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samedi 16 mai 2009

Pour la libération de Yahya Mohamed El Hafed Aaza

Nous avons écouté attentivement le poignant appel de Mohamed Elhafed qui explique dans la vidéo ci-contre la situation désespérée de sa famille : lui, aveugle, les deux mains coupées, très âgé, son épouse malade, également très âgée, tous deux dépendant de leur fils incarcéré à Aït Melloul , condamné à 15 ans de prison ferme pour délit d’opinion, très affaibli par une longue grève de la faim.
Mohamed Elhafed demande aux militants des droits de l’homme d’intervenir auprès des autorités du royaume pour demander la libération de son fils sans lequel lui et sa femme ne peuvent pas continuer à vivre.
Nous proposons un modèle de lettre à copier ou à la personnaliser et à envoyer aux adresses ci-dessous. Copier-coller ne demande qu’un instant…Un grand nombre de lettres peut avoir un réel impact.(
Rédaction Solidmar)

APPEL URGENT AUX AUTORITES DU MAROC
Premier Ministre :
courrier@pm.gov.ma
Ministère de la Justice :
lididi@justice.gov.ma
Copies au CCDH :
ccdh@ccdh.org.ma et à l’OMCT : Appeals@fidh-omct.org
Mesdames, Messieurs,
Nous avons été informés de la situation désespérée d’un vieux couple et de leur fils Yahya. Monsieur Mohamed Elhafed, 82 ans, est aveugle, ses deux mains sont coupées. Son fils s’occupait de lui pour l’hygiène, pour lui donner à manger, pour tous les besoins et gestes quotidiens qu’il ne pouvait accomplir sans mains. Son épouse, 70 ans, ne peut l'aider, elle est malade et également dépendante de son fils qui la soignait.
Mais Yahya, arrêté avec 11 camarades pour délit d’opinion pour avoir cru au droit des peuples à l’autodétermination, est incarcéré au pénitencier d’Aït Melloul. Il est condamné à 15 ans de prison ferme. Désespéré de ne pouvoir s’occuper de ses parents, il est en grève de la faim ouverte depuis le 4 avril. Son état de santé est très préoccupant.
Malgré ses handicaps, son père s’est rendu plusieurs fois à la prison, à 700 km de son domicile, accompagné de la femme de son fils et de leurs enfants, pour le voir ne serait-ce qu’un instant et lui remettre des vêtements et des couvertures, car il manque de tout. Mais on lui refuse cette visite comme on lui refuse tout contact par téléphone. Il est difficile d’imaginer répression plus inhumaine, plus cruelle …
Cette situation est inacceptable pour les militants des droits de l’Homme, et pour toute personne qui a quelque peu un sentiment d’humanité et de respect pour des personnes âgées et handicapées. Ces trois personnes paient très cher le fait d’avoir osé penser en dehors des normes imposées.
Nous lançons cet appel urgent aux autorités marocaines :
libérez Yahya, rendez–le à ses parents qui ont besoin de lui pour continuer à vivre, avant qu’il ne soit trop tard.
Nous nous joignons à Monsieur Mohamed ElhafEd pour demander également la libération des onze autres prisonniers d’opinion qui, pas plus que son fils, ne sont des criminels.
Nom Prénom Lieu de résidence Signature date

vendredi 15 mai 2009

Poursuivie par la justice française pour avoir voulu épouser un Marocain

par Lauranne Provenzano, Jeune Afrique, 15/5/2009
Abus de langage ? Dérive juridique ? Le « délit de solidarité » représente en tout cas le quotidien de plusieurs couples mixtes, confrontés à des mesures de rétorsion à la limite de la légalité. Pour ceux qui veulent faire leur vie avec un immigré clandestin, il est clair qu'il existe aujourd"hui un « délit d'aimer ».
Il n’est pas inscrit au Code pénal mais il existe bel et bien. Le « délit de solidarité », comme l’appellent les associations de défense des sans-papiers, concerne entre autres les personnes qui se rendraient coupables d’ « aide à l’entrée » et d’ « aide au séjour irrégulier » des sans-papiers.
C’est le cas de Jennifer Chary, une jeune française de 23 ans poursuivie par la justice pour avoir hébergé son concubin, avec lequel elle prévoyait de convoler en avril dernier. Signalé par les services municipaux en charge du dossier de mariage, M'hamed Naïmi a été renvoyé au Maroc une semaine avant la noce, après un séjour au Centre de rétention administrative (CRA) de Lyon.
La jeune femme, quant à elle, est passée devant le tribunal correctionnel le 11 mai dernier. Après le rejet par son avocate de la procédure du « plaider coupable », le procès a été reporté à septembre prochain. Elle encourt jusqu'à cinq ans de prison et 30 000 euros d'amende.
Amalgame ?
Le gouvernement, par la bouche du ministre de l’Immigration Eric Besson, maintient pourtant qu’ « en 65 ans, depuis qu'existe l'article L622-1 -du Code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile-, personne n'a jamais été condamné pour avoir simplement hébergé, donné à manger ou transporté en voiture en auto stop un étranger en situation irrégulière ».
Il rappelle que seuls sont punis les réseaux et les filières qui profitent lucrativement des immigrés clandestins.
L' Assemblée nationale a d’ailleurs rejeté le 5 mai dernier une proposition de loi des députés socialistes visant à dépénaliser le "délit de solidarité" envers les sans-papiers.
Mobilisation des associations
Plusieurs associations comme le collectif de couples mixtes les « Amoureux au ban public » ou le Gisti dénoncent pourtant le risque de banalisation de ce genre de pratiques.
Pour se faire entendre, 16 associations ont adressé un courrier au ministre de l’Immigration le mois dernier. Emmaüs France, la Cimade, le Secours catholique-Caritas, le Réseau éducation sans frontières (RESF), le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), Médecins du Monde et la Ligue des droits de l'Homme figurent parmi les signataires.
Une manifestation contre le « délit de solidarité » a récemment été organisée dans 90 villes de France.
« Les Amoureux au ban public » évoquent dans un communiqué d’autres cas de couples confrontés aux mêmes mesures et dénonce une « criminalisation de l’amour ».
« Depuis sa naissance en juin 2007, le mouvement a eu connaissance de quatre autres procédures judiciaires engagées contre des français en concubinage avec des étrangers en situation irrégulière ainsi que de plusieurs rappels à la loi prononcés par le Parquet ».
« De nombreux témoignages reçus relatent en outre les menaces de poursuites pénales régulièrement proférées par les services policiers ou administratifs et les conditions d'interpellation et d'audition humiliantes et dégradantes », poursuit le communiqué.
Dans la majeure partie des cas, les personnes sont relaxées, conformément au fameux article L622. Mais à chaque fois, le concubin étranger est renvoyé dans son pays, accusé d’avoir conclu un mariage blanc et se voit interdit de séjour pendant plusieurs années. Il arrive que le couple ait déjà un enfant...

Solidarité avec les 8 inculpés de Ben S'mim !

L'usine en construction. Photo Jérômine Derigny. Voir son reportage photo ici


À l'heure actuelle, la station de captage de la source et l'unité de conditionnement en bouteilles sont achevées à Ben S'mim. La route de raccordement permettant le passage des poids lourds est bien avancée.

Le procès des 8 de Ben Smim a repris le 4 mai. Le procureur a requis contre les prévenus une amende de 4 millions de dirhams (400 000 €) !! En quelques sortes non seulement les habitants se font voler leur eau mais en plus c'est à eux d'en payer les frais!
Le verdict sera rendu le 25 mai devant le tribunal de Meknès.
Suffisamment de temps pour écrire au ministre de la Justice et au Premier ministre (avec copie à l'ACME et à la presse) en demandant la relaxe pure et simple des habitants de Ben S'mim.

M. Le Premier Ministre : - Fax : 00 212 037761777 http://www.pm.gov.ma/fr/contact.aspx ou courrier@pm.gov.ma
Ministère de la Justice
lididi@justice.gov.ma

Source : Lucile Daumas - Attac Maroc

Marrakech : la révolte des étudiants, un an déjà. Procès le 28 mai

Les 18 étudiants de Marrakech, du « groupe de Zahra » ont été arrêtés il y a un an. Leur procès est sans cesse reporté : 5 août, 26 février, 19 mars, 2 avril. Il doit avoir lieu le 28 mai. La justice continuera-t-elle à jouer avec les nerfs de ces jeunes qui ont eu le tort de réclamer des conditions de vie et d’études plus dignes ? Il est urgent que Abdelkbir Bahi soit indemnisé et que ses compagnons d’études soient tous enfin libérés après cette année d’épreuves et d’humiliations. (Rédaction SOLIDMAR)


Lire Maroc : la révolte des étudiants violemment réprimée, par Gaël Chavance , Rue89, 31/5/2008

SECOUONS-NOUS !
à peine 21 ans!!!!!
Bahi Abdelkbir
21 ans!!!!!
est en sit-in devant le conseil consultatif des droits de l’Homme.
ce jeune étudiant
de Marrakech
a été tout bonnement
jeté de la terrasse
du 4ème étage
par un membre des forces auxiliaires
les forces du sinistrement connu : Laanigri
ceux que le bon peuple
appelle :MROUDS..
c'est arrivé
y a exactement un an
le 14mai 2008
lors de l'invasion barbare de ces forces
de la cité universitaire..
enfonçant les portes
détruisant le matériel
tabassant
insultant
arrêtant
ZAHRA et ses camarades..
ce jeune homme
touché à la colonne vertébrale
rendu handicapé
par cette horde de sauvages..
a décidé de demander réparation
surtout que son père
est emprisonné pour 5mois...
devenu un fardeau pour les siens
il est là
à Rabat
amenant avec lui son linceul
décidé à mourir
si réparation n'est pas faite..
blessé
handicapé
au froid
car même le temps n'est pas clément
surtout la nuit
il risque beaucoup
plus qu'il ne supporte déjà
plus qu'il ne subit déjà..
on ne peut laisser faire
on ne peut occulter
je vous en prie
bougeons
pour lui
pour cette jeunesse
qu'on détruit
peu à peu

Smirnova, jeudi, 14 mai 2009 - 21:25 (BST)

SCANDALE. Hafsa saison II

par Zoé Deback, envoyée spéciale à Khénifra, TELQUEL, 15/5/2009 La veuve et l’orphelin de Mohamed Kawtar, victime d’un accident de la circulation. (ZD)

Le clan de la tante du roi continue de faire la loi à Khénifra où un nouveau drame vient de survenir.
L’euphorie est retombée dans la ville de l’Atlas après la manifestation spectaculaire du 18 avril contre les abus de pouvoir de Hafsa Amahzoune, une des demi-sœurs de la mère du roi. Fatima Sabiri, l’avocate qui accuse Hafsa Amahzoune de l’avoir agressée, se désespère de voir ce clan gripper les rouages de la justice. “Le procureur du roi traîne des pieds et des gens sont en train de faire pression sur mes témoins”, nous déclare-t-elle. Quant à la tante du roi, qui nous avait reçus le 21 avril dans un hôpital de Meknès, se déclarant victime et non coupable de l’agression, un second drame a montré aux habitants de Khénifra qu’elle va nettement mieux. Dès le lendemain, elle aurait été aperçue, selon plusieurs témoignages dignes de foi, sur les lieux d’un accident de circulation mortel survenu dans la ville. Le conducteur d’un véhicule identifié comme appartenant à la famille Amahzoune a renversé (et tué sur le coup) un piéton. “Le conducteur et le passager ont pris la fuite immédiatement, nous raconte un témoin oculaire. Moins d’un quart d’heure plus tard, Hafsa Amahzoune est arrivée sur place. Elle avait l’air paniquée et elle est descendue de sa voiture, alors qu’elle était en pyjama”. Mustapha Addari, président de la section locale de l’AMDH, nous explique que toute la ville chuchote que le conducteur pourrait être l’un des fils de Hafsa : “Nous avons retrouvé des témoins, mais tous refusent de faire des déclarations. La peur est officiellement de retour à Khénifra”. Hafsa, jointe par téléphone, nie tout en bloc : “Accident, quel accident ? Je ne suis au courant de rien, laissez-moi tranquille”, s’est-elle contenté de nous répondre. A suivre…

jeudi 14 mai 2009

Israyil d tamurt tamagdayt* ?

D tadiwennit** ed Mauro Manno
*démocratique
**interview
23 Fuṛaṛ 2009
Tameskart : Giovanna Canzano
Tessuqqel-itt-id Mary Rizzo. Tcegger-itt (réviser) Saja.
Ameddakel-nneγ Manno yemmut deg wass n Ljemεa 13 Fuṛaṛ 2009 deg Napoli. 57 n yiseggasen deg leεmeṛ-nnes. Mauro yekfa iseggasen ineggura n tudert-nnes i lmend n uhuddu n tmuγliwin yeccḍen ay sεan medden γef tṣ̣ehyunit ed Isṛayil. Ta d tadiwennit-nnes taneggarut ay iga deg Yennayer 2009. Ttxil-wen, rzum γef usebter (page) ay deg ay as-nerra tajmilt. ”Anda-t ljens ara iqeblen ad d-yettuḥettem fell-as sufella beḍḍu n wakal-nnes, γas ma yella win ay t-id-iḥettmen d Tuddsa n Iγlanen Yeddukklen [ONU] (ay deg, ur yessekf ad t-nettu, deg zzman-nni, ddulat ay yettekkan deg-s d tis ṛebεa n ddulat ay yettekkan deg-s ass-a, yerna imir-nni tella seddaw n ṛṛay n Yiwunak Yeddukklen ed Tdukli Tasuvyatit). Lemmer d ay tnuda Tuddsa n Yeγlanen n Yeddukklen (ONU) ad tḥettem lxedma s Ṛṛay wis 194 ay yessuttren seg Isṛayil ad tejj Ifalesṭiniyen ay yettwanfan s yiγil ad d-qqlen γer tmurt-nsen, d ay-n ibanen lumuṛ ad ilint ddant akk-n niḍen. Maca Isṛayil tugi Ṛṛay-nni ... ” (Mauro Manno)à l

mardi 12 mai 2009

À Sidi Bernoussi*, la classe ouvrière entre l'arbitraire patronal et la répression policière

par Ali Fkir, 12/05/2009
Sous prétexte qu'ils subissent les répercussions de la crise capitaliste mondiale, des patrons (qui n'ont en réalité aucun problème) réduisent (ou ferment leurs usines pour quelques jours) les effectifs des salarié-Es (ce qui ne les empêche pas de réembaucher contre des salaires réduits, économisant ainsi des millions de Dh au niveau de la masse salariale et au niveau des primes d'ancienneté...). Les premières victime de ces licenciement abusifs (sans indemnité aucune) sont bien sûr les militants et militantes syndicaux.




































C'est le cas des patrons de
- ARYAN'S (confection, exploitant plus de 500 salarié-Es) qui viennent de licencier abusivement 45 ouvriers et ouvrières (y compris tout le bureau syndical - UMT). Leur seul crime est leur décision de se syndiquer, droit reconnu par la constitution.
- DOLLSAB (confection, employant 70 ouvrières), qui décide de fermer sans payer les salaires dûs, ni indemniser, ni justifier la fermeture qui reste illégale.
- TOP Clothing Company (confection employant plus de 100 salariés dont la majorité est constituée de femmes), qui a licencié les syndiqué-es (UMT).
Le patron change chaque fois le nom de l'entreprise (remise à zéro de la durée de l'ancienneté...): de ZAKITEX, il passe à KITEX, puis à Top Clothing Company, et aujourd'hui à MARBLE-Steel (sans reprendre cette fois - ci les syndiqués).
- SN City Wash (lavage industriel et teinture, employant plus de 300 salariés), qui licencie 22 militants syndicalistes (UMT), pour appartenance syndicale.
Les points communs à la majorité de ce type de patrons.
* Non respect du SMIG
* Pas de bulletin de paie
* Non déclaration à la CNSS ( ou déclaration partielle)
* La durée de travail hebdomadaire non respectée (sans que les heures supplémentaires soient payées)
* Atteinte à la dignité des ouvrier-Es (insultes, comportements dégradants...)
* Allergie à l'activité syndicale.
Que font les autorités "compétentes"?
Elles épaulent les "gentils" patrons contre les "méchant-Es" ouvrier-Es.
Le 5 mai 2009 la police a tabassé les ouvrier-Es de ARYAN'S (j'ai vu personnellement les traces des matraques), a arrêté 11 militants qui ont été relâchés par la suite après avoir signé des PV dont ils ignorent toujours le contenu.
Ces victimes ont organisé le 12 mai 2009 une marche de protestation dans le quartier industriel de Bernoussi. Des syndicalistes étaient là pour exprimer leur solidarité avec leurs camarades (les représentants des 650 CEMABOIS de Sidi Maârouf toujours en grève pour leurs droits légitimes, des salarié-Es du CINÉMA DAWLIZ...).
Les ouvriers et ouvrières victimes de l'arbitraire patronal, de la complicité des autorités, de la surexploitation capitaliste ont réussi leur marche du mardi 12 mai 2009, et ils ne pensent pas rester inactifs tant que leurs droits légitimes sont bafoués.
Les droits ne se donnent jamais, ils s'arrachent.
Il n ' y a pas d'autres solutions en dehors de la lutte consciente, organisée et unitaire.
* Sidi Bernoussi : la Zone industrielle de Sidi Bernoussi Zenata au sud de Casablanca est l'une des plus anciennes et la plus importante du Maroc, avec plus 600 entreprises ssur 1000 hectares employant plus de 50 000 travailleurs et travailleuses, réparties entre textile et cuir (40%), chimie (30%), industrie mécanique et électrique (20%) et agro-industrie (10%). Une dizaine de bidonvilles hébergeaient en 2001 7500 personnes, des travailleurs et leurs familles. Ils sont en voie de résorption dans le cadre d'un programme piloté par la Banque mondiale.(NDLR SOLIDMAR)

Libertés en danger

par ASDHOM, Paris, 11 mai 2009
L’ASDHOM qui a combattu au fil de ses 25 ans d’existence, les atteintes graves aux droits élémentaires exprime sa grande inquiétude quant à une recrudescence de ces dernières au Maroc.
Des brèves pas réjouissantes se succèdent les unes aux autres. On assiste à des interpellations ciblées de militants, à des vagues d’arrestations et d’enlèvements, à des condamnations arbitraires et à un silence assourdissant comme seule réponse aux grèves de faim que mènent des détenus d’opinion à travers différentes prisons du pays. Les disparitions forcées en série refont surface d’une façon alarmante.
Des défenseurs des droits de l’Homme font les frais de ces atteintes. C’est le cas de M. Chakib AL KHAYARI qui a été arrêté sans ménagement par les forces dites de sécurité à Nador, avant d’être mis illégalement en garde à vue et déféré devant un juge d’instruction à Casablanca pour se voir notifier des accusations infondées visant à le museler et à mettre un terme à son combat.
On emprisonne et on condamne les révoltés, victimes des inondations à Sidi Kacem (Khnichat), pour le simple fait d’avoir exprimé leur détresse et avoir dénoncé l’absence de secours appropriés.
On maltraite et on poursuit des journalistes d’AL AYAME, pour la photo (non publiée) d’une princesse. On condamne le bloggeur Houcine Barhoune à 6 mois de prison ferme pour ses critiques sur la toile des agissements des notables locaux de la région de Tétouan.
Après le procès des jeunes de Sidi Ifni, d’autres procès se déroulent ou se préparent à travers le pays…
Les pratiques du Maroc des années de plomb sont bien là… Elles se déroulent sous le regard bien vaillant d’un Conseil Consultatif des Droits de l’Homme qui est censé mettre en application les recommandations d’une autre instance étatique : l’IER. Laquelle instance avait été créée pour éluder en principe les violations graves des années de plomb, réparer et permettre une réconciliation…
Le Maroc qui a du mal à cicatriser ses blessures béantes est soumis de nouveau à une rude épreuve où l’arbitraire se perpétue.

Par les informations préoccupantes que nous relatons ci-dessous, nous voulons alerter les forces démocratiques et le mouvement de défense des droits humains sur la gravité de la situation et l’exigence de la vigilance.


Fès
Le 5 mai, six étudiant(e)s de l’université Mohamed Ben Abdellah ont été présentés en état de liberté devant le tribunal de 1ère instance de Fès. Le procès a été reporté au 2 juin.
Le lendemain, treize autres étudiants dont onze détenus à la prison locale Ain Kadouss ont été présentés devant le juge d’instruction de la cour d’appel de Fès. Ces détenus mènent une grève de la faim de quinze jours pour dénoncer les conditions de détention et la torture qu’ils ont subie lors des interrogatoires. Les familles, constituées en comité de soutien, se sont rassemblées devant le tribunal pour les soutenir et réclamer leur libération. Les forces de l’ordre ont usé de la force pour les disperser. Plusieurs manifestants ont été blessés et la tentative d’enlèvement d’une des responsables du comité de soutien a échoué grâce à la mobilisation des familles et des étudiants présents ce jour-là. En signe de solidarité avec les détenus, les étudiants ont manifesté massivement sur le campus universitaire de Dhar Lmahraz. Plus de deux cents d’entre eux ont entamé une grève de la faim de 48h et arrêté les cours pendant deux heures. Les forces de police ont investi le campus et des exactions ont été commises à l’encontre des étudiants. Le procès a, quant à lui, été reporté au 1er juin 2009.
L’ASDHOM s’inquiète de l’usage de la force pour mater le mouvement estudiantin. Elle exprime son soutien aux étudiants détenus qu’elle considère comme des détenus d’opinion. Elle interpelle les autorités marocaines pour retirer sans plus tarder ces forces de l’ordre du campus universitaire, libérer tous les étudiants détenus et procéder à l’amélioration des conditions d’études.

Tantan et Inzgane
Yahya Mohamed Alhafed Iâza, membre de l’AMDH -section de Tantan-, Ennajem Bouba et Ali Bouâmoud du CODESA, ainsi que d’autres prisonniers d’opinion, répartis sur les prisons locales d’Aït Melloul et Inzgane, sont en grève de la faim ouverte depuis le 4 avril 2009. Leur santé se détériore de jour en jour et le pire peut survenir à tout moment, surtout pour Mahmoud El Barkaoui et Hassan Khallad qui ne sont plus capables de communiquer ni de se mouvoir. Ils sont détenus en isolement total après avoir subi un traitement inhumain et dégradant et après avoir été transférés de force de la prison d’Inzgane à la prison d’Aït Melloul.
L’administration pénitentiaire pratique la sourde oreille à toutes leurs revendications légitimes. Elle leur refuse l’amélioration de leurs conditions de détention, les prive des visites de leurs familles et refuse de les séparer des prisonniers du droit commun. L’ASDHOM considère que ces détenus payent injustement pour avoir exprimé une opinion qui n’est pas celle des autorités marocaines concernant le conflit du Sahara.

A Goulmim, M. Abdallah Ouled Abdelkader Al Manfaâ a été enlevé le mercredi 6 mai 2009 de chez lui et devant sa femme par des personnes inconnues après lui avoir confisqué ordinateur et téléphone portable.

A Boujdour, c’est MM. Lahcen Zahid et Sedki Mustapha qui ont été enlevés à leur tour par des personnes inconnues après une surveillance très remarquée des agents de renseignements.

A Layoun et presque au même moment, l’élève Razaki Yassine, 18 ans, a subi le même sort lorsque des personnes l’ont cueilli à la sortie de la mosquée. Un peu plutôt dans la soirée, sa mère a reçu la visite de cinq personnes en civil se présentant de la police et qui ont fouillé sa maison à la recherche de livres et de documents appartenant à Yassine. Le citoyen Gaya Mohamed Saleh n’a pas échappé non plus à cette série d’enlèvements inquiétante. Après six jours de disparition forcée, ils ont été relâchés le 10 mai par leurs ravisseurs à Casablanca en compagnie de quatre autres citoyens dont nous n’avons pas les noms.
Les autorités locales déclinent toute responsabilité derrière ces enlèvements et déclarent ne pas connaître le lieu où ces citoyens sont retenus.

L’ASDHOM estime que ces enlèvements s’inscrivent dans la vague d’arrestation opérée à travers tout le pays contre des citoyens en raison de leurs pratiques religieuses (islamistes, chiites). Ces enlèvements et disparitions forcées nous rappellent un passé pas très glorieux. La liberté de culte se trouve malmenée, tout comme la liberté d’expression.

L’ASDHOM rappelle que le Maroc a signé le 6 février 2007 la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Elle lui demande de la ratifier et surtout de la mettre en application en abandonnant ces pratiques qui lui font tant de mal.

L’ASDHOM s’inscrit dans la campagne internationale, lancée en mai 2009 par des organisations de défense des droits de l’Homme, pour sauver la vie des prisonniers politiques en grève de la faim. Elle demande aux autorités marocaines de mettre fin aux exactions arbitraires et de se conformer à leurs engagements en matière de respect des droits de l’homme.

16 mai 2009 : Journée internationale de solidarité avec les diplômés chômeurs

Ils – et elles – se retrouvent chaque jour devant le siège du Parlement à Rabat. Ils –et elles- sont divisés en cinq groupes portant chacun une couleur différente, selon leur niveau d’études et de qualification. Les diplômé-es chômeur-ses sont au Maroc au bas mot 400 000. Ils mènent depuis de longues années un combat plutôt désespéré pour trouver un emploi dans un pays où, avec un Bac + 5, on se retrouve dans le meilleur des cas esclave téléphonique dans un centre d’appel, à moins d’obtenir, par relations et par bakchich, un poste subalterne dans lequel on fera le travail censé être fait par un supérieur incompétent. La photo ci-dessus résume bien la réponse du makhzen à la revendication d’un emploi digne.
Depuis la répression sauvage du soulèvement de Sidi Ifni, en juin dernier, le mouvement des diplômé-es chômeur-ses a suscité une vague de sympathie au-delà même des frontières du royaume. Dernier exemple en date
:
Journée internationale de solidarité avec les diplômés chômeurs
Par Agustín COSTA (Coordination syndicale Euromaghrébine)
La Coordination syndicale euromagrhebine (à laquelle adhèrent, entres autres, la CNT, les syndicats autonomes algériens et la CGT espagnole) propose de transformer le 16 mai 2009 en une journée internationale de lutte contre le chômage, la précarité et l´exclusion sociale, en soutien avec l´Association Nationale de Diplômés/ées en chômage du Maroc (ANDCM).
Le 16 mai 1993, Moustafa El Hamzaoui, militant de l´ANDCM, a été kidnappé, torturé et assassiné dans le commissariat de police de Khenifra.
Depuis lors, l´ANDCM a fait de cette date une journée qui maintient vivante la flamme de la lutte pour laquelle Mustafa El Hamzaoui a livrée sa vie.
Depuis lors, l´ANDCM, bien que n´étant pas légalisée, malgré la répression continue contre ses militants, maintient sa lutte pour le droit au travail et à s´organiser librement et pour une transformation démocratique réelle de la société marocaine.
A l´heure où le chômage et la précarité ne cessent d´augmenter, où les politiques fiscales ne bénéficient qu´au Capital, où les privatisations des entreprises et des services se multiplient, où on privatise les bénéfices et on socialise les pertes, il est plus nécessaire que jamais de globaliser la résistance, promouvoir des alternatives à la crise du capital.
C´est pourquoi nous appelons toutes les organisations impliquées dans la lutte contre le chômage, la précarité et l´exclusion sociale à participer 16 mai à Khenifra avec l´ANDCM à la journée de lutte en mémoire de Moustafa El Hamzaoui, ainsi qu´à effectuer des actions et des rassemblements devant les ambassades et les consulats marocains, exigeant la reconnaissance légale de l´ANDCM et le châtiment des coupables de l´assassinat de Mustafa El Hamzaoui.

من أجل حرية تكوين الجمعيات في المغرب، تضامن مع الجمعية الوطنية لحملة الشهادات المعطلين بالمغرب
Por la libertad de asociación en Marruecos. Solidaridad con la ANDCM
Pour la liberté d’association au Maroc. Solidarité avec l´ANDCM.
ANDCM: Solidaridad / Solidarité / التضامن

El 4 de abril de 2009
Los/as abajo firmantes, ciudadanos/as de las dos orillas del Mediterráneo, queremos expresar nuestra solidaridad con la Asociación Nacional de Diplomad@s en Paro de Marruecos que desde su creación el 26 de octubre de 1991, mantiene su lucha por el derecho al trabajo y a organizarse libremente y por una transformación democrática real de la sociedad marroquí. La historia de la ANDCM, que no es reconocida legalmente por el gobierno marroquí, es una historia llena de represión: prisión, apaleamientos, multas, detenciones y juicios injustos por parte del gobierno marroquí, ejercidos sobre la Asociación y sus militantes, por el delito de luchar por su derecho al trabajo y a organizarse libremente. El 16 de mayo de 1993 moría asesinado en la comisaría de policía de Khenifra el militante de la ANDCM, Mustafa El Hamzoui, sin que hasta hoy se hayan esclarecido los hechos, encontrado su tumba y castigado a los culpables. La fecha de su asesinato, el 16 de mayo, se considera el día internacional de lucha contra el paro, la precariedad y la exclusión social. Por todo ello, demandamos del gobierno marroquí: El reconocimiento legal de la ANDCM y su derecho al trabajo y a organizarse libremente El castigo a los culpables del asesinato de Mustafa El Hamzaoui
Nota: Estas firmas se entregarán en las embajadas y consulados marroquíes el 16 de mayo

Nous, signataires de cette lettre, citoyens/ennes des deux rives de la Méditerranée, voulons exprimer notre solidarité avec l’Association Nationale de Diplômés/ées chômeurs/euses du Maroc qui depuis sa création le 26 octobre 1991, maintient sa lutte pour le droit au travail et à s´organiser librement et pour une transformation démocratique réelle de la société marocaine. L’histoire de l’ANDCM, qui n’est pas légalement reconnue par le gouvernement marocain, est une histoire pleine de répression : prison, bastonnades, amendes, détentions et jugements injustes par le gouvernement marocain, exercés sur l’association et ses militants, pour le délit de combattre pour son droit au travail et à s´organiser librement. Le 16 mai 1993 mourait assassiné dans le commissariat de police de Khenifra le militant de l’ANDCM, Moustafa El Hamzaoui, sans que jusqu’à aujourd’hui on ait éclairci les faits, trouvé sa tombe et puni aux coupables. La date de son assassinat, le 16 mai, est considérée le jour international de lutte contre le chômage, la précarité et l’exclusion sociale. C’est pourquoi nous exigeons du gouvernement marocain: La reconnaissance légale de l’ANDCM et de son droit au travail et à s´organiser librement . Le châtiment des coupables du meurtre de Moustafa El Hamzaoui Note : Ces signatures seront livrées dans les ambassades et les consulats marocains le 16 mai

نحن الموقعين أسفله، مواطنون ومواطنات ضفتي البحر الابيض المتوسط، نعبر عن تضامننا مع الجمعية الوطنية لحملة الشهادات المعطلين بالمغرب التي تأسست يوم 26 أكتوبر 1991 والتي مازالت تناضل من أجل الحق في الشغل والتنظيم ومن أجل تغيير ديموقراطي حقيقي في المجتمع المغربي. ان تاريخ الجمعية الوطنية لحملة الشهادات المعطلين بالمغرب الغير معترف به من طرف الحكومة المغربية هو تاريخ القمع: المنع، الاعتقالات، الغرامات، المحاكمات الصورية والمتابعات التي ينهجها النظام المغربي تجاه الجمعية ومناضليها وذلك بتهمة النضال من أجل الحق في الشغل والتنظيم. يوم السادس عشر من ماي 1993 تم اغتيال المناضل مصطفى الحمزاوي في مخفر الشرطة بمدينة خنيفرة، والى حدود اليوم لم يتم اجلاء الحقيقة حول موته ولازلت الجمعية تطالب بالكشف عن قبره ومحاكمة الجناة. ان تاريخ اغتياله، 16ماي يعتبر كيوم عالمي للنضال ضد البطالة والتهميش الاجتماعي. من أجل هذا نطالب الحكومة المغربية ب: الاعتراف القانوني بالجمعية وبحقها في التنظيم معاقبة المسؤولين عن اغتيال مصطفى الحمزاويملحوظة: سيتم تسليم هذه التوقيعات في السفارات والقنصليات المغربية يوم 16 اكتوبر 2009.
Para firmar/Pour signer
http://lsqueluchan.org/spip.php?article1566

lundi 11 mai 2009

La juste reconnaissance

éditorial du quotidien français Sud-Ouest, Bordeaux, 9/5/2009
C'est une chose de rendre hommage à l'armée d'Afrique. C'en est une autre de payer ses dettes envers elle. En ce jour anniversaire de la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie, 80 000 anciens zouaves, goumiers, spahis, tirailleurs marocains, algériens, ou sénégalais attendent toujours réparation. Ces soldats d'Afrique du Nord et d'Afrique noire, dont le président de la République a, hier, légitimement salué l'action aux côtés des forces alliées, des combats de Sicile à l'entrée dans Berlin, n'ont toujours pas obtenu toute la reconnaissance due.

Cette force potentielle de près de 700 000 hommes, dont un tiers débarqua en Provence, était organisée sur le mode colonial : cadres blancs, soldats indigènes moins bien payés que leurs homologues européens et disposant d'un nombre inférieur de permissions. Après 1959 et la décolonisation, leurs pensions civiles et militaires se virent appliquer un coefficient négatif de « parité de pouvoir d'achat », disposition condamnée en 2001 par le Conseil d'État parce que discriminatoire. La dévaluation des rétributions consenties fit en effet dire qu'un soldat français valait aux yeux de la République 23 Cambodgiens, 7,5 Sénégalais et 4,2 Marocains !
L'action conjuguée d'articles de presse montrant l'errance de ces anciens combattants dans les rues de Bordeaux où ils venaient chercher leurs maigres pensions et du film « Indigènes » avait conduit Jacques Chirac à revaloriser les retraites, mais le compte des pensions est loin d'y être. La proposition de loi déposée à l'Assemblée au mois de novembre dernier (lire en pages 10 et 11) envisage « une juste reconnaissance de ces personnes », c'est-à-dire un rattrapage général qui placerait enfin à égalité tous les frères de sang de l'armée française. Mais il n'est pas sûr que la facture de 500 millions d'euros soit un jour réglée.
Au même moment en Angleterre, les Gurkhas, ces Népalais des régiments de l'armée britannique, se battent pour pouvoir disposer de la nationalité anglaise en échange des services rendus.
Pourquoi, soixante-quatre ans après la seconde Guerre mondiale, existe-t-il encore, chez d'anciens combattants, des « hommes » et des « sous-hommes » ?

Mohammed VI passé au vitriol

par Catherine Graciet, bakchich.info, 27 avril

Un livre au vitriol sur les dix ans de règne de Mohammed VI, signé par le cofondateur du plus grand hebdo marocain. Savoureux menu… Encore un peu relevé par le refus du Journal Hebdomadaire d’en publier les bonnes feuilles.
Les plumitifs du royaume enchanté qui se vouent aveuglément à la défense de Mohammed VI et du makhzen marocain ne pourront pas crier à l’ingérence étrangère. Cette fois, c’est un journaliste marocain qui s’attaque à la citadelle royale.
Co-fondateur avec
Aboubakr Jamaï du grand hebdo indépendant Le Journal Hebdomadaire, Ali Amar, 42 ans, publie ce mercredi chez Calmann-Lévy, Mohammed VI, le grand malentendu.
Peu amène, cet ouvrage tire le médiocre bilan des dix premières années de règne du fils de Hassan II et passe en revue différentes affaires qui ont égayé les débuts du jeune souverain : les petits week-ends en amoureux de Nicolas et Carla Sarkozy chez un Mohammed VI qui a mis à leur disposition son « petit palais de Jnane Lakbir, niché dans la Palmeraie » de Marrakech, le renvoi de l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Basri, l’assassinat du maître-chanteur Hicham Mandari, la pittoresque affaire de Talsint où le roi a cru que l’on avait trouvé du pétrole au royaume enchanté… Mais aussi des descriptions précises des dérives de l’entourage du monarque, sans oublier Lalla Selma, la rousse épouse de Mohammed VI. Bonnes feuilles.
Psychodrame au Journal Hebdomadaire
Grosse surprise dans les kiosques marocains le vendredi 24 avril. Les bonnes feuilles du livre d’Ali Amar qui devaient figurer dans le Journal Hebdomadaire n’y sont pas. Alors que le tout Rabat-Casa jase sur le pourquoi du comment de cette absence, Bakchich a joint les différents protagonistes de cette affaire qui livrent leur version des faits.
Omar Brouksy, rédacteur en chef du Journal Hebdomadaire : « Il était prévu de passer des bonnes feuilles du livre d’Ali Amar ainsi qu’une interview de l’auteur que nous avons réalisée. Puis Fadel Iraki (principal actionnaire du Journal Hebdomadaire) et Aboubakr Jamaï (co-fondateur du Journal et ancien directeur de la publication) m’ont téléphoné et m’ont dit que si c’était un livre sur le régime, l’un des principaux acteurs de l’ouvrage était le Journal Hebdomadaire. Ils m’ont dit que des gens leur (aux responsables du Journal) avait fait confiance en leur racontant des choses en “off” et que ces choses se retrouvaient maintenant dans le livre d’Ali Amar. Mais aussi que si le Journal publiait les bonnes feuilles, cela revenait à cautionner cette méthode de faire. J’étais libre de publier ou non les bonnes feuilles et j’ai pris la décision de consulter la rédaction. Après débat, nous avons alors décidé de ne rien sortir ».
Aboubakr Jamaï, co-fondateur du Journal Hebdomadaire et ancien directeur de la publication qui réside aujourd’hui aux Etats-Unis : « J’ai fortement recommandé la non-publication des bonnes feuilles du livre d’Ali Amar dans le Journal Hebdomadaire. Je ne voulais pas prendre position maintenant car il y avait des problèmes d’angle éditorial. On a reçu le livre trop tard pour réagir proprement. »
Ali Amar, co-fondateur du Journal Hebdomadaire, ancien directeur général et auteur de l’ouvrage Mohammed VI, le grand malentendu : « Jamais je n’ai pensé que l’on me ferait ce que l’on me fait en me jetant dans la fosse aux lions. Jamais ! Je n’ai pas lâché les sources qui nous avaient révélé des informations. Je témoigne de choses que j’ai vécues personnellement. C’est différent. C’est par exemple le cas de l’épisode où Aboubakr et moi rencontrons Edwy Plenel alors directeur de la rédaction du Monde, à Paris. Plenel ne s’était pas exprimé sous le sceau du secret et, pendant l’écriture du livre, j’ai téléphoné à Aboubakr pour vérifier avec lui que Plenel nous avait bien dit à tous les deux qu’André Azoulay (conseiller de Hassan II puis de Mohammed VI) avait bien dit du jeune roi que le Monde voulait interviewer : « n’y pensez pas, Edwy, ce jeune homme est ingénu. ».
Voilà qui promet de beaux débats dans les jours qui suivent…. La question est maintenant de savoir comment le Journal traitera du livre (ou ne traitera pas) de son co-fondateur et ancien directeur général. La réponse sans doute le vendredi 1er mai.
C.G.
© Khalid

Très riche roi des pauvres

D’emblée, Ali Amar dresse un portrait carabiné du roi Mohammed VI et de son penchant pour la fête avec les people.
« Samedi 2 novembre 2002 à Marrakech. C’est le pic de saison pour La Mecque du tourisme marocain après les longs mois d’accalmie qui ont suivi le 11-septembre, mais les hôteliers et les restaurateurs font grise mine. Sur ordre des autorités, comme à l’accoutumée, tous les débits de boisson baissent leur rideau aux musulmans : dans quelques jours c’est ramadan. Un tunnel d’un mois qui grève leur chiffre d’affaires, surtout lorsque le calendrier de l’Hégire le fixe en automne.
Vers 21 h 30, pourtant, à un jet de pierre du célèbre palace La Mamounia, dans la rue qui abrite Le Comptoir, un lounge-bar à la mode, l’ambiance n’est pas à la piété. De rutilantes limousines escortées de motards, tous gyrophares tournoyants, déversent dans un ballet incessant près de 300 convives aux portes de ce haut lieu de la vie nocturne marrakchie.
Ce soir, la jet-set internationale est invitée par P. Diddy, la star du rap américain, qui a choisi le Maroc pour souffler ses 33 bougies. Sont arrivés à bord de deux avions spécialement affrétés de New York et de Paris par la Royal Air Maroc : Naomi Campbell, Ivana Trump, Tommy Lee Jones, Joey Starr ou encore Gérard Depardieu. De nombreux artistes de la scène musicale new-yorkaise dont les chanteurs Usher ou Billy Crawford ont également fait le déplacement pour trois jours et trois nuits de libations à l’orientale. Coût de l’anniversaire : un million de dollars, selon la très people « Page Six » du New York Post et le tabloïd anglais The Sun, qui affirmeront que la somme pour régler la note salée provenait de la cassette personnelle de Mohammed VI.
L’information est relayée par toutes les gazettes mondaines de la planète et devient vite incommodante pour le jeune roi que l’on voit à la veille du mois sacré distribuer lui-même, à grand renfort de propagande, la soupe populaire aux nécessiteux du royaume. L’humoriste franco-marocain Jamel Debbouze, ordonnateur de ces soirées dignes des Mille et une nuits, est appelé à la rescousse.
Il dira benoîtement qu’il a organisé lui-même ces festivités à travers Kissman Events, la société d’événementiel qu’il a créée au Maroc à cette occasion. Plus cocasse encore, son agent Jean-Pierre Domboy affirmera qu’en réalité l’opération n’a été possible que « grâce à une conjonction de partenaires comme l’Office marocain du tourisme, la compagnie Royal Air Maroc, de grands palaces de Marrakech, ainsi que la chaîne de supermarchés Marjane ». Une bien fortuite conjonction de grandes entreprises publiques et de l’enseigne de grande distribution qui appartient à un holding royal.
Toujours est-il qu’officiellement, le roi Mohammed VI n’a en aucun cas offert quoi que ce soit sinon, toujours selon l’agent de Jamel Debbouze, « l’utilisation d’une quinzaine de voitures avec chauffeurs, attachés au Palais ». L’intention de Jamel, « qui s’implique de plus en plus dans la promotion de l’image de son pays d’origine, était de faire découvrir à P. Diddy et à ses amis américains la beauté du Maroc, le sens de l’hospitalité et de la fête de ses habitants et surtout de leur montrer qu’un pays musulman pouvait être tout à fait fréquentable ».
En réalité, le rétropédalage de Debbouze cache mal la gêne du Palais qui s’efforce depuis l’accession de Mohammed VI au trône en 1999, de façonner au souverain une image de « roi des pauvres » en rupture avec la magnificence médiévale de Hassan II. Des photos de paparazzi parues dans la presse, qui le montraient, alors prince héritier en jean et baskets, un paquet de Marlboro à la main, faisant ses emplettes dans les beaux quartiers de Paris, avaient déjà valu à sa garde rapprochée de sévères remontrances. Les débuts de son règne semblaient pourtant confirmer cette volonté du jeune roi de vivre au diapason de son peuple : plus modestement. »

© Khalid

(…) « le train de vie de sultan des temps modernes mené par Mohammed VI ne peut plus être tenu secret. Chaque année, le budget de l’État alloué à la monarchie s’élève à près de 300 millions d’euros. On y décompte les « listes civiles » qui comprennent notamment le salaire du chef de l’État (environ 36 000 euros par mois) ainsi que les indemnités que perçoit sa famille proche dont le détail reste confidentiel, atteignant 2,5 millions d’euros par an.
Cependant, l’essentiel des dépenses du monarque provient d’à-côtés budgétaires pharaoniques destinés à entretenir sa cour et ses proches collaborateurs (un millier de salariés qui n’engloutit pas moins de 160 millions d’euros chaque année). Des rallonges qui sont prestement votées par consentement tacite des élus de la Nation au pouvoir bien limité.
Le budget de fonctionnement de la maison royale – réparti en frais de personnel, frais de bouche, frais de déplacement, de téléphone, d’entretien des palais et de subventions diverses – représente plus de 2 % des dépenses totales de l’État. Il a augmenté de plus de 40 % depuis 2000. Il dépasse l’enveloppe allouée à la Justice, par exemple, et représente plus de vingt-cinq fois celle du Premier ministre et de son cabinet, réduit à la portion congrue et de facto à la figuration.
Les dépenses somptuaires du Palais, décuplées par le grand apparat de son protocole, atteignent des sommets pour chacune des coquetteries voulues par le roi. Mohammed VI dilapide par exemple 40 millions d’euros par an en frais de voyages, 1 million pour la nourriture des animaux du Palais, 6 millions pour le renouvellement de son parc automobile, près de 2 millions en dépenses vestimentaires chez les grands couturiers comme Gianfranco Ferre ou des stylistes en vogue comme Holland and Sherry, qui a annoncé en 2008 sur le site stv.tv que le roi faisait partie des 18 personnalités à lui avoir commandé l’habit le plus cher au monde : un costume en laine de lama des Andes pour la coquette somme de 35 000 livres sterling. La marque qui habille les grandes stars comme George Clooney et Tom Cruise précisait que le vêtement de Mohammed VI nécessitait un travail de dix-huit mois pour sa confection.
Des chiffres qui donnent évidemment le vertige dans un pays où le salaire minimum ne dépasse pas les 200 euros. »

Les deux têtes de Janus
Au menu de ce chapitre, la description des relations entre deux personnalités proches de Mohammed VI : les sieurs Fouad Ali el Himma et Mounir Majidi. Les deux hommes se livrent un combat de titans pour le pouvoir et l’oreille du souverain.
« Depuis que Mohammed VI est roi, les parcours fulgurants des deux hommes résument à eux seuls la « nouvelle ère ». Deux personnalités, devenues en dix ans les plus influentes du Maroc, qui n’ont presque aucun point en commun, sinon celui de vouloir être au plus près de Sa Majesté. Ils personnalisent deux archétypes de cette « Génération M6 », mais surtout deux versants d’un même pouvoir, dont le roi a lui-même tracé les contours : El Himma à la politique et à la sécurité en tant que ministre délégué de l’Intérieur, Majidi au business et à la gestion de la fortune royale en tant que chef du secrétariat particulier du roi.
Depuis qu’ils se sont hissés au pinacle du pouvoir, ces deux confidents de Mohammed VI font mine de respecter ce jeu de rôle, mais, à chaque faiblesse de l’un ou de l’autre, leur guerre d’usure laisse jaillir des étincelles. En coulisses, leur combat n’a pas repris : il ne s’est jamais interrompu. « Arrêter de surveiller l’autre serait déjà une erreur, cesser de s’en méfier, une faute », commente un habitué du sérail.
Les quelques patrons invités à la cène d’Elalamy qui abordent ce sujet en discrets conciliabules ont des raisons de s’inquiéter : ils font partie du clan Majidi, formaté autour des holdings royaux et du patronat. Et Majidi est de nouveau au centre de plusieurs polémiques qui pourraient favoriser ceux d’en face, affidés à l’aile sécuritaire du Palais.
Déjà en 2004, lorsque se préparait la relève au sein du patronat, El Himma avait saisi l’occasion d’avancer ses pions dans le pré carré des hommes d’affaires, soutenu en cela par le tour de vis sécuritaire donné au pays au lendemain des attentats sanglants du 16 mai 2003 à Casablanca, la capitale économique du royaume.
El Himma avait profité de l’événement pour accuser publiquement les grands patrons de la ville de ne pas suffisamment investir afin de stimuler l’économie marocaine, de réduire le chômage et ce faisant d’éradiquer la misère des banlieues, terreau fertile de l’islamisme radical. Il empiète alors sur le domaine réservé de Majidi, qui lui aussi veut contrôler à sa manière le patronat en y plaçant ses fidèles alliés. Parce qu’il s’agit de menace terroriste, parce que la sécurité nationale est en jeu, l’incursion d’El Himma sera tolérée par Mohammed VI.
Un geste qui sera très médiatisé et qui rappelle une vérité toute simple : dans la hiérarchie du pouvoir marocain, il n’y a pas de place pour deux vice-rois en période de crise. « Comment, dans ces conditions, parler d’attelage efficace destiné à secouer l’immobilisme du gouvernement ? », s’interroge la presse, qui critique cette polarisation du pouvoir autour du roi et qui ne crée que tensions et scandales à répétition.
Cette fois, le fer est croisé au cœur du business de Mohammed VI. Une violente controverse vient d’éclater autour du débarquement précipité de Khalid Oudghiri, un ancien cadre de la BNP promu au poste de P-DG d’Attijariwafa Bank, la banque contrôlée par les holdings du roi. Yassine Mansouri, le patron de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), le service de contre-espionnage marocain, est destinataire en décembre 2006 d’une missive confidentielle de ses homologues français. La France, première partenaire économique du royaume, s’inquiète de voir malmenés ses intérêts au Maroc.
Mohammed VI est immédiatement informé. On ne saurait obscurcir le ciel dégagé des relations privilégiées avec Paris, alors que le soutien de l’Élysée et du Quai d’Orsay est si crucial sur le dossier du Sahara occidental. El Himma y voit une opportunité de porter l’estocade à son rival.
Une réunion extraordinaire est organisée au ministère de l’Intérieur en janvier 2007, à laquelle sont convoqués Majidi et ses lieutenants : Hassan Bouhemou, le patron de Siger (anagramme de Regis, « roi » en latin), holding du souverain qui contrôle l’Omnium Nord-Africain (ONA) et Attijariwafa Bank, Saâd Bendidi, à l’époque P-DG de l’ONA, et Khalid Oudghiri, le P-DG d’Attijariwafa Bank.
En face d’eux, El Himma aligne Chakib Benmoussa, le ministre de l’Intérieur, par ailleurs un ancien de l’ONA, et Yassine Mansouri, le chef des services secrets. La réunion est houleuse, mais au sein du clan Majidi, Oudghiri laisse entrevoir des positions opposées sur la stratégie de la banque vis-à-vis de l’ONA et de ses partenaires français, notamment AXA et Auchan avec qui la guerre est ouverte.
Oudghiri sera invité à s’exprimer plus librement à huis clos lors d’une deuxième rencontre avec les « sécuritaires ». À cette occasion, il s’opposera à l’idée de mettre la banque qu’il dirige au seul service des intérêts du roi. L’hostilité à l’égard des intérêts économiques de la France est pour lui une hérésie.
El Himma boit du petit-lait et s’empresse de s’en ouvrir à Mohammed VI qui attend des explications. Mais l’omerta qui règne au Palais veut que rien ne filtre, l’affaire devra rester secrète. Elle sera tranchée par le limogeage d’Oudghiri sans autre forme d’explication, Majidi préférant sacrifier un pion sur l’échiquier pour que les querelles sur les affaires royales ne soient pas rendues publiques, surtout lorsqu’elles se télescopent avec des enjeux diplomatiques.
Pire, alors que Oudghiri quitte le Maroc des mois plus tard pour prendre la direction d’une banque saoudienne, il sera accusé de malversations et de mauvaise gestion d’Attijariwafa Bank, au point qu’il fera appel pour sa défense à Me Vergès, le ténor du barreau parisien, pour se prémunir de la vengeance du clan Majidi qui ne lui a pas pardonné sa traîtrise. »

© Khalid
Génération M6
Tout au long de son livre, Ali Amar égrène plusieurs révélations sur l’histoire du Journal Hebdomadaire comme cet épisode concernant l’ancien Premier ministre Driss Jettou.
« Dans sa villa du Val d’Anfa à Casablanca, Driss Jettou me reçoit avec le sourire, ce 25 juillet 2008. Je n’avais pas vu l’ancien Premier ministre depuis des années. Le sujet pour lequel je souhaitais le rencontrer devient presque secondaire lorsqu’il se met à égrener des souvenirs communs. « Tu ne sais pas à quel point je vous ai défendu lorsque j’étais aux affaires. Tout le monde voulait votre peau, des gens au Palais bien sûr, mais plus encore chez les socialistes. Parfois, le Conseil du gouvernement faisait de votre cas une obsession. Ça n’a pas été de tout repos, crois-moi. » Je veux bien le croire en effet.
2 décembre 2000, Abderrahmane Youssoufi, Premier ministre socialiste à l’époque, entérine la mort du Journal. Je suis attablé avec Aboubakr Jamaï, Fadel Iraki et l’un des enfants de Mehdi Ben Barka à la terrasse d’un café du XVIe arrondissement à Paris lorsque nous apprenons la nouvelle. Nous décidons de rester en France encore quelques jours pour organiser notre contre-attaque, car cette fois-ci la bataille sera encore plus rude et nous savons que notre meilleure défense est notre exposition à l’opinion internationale.
L’interdiction de l’hebdomadaire coïncide avec la tenue au Maroc du premier congrès de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans un pays non démocratique. Dans son communiqué de protestation, la FIDH fait remarquer à Youssoufi les contradictions de sa décision. Il prétend la prendre dans « sa conviction de renforcer les espaces de liberté », alors même qu’il a utilisé le fameux article 77 du code de la presse qui a servi pendant des décennies à censurer son propre parti lorsque celui-ci était dans l’opposition. Le satisfecit que voulait donner cette puissante organisation au royaume en organisant son congrès à Casablanca pour la transition vers un État de droit dans laquelle il semblait s’être engagé va tourner à la catastrophe médiatique.
Driss El Yazami, l’ancien opposant du régime et cheville ouvrière de la FIDH, se sent floué par cette décision liberticide. À notre retour de Paris, il invite Aboubakr Jamaï à la tribune du Congrès. Face aux caméras du monde entier, après un discours percutant, le jeune patron du Journal annonce sa décision d’entamer sur-le-champ une grève de la faim illimitée afin d’obtenir l’autorisation de ressusciter sa publication.
Les débats prévus sur les avancées en matière de droits de l’homme sous Mohammed VI paraissent dès lors désuets. Youssoufi, qui avait quitté la salle avant l’intervention de Jamaï, est décrédibilisé. Ce scénario inattendu au Palais va le contraindre à reconsidérer sa position, surtout qu’une campagne de presse à l’internationale se fait de plus en plus l’écho de la fin du « printemps marocain ».
Fouad Ali El Himma, en retrait depuis le début de la crise, reprend langue avec Fadel Iraki, l’actionnaire principal du Journal. Le rendez-vous aura lieu à Marrakech, alors que Jamaï, cloîtré depuis presque une semaine dans son bureau où il a installé un lit de camp, reçoit sans interruption les médias et enchaîne les conférences de presse jusqu’à épuisement.
La mobilisation est à son comble, alors que l’État et sa justice se confondent dans des explications juridiques surréalistes pour justifier leur refus d’autoriser Jamaï à lancer un nouveau titre. Le parquet de Casablanca, censé donner ce sésame sur simple présentation d’un dossier, conformément au code de la presse, joue la montre en arguant que des pièces administratives n’ont pas été produites, sans pour autant préciser lesquelles.
Alors en route pour Marrakech, Fadel Iraki reçoit un coup de téléphone de son ami Abderrahim Lahjouji, le patron de la CGEM, l’équivalent marocain du MEDEF, avec qui il s’était entretenu durant la journée. Il lui demande de faire demi-tour d’urgence et de le retrouver à son bureau privé de la rue d’Alger.
Là, la surprise est de taille : Driss Jettou, alors conseiller du roi, l’y attend. Iraki m’appelle pour assister à la rencontre. L’échange est cordial, mais quelque peu tendu. Lahjouji y met beaucoup du sien, explique au conseiller les retombées néfastes de l’affaire et étale sous ses yeux les articles du Monde, du Figaro et de Libération qui parlent d’un retour aux années sombres. Jettou se tourne vers moi et me dit : « Écoute, je sais que tu es un garçon raisonnable. Le pays est lynché, demande à ton ami d’arrêter au moins sa grève de la faim et je te promets de solutionner le problème dans l’heure qui suit. Si vous faites ça, je vous invite tous les trois à dîner ce soir autour d’un tajine de poulet au citron. »
Ce à quoi je réponds que, si Jamaï reçoit son autorisation avant la fin de la journée, nous serions honorés d’être invités à sa table. Au même moment, nous apprenons qu’ordre a été donné au procureur du tribunal de première instance de Casablanca de remettre en mains propres à un Jamaï triomphal son sésame.
Jettou appelle alors El Himma de son portable et lui annonce avec satisfaction : « On a gagné ! » Nous dînerons alors le soir même autour du tajine promis au domicile de Lahjouji. Au dessert, Jettou aura cette phrase terrible : « Vous devez savoir qu’au Palais, on ne lit pas tous vos articles dans le détail. On s’arrête souvent sur un titre qui dérange, une formule, mais le sens général n’est pas souvent compris. Vous n’avez pas affaire à des intellectuels. »
Pour garder la face, le procureur du roi sera dépêché sur le plateau de télévision de la chaîne 2M pour annoncer que Le Journal a finalement produit les pièces manquantes imaginaires. Le publicitaire Nourredine Ayouch, un proche du Palais, était passé opportunément à l’administration du Journal pour demander une copie du dossier initial, remis un mois plus tôt au procureur. Il ira le déposer au greffe du Tribunal, offrant ainsi à l’État le prétexte officiel pour céder à la pression médiatique. »
Mohammed VI, Le grand malentendu. Dix ans de règne dans l’ombre de Hassan II. Par Ali Amar. Ed. Calmann-Lévy.

Le Maroc doit ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées !

Participez à la campagne d'Amnesty International!

Écrivez au ministre de la Justice, pour lui demander:

S.E M. Abdelwahed Radi
Ministre de la Justice
Place El Mamounia
Rabat
Maroc

Votre Excellence,
Le 6 février 2007, la Convention internationale pour la Protection de toutes les personnes contre les Disparitions Forcées a été ouverte à la signature à Paris. Je suis heureux de voir que le Maroc a été l’un des pays qui a signé la Convention pendant cet événement. Jusqu’à maintenant, 81 Etats ont signé ce texte et 10 l’ont ratifié. Je salue l’attitude positive du gouvernement marocain à l’égard de la Convention.
J’ai pris note des efforts que votre Etat a mis en place afin de participer aux activités de promotion de la Convention. Je suis également heureux de constater que les autorités marocaines ont affirmé, à de nombreuses occasions, qu’il n’y avait pas d’obstacles à la ratification de la Convention. Je souhaite toutefois que les autorités marocaines indiquent à quelle date la ratification de la Convention interviendra. Elle entrera en vigueur après 20 ratifications.
En s’engageant rapidement en ce sens, le Maroc pourrait se distinguer et figurer parmi les premiers Etats à ratifier ce texte et ainsi contribuer à son entrée en vigueur.
Je demande également que conformément aux recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation que des enquêtes complètes soient menées sur tous les cas de « disparitions forcées » qui ont été portés à l’attention des autorités, que les auteurs de ces crimes soient identifiés et poursuivis en justice.
Et que les agents de l’état suspectés d’être responsables de graves violations des droits humains soient suspendus de leurs fonctions en attendant qu’une procédure soit lancée.
En espérant que ma requête sera entendue, je vous prie de croire, Votre excellence, à l’expression de ma haute considération.
Nom, prénom
Adresse
Pays
Date
Signature
Retrouvez l’intégralité de l’action
en français: ici
en anglais: ici


Manifestation des Parents et Amis de Disparus au Maroc, Cablanca, 21 mars2009
© APADM

dimanche 10 mai 2009

Le Sahara occidental et les droits de l'homme: la Résolution 1871 du Conseil de Sécurité

par Beatriz Martínez Ramírez, 3/5/2009. Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : El Sahara occidental y los derechos humanos
Au moment même où « la France empêche l'ONU de veiller sur les droits de l’homme au Sahara » (1), le Maroc condamne Khalihenna Aboulhassan , le militant sahraoui défenseur des droits de l’homme, à deux ans de prison pour un délit sans preuve. Cela s'est passé ce 28 avril à Marrakech (2). Le pouvoir judiciaire marocain peut continuer à violer la loi, même si nous démontrons sa connivence dans les violations des droits de l’homme. Si le Conseil de Sécurité a pris en considération la « dimension humaine » dans sa dernière lecture de la réalité du Sahara occidental, reconnaissons-lui un manque d'habileté lorsqu'il substitue le terme de « droit » par celui de « dimension ». Imaginons que la Proclamation soit appelée « Déclaration Universelle des Sentiments Humains ». Lorsqu’il s’agit de défendre par-dessus tout les droits du capital – entendons bien : le capital en mouvement au Maroc -, le sens orienté qu’imprime le Conseil de Sécurité aux droits de l’homme est une autre chose.
Je compare cette scène à celle que Peter Weiss a créé pour son œuvre théâtrale « La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat », le Marat-Sade dans la version espagnole d’Alphonse Sastre. Dans le salon du Conseil de Sécurité, transformé en salle de bains de la maison de santé, les membres du Conseil sont comme ces infirmiers qui tentent d'alléger l’ennui et l’enfermement des malades mentaux, en montant avec eux une œuvre écrite par Sade, client distingué de la maison utilisant l'art et la culture. Avec cette représentation, ils servent, « les principes sacrés déclarés par le solennel décret des droits de l'homme ».
L'ambassadeur français, Jean-Maurice Ripert, tel Charlotte Corday, avec un poignard humanitaire de fabrication marocaine caché dans la poitrine, a pris l’élan pour asséner le coup de poignard mortel. Sade, présent mais à l’écart des tempêtes diplomatiques et des ouragans de critiques, rit triomphant au pied de son fauteuil à l'Elysée (3).
Et c’est là que s’achève la comparaison, car entre personnes qui ont l’autorité pour la représentation du drame, le coauteur français du Conseil a décidé d'exclure du scénario les Saharouis, un peuple personnifié par Ahmed Boujari, représentant du Polisario à l'ONU, spectateur de cette farce et nullement disposé à ce que le Sahara Occidental suive le même sort que le malheureux Marat. Je demande de la compréhension au défunt Weiss et à mon ami Sastre si j’utilise cette œuvre de la littérature universelle pour cette « boutade ». L'affaire le mérite.
Le gouvernement français ne s’embarrasse plus de détours. Il manifeste ouvertement et décide, imitation métropolitaine des vieux temps des protectorats français et espagnol au Maroc, que le Sahara Occidental doit faire partie du royaume du Maroc. L'Espagne se pliera en silence, comme toujours, et « la République Française » sauvera ses « citoyens » des effets de la « crise » actuelle et des futures explosions de colère dans les « banlieues ». La paix sociale intérieure, ils la font dépendre du néocolonialisme.
Rappelons-nous, en 2005, dans « la ceinture rouge » à Paris, l’état d’exception avait été réactivé et était resté en vigueur pendant des mois, le même état d'exception qui fut imposé pendant la guerre d'Algérie. Son artisan avait été le ministre de l'Intérieur d’alors, Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy-Bocsa, « Fachozy » pour les petits-fils et arrières petits-fils des anciens colonisés qui vivent dans les balieues des villes françaises, incapables de pouvoir se sentir citoyens français. Stigmatisés pendant des années par une presse qui leur attribue la responsabilité de donner des arguments aux fascistes de Le Pen, systématiquement insultés par leur Ministre comme étant de la « racaille »… Fachozy, disais-je, a résolu le grave problème du racisme et de la xénophobie répandu sur tout le territoire gaulois, en nettoyant ces quartiers au « kärcher ». Et il l'a parfaitement bien accompli. Deux Français sur trois ont approuvé sa gestion. Ce mérite, parmi d'autres soutiens, l’a porté à la présidence française.
Au-delà de la conjoncture dans laquelle la France s'est trouvée au Conseil de Sécurité, sans aucun appui, ce sont les USA qui tiennent la queue de la poêle. Ayons bien en tête les résolutions qu’il y a eu sur l'Iraq et la Palestine. Sans Bush ou avec Obama, ils sont les gendarmes du capital qui a signé l’unique Traité de libre-échange en Afrique, avec le Maroc, et c’est à Tan-Tan que l’on projette l'installation du siège central de l'AFRICOM. La domination des ressources énergétiques et minérales, son contrôle, sont l'objectif central des mouvements géostratégiques impérialistes.
La solution au problème humanitaire dans les camps de réfugiés sahraouis n'est pas l'aide et la solidarité internationale ad vitam aeternam. Le problème à résoudre en Afrique, ce ne sont pas les Sahraouis, mais l’indépendance de la dernière colonie d'Afrique, ce qui requiert aujourd'hui l’urgente intervention effective des casques bleus sur le territoire occupé par le Maroc, parce que c’est là que l’on torture, persécute, brime et massacre.
En ce sens, il se peut que le mouvement des acteurs, à un moment donné, favorise le déblocage de la situation qui se trouve dans l’organisation d’un référendum au Sahara occidental. Mais le scénario qui continue est encore celui que Sade a conçu. Qui n’est ni le seul, ni le seul possible. Il existe, il a toujours existé, un temps et un espace pour être les protagonistes indiscutables de notre œuvre. Pour le grand théâtre mondial du marché, nous qui défendons les véritables droits qui nous permettent d'être chaque fois plus humains, nous ne pouvons pas cesser d'être une « racaille » de fous dangereux. Le plus absurde c’est que sans nous, ils ne sont rien.
Notes
1 )
Ignacio Cembrero, El País, 2/05/09
2)
Poemario por un Sahara libre
3) Alfonso Sastre. “Persecución y asesinato de Jean-Paul Marat” (« La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat »). Ed. Arguitaletxe HIRU, S.L. Hondarribia (Guipúzcoa) año 2000, 2ª edición.