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samedi 23 février 2013

Lettre ouverte aux Evêques d'Algérie

Par Jean-François Debargue, Secrétaire Général de Caritas Algérie, 18/2/2013


Lettre ouverte aux Évêques d'Algérie
J'entends dire, à qui veut bien l'entendre, que le temps de carême est un temps de partage.
 Alors permettez-moi de partager avec vous la proximité d’une souffrance, à défaut de partager l'immense misère du monde.
 Permettez-moi de partager pendant quelques minutes de votre temps des  années passées dans les camps de réfugiés Sahraouis, dans cette partie du désert évitée des nomades, où cependant trois générations se partagent presque 40 ans d'exil.
Permettez que nous partagions  au moins pour information et par empathie ces conditions climatiques inimaginables si on ne les vit pas, ces maladies chroniques que les mesures alimentaires déséquilibrées d'urgence finissent par installer, cet espoir d'une solution pacifique et juridique qui s'amenuise d'années en années au point qu'il ne pourrait bientôt plus se partager ;
Et cette souffrance, sous leur fierté cachée, tant et si bien qu'elle a sans doute tant de mal pour cela, à être partagée.
Permettez que nous partagions l'injustice d’une centaine de  résolutions juridiques internationales admises mais non appliquées pour la libre détermination de leur avenir, mais également l'injustice de procès d'exceptions bafouant les mêmes résolutions et règles internationales et condamnant des militants des Droits de l'Homme de 20 ans de réclusion à perpétuité par des aveux signés de leurs empreintes, yeux bandés lorsqu'ils refusent de le faire par écrit sous la torture.
Et nous, à quel tribunal appartenons-nous pour condamner les enfants qui continuent de naître dans les camps ?
Pouvons-nous admettre et partager cette détermination de l'avenir d'un peuple?
Notre part offerte du partage n’est elle donc que cet assourdissant silence et cette lâcheté des « grands de ce monde », une part séparatrice comme ce mur et ce champ de mines qui divisent un même peuple ?
Nous avons divisé, colonisé, « dévelopillée » l’Afrique selon nos notions de partage et de profits confusément mêlées. Le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique en est l’exemple. Aujourd’hui l’humanitaire tente de  réparer les conséquences de ces fautes quand il n’est pas instrumentalisé par ceux qui les commettent.
Faudra-t-il continuer d’échanger indifférence contre souffrance ou de partager solidarité et espoir ?
Permettez que nous partagions quelques instants d’un carême, non de 4O jours, mais de bientôt 40 années au désert.
 Mon amie Nuena, femme sahraouie, un jour m’a  dit : « Quand tu lis, tu oublies. Quand tu entends, tu oublies. Mais si tu vois, tu n 'oublies jamais ». C'est pourquoi vous êtes les bienvenus au milieu du peuple Sahraoui, invités à découvrir et voir la vérité, invités à la déclarer ensemble. Ces quelques signes de partage sont à votre portée, à la portée de tous ; quelques jours passés dans les familles de réfugiés, pour témoigner de cette petite vérité vécue, rester éveillés à leurs côtés…
…Pour avoir entendu et compris que le temps de carême est un temps de partage.




Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur

Incendie du souk de Salé

La nuit du vendredi (veille de samedi) 22 février 2013, l'un des plus grands souks populaires de la ville de Salé en flammes. L'AMDH, section de Salé, est la première à donner l'alerte.
Ecoutez ce que racontent les victimes et ce que racontent les beni-makhzen


http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=2uaHdcHJ1gc#!

Violence policière contre des femmes sahraouies à Boujdour





Par Demain Online , 23/2/2013

Agression policière à Boujdour, au Sahara occidental (Photo prise d'écran).
Agression policière à Boujdour, au Sahara occidental (Photo prise d’écran).
Le site arabophone Lakome vient de diffuser une vidéo lamentable dans laquelle on voit des policiers marocains s’attaquer violemment à des femmes sahraouies et les agresser avec des bâtons et des matraques. La scène a eu lieu à Boujdour, au Sahara occidental. La routine.

Mais ce qui est encore plus lamentable c’est la réaction de la plupart de ceux qui ont visionné la vidéo sur Youtube. L’un parle de « grosses vaches », l’autre applaudit cette violence gratuite et félicite la police et un troisème souhaite même la « pendaison » à ces femmes.
C’est évidemment avec ce comportement violent et ces commentaires sanglants et imbéciles que le Maroc va un jour convaincre les Sahraouis de se joindre à nous.

SOLIDMAR :4 ans déjà,coucou nous sommes toujours là...

SOLIDMAR a aujourd'hui 4 ans d'âge. Voici ci-dessous  le premier document que nous avions diffusé le 23 février 2009. Le chemin parcouru depuis peut se résumer à quelques chiffres : 5150 articles publiés, soit une moyenne de 3,5 par jour, 1 million et demi de pages visitées, soit une moyenne de 1027 pages vues par jour.

Durant ces quatre années, bien des choses se sont passées au Maroc et dans le Sahara occidental illégalement occupé par les forces de la monarchie.

Le signal annonciateur du "Printemps arabe" est d'ailleurs parti du Sahara occidental, avec le campement de Gdeim Izik, lancé le 9 octobre 2010 et démantelé le 8 novembre. Mouvement très violemment réprimé et qui vient de connaître un sinistre épilogue judiciaire avec des très lourdes condamnations, par un tribunal militaire -on sait depuis Groucho Marx que "la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique" - de 9 accusés à la prison à vie, 4 à trente ans, 8 à vingt-cinq ans, 2 à vingt ans et 2 à 2 ans de prison.
Mais ces condamnations n'arrêteront pas l'élan irrésistible d'un peuple pour sa liberté et ses droits.

Tout comme la répression ne pourra arrêter la marche du peuple marocain vers la liberté. Les expériences de lutte s'accumulent et se diversifient, les nouvelles générations sont descendues dans la rue depuis le 20 février 2011 et viennent d'entamer la troisième année de leur mouvement, qui recherche des nouvelles formes d'organisation échappant à la corruption makhzénienne qui a gangréné la plus grande partie de la classe politique, de droite comme de gauche. SOLIDMAR est et restera à leurs côtés.


C'était il y a 4 ans : notre Lettre n°1

La répression contre les militants du Souss (Maroc) : quatre procès contre 8 militants d’Ouzioua et Taliouine

Gap, Paris-Carcassonne, 23/2/2009


Au Maroc, manifester sa solidarité est un délit. Nous avons reçu les informations ci-dessous concernant les accusations injustes et répétées contre des militants des droits de l'homme des régions d'Aoulouz et Taliouine qui défendent sans relâche les victimes d'injustices et de répression, donc qui dérangent les autorités. Solidarité Maroc 05 (Gap, Hautes-Alpes, France), l’AZLS (Paris-Carcassonne) et Tlaxcala (monde) avaient déjà protesté contre les injustices dont souffrent les paysans habitant la région du barrage Mokhtar Soussi, défendus, entre autres, par l'enseignant Amal Lahoucine.
Nous (
Solidarité Maroc 05, AZLS, Tlaxcala) avons constitué un Réseau de solidarité avec les militants du Souss que vous pouvez rejoindre en écrivant à solidmar05@gmail.com.
- 1 - Le Pacha de Taliouine avait mené une guerre farouche contre les jeunes de Tagargouste fin août 2007 pendant 4 jours, à cause de leur décision de boycotter les élections du 7 septembre 2007.
Les forces de répression (gendarmes et mokhaznia) sous la direction du pacha avaient arrêté 16 jeunes garçons et filles et la gendarmerie a établi des PV de poursuites.
Les jeunes de Tagargouste avaient alors organisé une marche de protestation contre la répression du Pacha. La marche a été écrasée par les gendarmes sous la direction du colonel de gendarmerie de Taroudant déplacé à Taliouine et accompagné par la police judiciaire de Taroudant et les brigades d’Ouled Berhil et d'Aoulouz.
Pour bien justifier son intervention musclée contre la marche pacifique des jeunes, le colonel a fait arrêter quatre militants, qui ont été transférés à Taroudant et il leur a établi des pv en présence des chefs de la DST de Taroudant.
Les militants poursuivis sont :
- Amal Lahoucine, Nourdine Driss, Choukri Yassine et Nourdine Samir, qui sont tous des memmbres de l'association Afra de Taliouine, procès n° 866/08 le 12 mars 2009.
Pour étayer la justification des ces faits violents, le procureur du tribunal de Taroudant a constitué un sac d’inculpations très lourd contre Amal Lahoucine : « insulte à un fonctionnaire (un gendarme) dans l’exercice de ses fonctions et protestation dans un lieu public sans autorisation ». Il a été inculpé pour avoir essayé d’enlever l’appareil photo de ce gendarme et de lui arracher sa chemise !
Une inculpation injuste et fausse ! Le procès du 12 mars 2009 du dossier n° 866/08 sera le seul moyen qui permettra au régime d'arrêter et d’enfermer Amal Lahoucine derrière les barreaux. Le régime usera de ses possibilités et utilisera cette nouvelle arme qui mène à une condamnation qui peut aller jusqu’à 5 ans de prison ferme pour museler les activités militantes d’Amal Lahoucine.


- 2 - D’autre part la marche rouge du 7 mai 2006 des paysans pauvres d’Ouzioua pour réclamer leurs droits à l’électrification, à l’eau potable, à l’eau d’irrigation et à l’exploitation des ressources naturelles autour du barrage Mokhtar Soussi, a été suivie d’une répression judiciaire. Le régime marocain poursuit les militants de la société civile d' Ouzioua devant le tribunal de première instance à Taroudant.
Les cinq militants poursuivis étaient :
- Aakik Driss, secrétaire général du syndicat des paysans pauvres.
- Amal Lahoucine, président de l’association Ifghelen.
- Chkib Boubker, vice président de l’association Atlas. - Bouichou Mohamed, membre du conseil de la commune d’Ouzioua.
- Id Bouichou Mohamed, paysan pauvre membre de l’association Atlas.
Ils ont été condamnés le 21 décembre 2007 à 4 mois de prison avec sursis et une amende de 2500 dirhams chacun.

- 3- Les paysans pauvres ont continué leur lutte en organisant des sit-in le 14 novembre 2007, le 3 janvier 2008 et le 30 mai 2008. Comme à son habitude, le régime marocain poursuit six militants :

- Ifkirne Abdelmalik membre du bureau de l’association Mokhtar Soussi.
- Aakik Driss, secrétaire général du syndicat des paysans pauvres.
- Amal Lahoucine, président de l’association Ifghelen.
- Chkib Boubker, vice-président de l’association Atlas.
- Bouichou Mohamed, membre du conseil communal d’Ouzioua.

Les paysans d'Ouzioua ont maintenant 3 procès au tribunal de première instance à Taroudant :
- dossiers no 1348/08 et 1245/08 le 12 février 2009.
- Dossier no 1521/08 le 12 mars 2009.
Le motif d’inculpation est : avoir organisé des sit-in dans des lieux publics sans autorisation.
Le verdict des deux procès du 12 février sera rendu le 26 février 2009. Les organisations politiques de gauche, de droits de l'homme, syndicales et associatives de Taroudant sont mobilisées contre cette insulte injuste et fausse.

Il serait souhaitable que de nombreux militants envoient une lettre inspirée ou copiée du message ci-dessous pour protester contre ces atteintes aux droits humains et sociaux :
" NOUS VOULONS EXPRIMER NOTRE SOLIDARITÉ AVEC LES 8 MILITANTS D´OUZIOUA ET TALIOUINE QUI SERONT TRADUITS DEVANT LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE À TAROUDANT LE 12 FÉVRIER 2009 ET LE 12 MARS 2009 POUR AVOIR PARTICIPÉ À UNE MANIFESTATION PACIFIQUE.
NOUS PROTESTONS CONTRE CETTE RÉPRESSION À L’ENCONTRE DES MILITANTS ASSOCIATIFS DONT LE SEUL CRIME EST D'AVOIR LUTTÉ POUR LEURS DROITS POLITIQUES ET CIVILS ET POUR LES BIENS PUBLICS
."

Les 8 militants poursuivis sont :
- Amal Lahoucine, Nourdine Driss, Choukri Yassine, Nourdine Samir, Ifkirne Abdelmalik, Aakik Driss, Chakib Boubker et Bouichou Mohamed.
Les quatre procès :

Le n° 1348/08 et le n° 1245/08 le 12 février 2009 et le n° 1521/08 et le n° 866/08 le 12 mars 2009.
MESSAGE À ENVOYER À :
M. Le Premier Ministre : - Fax : 00 212 37761777
M. Le Ministre de la Justice : - Fax 00 212 37723710
M. Le Ministre de l’Intérieur:
Fax 00 212 37766861 ou bien 212 37767404
M. le gouverneur de Taroudant Fax 00 212 28852018
M. le Wali (Préfet) d’Agadir Fax 00 212 28840249
Si vous n'avez pas de fax, vous pouvez essayer d' envoyer un mail de protestation au Premier ministre :
courrier@pm.gov.ma, au ministre de la Justice : courrier@mj.gov.ma et au ministre de l'Intérieur : courrier@mi.gov.ma

Ou bien aux adresses suivantes :
Le ministre de la Justice :
http://www.annuaires.justice.gouv.fr/inc_alias/contact.php?contact=annuaires
Le ministre de l'Intérieur :http://www.interieur.gouv.fr/sections/contact/ministre/ministre
Le Premier ministre :
http://www.pm.gov.ma/fr/contact.aspx

Merci pour eux !
Deutsche Fassung: Die Unterdrückungsmassnahmen gegen die Aktivisten der Souss-Region (Marokko): vier Prozesse gegen 8 Aktivisten aus Ouzioua und Taliouine

Maroc : les agences de l'État prospèrent...


Maroc : les agences de l'État prospèrent...Au moment où, en ces temps de disette, la réduction du train de vie de l’État est un leitmotiv, étonnamment la problématique de l’inflation des agences de l’État continue d’être occultée du débat public. Qu’il s’agisse des agences de développement régional, de régulation et de contrôle ou encore des agences sectorielles, le bilan est très décevant au regard des budgets mobilisés. Il n’y a qu’à regarder l’aggravation du déficit commercial, la persistance du chômage des jeunes, les pratiques anti-concurrentielles, les déficits sociaux, etc. Quelles sont donc les raisons d’un tel échec ?
Trois raisons permettent de comprendre ce fiasco : d’abord, le flou juridique entourant la définition et la délimitation de leurs attributions, ce qui est à l’origine de la difficulté de leur pilotage. On est donc face à des « satellites » de l’État difficile à évaluer et à contrôler, et donc à responsabiliser.  En outre, cela crée des chevauchements avec les autres entités publiques et donc des conflits, à l’image de ce qui s’est passé entre le ministère de l’habitat et Al Omrane. La coordination devient ainsi difficile face à la multiplicité des intervenants, chacun s’estimant le plus habilité à prendre la décision, ce qui pousse chacun à entreprendre des actions désordonnées de manière non coordonnée avec l’ensemble des dispositifs. Résultat des courses : des redondances, des actions contradictoires et donc un gaspillage de l’argent du contribuable. Ce qui se passe dans les domaines du commerce extérieur, de la promotion des PME, et des investissements est très éloquent. Plus grave encore, cela génère le blocage de plusieurs dossiers et immobilise la décision publique causant des manques à gagner pour les entrepreneurs et l’État.
La création d’agences de manière ad hoc explique pour une part leur prolifération parfois irrationnelle. Le déficit de mécanismes de bonne gouvernance régissant le fonctionnement de ces agences est un facteur structurant de leur incapacité à atteindre leurs objectifs. L’absence d’appels d’offre, de tableau de bord pour un suivi réel des réalisations, de planification prévisionnelle, le lancement de certains projets en l’absence d’études de faisabilité et d’impact, et le recrutement sur la base du copinage et de calculs politiques, tout cela est en complète contradiction avec les principes de gestion privée dont l’État prétend vouloir s’inspirer à travers ces agences. Il n’est pas étonnant alors que dans chaque rapport de la Cour des comptes, une ou plusieurs de ces agences soit épinglée pour la médiocrité de sa performance.
Enfin, le problème de fond de ces agences est lié aux incitations des bureaucrates qui, comme n’importe qui, défendent en priorité leur intérêt personnel, mais ici, en mettant en avant l’intérêt général. Ils cherchent avant tout à maximiser la taille du budget de leur agence de façon à augmenter leur rémunération et leur influence au sens large. Par conséquent, soit les objectifs ne sont pas atteints, afin de légitimer davantage de crédits budgétaires « insuffisants », soit quand ils le sont, le coût est plus élevé que ce qui est nécessaire. D’où les effets pervers sur le plan budgétaire, notamment quand il arrive très souvent que des agences aient tendance à perdurer dans le temps, y compris lorsqu’elles avaient vocation à n’être que temporaires (Agence Hay Ryad à Rabat par exemple). Et même quand leurs résultats sont médiocres, elles continuent à être financées, comme l’ANAPEC, l’ADS, l’ADPN, et bien d’autres.
Si l’État a délégué certaines de ses missions à ces agences, pour moderniser le management public, cela reste insuffisant car une gestion moderne suppose d’autres ingrédients qui étaient négligés, notamment une définition rigoureuse de contrats avec des objectifs et des missions précises, claires et mesurables ;  la définition de mécanismes de coordination et de coopération avec les autres entités concernées, la responsabilisation à travers des mécanismes rigoureux et effectifs de suivi et d’évaluation assortis de sanctions comme la non reconduction ou du moins la réduction des budgets en cas de mauvaises performances ; la mise en concurrence avec d’autres acteurs pour une meilleure responsabilisation (À titre d’exemple, il sera intéressant de remettre en cause le monopole de l’ANAPEC sur le marché de l’intermédiation et ouvrir ce dernier à des entreprises privées.), et enfin un management des ressources humaines fondé sur le mérite et les résultats. Ces agences doivent se conformer à la nouvelle constitution en ce sens qu’elles doivent faire preuve de davantage de transparence, se soumettre au contrôle parlementaire et rompre avec la culture de bureaucrates rentiers. Faute de quoi elles continueront à être des alibis pour échapper aux contrôles budgétaires et à la reddition des comptes.
Bref, au lieu d’une action publique plus performante le peuple marocain a droit à des conflits et des situations de blocage avec de piètres réalisations. A la place d’économies réalisées, on a assisté à l’explosion des coûts. Et à la place de la discipline, irresponsabilité et laxisme. Tout à fait contraire aux objectifs de départ. Comme quoi, les bonnes intentions ne suffisent pas : même l’enfer est pavé de bonne intentions. Il faut donc s’assurer que les incitations des acteurs concernés aillent dans le sens de l’intérêt public.
Hicham El Moussaoui, maître de conférences à l’université Sultan Moulay Slimane de Beni Melal et analyste sur www.LibreAfrique.org, le 19 février 2013.
URL Source : http://www.libreafrique.org/HEM_Maroc_agences_190213
APPEL 
Appel à tous les fonctionnaires des ministères, des collectivités locales et des entreprises publiques pour participer à la grève et marche nationale du Jeudi 28 février 2013 à Rabat.
                                               
Dans le but de:
1. Dénoncer le dialogue social qui a été altéré par différents facteurs au lieu de répondre aux demandes légitimes.. Dénonçant le dialogue social a altérés destiné à la consommation externe au lieu de répondre aux demandes légitimes.
2. Accélérer la mise en œuvre intégrale de l’accord du 26 Avril 2011, en particulier pour ce qui concerne la création d’une nouvelle échelle et l’indemnisation des zones difficiles et enclavées, en rendant l’accès facile à tout fonctionnaire. 
3. Demander l’augmentation des salaires et des pensions pour mettre en œuvre l’indexation des salaires et des prix, et la réduction des disparités entre les salaires élevés et les salaires minima. 
4. Exiger le respect des libertés syndicales et en particulier le droit de grève en mettant un terme à toutes les formes de harcèlement, dont notamment les relevés illégaux sur les salaires des fonctionnaires en grève. 
5. Mettre l'accent sur le rejet de la réforme du gouvernement du projet des systèmes de retraite.
6. Exprimer notre rejet de toutes les lois et décrets régressifs et injustes (le droit de grève, de promotion et d'évaluation ...)
7. Rejeter des tentatives du gouvernement d'en finir avec le fonds d'indemnisation qui sont destinés à porter atteinte au pouvoir d’achat des fonctionnaires.
8. Condamner tous les détournements de fonds dont nos entreprises publiques souffrent. 
9. Exiger à ce que l’on réponde aux revendications des différents secteurs(collectivités locales, éducation, justice, santé, agriculture ...) et catégorielles (administrateurs, assistants administratifs et techniciens, moniteurs, techniciens ...).
Rendez-vous le jeudi 28 février 2013.
Journée nationale de grève à Rabat.
De Bab El Had à partir de 11 heures.

vendredi 22 février 2013

RSF proteste contre la condamnation du citoyen-journaliste environnementaliste Mohamed Attaoui

21/2/2013.
 
Reporters sans frontières dénonce la condamnation, le 14 février 2013, du citoyen-journaliste Mohamed Attaoui, à dix mois de prison ferme, officiellement pour “exercice de sa fonction de fonctionnaire malgré sa suspension” et demande sa libération conditionnelle en attendant le jugement en appel. L’organisation dénonce le harcèlement dont cet acteur de l’information fait l’objet depuis de nombreuses années, du fait notamment de son engagement en faveur de la protection de l’environnement. “Une nouvelle fois, Monsieur Attaoui a été arrêté et condamné pour un prétexte fallacieux, afin de l’empêcher de continuer de dénoncer les pratiques mafieuses des autorités locales”, dénonce Reporters sans frontières.
Mohamed Attaoui a été arrêté, le 21 janvier dernier, dans la commune rurale de Tounfite (Wilya de Meknès), alors qu’il prenait des photos de logements insalubres dans cette commune dont il est originaire, dans le cadre d’une enquête qu’il comptait publier sur Internet (voir les vidéos qu’il avait publiées avant son arrestation).
Le président de l’association “Groupe de Tounfite” à laquelle appartient Monsieur Attaoui ainsi que son secrétaire général ont  respectivement à un an et huit mois de prison ferme.également été arrêtés, et condamnés
Placé à l’isolement par le directeur de la prison, Mohamed Attaoui n’a pu recevoir de visite de son épouse que le 18 février dernier.
En mars 2010, Mohamed Attaoui, alors correspondant du quotidien arabophone Al-Monataf et président de l’Association Avenir pour le cèdre et le mouflon ainsi que fonctionnaire dans la commune rurale de Tounfite, avait été condamné à deux ans de prison ferme par le tribunal de Midelt (Atlas oriental, au sud-est de Rabat), officiellement pour avoir extorqué la somme de 1000 dirhams (environ 90 euros). Il avait été détenu quarante-cinq jours avant d’être remis en liberté. Reporters sans frontières avait alors dénoncé cette affaire montée de toutes pièces afin de l’empêcher de poursuivre ses investigations sur “la mafia du cèdre” dans sa région. Ce cas avait également été mentionné dans un rapport d’enquête publié en juin 2010 (Des enquêtes à hauts risques, déforestation et pollutions). Mohamed Attaoui avait alors fait appel de cette condamnation. La cour d’appel a reporté à plusieurs reprises les audiences et le prononcé du verdict. L’affaire n’a toujours pas été tranchée.
En parallèle, Mohamed Attaoui avait déposé, le 22 mars 2010, une plainte pour enlèvement et contrefaçon de documents officiels contre quatre officiers de police judiciaire de Midelt auprès du Procureur du Roi de Midelt. Malgré l’existence de témoins et d’éléments circonstanciés, la plainte avait été classée sans suite le 24 juin 2010. Dans un courrier adressé le 10 octobre 2012 au ministre de la Justice Mustafa Ramid, et resté sans réponse, Reporters sans frontières avait souligné que les tentatives de réactiver la plainte avaient été vouées à l’échec. L’organisation avait également déploré “les actes d’intimidation et la stratégie de réduire au silence ce journaliste, dans l’impunité la plus totale”, contraires aux engagements internationaux du Maroc, et demandé “l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale”.
En représailles, Mohamed Attaoui avait été suspendu en août 2012 de ses fonctions d’employé communal.

Maroc et Sahara occidental : deux ans de trop – la répression des manifestations doit prendre fin

 AMNESTY INTERNATIONAL
Communiqué de presse
20 février 2013

Deux ans après que des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Rabat, de Casablanca et d’autres villes marocaines pour réclamer une réforme, les manifestations sont toujours  systématiquement réprimées dans le pays.

http://www.amnesty.ch/fr/pays/moyen-orient-afrique-du-nord/maroc-sahara-occidental%20/documents/2013/-deux-ans-de-trop-proteger-enfin-les-manifestants/130221_maroc_torture_article.jpgÀ ce jour, plusieurs dizaines de militants affiliés au Mouvement du 20 février seraient maintenus en détention pour avoir exprimé leurs opinions de manière pourtant pacifique. Certains ont affirmé avoir été torturés ou autrement maltraités en détention.
Le Mouvement du 20 février, créé dans le sillage des soulèvements populaires qu’a connus la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, exige un plus grand respect des droits humains et de la démocratie, de meilleures conditions économiques et la fin de la corruption.
« Il est incompréhensible que les pouvoirs publics continuent de réprimer violemment les voix critiques, en violation flagrante de la nouvelle constitution adoptée en juillet 2011, qui garantit les droits à la liberté  d’expression, de manifestation pacifique  et d’association, a déclaré Ann Harrison, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.
« Les réformes officielles mises en œuvre par les autorités marocaines semblent avoir pour but de se débarrasser des critiques de la part des partenaires internationaux tandis que la répression des manifestations continue. »
L’un des membres du Mouvement du 20 février, Youssef Oubella (24 ans), a été interpellé lors d’une manifestation organisée en juillet 2012 à Casablanca. Il a raconté à Amnesty International que des policiers l’avaient frappé, insulté et torturé lors de son
arrestation et en garde à vue. On l’a contraint, a-t-il expliqué, à signer une déclaration où il affirmait avoir frappé un policier.
En septembre 2012, Youssef Oubella et cinq autres membres du Mouvement du 20 février ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 10 mois d’emprisonnement
pour outrage à agent et violences contre des policiers. Ils ont tous les six déclaré avoir été victimes d’actes de torture ou d’autres mauvais traitements. Ils ont été remis en liberté en janvier 2013.
Mohamed Messaoudi, un avocat qui a défendu de nombreux militants liés au Mouvement du 20 février, a indiqué avoir récemment noté une intensification de la
répression exercée par l’État contre les rassemblements organisés par le groupe. Il a déclaré à Amnesty International que les personnes arrêtées étaient régulièrement inculpées, notamment d’outrage à agent et/ou de violences contre des policiers, de trafic de stupéfiants et de participation à une manifestation non autorisée.
Il a ajouté que des mauvais traitements étaient très souvent infligés à des militants pendant ou après leur arrestation, et que les tortures évoquées par Youssef Oubella étaient loin d’être un cas isolé.
Le rappeur Mouad Belghouat (un autre membre du Mouvement du 20 février) a été interpellé en mars 2012 et inculpé d’outrage à la police à la suite de la diffusion sur Internet d’une vidéo montrant un policier affublé d’une tête d’âne, avec en fond sonore l’une des chansons du rappeur où il dénonce la corruption de la police.
Il a été condamné à un an d’emprisonnement, peine confirmée par la cour d’appel de Casablanca en juillet 2012. Il a observé au moins deux grèves de la faim pour protester contre ses conditions de détention, et est toujours incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca.
« À ce jour, les autorités marocaines ont agi au détriment des droits de la population au lieu d’agir en leur faveur. Les manifestations pacifiques doivent pouvoir se dérouler sans faire l’objet de mesures de harcèlement ou de répression, et les participants à ces manifestations ou d’autres personnes ne doivent en aucun cas être arrêtés et détenus arbitrairement. Il convient d’ouvrir sans délai une enquête sur toutes les allégations de mauvais traitements et d’actes d’intimidation, et de traduire en justice les responsables présumés de ces agissements, a indiqué Ann Harrison.
« Il est par ailleurs essentiel que les personnes arrêtées puissent consulter immédiatement un avocat, car elles courent tout particulièrement le risque d’être torturées et de subir d’autres mauvais traitements au cours des premières heures suivant leur arrestation. »

À l’issue de sa visite au Maroc et au Sahara occidental en septembre 2012, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants, Juan Méndez, a déclaré que, même si le Code de procédure pénale garantissait l’accès à un avocat, « …cette garantie n’[était] pas pleinement
respectée, ni en droit ni en pratique. La personne arrêtée ne peut consulter un avocat de son choix que 24 heures après son arrestation, pendant 30 minutes et en présence d’un enquêteur de police. »
Amnesty International engage le Maroc à modifier sa législation pour veiller à ce que les personnes arrêtées bénéficient de l’assistance effective d’un avocat de leur choix dès le début de leur détention et tout au long de celle-ci et puissent s’entretenir en privé avec lui.
Index AI : PRE01/083/2013

L’histoire d’un journal qui déplaisait au roi du Maroc

par Baudouin Loos, Le Soir, Bruxelles,

 
Le Journal hebdomadaire, vous connaissez? Mais oui, cette publication marocaine qui eut ses heures de gloire, entre sa naissance en 1997 et son décès en 2010… Un journal pas comme les autres, au Maroc. Indépendant et compétent. Gênant, donc. Qui devait mourir, et qui est mort.
Une conférence originale s’est tenue à Bruxelles, à l’Espace Magh, le samedi 16 février dernier. De nombreux acteurs de cette expérience originale se sont en effet retrouvés pour l’évoquer, à l’initiative de Radouane Baroudi (1).
Pourquoi donc des hommes et des femmes ont-ils un jour lancé un organe que Hassan Bousetta, admiratif, a appelé « une voix critique dans un contexte d’unanimisme imposé, un travail de transgression de l’ordre politique balisé par des lignes rouges »? Les anciens du Journal en conviennent: c’est Hassan II qui, dans un souci d’ouverture, a permis en fin de règne que l’expérience prenne son envol. Quitte à le regretter? En tout cas, a avancé Aboubakr Jamaï, directeur du Journal, «c’était une des premières fois qu’une entreprise privée marocaine appuyait un projet éditorial respectant la déontologie d’une presse libre tout en ayant le souci de faire du bénéfice. C’est original car, au Maroc, c’est l’un ou l’autre… ».
De quoi une presse libre devrait-elle donc parler? « Nous avons assumé notre « naïveté », a expliqué Jamaï. Nous considérions que si la Constitution dit que le pouvoir c’est le roi, notre contrat était de parler de celui ou de ceux qui ont un impact sur la vie des gens, de là où le pouvoir se trouve. On nous a accusés de « vendre » en mettant le roi en scène (il est vrai qu’un quart des couvertures lui était consacrée), mais pourquoi les Marocains achètent-ils un journal qui fait de l’investigation à propos du roi? Les gens s’intéressent à la politique quand on les prend pour des adultes. »

« On a cru que c’était le dernier numéro! »
Ali Lmrabet, rédacteur en chef peu après la période initiale, en 98-99, raconte: « On a essayé de faire “autre chose”, sous Hassan II. En se demandant comment asticoter le régime. On a écrit des dossiers. Sur Ben Barka (assassiné à Paris en 1965), sur Abraham Serfaty (juif marocain d’extrême gauche longtemps exilé). A l’époque, ces choses-là étaient en principe impossibles! On essayait des sujets que les autres n’osaient pas traiter. Comme les droits de l’homme. Lorsque nous avons publié l’interview que j’avais faite à Paris de Malika Oufkir (fille aînée du général qui avait tenté un coup d’Etat contre Hassan II en 1972, le roi se vengeant ensuite sur toute sa famille), on a cru que c’était le dernier numéro! »
Fadel Iraki, assureur de son état et, surtout, principal actionnaire du Journal hebdomadaire, confirme l’anecdote. « Je ne me suis jamais mêlé du contenu éditorial, c’était même une condition que j’avais posée pour mettre de l’argent dans cette expérience. La seule fois que Aboubakr Jamaï m’a appelé, c’était pour la une sur Malika Oufkir. Il m’a dit qu’on risquait de se faire interdire une fois pour toutes. J’ai lui ai dit, vas-y si c’est ce que tu veux. »
Ces péripéties funestes qui datent de Hassan II auraient pu – dû – s’arrêter avec Mohammed VI, qui a succédé à son père en juillet 1999. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit! « Nos vrais ennuis ont commencé avec « M6 » en 2000, a souligné Aboubakr Jamaï. Avec notre interview de Mohamed Abdelaziz, chef du Polisario (les indépendantistes du Sahara occidental, pestiférés au Maroc), et un dossier sur la connivence entre une partie de la classe politique et les putschistes des années 70. 
On a été interdit deux fois, puis on a subi une répression judiciaire basée sur des dossiers fabriqués de diffamation. Mon exil est dû à un Français de Bruxelles qui nous a fait un procès. Je suis parti quand un huissier est venu frapper à ma porte, je devais 250.000 euros… Et je ne parle pas du boycott économique (la pub…) pratiqué par les entreprises publiques mais aussi par la plupart des privées qui craignaient pour leurs contrats. Finalement, notre modèle économique a vécu car le roi l’a souhaité »…

« On m’a dit: ”Aboubakr doit partir” »
Mais le combat a été plutôt long car le Journal a fait de la résistance. Ali Lmrabet quittait certes l’hebdo en 1999 car il estimait, contrairement à Jamaï, que le « makhzen » (le système de pouvoir pyramidal à partir du roi) ne se réformerait pas avec le nouveau roi. L’histoire lui donna raison. « On m’a dit: ”Aboubakr doit partir”, a raconté Fadel Irak; c’était mon seul pouvoir, celui de décider qui était directeur; j’ai refusé. Il y a ensuite eu la censure à propos du Sahraoui Abdelaziz: on a publié des pages blanches et atteint un record de 70.000 exemplaires vendus au lieu de 25.000, on a dû refuser de la pub! Mais cela a vite changé: l’interdiction de décembre 2000 dura cinq à six semaines en raison du papier sur la gauche des années 70 en phase avec les putschistes. En fait, personne ne voulait qu’il soit su que la gauche et les militaires avaient pactisé contre Hassan II ! Il a fallu une brève grève de la faim d’Aboubakr à Paris pour qu’on puisse reparaître mais la pub s’est réduite comme peau de chagrin et on a commencé des procès en cascade. Jusqu’au moment où cela ne fut plus possible, et que survienne une décision de justice de liquidation. »

Omar Brouksy, qui participa à l’aventure entre 2001 et 2010, n’a pas donné une explication très différente, au contraire. «  Aboubakr misait sur le lectorat: on allait parler du vrai pouvoir; ce qui était ressenti comme une menace par le régime car on était vraiment indépendant, ce qui suffisait pour déranger. Notre second point fort: nous n’étions pas un tract antirégime; on partait de l’info, on donnait la parole à toutes les sensibilités, surtout les minorités. Car le Maroc n’est pas une démocratie, l’accès aux infos fiables n’est guère aisé, c’était notre force avec aussi des infos recoupées, démontrées. »
Et d’ailleurs, conclura-t-il, rien n’a vraiment changé. « Actuellement, les thématiques restent les mêmes, malgré la nouvelle constitution, malgré le printemps arabe: l’autoritarisme, la prééminence de la monarchie, la non-indépendance de la justice, les détentions politiques (plus de cent militants du 20 février sont encore en prison), les atteintes à la liberté d’expression, les pressions économiques qui continuent, tout est toujours là. »

« On en a pris plein la gueule »
Que deviennent les journalistes courageux? (2) Ils ont le loisir de méditer: après un séjour en prison, Lmrabet a été condamné en 2005 à une peine inconnue au code pénal, une interdiction d’exercer le métier de journaliste pour dix ans; Aboubakr Jamaï doit toujours payer des centaines de milliers d’euros d’amendes et vit en Espagne; Omar Brouksy, reconverti à l’Agence France Presse, s’est vu retirer son accréditation il y a quelques mois pour avoir écrit dans un reportage que les candidats du PAM (Parti authenticité et modernité) étaient « proches du palais royal », ce qui est pourtant une banalité bien connue au Maroc; quant à l’assureur Fadel Iraki, il a subi un redressement fiscal énorme pour prix de son engagement dans le Journal hebdomadaire.
Il fallait que ces choses soient dites. Comme l’a précisé mi-figue mi-raisin Aboubakr Jamaï, « on a été utilisé comme punching-ball, pour faire un exemple, et on en a pris plein la gueule. La presse marocaine fonctionne avec le bâton et la carotte, on a subi le bâton, d’autres profitent de très grosses carottes, il y a beaucoup de directeurs de publication qui en profitent bien ». Il n’est pas étonnant, dès lors, que le même homme lâche ce jugement amer: « Maintenant, on peut dire que l’état de la presse marocaine est pire que dans les années 90 ». BAUDOUIN LOOS
(1) Il est symptomatique que la rencontre ait eu lieu en Belgique et non au Maroc, mais il est vrai qu’elle n’a pu se tenir qu’en raison de la volonté et de la ténacité du réalisateur Radouane Baroudi, fils de l’exilé politique Mohamed el-Baroudi, qui avait quitté son pays en 1963 et est mort en Belgique en 2007 sans avoir jamais revu son pays. Les efforts de Radouane Baroudi ont été récompensés: le public, plus d’une centaine de personnes, a répondu présent, ainsi que la plupart de ses invités, passionnants. Mais parmi les plus de cent vingt élus belges d’origine marocaine de tous niveaux politiques, seuls trois ont assisté aux travaux: les sénateurs PS Hassan Bousetta (qui a même présidé une partie de la conférence) et Ahmed Laaouej, président de l’Espace Magh, ainsi que le député Ecolo Fouad Lahssaini.
(2) Ali Lmrabet dirige un journal en ligne: www.demainonline.com et Aboubakr Jamaï participe à l’expérience journalistique de fr.lakome.com/

La rencontre du 16 février 2013
Au premier plan, Radouane Baroudi, à gauche Fadel Iraki, au-dessus Omar Brouksy et Ignace Dalle, au milieu, Ali Lmrabet, Aboubakr Jamaï et Baudouin Loos

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Extrait de l'interview faite à Ali Lmrabet le 16 février 2013
Durée : ‎3:09
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Captation par Sidi Média de la conférence : Le Journal , Histoire d'une Désillusion Marocaine .
Bruxelles le 16 février 2013

 http://youtu.be/6bLQzG3WeVs
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Par  la version marocaine, 24/2/2013

Mes stars à moi.

J'ai un aveu à vous faire, j'ai le corps marqué de bleus, sur le cou, les bras, les cuisses et d'autres parties encore. Des courbatures ont pris mes muscles en otage, je me sens faible et comblée, et pourtant je viens de passer les dernières 36 heures seule dans ma maison.
Je regarde des flocons de neige tomber sur le gazon par la baie vitrée de ma chambre et je me dis que je devrais arrêter ces plans mystiques. C'est quoi encore cet état ? ça vient d'où ? Pourtant, je n'ai parlé qu'à mon père et à mon fils. Le Saint-Esprit a peut-être du m'accoster aussi.
Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que la semaine dernière j'ai assisté à un truc de fou, qui m'a laissée des bleus sur le corps et des tatouages dans l'âme. Cette âme qui devient capricieuse, impérieuse et majestueuse dés qu'il s'agit de mon Maroc et d'une certaine catégorie de mes compatriotes. Et ce 16 février 2013, j'avais la crème de la crème de ces marocains-là, il y avait quelque chose dans l'air qui m'a rappelé une certaine journée ensoleillée d'un premier septembre place Trocadéro et où j'ai rencontré les personnes qui allaient définitivement faire basculer ma vie. Et pour la deuxième fois, mon corps, mon cœur et mon cerveau se sont mis en mode silence pour laisser la place à ce qui change irréversiblement une vie. Bref ..
J 'étais donc à Bruxelles pour une conférence :''Le journal, histoire d'une désillusion marocaine''. Je ne sais pas si vous vous souvenez du ''Le journal'', c'était le must have de toute l'intelligencia marocaine de 1997 à 2010. C'est précis, pas parce que je suis une grande spécialiste des médias marocains, pas du tout. C'est juste que quand des hommes beaux intelligents et sensibles parlent politique et parlent Maroc, ça me rend fébrile et  je deviens attentive à tout ce qu'ils disent, font ou insinuent. Et ce 16 février, c'était le cas.
En plus, avoir Boubker Jamai, Ali Lmrabet, Omar Brouksy, Ignace Dalle à quelques mètres, 5h30 d'affilé pour l'apprentie militante que je suis, c'était comme si Jay Z, Kanye West ou Nas venaient me faire un concert de Rap privé dans mon salon. Un truc de fou, je vous dis. Si en plus ils viennent avec des Guests, pas forcement Star mais tout aussi brillants, moi, c'est bon, ça peut m'achever. Mes Guests stars à moi étaient : Hassan Bousetta et Fadel Iraki. Il y avait aussi Baudoin Loos, mais mon cœur a ce racisme que ma marocanité impose de temps à autre.
Je ne sais pas vraiment comment vous raconter cette journée parce qu'y étant impliquée émotionnellement, je risque de perdre une grande partie de mon objectivité. En plus avec 5h30 de mots, de sensations et d'émotions aussi forts les uns que les autres, mes deux pages A4 auxquelles je limite habituellement mes posts ne suffiront même pas à l'intro.
La conférence commence par Ignace Dalle qui pose l'état des lieux de l'environnement médiatique un peu avant et pendant la vie du journal. En fermant les yeux et avec le noir de la salle, j'ai fait un saut de 15 ans en arrière et me suis crue dans un amphi avec un prof qui donne un cours magistral. C'était intéressant pour ceux qui connaissent mais moi je voulais entendre des mots d'arabe s'infiltrer entre une longue phrase en français. C'est ça mon kiff quand j'assiste à des conférences marocaines à l'étranger.
Jamai a ensuite repris le relai et j'ai eu mes quelques mots en arabe. Toujours aussi talentueux et clair, il a expliqué l'esprit du ''le journal'' qui s'adressait à ses lecteurs en tant qu'adultes et non en tant que débiles mentaux profonds comme le fait la plus part de la presse Mekhzenienne. Il a évoqué le coup de fil reçu de la part de Basri, bien des années après la couverture ''Pour sauver l'alternance, Basri doit partir'', pour lui suggérer de poursuivre l'intégrité intellectuelle jusqu'au bout et admettre que tout puissant qu'il était, Basri n'a jamais interdit le ''le journal''. Ce qui est vrai.
Le passage qui m'a le plus touchée, et c'est là où je me suis rendue compte que je devais revoir mes préjugés sur les hommes et les marocains d'entre eux, c'est celui concernant Malika Oufkir. J'étais devant des hommes qui n'ont aucune once de lâcheté dans les veines et qui ont décidé que leur droit à la compassion envers un gamin de trois ans et sa famille qu'on a foutus au fin fond du désert parce que le père a essayé de faire un coup d'état militaire, et ben ce devoir là d'être humain avant celui de journaliste, valait toutes les foudres de tous les régimes de la terre. Les foudres ne sont pas arrivées tout de suite, mais sont arrivées quand même.
A ce moment là, J'étais entrain de fixer le visage de Jamai et de me dire qu'il avait la mâchoire carrée. D'après une étude croisée dans une revue scientifique, c'était un signe d'extrême courage, de profonde bonté et d'une grande force. Si la même revue annonçait  que mettre la main sur le cou était un acte de séduction, je vais croire que tous les mecs qui mettent la main au cou en me parlant me draguent. Il faut vraiment que j'arrête ces plans mystiques.
La véritable star de la conférence fut incontestablement Ali Lmrabet. Nous avons eu droit à un véritable One Man show, très fin, très drôle et extrêmement touchant. Il a parlé de la confidence que lui avait faite Basri : ''La force du Mekhzen, c'est qu'avec 3 personnes, il arrive à faire peur à 30 millions de marocains".
Quand la voix chaude et rauque d'Ahmed Benani envahit la salle, j'ai eu un pincement au cœur en regardant sa photo géante sur l'écran, et eut envie de me retrouver à Lausanne à boire un verre de thé sur une table à manger en bois, entourée des souvenirs de toute une vie et écoutant des histoires de mon Maroc sous les yeux complices de tous les livres sur le Maroc.
Je ne vais pas parler de toutes les interventions, même si celle de Fadel Iraki mériterait qu'on s'attarde dessus et que celle d'Omar Brousky a donné une autre connotation aux précédentes. Je vais juste dire qu'après avoir entendu tous ces hommes et saisi, du moins en partie, la véritable importance de cette aventure là, j'ai eu des sentiments mitigés.
J'ai eu une colère violente envers ce régime qui est responsable d'un tel gâchis, surtout que si ces imbéciles avaient une once de jugeote et ne lisaient pas que TINTIN le soir, ils auraient compris que d'une certaine manière, ils avaient beaucoup plus à perdre en interdisant le ''le journal'' qu'à y gagner.
 J'ai eu de l'admiration réelle et profonde envers ces hommes, qui au confort de leurs vies et de leurs familles, ont préféré leur moralité et leur intégrité. Au fait, ce n'était même pas un choix, c'est dans leur nature, ils sont incapables d'agir autrement.  C'est d'autant plus admirable que comme a dit Jamai, ''la carotte est vraiment grosse''.
A un certain moment, ils avaient l'air tous tellement vulnérables sur cette estrade, que ça a réveillé l'instinct maternel en moi, comme si quelqu'un de plus âgé et de plus fort avait frappé mon fils de 3 ans. j'avais envie de les prendre tous dans mes bras et de les consoler. Mais bon, je crois que ça aurait prêté à confusion, surtout que côté sortie de piste, le quotta était atteint pour cette conférence.
Et puis, j'ai eu une vague de tendresse incommensurable et de reconnaissance sans limite envers ces 4 hommes, jusqu'à en être émue au moment de vous écrire ces quelques lignes. Pour une raison toute simple.
Si des gens comme moi s'initie timidement à la militance aujourd'hui, dans le confort de leur vie, à l'abri de cette folle furieuse de l Mekhzen, c'est parce que des hommes comme eux ont sacrifié  tout ou une partie de leurs vies, de leurs carrières, de leur avenir et de leurs vies de famille.
Si, après le massacre de Hassan 2 et maintenant de M6, sur les subconscients, les fiertés et les dignités, on arrive encore à marcher droit en tant que marocains, c'est parce que des hommes comme eux sont  debout devant nous aujourd'hui, envers et malgré tout.
 Et si parfois il m'arrive de me dire que ça ne sert à rien et qu'il faut lâcher l'affaire, le souvenir d'une mâchoire carrée traverse mon esprit et le reliquat de mon militantisme reprend du poids.
Plus j'y pense et plus je me dis que finalement, j'aurais du tous les prendre dans mes bras un par un, les embrasser sur le cou, et leur dire Merci. Merci pour tout et désolée pour notre lâcheté, au nom de toutes les versions marrokiates, casawiyates, oujdiyates, rbatiyates, sahrawiyates, khnifriyates, soussiyates, chamaliyates ...de la terre entière.

Marocaine Version : ''J'aime ces 4 hommes là''.