Pages

samedi 3 août 2013

L'invention de la fête du trône. Bezaf ! C'est scandaleusement trop!


L'invention de la fête du trône



    Depuis le Moyen Âge, les différentes dynasties marocaines ont eu recours à des rituels politico-religieux pour légitimer leur pouvoir et affirmer leur puissance. Le complexe rituel de la monarchie marocaine atteint son paroxysme sous Ahmad al-Mansur (1578-1603), créateur du Makhzan. Sous les Alaouites (depuis 1668), plusieurs rituels politico-religieux coexistent. Mais le plus important à l’époque contemporaine est sans doute la Fête du trône (‘id al-‘arsh). Célébrée en grande pompe pour commémorer l’accès du roi au pouvoir, cette fête est perçue par la majorité de la population et des élites comme un rituel qui existe depuis la nuit des temps. Mais la réalité historique est pour le moins différente.


    Nabil Mouline
    De création récente –1933, la Fête du trône s’inscrit dans ce que les historiens appellent l’invention de la tradition, c’est-à-dire la mise en place d’un ensemble de pratiques rituelles pour créer une continuité fictive avec le passé et inculquer des normes de comportement à la population au nom de la tradition. Les promoteurs des traditions inventées choisissent des références et des symboles anciens pour répondre à des contraintes de leur temps. Sous sa forme actuelle, ce rituel a été créé de toute pièce par Hassan II (1961-1999) et ses affidés pour affirmer la centralité et la suprématie de la monarchie. Il a été ainsi détourné de sa fonction initiale, telle qu’elle a été voulue par les nationalistes : symboliser et célébrer la nation marocaine. 

    Naissance de la première fête nationale
    Ce n’est qu’une vingtaine d’années après le Traité de Fès en 1912 qu’une jeune élite nationaliste émerge dans les principaux centres urbains du pays, notamment Rabat, Salé, Tétouan et Fès. Influencés par les idées européennes sur la nation et le nationalisme, telles que les présentaient les publications en provenance de l’Orient arabe, ils pensent le Maroc comme une unité géographique, politique et culturelle : un État-nation. C’est la première fois qu’apparaît une identité intermédiaire entre l’appartenance locale (tribu, localité, région, etc.) et l’appartenance globale (l’islam). Mais tout restait à faire. Il fallait en effet créer ou adopter un certain nombre de concepts, de symboles et d’images pour renforcer ce projet et pouvoir mobiliser la population autour de lui, notamment après les événements qui ont suivi la promulgation du Dahir dit berbère en 1930.
    Pour des raisons obscures, les jeunes nationalistes ont décidé de centrer la construction idéelle et idéale de la nouvelle nation non sur le folklore, la langue, l’ethnicité, les valeurs ou l’histoire mais sur la personne du sultan. Ils voulaient probablement déclencher une mobilisation collective qui ne soit pas trop en rupture avec les structures traditionnelles pour ne pas éveiller les soupçons de la Résidence générale, du Makhzan et d’une partie de la population. Ils voulaient également profiter du capital symbolique de l’institution sultanienne pour faire passer leurs messages plus facilement. Mais rien n’est sûr car cette période de balbutiement est caractérisée par beaucoup d’improvisation à cause du niveau intellectuel modeste de la plupart des jeunes nationalistes et de leur inexpérience. Il reste que ces derniers ont choisi de mobiliser la population autour de la figure sultanienne et non autour d’une idéologie plus ou moins élaborée et un projet politique clair.
    Pour catalyser l’imaginaire du plus grand nombre de manière rapide, les jeunes nationalistes, notamment les équipes de la revue al-Maghrib et du journal L’Action du peuple, décident de célébrer l’accession au pouvoir de Mohammed V (1927-1961), considéré comme le symbole de la souveraineté et de l’unité nationales. Cet événement pourrait en effet être une occasion en or pour rassembler la population autour de sentiments et d’aspirations communes et propager les « idées » nationalistes sans inquiéter les autorités. Cela a été le cas en Égypte, source d’inspiration inépuisable pour les nationalistes marocains, où le parti al-Wafd profitait des célébrations annuelles de ‘id al-julus (la Fête du trône) instauré en 1923 pour organiser des manifestations publiques exaltant le sentiment national et dénonçant l’occupation. Il est à noter que cette fête est d’origine européenne et plus précisément britannique. Elle a été célébrée pour la première fois au 16e siècle sous le nom d’Accession Day avant d’être adoptée par la plupart des autres monarchies du monde en l’adaptant plus ou moins aux différents contextes locaux.
    Attirer la sympathie populaire
    En juillet 1933, Mohammed Hassar (m. 1936) publie un article dans la revue al-Maghrib intitulé Notre gouvernement et les fêtes musulmanes dans lequel il demande timidement aux autorités françaises de faire du 18 novembre, jour de l’intronisation du sultan, une fête nationale (‘id watani). Quelques semaines plus tard, c’est L’Action du peuple, dirigée par Mohammed Hassan Ouazzani (m. 1978), qui prend le relais. Entre septembre et novembre 1933, le journal publie plusieurs articles appelant à faire de ce jour « une fête nationale, populaire et officielle de la nation et de l’État marocains ». Il propose la création de comités d’organisation dans chaque ville et la mise en place d’un fonds de bienfaisance auquel contribuera l’ensemble de la "nation". Le journal nationaliste suggère également aux organisateurs d’embellir les rues, de chanter l’hymne sultanien, d’organiser des meetings où l’on prononcera des discours et récitera des poèmes, et d’envoyer des télégrammes de félicitation au sultan. Pour rassurer les plus conservateurs, L’Action du peuple publie une fatwa du ‘alim ‘Abd al-Hafid al-Fasi (m. 1964) qui affirme que ce rituel et tout ce qui l’accompagne –musique, pavoisement, etc.– ne sont pas des innovations blâmables (bida‘) aux yeux de l’islam.
    Les autorités françaises suivent cette dynamique de très près. Elles ont en effet peur des conséquences politiques que pourrait avoir cette entreprise de mobilisation collective. Elles ont essayé d’entraver, voire d’interdire son organisation. Mais devant l’enthousiasme des jeunes et l’acquiescement des notables, elles finissent par céder. La première célébration de la Fête du trône, dont le nom n’était pas encore bien précis (Fête de l’accession, Fête du sultan, Fête nationale, etc.) a eu lieu à Rabat, Salé, Marrakech et Fès. Plusieurs rues des médinas ont été embellies et pavoisées, les gens se sont réunis dans des cafés ou des maisons de notables pour écouter de la musique, des poèmes et des discours tout en sirotant du thé et en dégustant des gâteaux traditionnels. La plupart des réunions se sont terminées par des invocations pour le Maroc et des vivats au sultan à l’exception de Salé qui a organisé en plus un feu d’artifice. Enfin, Les jeunes et les notables ont profité de l’occasion pour envoyer des télégrammes de félicitation à Mohammed V.
    Bien qu’elle soit restée relativement limitée, la première Fête du trône est une véritable réussite. Elle a en effet attiré la sympathie populaire et acculé l’autorité tutélaire. Cela pousse les nationalistes à voir plus grand l’année suivante. Les préparatifs commencent des mois en avance. À cet effet, plusieurs comités d’organisation voient le jour dans les différentes régions de l’Empire chérifien, notamment dans la zone espagnole, et des brochures contenant des poèmes et des chants nationalistes sont distribuées aux écoliers et aux jeunes. Des journaux et des revues publient des numéros spéciaux consacrés à l’événement.
    L’engouement populaire oblige l’autorité tutélaire à agir. Pour reprendre les choses en main, la Résidence générale décide d’officialiser la Fête du trône pour couper l’herbe sous les pieds des nationalistes en voulant faire de ce jour une célébration étatique et non populaire. Le 31 octobre 1934, le vizir El Mokri promulgue un décret dont le premier article stipule qu’« à partir de la présente année, le 18 novembre, anniversaire de l’accession de S.M. le Sultan au Trône de ses ancêtres, sera consacré à la commémoration de cet événement ». Celui-ci aura pour nom ‘id al-tidhkar (l’anniversaire de commémoration). La dénomination ‘id al-‘arsh ne s’imposera que par la suite. Le reste des articles du décret décrivent avec une certaine précision le rituel qu’il faut observer durant cette journée : chaque pacha doit embellir et pavoiser sa ville ; des groupes de musique doivent jouer dans les souks ; il faudra octroyer des dons aux associations caritatives ; les fonctionnaires bénéficieront d’un jour de congé ; les notables de la ville où se trouvent le sultan devront se rendre au palais pour lui présenter leurs vœux. Par contre, il est strictement interdit de prononcer des discours en public ou d’organiser des cortèges. Il va sans dire que cette dernière partie des directives a été de loin la moins respectée par les nationalistes par la suite. Par ailleurs, il est intéressant de noter que ce rituel ne comporte presque aucun élément traditionnel. Tout est inspiré des usages européens à travers le modèle égyptien.
    Ainsi, la Fête du trône s’impose très rapidement comme une fête nationale qui exprime haut et fort la naissance de la nation marocaine. C’est la première fois qu’un sentiment, que l’on peut appeler marocanité, émerge loin des identités primordiale et globale. C’est pour cette raison que ce rituel de consensus devient un moment privilégié de mobilisation populaire contre la puissance coloniale même après l'exil du sultan et l’interdiction de sa célébration le 5 septembre 1953.
    Le détournement autoritaire
    Après l’indépendance, la figure du roi prend beaucoup d’importance jusqu’à éclipser celle de la nation. Le premier « amalgame » symbolique est la confusion délibérée entre la Fête du trône et la Fête de l’indépendance, célébrées toutes les deux le 18 novembre alors que la date de la fin réelle de l’occupation est le 2 mars 1956. La tendance s’accélère après l’arrivée au pouvoir d’Hassan II pour des raisons subjectives et objectives. En effet, l’apparition d’un mouvement de contestation « moderniste » pousse le roi à traditionnaliser l’institution monarchique et ses outils de légitimation pour se rapprocher des élites traditionnelles : le fellah devient le défenseur du trône. Il faut ajouter à cela la personnalité du monarque qui aspirait à reproduire le modèle absolutiste français. Ce changement de cap devait s’exprimer rituellement, notamment à travers le détournement de la Fête du trône. D’un rituel de consensus, cette célébration se transforme progressivement en un rituel d’affrontement où le roi cherche à exprimer symboliquement sa centralité et son hyper puissance. En un mot, le 3 mars –date d’accession au pourvoir d’Hassan II– devient un moment d’autocélébration monarchique. Petit à petit, sa signification originelle s’évanouit de la mémoire collective.
    Rituel étatique et palatial par excellence, la Fête du trône conçue par et pour Hassan II est composée de plusieurs cérémonies d’origine musulmane et européenne dont l’objectif est de délivrer des messages politiques et d’exprimer les hiérarchies sociopolitiques. Si la cérémonie d’allégeance (hafl al-wala’) est la plus célèbre et la plus spectaculaire, il ne faut pas omettre l’importance symbolique du discours royal, de la cérémonie de prestation de serment par les officiers, nouveaux lauréats des différentes écoles militaires et paramilitaires et de la cérémonie de remise de décorations à des personnalités locales et internationales. Par ailleurs, on assiste durant ces autocélébrations à des flux de dons matériels et immatériels (la grâce royale par exemple) dans un souci apparent, mais sans doute inconscient, de concurrencer les fêtes religieuses qui restent très populaires. Les médias officiels et officieux quant à eux ne ménagent aucun effort pour dresser un tableau radieux de l’ère royale.
    Le discours royal, diffusé par les médias nationaux, suit généralement un canevas bien précis : rappel de l’unité entre la monarchie et le peuple et du combat de Mohammed V et Hassan II pour libérer et unifier le pays ; passage en revue des réalisations (injazat) de l’année ; présentation des principaux chantiers politiques, économiques et sociaux ; directives générales au gouvernement pour améliorer la vie des sujets ; (re)précision des règles du jeu politique national si cela est nécessaire. En somme, le monarque donne à voir qu’il est le Chrono-maître, c’est-à-dire que c’est lui, et lui seul, qui contrôle le temps politique au Maroc.
    En bon autocrate, le monarque sait bien se servir des récompenses publiques pour circonvenir ou neutraliser certaines « élites ». Cette pratique s’inspire de l’œuvre de Napoléon Bonaparte (m. 1821) qui a créé la légion d’honneur pour coopter et amadouer les élites françaises. Durant une cérémonie pompeuse, le roi remet des décorations (awsima) de différents ordres à des artistes, des intellectuels, des politiciens, des religieux, etc. Mais les critères de sélection et les motifs d’attribution sont loin d’être clairs.
    Dans les systèmes autoritaires, le chef essaie toujours de montrer qu’il a le soutien indéfectible des forces militaires et paramilitaires en tant qu’outils de domination par excellence. Cela se traduit rituellement au Maroc par l’organisation d’une cérémonie à l’occasion de la Fête du trône durant laquelle les nouveaux lauréats des différentes écoles militaires et paramilitaires prêtent serment de fidélité directement au monarque. Le message est clair : les troupes ont un seul et unique chef. Par ailleurs, les officiers supérieurs respectent, eux, un protocole rigide en présence du roi, notamment après les tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Ils doivent montrer encore plus que les autres dignitaires une soumission absolue durant les manifestations publiques, notamment la Fête du trône durant laquelle plusieurs d'entre eux sont promus à des grades supérieurs.
    Cela dit, la cérémonie d’allégeance (hafl al-wala’) est sans aucun doute le clou du spectacle. Inspirée intégralement de la cérémonie de renouvellement du serment de fidélité (tajdid al-bay‘a) mise en place par le sultan Ahmad al-Mansur al-Dhahabi au 16e siècle, elle met face à face le monarque avec ce qu’il considère comme ses serviteurs les plus fidèles : les hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur. Toutes les autres composantes de l’élite sont de simples spectateurs.
    Tout dans cette cérémonie magnifiée tend à montrer une nouvelle fois la figure du roi comme une entité transcendante qui est à la fois au centre et au-dessus de l’espace social marocain. En effet, les habits d’apparat, les insignes du pouvoir et la musique solennelle qui accompagnent le cortège royal veulent prouver qu’il est le porteur de l’histoire sacrée de la cité musulmane et le garant de sa continuité et de sa stabilité. Les costumes traditionnels blancs et identiques que portent les dignitaires de l’Intérieur tendent à démontrer que dans ce laps de temps « sacré » les hiérarchies et les différences s’effacent pour révéler au grand jour un corps uni et homogène derrière et autour de son chef.
    La liturgie politique à proprement dit démarre lorsque le cortège commence à franchir les groupes de dignitaires rassemblés par région. Alors qu’un mkhazni crie des formules patriarcales exprimant la bénédiction et la satisfaction du souverain, les dignitaires lui souhaitent longue vie tout en se prosternant religieusement à plusieurs reprises. A l'image des anges entourant le trône divin et proclamant son omnipotence, les agents de l'Intérieur doivent donner à voir leur soumission absolue pour mériter leur place de porteurs du trône sharifien et d'intermédiaires entre le monarque et ses sujets. L'analogie avec certains rituels et récits religieux est des plus banales car de tout temps les rois ont essayé d'imiter les divinités pour sacraliser leur pouvoir, notamment dans le domaine rituel.

    https://fr.lakome.com/index.php/chroniques/1144-l-invention-de-la-fete-du-trone
    ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


    فايسبوكيون يتفاعلون مع الخطاب الملكي ويسخرون من الواقع السياسي

    J'ose dire que la cérémonie d'allégeance au roi du Maroc, à l'occasion de la fête du trône, est une cérémonie sadique et manque d'humanisme. Tel rassemblement me blesse profondément, me touche et me chagrine, les marocains ne méritent pas cette humiliation, cette prosternation devant un homme et sa monture
    Les Marocains ne méritent pas toute cette cruauté qui nous ramènent des siècles en arrière, qui nous fait sentir combien cette monarchie est irrespectueuse de la dignité du peuple. Aucune personne qui a ce petit don du savoir être, savoir vivre, savoir se comporter ne pourra accepter d'être ni ce (cavalier) orgueilleux ni ces soumis sans aucune fierté.


    Bezaf! C'est scandaleusement trop!
    -----------------------------------------------------------------------
    Younes Derraz a partagé une photo de Driss El Rhaib.
    J'ACCUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUSE !!!!!

    "J’accuse le roi du Maroc qui a signé cet acte de grâce, j’accuse tous ceux qui y ont participé. J’accuse la justice marocaine, les juges, les avocats, le ministre de la justice, le chef du gouvernement. J’accuse les intellectuels marocains qui ne dénoncent pas cette grotesque humiliation. J’accuse toute la classe politique, le parlement marocain, les médias, les artistes, les oulémas, les associations des droits humains qui ont trahi la cause. J’accuse tous les Marocains qui acceptent ce geste royal inadmissible, j’accuse les pères de familles qui ne condamnent pas cette cruauté, j’accuse les mamans qui ne disent pas un mot et pire, accueillent le roi avec des fleurs et des youyous."

    Révoltant et abjecte !





      Mohammed VI gracie un pédophile espagnol : une décision révoltante et abjecte


    3 réactions | 7622 lu
    Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

    Nouvelobs LE PLUS. , 3/8/201

     

    Des milliers de Marocains se sont rassemblés vendredi 2 août devant le Parlement à Rabat pour dénoncer la grâce accordé à un pédophile espagnol. En effet, le roi Mohammed VI a accepté la libération de Daniel Galvan Viña, reconnu coupable en 2011 du viol de 11 enfants âgés de 4 à 15 ans. Pour Giuseppe Di Bella, cette clémence n'est pas méritée.

    Édité par Louise Auvitu 
    Le roi du Maroc Mohammed VI à Rabat le 9/3/2011 (NIV/SIPA)
    Le Maroc est sous le choc et la colère gronde de plus en plus. La fureur de la population ne cesse de prendre de l’ampleur.

    Le roi Mohammed VI, qui succédé à son père Hassan II en 1999, a accordé sa grâce, à l’occasion de la traditionnel fête du trône, à un ressortissant espagnol, Daniel Galvan Viña, surnommé le "violeur de Kénitra", condamné une peine de 30 ans d’emprisonnement pour pédophilie, après avoir passé moins de deux ans derrière les barreaux. Il a été libéré le 31 juillet et a déjà quitté le pays, après avoir récupéré son passeport.

    Les autorités marocaines sont les seules responsables

    Cette libération intervient après la visite officielle du roi Juan-Carlos d’Espagne, à la mi-juillet. D’ailleurs, un communiqué officiel publié par le Palais royal de Rabat indique que "Mohammed VI a ordonné la libération de 48 prisonniers espagnols […] en réponse à une demande formulée en ce sens par le roi Juan Carlos".

    L’Espagne n’a aucune responsabilité dans le choix des prisonniers qui devaient être libérés. Ce sont les autorités marocaines qui ont élaboré la liste des détenus qui devaient bénéficier de la grâce royale. Ce sont elles qui ont à répondre de leur décision particulièrement révoltante, choquante.

    La liste des petites victimes innocentes de Daniel Galvan Viña ne peut que provoquer la plus vive indignation. Des enfants, issus de familles très pauvres de la ville de Kénitra, située à une quarantaine de kilomètres de la capitale Rabat, dont la vie est brisée à tout jamais.

    - Nawal, 6 ans, âgée de 2 ans au moment des faits
    - Rkia, 12 ans, âgée de 8 ans lorsqu’elle s’est faite violée
    - Saïdia, 13 ans
    - Souâd, 10 ans, âgée de 6 ans au moment du viol
    - Aziza, 10 ans, âgée de 6 ans au moment du premier viol
    - Omar, 19 ans, âgée de  14 ans au moment des faits
    - Amal, 10 ans
    - Intissar, 10 ans
    - Fatéma, 15 ans
    - Karima, 11 ans, la sœur de Fatéma
    - Hanane, 9 ans

    Daniel Galvan Viña avait sa place derrière les barreaux

    Devant la gravité des faits, on ne peut que se demander ce qui a poussé le roi Mohammed VI à gracier un tel monstre. Le souverain chérifien n’a toujours pas daigné s’exprimer sur ce sujet.

    En persistant à s’enfermer dans un tel mutisme, il risque de pousser son peuple à se poser des questions sur l'impartialité de la monarchie, ce qui pourrait causer de graves conséquences quant à son avenir et son maintien.

    Dans le pays, les actes de pédophilie se multiplient. Et la justice fait souvent preuve d’un laxisme déconcertant. En particulier lorsque les coupables de tels actes de barbarie sont des ressortissants étrangers.

    Il y a certainement des détenus qui n’ont rien à faire derrière les barreaux au Maroc. Mais Daniel Galvan Viña y avait sa place. Il devait purger sa peine jusqu’à son terme. Ses crimes sont abominables. Ils ne méritaient aucune clémence. La société marocaine en est consciente. Et elle ne compte pas en rester là.

    Un affront aux victimes intolérable

    Les réseaux sociaux sont mobilisés, Facebook en particulier. Une pétition a été mise en ligne pour demander que le pédophile gracié par le roi Mohammed VI retourne en prison. Plus de 2.000 signatures ont été recueillies. C’est peu.

    Il en faudrait beaucoup plus pour que les autorités marocaines se rendent compte que leur décision est abjecte et dénuée de tout sens commun, de toute humanité. C’est un affront aux petites victimes, à leurs proches et à l’ensemble de la population marocaine.

    Si Mohammed VI ne réagit pas rapidement, il risque de mettre la monarchie chérifienne en péril. Les Marocains sont prêts à descendre dans la rue pour faire part de leur mécontentement.

    La grâce royale est perçue comme un crime contre le peuple. Le souverain ferait bien de ne pas prendre cette affaire à la légère. Il doit rendre des comptes et s’expliquer. C’est ce que le peuple attend de lui, à juste titre.

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/916708-maroc-mohamed-vi-gracie-un-pedophile-espagnol-une-decision-revoltante-et-abjecte.html?fb_action_ids=10151774724676842&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map={%2210151774724676842%22%3A537350319651859}&action_type_map={%2210151774724676842%22%3A%22og.likes%22}&action_ref_map=[]
    _------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    DanielGate: le cabinet royal «divisé» Version du ministère de la Justice



    Par Kaouthar Oudrhiri, h24info.ma, 2/8/2013, 15:30
     
    Omar Azziman et Fouad Ali Himma

    "Omar Azziman, Conseiller du roi responsable des relations maroco-espagnoles et Fouad Ali Himma sont pointés du doigt". ©Photomontage DR


    Le tollé que provoque scandale de la libération de Danial Fino Galvan, gracié par le roi Mohammed VI « divise le cabinet royal ». D’après le site d’information Aleef Post, les conseillers royaux Omar Aziman et Fouad Ali Himma sont pointés du doigt.

    Le scandale du pédophile Daniel Fino Galvan, gracié par le roi Mohammed VI alors qu’il avait été condamné à 30 ans de prison en 2011, n’en finit pas de faire couler de l'encre et de faire réagir les réseaux sociaux et médias électroniques. Le site d’information arabophone Alif Post cite des sources qui révèlent que le cabinet est divisé entre ceux qui veulent garder le silence sur le DanielGate et ceux qui pensent qu’ils seraient préférable de rédiger un communiqué pour «calmer l’opinion publique».
    Le cabinet royal chercherait aussi à trouver «les responsables» de cette bourde. «A l’heure actuelle, les doigts sont pointés vers Omar Azziman, Conseiller du roi responsable des relations maroco-espagnoles et du dossier juridique au Palais, ainsi que  Fouad Ali Himma» écrit le site d’information.

    Toujours selon Alif Post, le roi Mohammed VI serait furieux contre le tollé «négatif pour son image» que provoque la décision de gracier Daniel Fino Galvan condamné en 2011 pour pornographie et viol sur mineurs.
    Contacté par H24info, le cabinet royal reste injoignable.

    --------------

    DanielGate: la version du ministère de la Justice



    Mustapha Ramid au Parlement
    "La constitution confère au roi le droit de grâce, comme c’est le cas des rois et présidents du monde entier" Ministère de la Justice et des libertés. ©H24info


    Le ministère de la Justice et des libertés se désengage de toute responsabilité dans le scandale de la libération de Daniel Fino Galvan et annonce que «la décision de grâce royale est sans doute dictée par les intérêts nationaux».
    Le ministère de la Justice et des libertés réagit officiellement dans un communiqué, aujourd’hui 2 août,  face à la tornade que provoque la grâce de Daniel Fino Galvan,  pédophile condamné à 30 ans de prison en 2011. Le ministère explique que «la décision de gracier des citoyens espagnols a été validée dans le cadre des relations d’amitiés nouées entre le Maroc et l’Espagne, deux pays liés par des intérêts stratégiques. Libération qui vient dans le cadre de la visite du roi Juan Carlos».
    Le ministère donne aussi l’exemple de la visite du président tunisien Moncef Marzouki. Suite à laquelle «des prisonniers tunisiens ont été graciés par le roi Mohammed VI».

    Pour justifier la décision de grâce du roi Mohammed VI, le ministère de la Justice joue la carte de la Constitution. « La Constitution confère au roi le droit de grâce, comme c’est le cas des rois et présidents du monde entier. Chose qui permet au roi de prendre les décisions qu’il estime justes et en accord avec l’intérêt national quand il s’agit d’étrangers».

    En clair, le ministère se livre à un grand numéro d'équilibrisme : se désengageant de toute responsabilité tout en évitant de rejeter la responsabilité de l'acte sur le cabinet royal.

    --------------------------------------------------------------------------
    Par Fouad Abdelmoumni, fb
    C'est un signe très positif que même les lieutenants du palais ne parviennent pas à défendre la faute qu'a commise le roi en graciant le pédophile. Benkirane, Lachgar, Chabat, Mézouar, Bakoury et consorts ont tous avalé leur langue.
    Continuons la pression pour que les décisions politiques relèvent toutes du domaine normal des instances élues, responsables et comptables devant les citoyens.

    www.lakome.com
    --------------------------------------------------------------------------
     L'affaire Daniel fragilise la monarchie au Maroc


    Surprise : les Marocains contestent sinon l'arbitraire royal dans son ensemble, du moins une décision du roi. Le slogan qu'on a le plus entendu hier soir, dans les manifestations durement réprimées hier à Rabat, Tanger et Tétouan, était « 'acha al-cha'b » (vive le peuple). Comme une réponse à l'habituel « 'acha al-malik » (vive le roi).
    La décision du roi de gracier Daniel Galvan, reconnu coupable d'abus sexuels sur mineurs en 2011, a renversé la twittoma (sphère des utilisateurs marocains de Twitter). La manifestation prévue le vendredi même a su regonfler les rangs des manifestants du M20 que l'essoufflement du mouvement avait dispersé. « Il y avait des visages que je n'avais pas vu depuis longtemps », rapporte Ahlem, militante du mouvement, présente hier soir dans le rassemblement de la capitale, Rabat.
    En interpellant derrière leurs uniformes de policiers, les pères, les manifestants avaient un angle parfait pour donner corps à un rassemblement pour le moins inédit, puisque les décisions royales sont évidemment incontestables, en temps normal.
    L'un des slogans crié vendredi 2 août à RabatL'un des slogans crié vendredi 2 août à Rabat©:



    Et même si cela n'a pas empêché l'habituelle répression violente (voir la vidéo), le fait est que jamais l'étendue des pouvoirs du roi n'a été aussi spécifiquement l'objet d'une révolte aussi large. De la presse aux réseaux sociaux (voir la page Facebook de l'appel à manifester vendredi 2 août, ou sur Twitter avec #Danielgate), le sujet scandalise tout le Maroc, les défenseurs du régime étant relativement démunis pour donner la réplique aux critiques.
    Alors que la branche francilienne de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme (AMDH) appelle à manifester à Paris ce soir (18h) devant l'ambassade du Maroc, le journal indépendant Lakome publie une chronique selon laquelle le roi Mohamed 6 vient de commettre sa pire faute politique en 14 ans de règne (conjointement avec la décision, également contestée, de décorer un éminent lobbyiste pro-israélien).
    Et de fait, à partir de cette décision pour le moins polémique, c'est l'institution monarchique qui montre ses failles. Les questions s'enchaînent et ouvrent sur les limites même du fonctionnement des institutions marocaines.
    Comment Mohamed VI a-t-il pu consentir cette grâce ? C'est la visite de son homologue espagnol Juan Carlos, et dans le cadre d'une libération de 48 prisonniers espagnols, que Daniel Galvan a été gracié et libéré. Le ministre de la Justice ne s'est pas risqué à assumer la décision, se contentant de rappeler qu'elle venait « des deux souverains ». Un problème de transparence ressort, car l'Espagne et le Maroc indiquent chacun que c'est l'autre qui a constitué la liste des 48 prisonniers.
    Finalement, les médias espagnols et marocains ont ouvert l'hypothèse que Daniel Galvan, d'origine irakienne, soit un agent de renseignement irakien ayant soutenu la coalition ayant envahi son pays en 2003, et qu'il ait à ce titre bénéficié de la protection espagnole et de cette nouvelle identité. Ce qui expliquerait ce soutien au plus haut niveau : selon Lakome, ce sont les services secrets espagnols qui ont demandé « avec insistance » au palais royal marocain cette grâce (et sa sortie du territoire marocain avec un passeport périmé). Mais il s'agit là d'une information qui repose sur des déclarations d'une source marocaine « proche du dossier », sans plus de précision.
    C'est aussi un effet de l'hyper concentration des pouvoirs sur la personne du roi : aucune voix dissonante ne peut témoigner à visage découvert. Ce qui fragilise in fine les investigations menées sur le sujet.
    PS : pour se faire une idée précise des faits eux-même dans cette affaire de pédophilie, c'est parfois difficile, tant la presse marocaine est proprement exaspérante, en particulier sur ces sujets, associant approximations, erreurs factuelles, effets de manche ridicules... Un petit tour d'horizon désabusé des articles parus en 2011 lors du déclenchement de l'affaire.

    commentaire



    03/08/2013, 18:56 | Par JJMU

    Beau papier. Il faudra enfin que la complaisance de la presse occidentale en finisse une fois pour toutes avec notre ami le roi (sic) et les pratiques claniques de sa famille.
    Jean-Jacques M’µ


    L'affaire Daniel fragilise la monarchie au Maroc



    Surprise : les Marocains contestent sinon l'arbitraire royal dans son ensemble, du moins une décision du roi. Le slogan qu'on a le plus entendu hier soir, dans les manifestations durement réprimées hier à Rabat, Tanger et Tétouan, était « 'acha al-cha'b » (vive le peuple). Comme une réponse à l'habituel « 'acha al-malik » (vive le roi).
    La décision du roi de gracier Daniel Galvan, reconnu coupable d'abus sexuels sur mineurs en 2011, a renversé la twittoma (sphère des utilisateurs marocains de Twitter). La manifestation prévue le vendredi même a su regonfler les rangs des manifestants du M20 que l'essoufflement du mouvement avait dispersé. « Il y avait des visages que je n'avais pas vu depuis longtemps », rapporte Ahlem, militante du mouvement, présente hier soir dans le rassemblement de la capitale, Rabat.
    En interpellant derrière leurs uniformes de policiers, les pères, les manifestants avaient un angle parfait pour donner corps à un rassemblement pour le moins inédit, puisque les décisions royales sont évidemment incontestables, en temps normal.
    L'un des slogans crié vendredi 2 août à RabatL'un des slogans crié vendredi 2 août à Rabat©



    Et même si cela n'a pas empêché l'habituelle répression violente (voir la vidéo), le fait est que jamais l'étendue des pouvoirs du roi n'a été aussi spécifiquement l'objet d'une révolte aussi large. De la presse aux réseaux sociaux (voir la page Facebook de l'appel à manifester vendredi 2 août, ou sur Twitter avec #Danielgate), le sujet scandalise tout le Maroc, les défenseurs du régime étant relativement démunis pour donner la réplique aux critiques.
    Alors que la branche francilienne de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme (AMDH) appelle à manifester à Paris ce soir (18h) devant l'ambassade du Maroc, le journal indépendant Lakome publie une chronique selon laquelle le roi Mohamed 6 vient de commettre sa pire faute politique en 14 ans de règne (conjointement avec la décision, également contestée, de décorer un éminent lobbyiste pro-israélien).
    Et de fait, à partir de cette décision pour le moins polémique, c'est l'institution monarchique qui montre ses failles. Les questions s'enchaînent et ouvrent sur les limites même du fonctionnement des institutions marocaines.
    Comment Mohamed VI a-t-il pu consentir cette grâce ? C'est la visite de son homologue espagnol Juan Carlos, et dans le cadre d'une libération de 48 prisonniers espagnols, que Daniel Galvan a été gracié et libéré. Le ministre de la Justice ne s'est pas risqué à assumer la décision, se contentant de rappeler qu'elle venait « des deux souverains ». Un problème de transparence ressort, car l'Espagne et le Maroc indiquent chacun que c'est l'autre qui a constitué la liste des 48 prisonniers.
    Finalement, les médias espagnols et marocains ont ouvert l'hypothèse que Daniel Galvan, d'origine irakienne, soit un agent de renseignement irakien ayant soutenu la coalition ayant envahi son pays en 2003, et qu'il ait à ce titre bénéficié de la protection espagnole et de cette nouvelle identité. Ce qui expliquerait ce soutien au plus haut niveau : selon Lakome, ce sont les services secrets espagnols qui ont demandé « avec insistance » au palais royal marocain cette grâce (et sa sortie du territoire marocain avec un passeport périmé). Mais il s'agit là d'une information qui repose sur des déclarations d'une source marocaine « proche du dossier », sans plus de précision.
    C'est aussi un effet de l'hyper concentration des pouvoirs sur la personne du roi : aucune voix dissonante ne peut témoigner à visage découvert. Ce qui fragilise in fine les investigations menées sur le sujet.
    PS : pour se faire une idée précise des faits eux-même dans cette affaire de pédophilie, c'est parfois difficile, tant la presse marocaine est proprement exaspérante, en particulier sur ces sujets, associant approximations, erreurs factuelles, effets de manche ridicules... Un petit tour d'horizon désabusé des articles parus en 2011 lors du déclenchement de l'affaire.

    commentaire



    03/08/2013, 18:56 | Par JJMU

    Beau papier. Il faudra enfin que la complaisance de la presse occidentale en finisse une fois pour toutes avec notre ami le roi (sic) et les pratiques claniques de sa famille.
    Jean-Jacques M’µ

    A Rabat manifestation contre la grâce royale du pédophile : Témoignage : Quand le Makhzen a peur des Bisounours !


     
     
    Lorsque des milliers de personnes ont défilé à Casablanca lors de la marche blanche contre la pédophilie, les télés publiques, la MAP, tous ce que le Maroc comptait d'officiels avaient applaudi. 15 mois après, une marche contre la grâce royale d'un pédophile espagnol condamné pourtant à 30 ans de prison ferme, a reçu un accueil beaucoup moins chaleureux.
    21h20 j’arrive en voiture au centre ville de Rabat. Je traverse tout le boulevard Mohamed V pour aller me garer vers la gare. Je vois des centaines de policiers et agents des forces auxiliaires (mroud) qui se préparent. Casques, gourdins, ils écoutent leur supérieur qui à coups de grands gestes de bras explique le placement et la tactique, comme s'il dirigeait une équipe de foot. J’ai vu trop de manifestations et ne me fais aucune illusion : ça va bastonner avant même que les slogans ne fleurissent.

    Un groupe de petits jeunes, pas encore tout à fait adultes, que j’ai retrouvé devant le café Balima, en face du parlement, piaffaient d'impatience et affutaient leurs slogans puisés dans un profond et sincère patriotisme. Qu'ils étaient beaux tous ces primo-manifestants armés de leur seul courage assis autour de moi, leur aîné de 35 ans, un homme presque jeune, comme s'était décrit Albert Camus. Il n'était que 21h40, mais déjà deux jeunes filles tentaient de me convaincre de leur courage en me contant leurs faits d'armes quand elles étaient au collège. En vieux singe, je faisais mine d'être impressionné mais je me doutais bien que les choses allaient se corser lorsque la manifestation prévue à 22h commencera. Cela n'a pas tardé.

    Quelques minutes après, à quelques mètres de nous, un homme hausse le ton. "Je suis dans mon pays. Je ne fais rien de mal. Pourquoi voulez-vous que je parte ?", crie-t-il, seul, entouré d'une dizaine de policiers menaçants. Les forces de l'ordre s'impatientent, créent le désordre en poussant les personnes présentes et qui tardaient à obtempérer. Les jeunes tout autour commencent à siffler et huer leur attitude agressive. Les premiers coups de gourdins caressent "affectueusement" les cuisses d'un groupe de manifestants. Un cri sort du brouhaha de la foule :"Vive le peuple". Un cri qui résonnera comme un ordre d’attaque chez tous les mrouds.

    Les trottoirs n'aiment pas les mroud

    L’assaut est lancé. La charge sera violente. Les forces auxiliaires défoncent littéralement les 4 tables autour desquelles nous étions assis. Un merda ascendant taureau a vu rouge, fonçant tout droit et défonçant tout sur son passage. Tables retournées, verres cassés, bouteilles de soda éclatées, il continu sa folle épopée tel un cow-boy pourchassant quelques inoffensifs indiens ascendant bouddhiste. Puis c’est la chute ! Un trottoir qui ne devait pas aimer la tournure que prenait les choses est venu s’interposer, arrêtant net son assaut. Le corps du merda s’est alors minablement rétamé sur la chaussée, la tête casquée caressant les pneus des voitures stationnées.

    Personne n'a osé rire. Au contraire, les filles, anciennes canailles au collège, semblaient tout à coup moins confiantes. Un jeune homme à ma gauche avoua en darija : "Je vous le dis tout de suite, moi je ne suis pas du tout porté sur la violence !" Ni une, ni deux, tout le groupe de jeunes se dispersa, me laissant seul devant une table désormais vide de toute boisson. Ahmed Benchemsi, ex-directeur du magazine TelQuel, qui passait pas loin me dira : "Bah alors, qu'est-ce-tu fais assis seul ?" J'avais envie de lui répondre que mes amis Bisounours m'avaient quitté. Mais je ne les blâmais pas pour autant. Il faut avoir du courage pour venir passer son baptême du feu en cette occasion historique. Ecoutant leur cœur, ils ont répondu présent. La prochaine fois, ils reviendront toujours aussi dignes mais avec une dose de courage en plus.

    Horrible reflet, cassons le miroir !
    J’entends ici et là les premiers cris de douleurs, je croise les premiers blessés, la tête en sang, le visage tuméfiés, d’autres s'éloignant en boitant la main sur une hanche. Les gyrophares des ambulances illuminent le ciel étoilé de Rabat. On dirait un champ de bataille. On se croirait à Waterloo avec les mroud composant l’armée de Napoléon. Une guerre déclenchée par les forces de l’ordre face à des manifestants pacifistes. Le Makhzen a réussi à éviter un rassemblement de militants Bisounours dont la seule arme était des slogans pleins de dignité. Mais il a perdu la guerre de la peur. Les violents assauts étaient autant de preuves que le pouvoir est tétanisé par la légitimité de ces jeunes. Cette jeunesse rassemblée devant le parlement a agi comme un miroir de cette lourde faute commise au plus haut sommet de l’Etat. Le reflet renvoyé est horrible. On a préféré casser le miroir.
    Tous les Marocains ne peuvent que se reconnaitre dans le visage de ces jeunes. Comment être insensible devant cette femme qui crie devant les policiers sa peur. Sa peur suite à la libération d’un pédophile, gracié après 18 mois de prison alors qu’il aurait du y passer 30 ans. Comment ne pas être horrifié par la lèvre ensanglantée de Younès Lazrak, un animateur télé qui ne se sépare jamais de son large sourire. Comment ne pas être ému par les larmes de Nadia Lamlili, une journaliste au doigt ensanglanté, choquée par les coups de gourdins qu’elle venait de recevoir. Comment ne pas se reconnaitre dans les photos des dizaines de manifestants jeunes et moins jeunes, blessés au visage, à la tête, sur tout le corps.

    Les Bisounours sont vos amis
    Même certains policiers et mroud commençaient à douter de la légitimité de leur barbarie. Certains refusant de frapper, d’autres invitant discrètement les manifestants à s’éloigner. Ils sont pour l’instant encore peu nombreux nos partisans de la désobéissance civile. Mais le courage de ces jeunes qui sont peut-être leurs voisins, leurs amis, leurs cousins, la légitimité de leur cri, pourraient avec le temps faire changer les consciences. Les policiers comme les agents des forces auxiliaires ont des enfants, des neveux et nièces et ne peuvent rester indifférents à l’horreur de la libération d’un pédophile ayant violé 11 de nos enfants.

    A l’heure où ces dizaines de concitoyens soignent leurs ecchymoses, il faut souligner que toutes les blessures physiques ne sont rien face à la blessure profonde infligée à un peuple, une douleur morale qui a provoqué l’indignation la plus remarquable depuis l’indépendance de notre pays. Alors même avec le visage couvert de sang, je voulais par ce texte vous dire tout simplement : on vous aime les Bisounours. Vous êtes la fierté de tout un peuple !
    -----------------------------------------------------------------------
    1010606_1397100627179245_880946370_n 
    Le Maroc est mort, étouffé d’injustice 



    Hier j’ai compris que mon pays avait succombé à son coma juste avant de mourir.

    Comme pour tous les comateux, j’avais encore l’espoir que ce Maroc malade agonisant se réveillera un jour de son état végétatif et connaîtra à nouveau la vie.
    Hier encore j’espérai qu’il restait une once d’espoir pour que la justice regagne du terrain, que la sécurité des citoyens se généralise et que la société civile soit ce nouveau pouvoir qui exerce son poids et affirme son choix.

    Mais à mon plus grand désarroi les choses ne se passèrent pas ainsi. Dès l’après midi les flics bloquaient les routes, interdirent aux gens de passer devant le lieu où devait avoir le sit-in et tabassaient les premiers arrivants vers 22 heures, histoire d’en finir vite, que la cause du combat ne soit pas entendue et qu’on n’en parle plus. 

    On était sortis pour dire non à la libération d’un monstre pédophile, pour dire non à l’injustice qui a été faite à ses 11 victimes dont une avait seulement 24 mois au moment des faits, on était sorti par humanité par empathie, par fraternité.

    Ce que j’ai aussi vu hier, bien que les flics s’étaient chargés de disperser la foule et qu’ils étaient plus nombreux proportionnellement aux militants. La faute à ce faux et dangereux militantisme du clic, où l’on s’amuse à hurler et faire le beau sur facebook, pour se cacher chez soi dans son canapé juste au moment il faut sortir dans la rue.

    Et je repense là à cette phrase de Brel où il dit « Ils sont plus de deux mille et je ne vois que deux », hier j’ai tristement chanté « Ils sont plus de 20.000 et je n’en voit que 1000″.

    Une mobilisation monstre de notre part, n’aurait pas fait qu’il y ait 10 flics pour un manifestant.

    Le plus grave dans l’histoire est de voir le silence des associations des droits des enfants, les artistes qui étaient sortis pendant la marche blanche contre la pédophilie et tous ceux qui s’étaient fait remarquer à la télé, histoire d’être vu pseudo-militant pour une cause digne.

    Faites ressusciter ce pays !