Agriculture et de passage au village, pour qu’on puisse bénéficier de l’aide technique de l’Etat et financière des bayeurs de fonds à l’instar des coopératives de femmes , notre demande a été d’une certaine manière rejetée par le délégué régional de l’Office du Développement des Coopératives à Marrakech sous prétexte que la quasi majorité des inscrits, jusqu’à présent soixante et sept , quarante et un hommes et vingt et six femmes , tous des propriétaires d’agdals ou usufruitiers de l’arganeraie , n’ont pas sur leurs cartes d’identité le métier de fellah comme le stipule l’article 16 de la loi 83/24 portant sur la création d’une coopérative agricole .Il me demande de rectifier et de lui renvoyer la demande en trois exemplaires, ce qui est impossible et une manière subtile de rejeter notre demande .Sur les soixante et sept inscrits à ce jour, effectivement, il y en a trois seulement qui ont sur leurs cartes le métier de fellah car ils ne peuvent plus travailler hors du village à cause de leur âge avancé. Mais tous et toutes continuent à labourer leurs parcelles de terre et à cueillir les noix de leurs arganiers ou de payer d’autres pour qu’ils le fassent à leur place .C’est ce que j’ai toujours fait depuis la mort de mon père en mille neuf cent quatre vingt et deux et à la réception de ma part d’héritage. Monsieur le délégué aurait pu demander aux autorités locales ou aux services des eaux et forêts de vérifier si nous sommes vraiment les propriétaires des agdals ou les usufruitiers de l’arganeraie. Ou bien il faudra changer les lois qui organisent les coopératives ou permettre aux citoyens d’avoir sur leurs cartes d’identités tous les métiers qu’ils exercent durant l’année, selon les saisons .Ce qui est au dessus de lui et de nous-mêmes simultanément. Mais il n’y a, à ma connaissance, aucune loi au Maroc qui interdit à un fonctionnaire, un pêcheur, un maçon , un ouvrier , un banquier, une femme au foyer , pour ne citer que les métiers de ceux qui sont inscrits à ce jour , d’hériter d’un bien agricole de ses parents fellahs et de sauvegarder la même activité pour le bien de tout le monde. Nous voulons contrôler notre produit du reboisement jusqu’au produit fini et sa commercialisation pour une bonne traçabilité. La différence entre nous et les coopératives dites de femmes et derrière lesquelles il y a toujours un ou deux spéculateurs non déclarés , c’est que nous pouvons acheter un supplément de matière brute ou des amandes, aux membres et aux particuliers, au prix du marché et payer ceux ou celles qui travaillent avec nous également de la même manière , mais une fois l’huile et ses dérivés vendus, les bénéfices seront partagés à égalité entre les membres et ceux ou celles qui travaillent avec nous et nous sommes prêts à payer nos impôts si nous dépassons le chiffre d’affaire d’un million de dirhams , à ma connaissance , tel que le stipule la loi. C’est ainsi que la valeur ajoutée restera sur place et bénéficiera au Douar. Nous comptons établir un contrat avec un médecin pour qu’il vienne au moins une fois par trimestre pour donner des consultations aux habitants du douar et au frais de la coopérative et un autre avec un avocat pour qu’il défende les droits de la coopérative et de ses membres .Nous voulons payer des gardiens au moins au moment de l’agdal proprement dit qui dure deux à trois mois en été, sinon toute l’année si c’est possible. Nous souhaitons faire participer des touristes à nos diverses activités pour un supplément de revenu pour les paysans. Nous espérons prendre en charge des cours de rattrapages pour les enfants du village et des cours d’ alphabétisation fonctionnelle pour les adultes .Notre objectif principal est la conservation de l’arganeraie puis toutes les activités liées au reboisement, celles relatives à la cueillette et aux agdals proprement dits, celles qui se rapportent à la production de l’huile d’argan et de ses dérivés et enfin celles qui concernent la commercialisation des produits finis.
Majesté
Veuillez bien vouloir croire à mon indéfectible attachement au Trône Alaouite et agréer l’expression de ma très haute et respectueuse considération.
Foulouste, le lundi 23 novembre 2009
Votre dévoué sujet :
Mohammed Hifad (Enseignant retraité.)