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samedi 14 mai 2011

Association Tifawt : Pour une solidarité avec les Inknafn Ihahane

Par Taieb Amgroud,activiste associatif et politique,membre de la Commune rurale de Imi-n-Tlit-Inknafn-Ihahan.12/5/2011

Essaouira vit , il y a quelques jours , au rythme du sit-in illimité des habitants de la Commune de Sidi Al Jazouli.Ces citoyens sont venus de Neknafa après l'arrestation par la gendarmerie de Smimou de cinq de leurs fils suite aux manifestations continues qu’ils organisent depuis des années en protestation contre l’expropriation de leurs terres et biens pour des indemnisations dérisoires en vue de la construction du barrage Zrar à Talînt-n-Inknafn.
Il faut rappeler que les manifestations ne se sont pas arrêtées sur le site de la construction du barrage depuis des semaines , ce que l’Etat a combattu avec le style habituel de la violence et de la menace de la part de diverses forces publiques : gendarmes, forces auxiliaires, forces d’intervention rapides en présence continue sur place , sans que l’Etat ouvre un dialogue avec les habitants pour connaître leurs revendications et essayer de mettre un terme à leurs souffrances continues depuis des années à cause des travaux de ce barrage qui ont tout détruit mêmes leurs modestes maisons . Il faut ajouter à cela d’autres infractions dangereuses et diverses comme le comportement du président de la commune de Sidi Al Jazouli ,complice de la direction de la société de construction du barrage et des autorités locales au lieu d’être du côté des habitants qui lui ont fait confiance . Il a réagi par l’indifférence et l’irresponsabilité, ce qui a failli lui couter la vie le samedi 16 avril 2011 lorsqu’un grand nombre d’habitants ont envahi son bureau.
Suite à tout ceci et dans le but de mettre un terme à ces agissements et pratiques contraires aux conventions internatonales des droits de l’homme et dont la région est la scène en général et la commune de Sidi Al Jazouli en particulier , depuis des années, en vue d’arrêter cette situation d’ asphyxie pour toute la région et en solidarité avec les habitants impuissants qui manifestent sur la grande avenue à Essaouira sans que leurs cris continus depuis des décennies n’attirent l’attention des responsables qui ont bouché leurs oreilles et ont toujours fait valoir leur souci sécuritaire au détriment des divers services et droits des habitants .
Pour tout cela , nous faisons appel aux consciences vives des originaires , des cadres, des organisations associatives amazighs et des organisations des droits de l’homme pour une solidarité avec les habitants de la Commune marginalisée de Sidi Al Jazouli en vue d’arrêter l’injustice dont ils font l’objet , les aider pour la libération de leurs fils arrêtés à cause de cette affaire et leur apporter un soutien pour l’obtention de leurs droits légitimes pour lesquels ils ont milité depuis des années avant de perdre patience et de faire recours à ces manifestations de protestation actuelles auxquelles participent toutes les catégories sociales .Au moment où les hommes , qui ont souffert à cause du comportement de la direction de la société de construction du barrage qui leur refuse même le droit de travailler, continuent à manifester dans les rues d’Essaouira, leurs femmes manifestent sur le site de la construction du barrage à Sidi Al Jazouli.
Les habitants de Nknafa vous font appel pour que vous soyez solidaires avec eux dans leur douloureuse lutte contre le Makhzen. Leurs enfants sont arrêtés injustement, leurs pères dorment à même le sol et à ciel ouvert à Essaouira dans l’avenue principale et leurs mères continuent à manifester sur le site du barrage contre le mépris , l’injustice et la tyrannie.

Association Tifawt
(traduction: mohammed hifad)

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Affaire des Inknafn et le barrage Zrar , Commune de Sidi Al Jazouli Inknafn,Haha,Province d'Essaouira
Par Mohamed Hifad, 14/5/2011

Je viens d'apprendre de source sûre et avec un grand soulagement ,que les Inknafn, à bout de force et de patience , ont arrêté leur sit-in le jeudi matin 12 mai 2011 vers dix heures suite à la visite que leur a rendue le gouverneur de la Province en personne,monsieur Nabil Kharroub, en leur assurant qu'il prend en charge lui-même leur dossier , qu'il viendra sur le site pour régler leur différend avec la société qui construit le barrage et les a renvoyés à ses frais chez eux.
Ceux parmi eux qui sont envoyés à Safi pour le même problème ne sont pas encore rentrés .Seule l'AMDH et quelques associations les ont aidés durant leur long sit-in sous le soleil et dans le froid chargé d'humidité d'Essaouira.On constate l'absence totale des partis politiques qu'on ne verra bien sûr qu'au moment des élections. 
Selon ma source d'information , le geste du gouverneur est humainement louable et très apprécié par les habitants mais ils savent très bien qu'il ne peut malheureusement rien contre le puissant lobby de la dépradation qui est derrière cette sale affaire d'abus de pouvoir, de corruption et du détournement des lois en vigueur en toute impunité!

Sahara Occidental : Rabat épinglé par Amnesty International


Par La Rédaction de Donne ton avis, le 14/5/ 2011

L’ONG a relevé dans son rapport annuel de 2011 de graves atteintes aux droits de l’homme au Sahara occidental.
«Les autorités marocaines ont continué à réprimer la liberté d’expression et d’association pour les Sahraouis prônant l’autodétermination», lit-on dans le rapport, qui souligne le harcèlement, la surveillance par des agents de sécurité, de la population sahraouie, dont les organisations qui militent en faveur des droits de l’homme sont continuellement bloquées, souligne cette organisation.
Amnesty International mentionne dans son rapport la détention de nombreux militants, comme Ahmed Alansari, Brahim Dahane et Ali Salem Tamek ( graciés depuis peu - ndlr) qui restent enfermés dans les geôles marocaines.
Le rapport signale également de nombreux cas de torture et autres mauvais traitements subis par les Sahraouis.
«Il y a eu de nouveaux rapports sur la torture et les mauvais traitements, notamment par la Direction de la surveillance du territoire (DST), et, dans certains cas, la Brigade nationale de la police judiciaire, apparemment commis dans la plupart des cas, en toute impunité», souligne Amnesty International, qui mentionne des méthodes comme «les chocs électriques et les menaces de viol».
Plusieurs militants pour la cause sahraouie ont été détenus et torturés par la police marocaine et des femmes violées au cours de leur arrestation. Amnesty rapporte aussi la mort de Fodaïl Aberkane survenue le 18 septembre dernier à la suite d’une hémorragie interne provoquée lorsqu’il a été battu par un groupe de sept ou huit policiers au poste de police de Salé. Devant tous ces dépassements, la plateforme pour la solidarité au Sahara Occidental demande au gouvernement et aux autorités européennes d’exercer des pressions sur le Maroc, «pouvant aller si nécessaire, jusqu’à des sanctions», pour qu’il applique le droit international et respecte les droits de l’homme au Sahara occidental.
La plateforme, considère que le gouvernement français «s’est fait une nouvelle fois le porte-parole des autorités marocaines en refusant l’extension du mandat de la Minurso et en soutenant ouvertement le projet marocain d’autonomie bien qu’il bafoue le droit international fondé sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes».
La plateforme relève également que «malgré l’aggravation de la répression» contre la population sahraouie, notamment pendant et depuis le démantèlement du camp de Gdeim Izik, en novembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU, «a refusé, sous la pression de la France», d’inclure la surveillance des droits de l’homme dans les compétences de la Minurso qui reste la seule mission de paix des Nations unies «dépourvue d’un mandat de surveillance des droits de l’homme».
Réaffirmant sa «solidarité» avec la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance, la plateforme fait part de sa «détermination» à poursuivre son action contre les violations des droits de l’homme au Sahara occidental, «pour un mécanisme onusien de surveillance des droits de l’homme et pour la mise en œuvre rapide du référendum d’autodétermination qui permettrait enfin au peuple sahraoui de décider librement de son avenir».

Mots clés : Amnesty International, Droits de l'homme, Ong, Rabat, sahara occidental

http://www.donnetonavis.fr/actu/news/sahara-occidental-rabat-epingle-par-amnesty-international.html

Clichy-sous-bois :La deuxième mort de Zyed et Bouna.-

De Jacqueline Charretier (atp) - Uzès.9/5/2011


27 avril 2011. Le verdict est tombé à la fin du procès des policiers accusés de n'avoir pas porté secours aux trois enfants qui, le 27 octobre 2005, avaient pénétré dans les locaux d'un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois :
NON LIEU.
Pourtant, ce 27 octobre 2005, pas moins de onze policiers avaient pouchassé ces trois enfants qui rentraient vite chez eux, après une partie de foot, pour la rupture du jeûne un soir de ramadan. Pourtant, l'un de ces policiers avait annoncé l'entrée de ces jeunes dans l'enceinte du transformateur en pronostiquant leur mort.

Zyed et Bouna sont morts. Leur copain qui a survécu était gravement brûlé. Bien fait pour eux ! Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur, sans un mot de compassion pour ces enfants et leurs familles et avant tout début d'enquête, avait repris, mot à mot, le rapport des policiers et condamné les jeunes sacrifiés. Plus que toute autre raison, c'est l'étincelle qui a allumé la révolte des banlieues. Et il semble bien que tous ceux qui, deux ans après, ont élu avec enthousiasme ce pourfendeur de la racaille à la présidence de la République aient totalement oublié cet événement prémonitoire de sa politique... ou, au contraire, en aient fait un argument de leur choix.

Et voilà, six ans après la mort de Zyed et Bouna, "Non lieu" pour ces "gardiens de la paix" qui avaient frénétiquement et aveuglément provoqué leur mort et, en tout cas, ne l'avaient pas prévenue, comme c'est le rôle de tout adulte responsable.

C'est révoltant - et désespérant. Et je ne peux m'empêcher de repenser à la plaidoierie si pertinente, humaine et juste d'Henri Leclerc dans sa défense de la famille du jeune -et innocent- lycéen de St. Ex, mort dans les locaux du commissariat de Mantes-la-Jolie, et qui, après onze ans d'attente d'un procès, a obtenu la condamnation, même si minimisée, de deux policiers responsables des coups et du médecin qui n'avait pas cherché à éviter l'issue fatale.

Mais aujourd'hui, le pouvoir suprême utilise le Parquet pour empêcher la justice de se faire et permettre au président de la République de resollliciter tranquillement un deuxième mandat qui lui permette de poursuivre son travail de sape des valeurs de la République, des fondements de la constitution et de l'indépendance des pouvoirs, tout en camouflant les turpitudes de sa politique.

Zyed et Bouna sont morts en 2005. C'est vraiment de leur faute. En 2011, la justice française nous dit : Circulez, il n'y a rien à voir. L'affaire est enterrée.

Maroc : Mawazine, le festival de monsieur le secrétaire particulier de Sa Majesté mettra-t-il le feu aux poudres ?

Par Abdelhak Serhane 13/5/2011

Alors que s'ouvre à Rabat, vendredi 20 mai, le festival musical Mawazine, l'écrivain marocain Abdelhak Serhane dénonce dans cette «Lettre à Marda» l'indécence d'une manifestation destinée à faire illusion dans un pays où sévissent une répression violente et une pauvreté diffuse.

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«Il n'y a point d'honneur dans les persécutions. Il n'y reste point la plus petite parcelle de l'esprit chevaleresque, mais plutôt un délire de lâcheté (...). L'homme est plus cruel que l'animal (...), l'imagination invente des supplices parce qu'elle veut tuer quelque chose en l'autre, quelque chose qui fait honte au bourreau. » Alain, Esquisses de l'homme

A l'agent de sécurité marocain qui a levé son gourdin 
sur moi 
Monsieur l'agent,

Le langage officiel t'a baptisé Gardien de la paix, agent des Forces auxiliaires, du Corps mobile d'intervention, du Groupe d'intervention rapide... Les gens du peuple t'ont affublé de ce sobriquet Marda, devenu ton patronyme de fonction. A tous ces surnoms, je préfère Bouzriwita, car ton identité et ton existence te sont conférées par ton instrument de travail, ce gourdin dont le destin s'est confondu avec le tien. Tu es le bras de la répression, il en est l'outil.

Je t'écris cette lettre (que tu ne liras sans doute jamais) pour te rappeler ce jour sous le soleil de la nouvelle ère où tu as levé ton gourdin sur moi. C'était l'année où le Seigneur des panneaux, avec la baraka et l'appui de son roi, a détourné des hectares de terre à son profit, à des prix modiques, dont ceux des habous, puis le terrain du FUS (Fath Union Sport) en plein centre de Rabat, phagocytant l'économie du pays par de nouveaux mécanismes d'exploitation, institutionnalisant l'ère des quadras-M6-au-dessus-des-lois-accumulateurs-de-richesses-et-de-pouvoir. Ou peut-être cette autre année où Himma, lui aussi fort du soutien de son ami le roi, a créé son PAM (Parti des Attentistes Marocains) pour prendre en otage le cirque politique national, comme le RNI (Rassemblement des nationalistes indépendants) sous Hassan II ou l'UC (Union constitutionnelle). A moins que ce soit le jour où chaque petit pion de la famille El Fassi a occupé une case confortable dans l'échiquier de l'Etat, faisant échec et mat au jeu de l'égalité des chances.

Qu'importe! Le Palais reprend les mêmes pour nous réchauffer leur soupe insipide. De toutes les manières, la scène dont j'ai été témoin se répète tellement souvent qu'elle doit être devenue banale pour toi. Les années se suivent et sont plus amères les unes que les autres. Pessimiste dis-tu? Plutôt lucide. Car, je me souviens de ce jour néfaste où tu as levé ta matraque sur moi devant le Parlement. De jeunes diplômés-chômeurs étaient assis à même l'asphalte, scandant pacifiquement des slogans pour revendiquer du travail. Du travail pour vivre, entends-tu? A part le bruit des voix, tout se passait dans le calme. Puis, tout à coup, l'assaut a été donné. Et vous avez chargé, comme des forcenés, gourdin levé. Vous avez tapé dans le tas sans distinction d'âge ou de sexe sur des corps sans défense. Les cris de douleur se sont élevés. Le sang a giclé. Des corps ensanglantés ou inanimés jonchaient le sol. Les coups pleuvaient. Des insultes ordurières fusaient de vos bouches. Les rideaux des magasins furent baissés. J'assistais, éberlué et impuissant, à une scène barbare qui se déroule au XXIe siècle, dans mon pays, sous un régime monarchique constitutionnel qui crie sur tous les toits qu'il incarne démocratie, modernité et Etat de droit.
Scandalisés, des touristes étrangers ont pris des photos en souvenir de ce fameux tabassage dans le plus beau pays du monde. Et j'ai eu soudain honte d'appartenir à ce Maroc dont le régime tabasse en plein jour sa jeunesse sur le plus grand boulevard de la capitale. Pourquoi? Parce que ces diplômés-chômeurs veulent travailler. Et ils le revendiquent avant de s'immoler par le feu sous le regard indifférent des décideurs.
Je me trouvais, ce jour-là, dans l'un des lieux du déshonneur national. Dans mon désarroi, je ne t'ai pas vu venir dans ma direction. Ton gourdin s'est levé et a failli s'abattre sur moi. Je ne sais par quel miracle ton bras a suspendu son geste. Devant mes cheveux blancs, tu as peut-être pensé que je n'avais rien à voir avec ces quémandeurs d'emploi. Je n'ai vu que tes yeux, et une haine excessive dans ton regard. Haine féroce, inexplicable, cruelle, meurtrière. J'ai crié: Pourquoi tu les tapes? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait pour t'acharner sur eux? Tu aurais pu être à leur place... Tu m'as regardé avec cette même haine insoutenable et tu m'as répondu: Que veux-tu que je fasse? C'est mon travail! Puis tu es retourné frapper aveuglément ces corps sans défense, meurtris, brisés, abattus, au milieu des cris, des larmes et du sang.
Mon cher Bouzriwita, souviens-toi de ce jour damné, mais aussi de tous ces instants où ta matraque assomme les enfants de ton pays, tes compatriotes, peut-être tes voisins, les jeunes de ton quartier, tes amis, tes cousins ou tes frères et sœurs... Et le soir, quand tu vas te coucher après une journée bien remplie de coups de matraque et de brodequin, souviens-toi des cris de détresse de ces victimes dont tu viens de briser les os et lacérer les chairs. Souviens-toi du sang, des larmes des jeunes filles, des appels au secours. Quant à moi, je me souviendrai toute ma vie de ton regard rempli d'animosité et de ta réponse malheureuse. Mon travail! as-tu dit. Travail de désolation! Le plus ignoble, le plus indigne des métiers. Quand ton gourdin s'abat sur un être humain, sache que c'est sur la liberté que tu cognes, c'est la citoyenneté que tu massacres et le droit à une vie digne. Tu matraques l'espoir à la démocratie et tu prêtes ton bras à la tyrannie contre un salaire de misère afin que la loi de la jungle continue à semer la terreur dans le cœur des gens. Tu assassines l'espoir de ceux qui se battent pour toi et pour ta dignité...
Ceux que tu tabasses sont ceux-là mêmes qui te donnent ta bouchée de pain. Les bras que tu brises chaque jour, sont ces bras-là qui te nourrissent. Car les impôts c'est nous, la TVA c'est nous, le dur labeur qui enrichit nos détracteurs c'est nous. Ton salaire et l'argent qui te procure ta matraque c'est encore nous. Tous ces gens que tu pourchasses et bastonnes, chaque jour que Dieu fait, dans les rues, sur les places publiques, les avenues, devant le parlement et les ministères... ce sont eux qui te permettent de vivre et te procurent l'illusion sinistre d'une autorité que tu penses avoir.

Mais la vraie raison de cette lettre, monsieur Bouzriwita est la suivante. Du 20 au 28
mai, tu seras mobilisé pour assurer l'ordre et la sécurité pendant la Xe édition du festival Mawazine. Entre deux bastonnades, tu verras défiler des dizaines d'artistes venus du monde entier pour distraire le peuple élu qui vit dans le plus beau pays du monde dont tu fais partie. Ton fantasme s'accrochera sans doute à l'anatomie de Shakira. Tu as raison. La frustration dans laquelle on nous enferme fait de nous un peuple aux désirs refoulés. Shakira va chanter et danser pour toi et devant tes semblables. Majidi pense à vous, atténue vos malheurs une fois l'an avec cet événement éphémère. Et l'éphémère a un prix. Celui de Mawazine coûte cher, très cher.
Alors, quand tu te rinceras l'œil sur les contours sublimes de ce physique d'albâtre, demande-toi, mon cher Bouzriwita, combien Shakira est rémunérée pour venir inspirer ton inhibition? Pose-toi la question parce qu'elle en vaut la peine. C'est, pour toi, la seule question qui mérite d'être posée. Pour ce beau pays qui est le tien, la voix de Shakira va nous coûter combien à ton avis? A l'aide de ton gourdin, tu peux procéder à un calcul rapide en traçant des chiffres dans la poussière. Tu arriveras fatalement à ce résultat: il te faudra tabasser tes compatriotes pendant des siècles pour arriver à aligner la somme correspondant au cachet de Shakira pendant Mawazine. N'oublie pas d'ajouter le prix des billets d'avion, les hôtels de luxe, les réceptions, le champagne et le feu d'artifice pour la cérémonie de clôture! Shakira n'est qu'un exemple. Chaque année, ce sont plusieurs centaines de millions en devises qui partent en fumée pour que Majidi te fasse admirer ce que la planète a engendré de célébrités.
Tu vois mon petit Bouzriwita, aucune folie n'arrête ceux qui arment ton bras qui sème la terreur, tue la dignité et la liberté de tes concitoyens. Mais ils n'ont aucun scrupule à vous laisser patauger dans la pauvreté, l'ignorance et la boue des bidonvilles. Tu as fait ta grève, la rue a fait pression. L'approche de Mawazine a fait le reste. Tu es content de toi, ils ont revu ton traitement à la hausse. Le festival de monsieur le secrétaire particulier de Sa Majesté peut se dérouler dans de bonnes conditions grâce à la dextérité de tes frappes. Et pendant que tu défends les intérêts de ces gens à coups de matraque, au risque de tuer et de te faire tuer, ils continuent eux à détourner les richesses de ce malheureux pays en toute impunité et à se vautrer dans le luxe insultant des parvenus de la nouvelle ère. Ce système que tu sers aveuglement porte un nom peu glorieux. C'est un despotisme absolu où le clan tribal impose la loi du silence à la majorité.
Détrompe-toi mon petit Bouzriwita, je suis pour tous les Mawazine qu'ils veulent. Mais pas au détriment de la démocratie et de la liberté du peuple. Pas avant le bien être des populations. J'aurais honte de cautionner ce leurre pseudo-culturel qui n'a aucun sens dans un pays où plus de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Mawazine n'a jamais été pour moi et ne le sera jamais tant que les chances ne sont pas les mêmes pour tous, que la corruption du makhzen et l'exclusion sévissent, que l'université ne produit plus que des promotions de jeunes diplômés-chômeurs, que la justice dépend de la volonté des puissants, les hôpitaux sont des mouroirs, que l'islam est instrumentalisé à des fins politiques ou mercantiles, que les enfants dorment dans les rues, que les petites bonnes sont exploitées dans des familles aisées, que la dignité des Marocains est piétinée, qu'une poignée de familles use du pays comme de son héritage.
Tu ne connais pas Franz Fanon. Ce n'est pas grave. «L'homme est aussi un non, a dit ce penseur. Non au mépris de l'homme. Non à l'indignité de l'homme. A l'exploitation de l'homme. Au meurtre de ce qu'il y a de plus humain dans l'homme: sa liberté.» Si ce festival est maintenu ce sera, à mon sens, l'expression de ce grand mépris que le système manifeste pour tous les malheurs du peuple. Des voix s'élèvent pour dire non à Mawazine. Céder parfois n'est pas une faiblesse, mais le signe d'une grande sagesse. Majidi cédera, ne cédera pas! Il est chez lui dans ce Maroc riche de ses millions de pauvres. L'obstination du Palais dans le contexte actuel risque d'être fatale. Une question capitale, décisive, inéluctable se pose: avec Mawazine, Majidi va-t-il fournir à la révolution marocaine l'étincelle qui lui manque pour mettre le feu aux poudres? La pression exercée sur Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Ali Abdallah Saleh, Bachar el Assad... par leur entourage pour l'emploi de la force et l'intransigeance a fini par les acculer tous, plongeant leurs pays dans l'horreur. A l'instar de tous les pays de la région, les hommes du roi sont-ils en train de conduire le Maroc vers une situation irréversible? Albert Memmi, un autre que tu dois ignorer, a dit: «Quand un peuple n'a d'autre ressource que de choisir son genre de mort, quand il n'a reçu de ses oppresseurs qu'un seul cadeau, le désespoir, qu'est-ce qui lui reste à perdre ? C'est son malheur qui deviendra courage.»

Avant de te quitter, mon petit Bouzriwita, j'ai plusieurs questions à te poser: Tu touches combien? Tu habites où? Es-tu marié? Tes enfants vont-ils à l'école? Tes parents sont-ils en vie, vieux ou malades? Ils sont comment tes fins de mois? Le bakchich que tu touches des gens humbles ne te fait-il pas honte? Tes rêves sont-ils peuplés des cris de ceux que tu saignes? Je sais. Ton pain et ton sommeil sont amers car ceux que tu démolis sont des innocents. Ton salaire aussi est amer. Ton niveau d'études et de vie! Ta famille, tes espoirs, tes projets? De ta naissance à ta mort, ton existence est à plaindre face au cachet en devises que Shakira va encaisser pour une heure ou deux sur la scène du festival Mawazine!

Ne te fie pas trop à ta force, mon petit Bouzriwita, ni à cette prétendue supériorité que tu exerces sur tes semblables. Sans ta matraque tu ne vaux pas un oignon, et avec elle, tu es trois fois rien. Car, ton lot est l'oppression. Tu vis pour opprimer tes concitoyens. Et tu vis pour être opprimé par tes maîtres. Misère est ta misère et grande est notre souffrance! Ton bras se trompe d'ennemi et d'époque. Ceux que tu tabasses sont tes doubles, tes frères jumeaux. J'espère que la prochaine fois, tu sauras utiliser ton instrument de travail à bon escient. Autrement, continue à bastonner tes compatriotes pendant les siècles à venir afin d'économiser le cachet offert par Si Mounir Majidi à l'un de ces artistes étrangers pour une performance de quelques heures. Et dans plusieurs siècles In châa Allah, quand tu auras épargné cette somme folle, alors tu pourras sortir de ton bidonville et habiter une maison confortable dans un quartier convenable, t'acheter une voiture pour emmener ta famille en vacances à Moulay Bousselham, envoyer tes enfants dans une bonne école et tes parents à la Mecque... Tu finiras ta vie très vieux et très heureux dans le plus beau pays du monde et, dans tes prières, tu béniras le système marocain qui t'a permis t'avoir ce travail, a armé ton bras d'un gourdin et a fait de toi ce cogneur et ce casseur irréductible que tu es, à la solde des tyrans.

Adieu mon petit bourreau. Je sais. Tu me l'as déjà dit. Ton travail est de cogner. Nos oppresseurs sont aussi les tiens. Ne l'oublie jamais! Tu maintiens la stabilité de leur domination sur nous et sur toi, ainsi que l'étendue de leur arbitraire! Ils ont augmenté ta solde pour que tu cognes sans ménagement sur le peuple. Alors, exprime ta gratitude à Mounir Majidi, et cogne de toutes tes forces dans le tas. Mawazine doit être une fête sans contestation ni controverse. Tu es là pour veiller au grain avec ton gourdin. Majidi a tous les droits. Majidi a tous les pouvoirs. On doit respecter de force un homme de l'importance de l'administrateur de la fortune de Sa Majesté. Nanti parmi les nantis, puissant parmi les puissants, coté parmi les cotés par la baraka de Sidna, Mounir Majidi (1) mérite bien un jubilé qui sied à son rang. Les autres aussi d'ailleurs. Le mouvement du 20 février 2011 en a enclenché les préparatifs.

(1) Mounir Majidi est secrétaire particulier et principal conseiller de Mohammed VI (NDLR).

Maroc : L’élaboration d’une constitution par une élite partisane est-elle la tâche fondamentale actuelle ?

Par Youssef Imam, 13/5/2011

L’Alliance de la Gauche Démocratique pense que l’élaboration d’une constitution par elle, se basant sur la monarchie parlementaire, est la tâche fondamentale actuelle qui mobilisera les masses populaires et permettra ainsi une avancée démocratique.
Je ne suis pas d’accord avec cette approche pour les raisons suivantes :

1) La constitution est le reflet du rapport de force et nous ne pouvons espérer un progrès réel sur ce plan sans démanteler l’appareil du makhzen, en commençant par ses éléments les plus honnis : les responsables des crimes politiques et économiques. Donc la tâche fondamentale est celle-là. Et même à supposer, par miracle, que cette avancée constitutionnelle ait lieu sans démantèlement du makhzen, celui-ci la combattra et la mettra en échec.
2) Nous contestons avec force, en boycottant pour certains d’entre nous la commission de la révision de la constitution, le pouvoir que s’est arrogé le régime de superviser la révision de la constitution, comment alors les 3 partis de l’Alliance pourront –ils justifier qu’ils se soient autoproclamés pouvoir constituant ? Est-ce que le peuple les a mandatés pour cela ? Cette approche ne traduit-elle pas l’attitude hautaine et méprisante du peuple de la majorité des élites ?
3) Cette approche, en excluant les forces radicales qu’elles soient de gauche ou non qui ne sont pas d’accord avec elle, affaiblit le mouvement de lutte et nuit à son propre objectif.
4) La tâche d’affaiblir le makhzen vise, entre autres, à préparer les conditions d’une assemblée constituante représentant réellement le peuple marocain et seule habilitée à élaborer la constitution. Cette alternative à l’élaboration de la constitution par une élite, qu’elle soit du makhzen ou d’une partie de la gauche, est réalisable si le mouvement de masse se développe : l’expérience tunisienne le montre.
5) Les 3 partis de l’alliance parlent de monarchie parlementaire, mais sont prêts à accepter que certains domaines de « souveraineté » (armée, appareils de sécurité, relations extérieures…) restent l’apanage du roi. Or, nous savons que ces domaines sont décisifs et constituent le vrai pouvoir. Les contre-révolutions se sont, d’ailleurs, toujours appuyées sur ces appareils.
La monarchie parlementaire n’est donc qu’un slogan dont l’objectif est de se parer d’une certaine radicalité, mais qui conduit, en fait et quelles que soient les intentions de ceux qui la défendent, à renforcer la légitimité d’une monarchie relookée dans la mesure où les conditions de la réalisation de la monarchie parlementaire sont, pour le moment, absentes : le mouvement de lutte n’ayant pas atteint la force suffisante et la monarchie ne montrant pas de disposition à se réformer en profondeur comme en atteste son approche de la révision constitutionnelle.
6) Ceci est d’autant plus vrai que cette alliance veut créer une coalition plus large, regroupant en particulier les syndicats et surtout l’UMT et la CDT , pour élaborer ensemble un projet de constitution. Or, il est clair que les directions de ces centrales ne sont nullement prêtes à lutter pour une monarchie parlementaire( voir leurs propositions de révision de la constitution), et ont mis sous le boisseau, surtout après l’accord du 26 avril, l’arme qui aurait pu, le moment venu, être décisive, à savoir la grève générale nationale : la CDT reportant aux calendes grecques ce mot d’ordre, pourtant décidé démocratiquement par son conseil national, l’UMT, quant à elle, l’escamotant purement et simplement dans le communiqué de sa commission administrative qui l’avait adopté. Il est évident que ce ne sont pas les discussions d’une mounadara qui feront changer de position à ces directions, mais, peut-être, la pression de la rue. Et c’est à cela que doivent s’attacher les vrais démocrates, qu’ils soient pour une monarchie parlementaire ou pour un régime démocratique.
7) Ainsi donc, l’insistance de ces 3 partis à poser la monarchie parlementaire comme préalable à toute action commune avec les autres forces et à élaborer sur cette base un projet de constitution est une tentative de ces partis de contrôler le mouvement du 20 février, au lieu de le laisser s’épanouir, s’élargir, et élaborer, dans la dynamique, les mots d’ordre adéquats à chaque conjoncture. Cette insistance ne peut que semer la division en son sein, freiner ses initiatives, la dévier de ses objectifs et, en définitive, l’affaiblir.
Youssef Imam

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche,
ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. » Aimé Césaire

وضع دستور من طرف نخب حزبية

هل هي المهمة الأساسية في المرحلة ؟

يعتقد تحالف اليسار الديمقراطي أن إعداد دستور من طرفه مبني على الملكية البرلمانية ، هي المهمة الأساسية حاليا التي ستعبئ الجماهير الشعبية وستمكن من تحقيق تقدم ديمقراطي.

إنني لا أتفق مع هذه المقاربة نظرا لما يلي:

1ـ إن الدستور يعد انعكاسا لميزان القوة. لذلك لا يمكن حصول تقدم حقيقي على هذا المستوى من دون تفكيك جهاز المخزن بدءا بالعناصر الموصومة بالعار والأكثر فسادا: المسئولين عن الجرائم السياسية والاقتصادية. ويشكل هذا التفكيك، المهمة الأساسية الحالية.

وحتى إذا ما افترضنا حدوث هذا التقدم الدستوري ـ بقدرة قادر ـ من دون تفكيك المخزن، فسوف يقاومه هذا الأخير و يفشله.

2ـ إننا نعترض بقوة، من خلال مقاطعة البعض منا للجنة مراجعة الدستور، على السلطة التي استأثر بها النظام لمراقبة تعديل الدستور. وبناء عليه كيف يمكن لأحزاب التحالف الثلاثة تبرير اعتبار نفسها سلطة تأسيسية؟ وهل انتدبها الشعب لأجل ذلك؟ ثم ألا تعكس هذه المقاربة سلوك أغلبية النخب المتعالي والمحتقر للشعب؟

3ـ إن هذه المقاربة، بإقصائها للقوى الجذرية اليسارية أو غيرها التي لا تتفق معها، تضعف حركة النضال و تضر بأهداف أصحابها.

4ـ إن من بين أهداف مهمة إضعاف المخزن ، هو تهيئ الشروط لمجلس تأسيسي يمثل الشعب المغربي بشكل فعلي، ويمتلك دون غيره صلاحية وضع الدستور. إن هذا البديل لبلورة الدستور من طرف نخبة، أكانت مخزنية أو من جزء من اليسار، ممكن التحقيق إذا نمت حركة الجماهير, والتجربة التونسية تبين ذلك.

5ـ تطرح أحزاب التحالف الثلاثة الملكية البرلمانية، غير أنها مستعدة بقبول بقاء بعض مجالات "السيادة" محتكرة في يد الملك ( الجيش، الأجهزة الأمنية، العلاقات الخارجية...). غير أننا نعرف أن هذه المجالات حاسمة و تشكل السلطة الفعلية. وقد اعتمدت الثورات المضادة دائما على هذه الأجهزة.

إن الملكية البرلمانية ليست سوى شعار هدفه إظهار نوع من الجذرية، بينما يؤدي بالفعل ومهما كانت نوايا المدافعين عنه، إلى تقوية شرعية ملكية شاخت وخفت بريقها. باعتبار شروط تحقيق الملكية البرلمانية في الوقت الراهن غائبة: فالحركة النضالية لم تبلغ بعد القوة الكافية و الملكية لا تظهر أي استعداد للإصلاح العميق كما تبين ذلك مقاربتها لمراجعة الدستور.

6ـ ويتأكد هذا من خلال رغبة هذا التحالف خلق تكتل أوسع يضم بالخصوص نقابتي الإتحاد المغربي للشغل و الكنفدرالية الديمقراطية للشغل، لتعد بشكل جماعي مشروع دستور. بينما يتضح أن قيادات هذه المركزيات غير مستعدة بالمطلق للنضال من أجل ملكية برلمانية ( أنظر اقتراحاتهما لمراجعة الدستور). كما أنها أقبرت، وخاصة بعد اتفاق 26 أبريل، السلاح الذي كان يمكن في حينه أن يكون حاسما. ويتعلق الأمر بالإضراب العام الوطني: فالكنفدرالية الديمقراطية للشغل عملت على تأجيله إلى تاريخ غير مسمى، بالرغم من إقراره بشكل ديمقراطي من طرف المجلس الوطني. أما الإتحاد المغربي للشغل فقد أسقطه عن بيان اللجنة الإدارية التي تبنت قرار خوضه. ويتضح جليا كون النقاشات التي قد تعرفها المناظرة المزمع عقدها، لن تغير من مواقف هذه القيادات، وإنما، ربما، قد يتأتى ذلك من خلال ضغط الشارع فقط. وهو ما يجب أن يركز عليه الديمقراطيون الحقيقيون سواء كانوا مؤيدين للملكية البرلمانية أو مناضلون من أجل نظام ديمقراطي.

7ـ من هنا، فإن تأكيد هذه الأحزاب الثلاث على وضع الملكية البرلمانية كشرط لأي عمل مشترك مع القوى الأخرى و التهيئ على هذا الأساس لمشروع الدستور، ليس سوى محاولة من طرف هذه الأحزاب للتحكم في حركة 20 فبراير، عوضا من تركها تنمو و تتسع وتصوغ في صيرورتها النضالية الشعارات المناسبة لكل مرحلة. ولا يمكن لهذا الإلحاح (على الملكية البرلمانية) سوى زرع التفرقة في صفوف الحركة، وخنق مبادراتها و تحريف مسارها عن أهدافها، وفي واقع الأمر وآخر المطاف، إضعافها.
يوسف إمام
" سوف يكون فمي فما للمظلومين، الذين لا فم لهم. وصوتي، حرية من يذبلون في زنازين اليأس" (إيمي سيزير)

Caravane des victimes de la politique de l'habitat vers Rabat

Par Ali Fkir, 13/5/2011

Le "comité de suivi du dossier de l'habitat à Casablanca" composé des représentant-es des quartiers populaires et de l'AMDH, section de Casablanca, a décidé au cours d'une réunion élargie tenue au siège d'ANNAHJ ADDIMOCRATI (la VOIE DEMOCRATIQUE):
- D'organiser une conférence de presse au local du syndicat national de la presse ( avenue Rehhal Meskini  Benjdia Casablanca) et ce, le lundi 16 mai 2011 à 9 heures du matin
- D'organiser vers Rabat la caravane des victimes de la politique de l'habitat et ce, le mercredi 18 mai 2011.
Un sit in sera observé devant le parlement à midi le même jour

Amnesty International : VISITE EN FRANCE DE FAHEM BOUKADDOUS ET CHAKIB ALKHAYARI

 TÉMOINS ET ACTEURS ENGAGÉS DES DEMANDES DE CHANGEMENT DANS LE MONDE ARABE

L’un, Fahem Boukaddous, est tunisien, l’autre, Chakib Alkhayari, marocain. Le premier a été l’un des rares journalistes indépendants en Tunisie à faire connaitre la répression brutale du mouvement social de la région de Gafsa-Redeyef en 2008. L’autre n’a cessé de dénoncer la corruption endémique dans sa région, et les accointances de certains  fonctionnaires marocains dans le trafic de drogue.
Tous deux sont journalistes ; tous deux d’ardents défenseurs des droits humains. Tous deux emprisonnés uniquement pour avoir exprimé leur opinion, et dénoncé les manquements aux droits humains dans leur pays. Tous deux ont été déclarés prisonniers d’opinion par Amnesty International (AI), qui, avec d’autres, a fait campagne pour obtenir leur libération. Tous deux sont devenus des symboles de la répression des pouvoirs en place, dans leur pays, mais aussi hors de leurs frontières. Tous deux ont été libérés à la faveur de la mobilisation citoyenne, nationale et internationale.
Précurseurs des demandes de changements qui secouent la région, tous deux sont aujourd’hui à la fois des acteurs engagés et des témoins éclairés des bouleversements en cours dans la région.
Fahem Boukaddous, 40 ans, journaliste pour la chaine satellitaire indépendante Al-hiwar Ettounsi, est depuis 20 ans un infatigable défenseur des droits humains. Membre de l'Association tunisienne contre la torture et cofondateur du Comité tunisien de protection des journalistes et du Centre de Tunisie pour la liberté de la presse, il est aussi militant local d’Amnesty International à Gafsa. Son activisme lui a valu de nombreuses  condamnations et refuges dans la clandestinité. Pour avoir informé sur la répression du mouvement social de Gafsa-Redeyef il est condamné pour « diffusion d’information de nature à troubler l’ordre public » et « appartenance à une association criminelle susceptible de porter atteintes aux personnes et à leurs biens » et incarcéré malgré un état de santé préoccupant. Il est libéré le 19 janvier 2011, 5 jours après la fuite de Ben Ali hors de Tunisie. Fahem Boukaddous sera présent en France du 24 au 29 mai 2011.
Agé de 31 ans, Chakib Alkhayari est originaire de la ville de Nador dans la région du Rif Marocain. Fondateur et président de l’association du Rif des droits de l’Homme -ARDH-, il militait sur diverses questions comme le traitement infligé aux migrants de l’Afrique sub-saharienne, la violence contre les femmes, ou les droits du peuple Amazigh (Berbère). Ce sont ses attaques répétées contre le trafic de drogue, et la corruption qu’il génère, notamment dans certaines sphères de l’administration marocaine, qui lui valent sa condamnation à 3 ans de prison, et à une très forte amende. Il est libéré, un an avant terme, suite une grâce royale le 14 avril 2011, qui fait suite au mouvement du 20 février au Maroc.
Chakib Alkhayari sera présent en France du 26 au 29 mai 2011.

Les problèmes dénoncés par ces deux défenseurs depuis de nombreuses années rencontrent directement les demandes de changement exprimés à travers l’ensemble du monde arabe : fin de la corruption, libération de la parole, respect de la liberté d’expression,  d’association, aspirations à de meilleures conditions de vie, dignité et volonté des peuples de reprendre la main sur leur avenir.
A l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire d’AI, organisation créée sur l’idée que des individus peuvent défendre les droits d’autres individus, leur libération témoigne que la mobilisation citoyenne peut faire cesser les violations subies des personnes dont les droits sont violés.
AI France est donc fier de les accueillir pour deux rencontres publiques exceptionnelles organisées le 26 mai et le 28 mai (voir détails en page 4).
FAHEM BOUKADDOUS ET LE MOUVEMENT DE GAFSA-REDEYEF EN TUNISIE
En 2008, la région de Gafsa-Redeyef, dans le sud-ouest de la Tunisie, est le théâtre d’une vague de manifestations populaires pour dénoncer des accusations de fraude dans une campagne de recrutement par la Compagnie des Phosphates. Ces manifestations évoluent
vers des revendications plus générales sur le taux de chômage élevé, la corruption et l’augmentation du coût de la vie.
Les forces de sécurité répriment ces événements de façon particulièrement violente1, pendant que les autorités tentent d’empêcher toute information de filtrer dans les médias: Fahem Boukaddous, seul journaliste présent sur place, va devenir le principal canal de diffusion d’images des manifestations. Il catalyse le mal-être des jeunes citadins en leur apportant un moyen d’expression. Il devient, par conséquent, une menace pour la dictature. « C’est ce que j’ai appelé les médias populaires. Avec des caméras reçues de leurs parents émigrés, des centaines de jeunes se transforment en autant de journalistes. Moi, je n’avais qu’à rassembler toutes ces images et les faire circuler ».
Ce dernier est arrêté et condamné à 4 ans de prison à la suite d’un procès inéquitable au cours duquel le droit à la défense a été continuellement violé. En juillet 2010, alors qu’il est hospitalisé, quatre agents de police l’emmènent en prison. Il y subit plusieurs crises d’asthme sévères, tant ses conditions de détention sont intolérables et fait face à des pressions de la part des gardiens. Il entame une grève de la faim du 9 octobre au 14  novembre 2010.
Seulement deux ans après les manifestations de Gafsa-Redeyef, un nouveau mouvement de mobilisation populaire se met en marche après l’immolation du jeune diplômé chômeur Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid au centre de la Tunisie. Grâce aux réseaux sociaux, ces manifestations prennent une ampleur inattendue et s’étendent à l’ensemble du pays, menant à la chute du Président Ben Ali le 14 janvier 2011, malgré une répression féroce de la part des forces de sécurité.
Selon Fahem, les manifestations de 2008 ont été inscrites dans la mémoire collective du pays facilitant la mobilisation des individus dans le futur. Les jeunes « diplômés chômeurs » ont été en 2008 comme en 2010 les moteurs du changement.
En juin 2009, Amnesty International avait publié un rapport2 sur la terrible répression qui s’était abattue sur les manifestants de la région de Gafsa-Redeyef. Avec d’autres organisations, en Tunisie et en France notamment, la mobilisation avait fini par faire libérer l’ensemble des leaders des manifestations en novembre 2009. Seuls Fahem Boukaddous et Hassan Ben Abdallah, jeune diplômé-chômeur, restaient dans les geôles tunisiennes. Ces derniers ont été finalement libérés de prison le 20 janvier 2011, en même temps que de
nombreux autres prisonniers politiques, suite au renversement du régime de Ben Ali quelques jours plus tôt. Leur libération est donc une véritable victoire et un symbole fort pour tous ceux qui, à Amnesty International et ailleurs, ont continuellement appelé à sa libération.
Pour autant, la vigilance reste de mise. En effet, les nouvelles autorités tunisiennes doivent entreprendre des réformes fondamentales et durables dans le pays permettant de rompre avec des années de violations des droits humains : de plus, les crimes qui ont précédé la « révolution du jasmin » ne doivent pas rester impunis.
1 Deux morts et plusieurs blessés, des centaines de personnes arrêtées et maltraitées, des dizaines de personnes condamnées au terme de procès iniques
2 « Derrière le « miracle économique » tunisien : les inégalités et la criminalisation de l’opposition » 14 avril 2011, Amin Alkhayari accueillant son frère Chakib à sa sortie de prison
CHAKIB ALKHAYARI, POURFENDEUR DE LA CORRUPTION DANS LE RIF MAROCAIN
Chakib Alkhayari, âgé de 31 ans, est un défenseur des droits humains reconnu et respecté dans la province de Nador, au nord-est du Maroc. Il a fondé l’Association du Rif des droits de l’Homme – ARDH – qui se consacre notamment au traitement réservé aux migrants de l’Afrique sub-saharienne et à la violence contre les femmes. Il est aussi connu pour sa défense des droits culturels du peuple amazigh (berbère) au Maroc.
Chakib Alkhayari était également journaliste, partenaire de chaines de télévision comme de journaux régionaux et internationaux, et participait à la libre circulation de l’information, à la liberté d’expression et devait participer à une conférence à Bruxelles avant son arrestation.
En janvier 2009, il est apparu à la télévision nationale où il s’est exprimé sur des affaires de trafic de drogue et de corruption impliquant des hauts fonctionnaires marocains. Chakib Alkhayari a été arrêté le 17 février 2009, et inculpé le 21 du même mois pour avoir « porté atteinte à l’image des autorités nationales publiques et judiciaires ».
Devant le juge d’instruction et lors de son procès, il a déclaré qu’il n’avait pas insulté les institutions publiques en tant que telles, mais critiqué des individus occupant des fonctions dans l’appareil de l’État.
Son arrestation en février est intervenue sur fond d’informations faisant état de  l’interpellation d’une bonne centaine de personnes, dont des responsables des pouvoirs publics, dans le cadre du démantèlement d’un réseau de trafic de drogue dans la province de Nador.*
Chakib Alkhayari a été condamné par le tribunal de première instance de Casablanca à trois ans de prison et à une lourde amende (environ 57 000 euros) pour outrage aux institutions publiques, pour avoir fait des dépôts non autorisés sur un compte bancaire ouvert à l’étranger et transféré de l’argent sans avoir obtenu les autorisations nécessaires. Le volet bancaire renvoie à 2006 où il avait ouvert un compte en Espagne afin de pouvoir encaisser un chèque de 250 euros versé par le quotidien El País en règlement d’un article.
Comme le dénonçait son frère Amin invité par AI France en décembre 2010, Chakib est emprisonné uniquement pour avoir usé de son droit à la liberté d’expression.
Suite aux mouvements de mobilisation d’organisations marocaines, et aux pressions exercées par AI et d’autres organisations internationales de défense des droits humains auprès du Roi Mohammed VI et des autorités nationales, Chakib a bénéficié d’une grâce accordée par le Roi le 14 avril 2011, en même temps que 190 autres personnes. Ce n’est qu’après sa libération que celui-ci a pu recevoir le prix de l’Intégrité qui lui avait été décerné par Transparency International Maroc le 10 décembre 2010.
Malgré l’annonce par le roi Mohamed VI de réformes institutionnelles, les mouvements de protestation ne cessent pas et des manifestations ont lieu chaque semaine dans différents villes marocaines, demandant principalement l’instauration de la démocratie par le biais d’une monarchie parlementaire. L’implication de nombreux jeunes dans ces marches, à l’instar des mouvements de revendications dans les autres pays d’Afrique du nord et du moyen Orient, est un fait relativement nouveau.
Chakib Alkhayari a été détenu dans les prisons de Casablanca, Meknes, Taza, le privant de la possibilité de fréquentes visites de sa famille. C’est donc après deux années de conditions carcérales difficiles que ce défenseur des droits humains a été libéré. Après avoir accueilli son frère, AI France est heureux d’annoncer sa venue en France. Il nous fera part de son analyse des demandes de changement qui traversent la société marocaine et de la réponse des autorités à celles-ci.
10 décembre 2010, Amin Alkhayari, devant une affiche représentant son frère, marathon des signatures organisé par AI
RENCONTRES AVEC FAHEM BOUKADDOUS ET CHAKIB ALKHAYARI
26 mai 2011 : Table ronde au siège d’Amnesty International
AIF invite à une rencontre autour de l’engagement pour la défense des droits humains en Tunisie et au Maroc aujourd’hui. Cette rencontre sera aussi l’occasion de pouvoir évoquer en quoi la solidarité internationale est importante pour accompagner et soutenir les défenseurs des droits humains au Maghreb.
Participants : Fahem Boukaddous, Chakib Alkhayari
Modérateur : Michel Fournier, responsable de région Maghreb-Moyen-Orient – AI France

28 mai 2011 : Table ronde dans le cadre du 50ème anniversaire d’Amnesty International
A l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire d’AI, AIF invite de grands acteurs et témoins éclairés des mouvements de revendication en cours dans le monde arabe. Cette table ronde sera l’occasion d’évoquer les dynamiques et revendications communes, les disparités, les espoirs et défis nés de révolutions en cours comme en Tunisie et en Egypte, des mouvements appelant à des réformes profondes comme celui du 20 février au Maroc, mais aussi la répression qui s’abat sur les mouvements en lutte dans certains pays en ce moment (Syrie par exemple).
Participants :
Abdulhamid Alatassi : signataire et membre de la déclaration de Damas pour le changement
démocratique en Syrie en exil. Dissident politique syrien sous le régime d’Hafez el Assad, exilé en France depuis 1976.
Fahem Boukaddous : journaliste, cofondateur du Comité tunisien de protection des journalistes et du Centre de Tunisie pour la liberté de la presse, condamné à de multiples reprises sous le régime Ben Ali,
ancien prisonnier d’opinion libéré le 19 janvier 2011.
Chakib Alkhayari, fondateur de l’association Rif des droits de l’Homme, journaliste, militant anticorruption
Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Maghreb-Moyen Orient d’Amnesty
International, (sous réserve)
Modérateur : journaliste de TV5 Monde (sous réserve)
Contacts presse : ldelattre@amnesty.fr/ Tel. : + 33 1 53 38 65 41/ Port. : + 33 6 76 94 37 05
Contacts tournée : ddh@amnesty.fr/ 01 53 38 66 16
Pour en savoir plus sur la situation des droits humains en Afrique du Nord et au Moyen-Orient
16h – 17h
Place de la Rotonde, Stalingrad, 75019 Paris.
« Regards croisés sur la situation des droits humains au Maroc et en Tunisie et
Témoignages de Fahem Boukaddous et Chakib Alkhayari »
19 h – 21h
72/76 bd de la Villette, 75019 Paris

*Pour savoir plus du travail de Chakib, voir cette video

Le Maroc adhère au "club des monarques"

Je viens de recevoir d'une inconnue "amie" le message suivant:
Par Ali Fkir, 12/5/2011

Bonjour Ali
Je viens de recevoir un message d'une collègue saoudienne (opposante, enseignante en Angleterre) qui me taquine à propos de l'adhésion du Maroc au CCG* : "Bienvenue dans le Club des Espèces Périmées!".
Et toi quels penses-tu être les "motifs"" de cette adhésion? contrecarrer le printemps arabe? alliance des monarchies?
Merci de m'éclairer
Bises
x
-----------------------------
Ma réponse:
Salut chère x,
Ben je crois que tu as dit l'essentiel : contrecarrer "le printemps arabe", alliance/unité politique des monarchies de la région et épauler, du moins financièrement, la monarchie marocaine en difficulté.
L'adhésion à ce "club des monarques" permettra aux despotes de se serrer LÉGALEMENT ( "le droit international" oblige) les épaules: certains ont des pétrodollars à gogo, d'autres ont des centaines de milliers de « matraqueurs » bien rodés.
Car, si une monarchie tombe, la théorie des dominos finira le processus.
Bien à toi
Ali
----------------------------
*CCG : Conseil de coopération des États arabes du Golfe
En savoir plus :

 Maroc : Signature à Rabat d'un mémorandum d'entente entre l'UMA et le CCG

Le secrétariat général de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) et le secrétariat général du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe (CCG), ont signé, mercredi à Rabat, un mémorandum d'entente portant sur la coordination et la coopération dans divers domaines d'intérêt commun.
Le mémorandum, signé par le secrétaire général de l'UMA, M. Habib Ben Yahia et son homologue du CCG, M. Abdelrahman ben Hamad Al-atiya, vise à renforcer les relations entre les régions du Maghreb et du Golfe.
Intervenant à cette occasion, M. Ben Yahia a affirmé que ce mémorandum contribuera à consolider les intérêts communs entre les deux régions, faisant savoir que les préparatifs sont en cours pour la tenue d'une rencontre au début de l'année prochaine qui permettra de réunir des hommes d'affaires des pays de l'UMA et leurs homologues du CCG.
Ce mémorandum, a-t-il ajouté, constitue un point de départ pour renforcer les relations de coopération entre les deux parties, rappelant que l'Union du Maghreb Arabe oeuvre à généraliser le concept de dialogue avec les groupements similaires. (...)

France - Justice des mineurs : modifications inquiétantes de l’ordonnance du 2 février 1945.


Cyber action N° 417 : La justice des mineurs menacée  
 par le PROJET DE LOI DU 13 AVRIL 2011 
 « sur la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale et le jugement des mineurs » soumis selon la procédure d’urgence au Parlement.
Par Catherine Sultan et Hélène Danel,  12/5/2011

Cette Cyberaction vise à la suppression du texte relatif aux mineurs dans ce projet de loi en attendant une véritable concertation pour un code pénal régissant la justice pénale applicable à la jeunesse.

EXPLICATIF
Depuis quatre ans, les ministres de la Justice qui se sont succédés, ont rappelé qu’aux yeux du gouvernement, l’Ordonnance du 2 février 1945 qui régit le sort de l’enfance délinquante était devenue illisible et qu’il était indispensable qu’un code pénal applicable aux mineurs soit réfléchi dans son ensemble.
L’Ordonnance du 2 février 1945 a été réformée 34 fois en 63 ans dont 12 fois les dix dernières années.
Contre toute attente, va être soumis au Parlement selon la procédure d’urgence et dans l’indifférence générale, un projet de loi qui va introduire de nouvelles modifications substantielles à l’ordonnance du 2 février 1945.
L’ensemble de ce projet de loi applicable à la justice des mineurs va modifier intégralement la philosophie de l’ordonnance du 2 février 1945 qui vise à la réinsertion des enfants délinquants et s’écarte définitivement des principes fondamentaux posés par le Conseil Constitutionnel et les Textes internationaux.

Abandonné le projet de code pénal régissant la justice pénale applicable à la jeunesse.
Confisqué le débat de société indispensable sur un sujet qui engage le sort, sur plusieurs décennies, de ces jeunes en difficultés.

La plupart des pays d’Europe (l’Allemagne, l’Espagne, etc…) et récemment la Suisse, ont adopté des systèmes de justice pénale applicable aux mineurs s’inspirant des principes de l’ordonnance du 2 février 1945 :
-priorité à l’éducatif,
-professionnels spécialisés autour du jeune,
-traitement prudent et très personnalisé du suivi du jeune,
-recours exceptionnel et limité à la détention.
Ce projet de loi s’éloigne définitivement de ces principes et rapproche la justice des mineurs applicable en France à celle des Etats-Unis où la peine de mort est encore applicable aux mineurs.
Il y a urgence, puisque ce projet de loi est examiné en une seule lecture au Sénat le 17 mai prochain.
Catherine Sultan Présidente de l'Association Française des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille
Hélène Danel Vice Présidente de l'Association Cyber @cteurs
>>> COMMENT AGIR ?
> signer en ligne

L’attentat de Marrakech : terrorisme d’Etat ou début d’une révolution armée ?

Réflexions d'un observateur marocain...
Par Mohamed Hifad, 3/5/2011

L’attentat de Marrakech :
terrorisme d’Etat ou début d’une révolution armée ?

A propos de l’attentat de Marrakech du jeudi 28 avril 2011, l’hypothèse d’une action de la Jihadia Islamia au Maroc et de la Qaïda semble exclue dans la mesure où la première l’a fermement condamné ayant payé injustement un lourd tribut pour les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca et la deuxième ne l’a pas revendiqué comme elle a l’habitude de faire.
Nous privilégions donc deux hypothèses d’explication :
Première hypothèse :
Il s’agirait d’un terrorisme d’Etat à la manière dont les services secrets égyptiens ont commis l’attentat de l’église copte en faisant des dizaines de morts pour opposer les chrétiens et les musulmans et détourner l’opinion publique par quelque chose de très fort des vrais problèmes posés par les manifestations de la rue, les discréditer aux yeux des puissances occidentales et attirer leur sympathie et solidarité pour le régime contesté. Cet attentat de Marrakech veut également assimiler les manifestants du mouvement du 20 février à de vulgaires terroristes qui tentent de déstabiliser le pays. La place choisie est celle de la libération (sahat attahrir ) pour la section marrakchie du mouvement du 20 février. Le café choisi porte le nom d’ « ARGANA » et rappelez vous que c’est le nom que nous avons donné à notre révolution à savoir la révolution de l’arganier (=argana en arabe dialectal et targante en tachelhit). Le nombre supérieur d’étrangers présents au moment du déjeuner etc , tout indique que c’est le mouvement du 20 février qui est ciblé par cet attentat . Le moment choisi est similaire à celui des attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, à celui discours royal du 9 mars 2011, c’est-à-dire à chaque fois que le régime se trouve dans une impasse dangereuse et ce genre d’actes permet justement de débloquer la situation par quelque chose de percutant pour arracher de force les citoyens(ennes) à cette réalité sociale, économique et politique défavorable au régime. Depuis l’existence de la Qaïda , c’est une aubaine pour les Etats du monde entier qui mettent sur le dos de cette organisation bien des crimes politiques crapuleux et des jugements expéditifs. Ce stratagème a fonctionné lors des événements du 16 mai 2003 à Casablanca et les Islamistes en ont payé injustement une lourde facture. Le discours du 9 mars 2011 a devancé de grandes manifestations où les revendications du mouvement du 20 février auraient pu être revues à la hausse. L’attentat de Marrakech a devancé la grande manifestation du premier mai 2011 qui , ajoutée à celle du mouvement du 20 février, seraient extrêmement dangereuses dans un environnement nord-africain en pleine ébullition…Cet attentat a brisé à coup sûr ces manifestations et la colère du peuple enchaîné . Les chaines nationales sur ordre du Makhzen ont mis l’accent sur l’attentat de Marrakech et ce n’est que la chaine Al Jazira qui a mis en relief les manifestants du mouvement du 20 février. Le pouvoir veut assimiler au terrorisme le mouvement du 20 février à la manière de Moubarak, de Kadhafi et de Bachar Al Assad et surtout par la mort en majorité de ressortissants étrangers car il cherche à impliquer, dans le conflit qui l’oppose au peuple, les puissances occidentales et s’attirer leur sympathie et solidarité. Pour bien mener les investigations, il faut que l'ONU nomme, en parallèle, une commission internationale d’experts neutres où il n’y a ni Marocains ni Français pour atteindre la vérité d’une manière objective et juste.
Deuxième hypothèse :
Nous savons que le mouvement du 20 février est composé de plusieurs groupes de sensibilités politiques et idéologiques diverses. Il n’est logiquement pas exclu , comme dans tout groupement humain, qu’il y ait un petit groupe réaliste et pragmatique, qui opterait pour la violence pour répondre à celle du Makhzen omniprésente depuis cinq décennies . Il opterait pour la lutte armée face au déni irresponsable du Makhzen opposé aux revendications légitimes du mouvement du 20 février toutes composantes confondues et de la quasi majorité du peuple marocain. Le Roi a délimité, d’une manière unilatérale , en sept points dans son discours du 9 mars 2011 ce qu’il veut bien céder de son pouvoir absolu tel qu’il est laissé par la dictature de son père. Il a nommé sa commission constitutionnelle, a ordonné à ses associations, ses organisations non gouvernementales, ses syndicats, ses partis et son parlement de lui faire leurs propositions pour la révision de la constitution, entendre par là ses propres propositions qu'il leur aura distribuées auparavant selon la fameuse formule de "taâlimates samiya", les hautes directives d'en haut. Dans la rue il y a les partis interdits Al Adl Wa Al Ihsan et le Parti Démocratique Amazigh, les partis autorisés Annahj Addimoukrati et le Parti de la Gauche Unie, l’AMDH , les Associations des immigrés qui n’acceptent pas la tutelle du Makhzen, les intellectuels et les jeunes du mouvement du 20 février. Tout ce beau monde est exclu par le discours du Roi qui ne fait que parler à lui-même à travers les acolytes de son régime. Tout ce beau monde fait semblant que tout va bien et une tapageuse campagne médiatique et diplomatique bat son plein. Il est déjà question des listes électorales, du referendum, des élections législatives de 2012 et certains chefs de partis se frottent les mains et se voient déjà premiers ministres avec le fameux pouvoir élargi octroyé gracieusement par Sidna , ce qui donne un bon appétit à tout ce beau monde et le grand oublié , c'est-à-dire le peuple , il le demeure car il s'est oublié lui-même et il a bradé sa souveraineté il y a bien longtemps au point qu'il en est devenu un véritable handicapé bien à plaindre en ce moment crucial de son Histoire. Nous nous retrouvons brusquement dans une campagne de Hassan II à l’identique et nous assistons impuissants à l'avènement d’une nouvelle dictature au Maroc avec des méthodes plus subtiles mais elle n’en reste pas moins une véritable dictature et plus dangereuse encore dans le contexte social, économique, environnemental et politique. Les manifestants exigent une nouvelle constitution , une commission constitutionnelle issue du peuple , indirectement la reconnaissance au préalable des associations , des coopératives et des partis interdits etc. Il se peut donc que cette intransigeance du palais puisse excéder certains et les pousser malheureusement malgré eux à opter pour la révolution armée. La place choisie est symbolique, le nom du café constitue clairement la signature des auteurs. L’acte en lui-même est un avertissement pour le palais et ses alliés occidentaux : comme du temps de la résistance armée , on frappera là où cela fait mal au pouvoir et aux occupants pour les inviter au dialogue d’égal à égal avant qu’il ne soit trop tard et notre environnement est très édifiant en la matière actuellement.
Dans les deux cas, nous estimons que, d’une manière directe ou indirecte, on ne peut parler en ce moment que d’un terrorisme d’Etat qui a derrière lui l’expérience macabre de cinq décennies.

Source : mogador7.forumactif.com
(Le Maroc,l’Algérie et la Tunisie : le pouvoir à la dérive !)

jeudi 12 mai 2011

A qui profite l’attentat criminel de Marrakech ?

Par les associations signataires, 29/4/2011
L’acte odieux perpétré ce jeudi sur la place de Jamaa la Fna à Marrakech, ne peut laisser insensibles les organisations du tissu associatif maghrébin en France.
Au-delà de la condamnation de ce crime, les associations signataires tiennent à exprimer leur indignation et leur crainte quant à l’exploitation ignoble qui peut être faite pour porter atteinte aux droits de l’Homme au Maroc.

Faut-il rappeler que c’est à la suite des actes similaires en mai 2003, qu’une loi dite « antiterroriste » a été promulguée dans la précipitation et utilisée pour procéder à des enlèvements arbitraires et à pratiquer la torture dans le nouveau centre de Témara et à condamner injustement des centaines de personnes uniquement sur la base de soupçons d’appartenance à des prétendus réseaux terroristes !!!
D’autre part, cet attentat, arrive à point nommé pour ceux qui voient d’un mauvais œil la dynamique enclenchée par le mouvement des jeunes du « 20 février », avec ses premiers résultats (un large soutien populaire, l’ébauche d’un large débat sur les maux qui gangrènent
la société : la corruption, la justice et les moyens de communication qui sont au service exclusif du pouvoir, etc.)
Depuis que le souffle de liberté qui a jailli avec la révolution tunisienne, la jeunesse marocaine, à l’instar d’autres jeunesses de la région et du monde, amplifie sa lutte et réaffirme avec un grand sens de responsabilité et par des marches pacifiques sa quête indéniable pour une véritable démocratie où le citoyen puisse jouir pleinement de la liberté, de la dignité et de la justice sociale.
Les auteurs et instigateurs de cet acte criminel, cherchent-ils à donner un coup de frein à cette formidable dynamique initiée par le mouvement des jeunes?
Par ailleurs, et comme à l’accoutumée, les migrants maghrébins en Europe, risquent de subir les répercussions néfastes de ces attentas, par le biais des politiques basées sur des amalgames divers, sur la stigmatisation de l’étranger et l’islamophobie.

Les associations signataires,
- condamnent cet attentat criminel,
- présentent leurs sincères condoléances aux familles des victimes ;
- réaffirment leur attachement à poursuivre leurs combats contre les atteintes des droits
humains ;
- apportent leur soutien aux luttes du mouvement démocratique et progressiste marocain
pour l’établissement d’un Etat de droit au Maroc
- expriment leur vigilance quant à l’intransigeance de faire aboutir la dynamique enclenchée pour la démocratie, la liberté, la dignité et la justice sociale.

Premiers signataires : ASDHOM, ATMF, Les Amis de l’AMDH- Paris, FTCR, ENCEMO