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jeudi 23 juin 2011

19 juin 2011 : APRES L’ETAT MAKHZANIEN ARRIVE L’ETAT « CHMAKRI »

PAR KHALID JAMAI

Le 19 juin 2011.

Triste journée pour la monarchie.

Triste journée pour le gouvernement.

Triste journée pour le régime.


Triste journée pour des partis qui furent, à un moment de l’histoire contemporaine de notre pays, fers de lance du changement, de la démocratie, de la justice, de la liberté, plaidant pour un citoyen libre dans un pays libre.

Triste journée, mais combien révélatrice pour toutes ces composantes, acculées, faute de mieux, à faire appel, contre monnaie sonnante et trébuchante, à des repris de justice, à des voyous de la pire espèce, à des « chmakrias » pour faire l’apologie de la nouvelle constitution.

Les dizaines de vidéos circulant sur le net sont plus qu’édifiantes quant aux profils de ces « Chmakrias ».

Sur l’une d’elles enregistrée à Safi et rapportant « une manifestation spontanée », des « chmakris » scandent « Ahaab yourid zatla wal lfanid »(1), ( Le peuple veut du « hach » et des comprimés hallucinogènes ) 

Sur une autre enregistrée à Casablanca, un «chmakri» déclare, hilare : « Nous avons fait quinze prisonniers parmi les militants du 20 février et nous les avons délestés de leurs portables ».

Si on était dans un État de droit, un tel individu aurait été poursuivi pour vol qualifié. Ce qui ne sera pas le cas bien entendu.

Sur une troisième, une « chmakria » réclame son dû pour sa « prestation en faveur de la constitution» et se voit répondre qu’elle doit attendre… que le roi ait fini de prononcer son discours.

Quelle déchéance et quelle décrépitude pour un makhzen réduit à de telles extrémités et condamné à recourir à de telles bassesses, à de telles méprisantes magouilles. 

Pourquoi ce recours à ces « chmakrias », pour organiser des « manifestations spontanées », dans toutes les villes, dans les lieux et aux moments où devaient manifester les militants de M.20 février ?

Un tel timing indique que l’on a affaire à une action planifiée qui s’inscrit dans une stratégie makhzanienne visant à contrer et à faire taire ce mouvement.

Le recours à ces énergumènes, payés entre 40 et 200 DH chacun, serait le moyen qu’ont trouvé les stratèges du Makhzane pour poursuivre la répression du M. 20 sans pour autant indisposer les USA et l’UE qui ont clairement fait savoir qu’ils s’opposaient à tout recours à la violence contre les manifestations pacifistes.

Par le biais aussi de ces dévoyés, le pouvoir pourra continuer à terroriser les militants de ce mouvement, voire à organiser contre eux des expéditions punitives.

Grâce à ce stratagème, le makhzen entend sous- traiter sa répression.

De même qu’il pourra toujours arguer, en cas de violence, qu’il ne s’agit que d’affrontements entre pro et anti nouvelle constitution. Il croit pouvoir, ainsi, tromper américains et européens. Or ceux-là, comme chacun sait, disposent de tous les moyens pour être au courant, et dans les plus petits détails, de ce qui se passe sur la scène politique marocaine, comme l’ont montré les révélations publiées par Wikileaks concernant la corruption qui sévit aux plus hauts niveaux de l’Etat.

De même, ce recours est le seul moyen qui restait pour le makhzen pour remédier à l’incapacité des partis, tels que ceux de l’Istiqlal, l’USFP, le PPS et autre RNI, à mobiliser les masses populaires et faire contre poids aux militants du 20 février.

Enfin, et comme le fait remarque un internaute, l’instrumentalisation des « chmakrias » de la plus vile et pire espèce révèle « Un makhzen aux abois, enfoncé dans ses contradictions, ses incuries, et ses aveuglements qui fuit en avant et adopte la concertation sur ses positions, ses privilèges, obsédé et dominé par son autoritarisme sans bornes, ses habitudes et pratiques moyenâgeuses et ses coutumes d’hégémonie et de force brutale »

Mais, les « stratèges makhzanéens » semblent avoir oublié qu’en faisant appel à ces hordes de dépravés, ils ont, non seulement, attenté gravement à l’image et à la crédibilité de Mohamed VI, mais transformé le referendum sur la constitution en referendum sur la monarchie et sur la personne même du monarque. 

De même qu’ils laissent supposer que le roi n’a plus pour autres soutiens que balafrés, repris de justice, drogués et autres « Bouchakors ».

Le recours aux « chmakrias », en fait un copié coller de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, n’est pas une nouvelle innovation « makhzanienne ».

Que l’on se rappelle comment les autorités avaient mobilisé des « chmakrias » pour s’attaquer au « Journal hebdomadaire » lors de l’affaire des caricatures du prophète. 

Que l’on se rappelle les « manifestations spontanées » initiées et orchestrées par ce même makhzen contre l’AMDH et le journaliste Mrabet.

Mais ce recours a eu le mérite, le grand mérite de révéler encore plus de visage hideux et voyou de ce régime et faire comprendre, à tout un chacun, que les dispositions de la nouvelles constitution concernant les droits humains, la liberté d’expression, le droit à la différence ne sont rien d’autre que de la poudre aux yeux.

En faisant appel aux « chmakrias », le régime joue aux apprentis sorciers car ceux-ci sont incontrôlables. Ainsi, tôt ou tard, l’un d’eux commettra l’irréparable.
Lors des manifestations de dimanche dernier les agents du makhzen désignaient les cibles pour ces « chmakrias » lesquels s’empressaient de les attaquer. C’est ainsi que Samira Kinani membre de la direction de l’AMDH, fut battue, insultée, ses agresseurs voulant la forcer à clamer « vive la roi » et « allah, al watan, al malik ».

Quant à Khadija Ryadi, présidente de la dite association, elle risqua le pire. 

Un régime réduit à de telles extrémités mérite qu’on lise à son encontre la fatiha.

A signaler, au passage, que jamais pendant les années les plus noires du régime de Hassan II, le pouvoir n’eut recours à des « chmakrias » pour défendre ses option.

Après l’Etat makhzanien arrive, à grands renforts de « chamakria » et de repris de justice, l’Etat « chmakri ».

-1« Zalta », terme de l’argot algérien signifiant Hachich