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samedi 7 septembre 2013

François Hollande devant la Cour Pénale Internationale ?





Par John V. Whitbeck, 6/9/2013


Maintenant que le Premier ministre David Cameron a tenté d’obtenir l’approbation parlementaire pour « l’action militaire » contre la Syrie, et que le président Barack Obama a annoncé son intention de demander l’approbation du Congrès, le président François Hollande - d’un point de vue politique puisque ce n’est pas strictement constitutionnel - ne devrait-il pas faire de même ?


François Hollande (à g. sur la photo) à défaut de l’être dans la vie politique, a de l’ambition ! De la même façon que Tony Blair était le roquet de Georges Bush, il prétend aujourd’hui au rôle de roquet d’Obama... 

Une session parlementaire consacrée à la Syrie était déjà prévue pour le 4 Septembre, mais aucun vote formel n’a été prévu .

Le parti socialiste de François Hollande dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale et d’une majorité très mince au Sénat. La discipline de parti en France tend à être plus rigide et plus difficile à remettre en cause qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais le plus récent sondage a montré que 64% des Français sont opposés à la participation française dans toute « action militaire » contre la Syrie.

Ce serait donc à la fois très intéressant et très encourageant pour l’avenir de la démocratie en France si Hollande autorisait un débat libre et ouvert et un vote sur cette question centrale.

Cependant, il y a une autre question importante que devrait garder Hollande à l’esprit, ou au moins un élément qui le fasse réfléchir si jamais personne ne l’a encore mis en garde.

Lorsque le Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale [CPI] a été négocié, certains États occidentaux avaient insisté sur un moratoire de sept ans avant que le « crime d’agression » ne soit ajouté aux crimes pour lesquels la CPI serait compétente, si ce crime a été commis par un État faisant partie de la CPI ou à partir de son territoire. Ce moratoire avait donné effectivement aux agresseurs habituels et potentiels une fenêtre d’opportunité pour continuer à commettre des actes d’agression, en particulier l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair, dont le pays est un État ayant intégré la CPI mais qui a donc bénéficié d’ une immunité et d’une impunité (au moins du point de vue de la compétence de la CPI) pour  son rôle dans le crime d’agression contre l’Irak en 2003.

Toutefois, cette fenêtre d’opportunité a été fermée le 11 juin 2010, lorsque le crime d’agression a été inséré dans le Statut de Rome comme l’un des crimes relevant de la CPI et pour lequel s’exerce sa compétence .

Bien que ni la Syrie ni les États-Unis ne soient parmi les 122 États ayant intégré la CPI (de sorte que seul un renvoi par le Conseil de sécurité des Nations Unies peut donner une compétence à la CPI sur leurs citoyens ou les crimes commis sur leur territoire) , la France en tant qu’État fait partie de la CPI.

L’article 8 bis (1) du Statut de Rome , ajouté en 2010, se lit comme suit : « Aux fins du présent Statut, le ’crime d’agression’ signifie la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure d’exercer un contrôle ou de diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies. » Sont inclus à l’article 8 bis (2) ( b ) et dans la liste suivante les actes constituant une ’agression’ : « le bombardement par les forces armées d’un État contre le territoire d’un autre État ou l’ emploi de toutes armes par un État contre le territoire d’un autre État ».

En l’absence d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant « l’action militaire » contre la Syrie, ces dispositions correspondent « comme un gant » à l’agression en cours de planification par les présidents Obama et Hollande. Même l’avocat de la défense le plus imaginatif aurait du mal à imaginer un moyen de défense .

La CPI est naturellement très gênée par le fait très dérangeant que, après plus d’une décennie d’existence, elle n’a mis en accusation que des Africains. Pour une question d’impératif institutionnel et pour la propre crédibilité de la cour, il y a une nécessité impérieuse de mettre en accusation des non-Africains dès que le champ de compétence de la cour, la gravité et l’exemplarité d’un crime le permettront.

Rien ne pourrait autant renforcer la crédibilité de la cour qu’un acte d’accusation contre un chef d’État ou de gouvernement de l’une des grandes puissances occidentales.

Dans le même temps , rien ne pourrait mieux contribuer à renforcer le concept et la stature du droit international, la conviction que le droit international n’est pas simplement (comme il a tendance à l’être) un bâton avec lequel les riches et les puissants frappent les pauvres et les faibles, mais que même les riches et les puissants ne jouissent pas de l’immunité et de l’impunité devant les règles du droit international.

En effet, rien ne pourrait améliorer de façon plus efficace les chances de voir un jour un monde plus pacifique.

Pour toutes sortes de bonnes raisons, il est à espérer que, en fin de compte, François Hollande ne fasse pas le choix de participer à la « planification , la préparation , le déclenchement ou l’exécution » du crime d’agression contre la Syrie. Mais si jamais il passait outre, alors son transfert devant le tribunal de La Haye pourrait être le seul résultat positif d’une telle folie.

John V. Whitbeck

* John V. Whitbeck est un avocat international qui a conseillé l’équipe de négociation palestinienne dans les négociations avec Israël.

Accueil de réfugiés syriens, que fait la France ?

La suède a accueillie près de 15000 réfugies syriens depuis le 1er janvier 2012 .Elle vient de décider de leur accorder une protection temporaire à tous .L'Autriche accepte un quota de 500 personnes dans un Programme de réinstallation , l'Allemagne 5000 .Et la France ?
 

A voir : Ce soir (ou jamais !) Capitalisme et guerre en Syrie.




Ce soir (ou jamais !) - Capitalisme et guerre en Syrie - Vendredi 6 Septembre 22h25
www.france2.fr
 Résumé
Pour cette émission de rentrée, Frédéric Taddeï et ses invités débattent sur le capitalisme et la guerre en Syrie. 
L'ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères livre son opinion sur le rôle de la France dans le conflit syrien. Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, apporte son éclairage.
Autres

    Frédéric Taddeï / Présentateur
    Brigitte Fontaine / Invité
    Thomas Rabino / historien
    Dominique de Villepin / ancien Premier ministre
    Elisabeth Guigou / président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale
    Thomas Piketty / économiste, auteur du «Capitalisme au XXIe siècle»
    Emmanuel Todd / historien et démographe
    Randa Kassis / journaliste syrienne
    Michel Collon / essayiste
    Monzer Makhous / ambassadeur de la coalition nationale syrienne
    Frédéric Encel / géopoliticien
    Stéphane Audouin-Rouzeau / historien de la guerre

http://www.france2.fr/emission/4f7f13dabb94787338016815/520e02afbb94784bb201d246

G20 : Obama revient bredouille de Saint-Pétersbourg, la France attendra le rapport de l’ONU :

  Par Mustapha Benfodil, El Watan, 7/9/2013

 En attendant le vote du congrès américain

© PHOTO : AFP

Obama revient bredouille de Saint-Pétersbourg

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Le compte à rebours a commencé : dans deux jours, les membres du Congrès américain, qui rentreront officiellement de vacances lundi, vont statuer sur la Syrie. Barack Obama sera alors définitivement fixé. 
 Lui qui, il y a une semaine, avait décidé de frapper Damas et avait conditionné son passage à l’acte par une adhésion de la Chambre des représentants à son plan, n’attend plus que l’aval du Capitole pour appuyer sur le bouton fatidique. Dans l’intervalle, le président américain a lancé une vaste offensive diplomatique en allant quémander des soutiens internationaux à l’occasion du G20. Mission ratée puisqu’il est rentré bredouille de Saint-Pétersbourg.    

La poignée de main de Barack Obama, face aux caméras, avec son hôte, Vladimir Poutine, était bien tiède et nerveuse. La rituelle photo de famille des leaders du G20, prise furtivement devant le palais Constantin, donnait à voir une cordialité de façade. Derrière les sourires forcés, des dents carnassières. Il est évident qu’entre Obama et Poutine, la tension est à son comble. Les deux dirigeants ont eu un tête-à-tête d’une trentaine de minutes hier, en marge du G20, sur la Syrie. Et les positions des deux hommes étaient plus que jamais aux antipodes l’une de l’autre. «La conversation a été constructive, significative, cordiale», dira poliment le président russe en conférence de presse, avant de lâcher : «Chacun est resté sur sa position.»
Pour sa part, Barack Obama a annoncé qu’il s’adressera aux Américains le 10 septembre.

Le timing de son discours à la nation n’est pas anodin puisqu’il interviendra probablement au lendemain du vote du Congrès. Dans une conférence de presse à l’issue du G20, le président américain a avoué : «Je savais que ce serait difficile», rapporte l’AFP. «J’ai été élu pour mettre fin aux guerres, pas les commencer», a-t-il confié, avant de lancer : «Le monde ne peut pas rester les bras ballants.»  Tout ce qu’il a pu obtenir, au final, c’est une condamnation unanime de l’usage des armes chimiques. L’autre ténor à ce sommet, l’Allemagne, a martelé, par la voix d’Angela Merkel : «Cette guerre doit prendre fin et cela ne se fera que politiquement.» La chancelière allemande a précisé, dans une déclaration relayée par l’AFP, que Berlin «ne s’associera en aucun cas à une action militaire». Il faut savoir qu’en Allemagne, 70% de l’opinion se sont prononcés contre l’intervention militaire.

Un dîner froid au palais Peterhof

Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, résumait l’ambiance qui régnait au dîner du G20 en écrivant sur son compte twitter : «Le dîner vient de se terminer, au cours duquel s’est confirmée la division  à propos de la Syrie», indique l’AFP. Alors que les questions économiques prenaient généralement le dessus sur le reste de l’agenda international lors des sommets du G20, c’est le dossier syrien qui a dominé les débats au cours de cette réunion. Le président russe, Vladimir Poutine, a lui-même insisté pour que le «sujet qui fâche» soit exposé à la table de ses commensaux, à l’heure du dîner de travail organisé au somptueux palais Peterhof.

En coulisses, Obama a multiplié les entretiens dans l’espoir de rallier quelques nouvelles voix à sa cause. En vain. François Hollande y est allé, lui aussi, de son lobbying. Mais là aussi, les efforts du président français ont été infructueux. Le Figaro titrait sur son site électronique, hier : «Hollande lâché par le G20». «L’Union européenne, membre de plein droit du G20, lâche la France en rase campagne, laissant François Hollande plus isolé que jamais, avec Barack Obama comme seul allié de poids au sommet», écrit le journal français.
Laurent Fabius, qui était invité à une réunion des ministres des Affaires étrangères européens à Vilnius (Lituanie), en est venu à demander à ses homologues européens de reconnaître simplement la responsabilité du régime de Damas dans les attaques chimiques du 21 août. «La question est de savoir s’il peut y avoir une position européenne ou si l’Europe n’est pas capable de prendre une position», a déclaré le chef de la diplomatie française à l’AFP, avant d’ajouter : «Cette position, au minimum, doit dire : "Nous  condamnons l’usage d’armes chimiques et nous constatons, avec les preuves qui nous sont apportées, que c’est le régime de Bachar Al Assad qui est l’auteur de ce massacre."»  Ce à quoi rétorque le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’un point de presse à Saint-Pétersbourg : «Nous ne pouvons pas accepter les preuves (américaines) qui, de notre point de vue, ne sont pas du tout des preuves et sont loin d’être convaincantes.» Et de souligner que le Conseil de sécurité de l’ONU «est le seul organe légitime autorisé à utiliser des forces légitimes», en insistant sur le fait que «ni la Russie ni les Etats-Unis ne peuvent prendre de telles décisions seuls».    


Navires de guerre en Méditerranée

Conséquence de cet échec du G20 : des échanges peu cordiaux entre Moscou et Washington et une escalade de violence verbale par hauts responsables interposés. Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale, a déclaré, hier matin avec une pointe d’agacement : «La Russie n’a rien à apporter au débat politique sur la Syrie aux Etats-Unis.» Samantha Power, ambassadrice US aux Nations unies, a reproché, quant à elle, à Moscou de prendre le Conseil de sécurité de l’ONU «en otage». De son côté, la Russie a envoyé quelques «missiles» rhétoriques pour calmer ses adversaires. Ainsi, le département de Sergueï Lavrov a prévenu les Américains des risques de frappe sur des sites chimiques en pointant du doigt les conséquences catastrophiques de rejets toxiques sur la région, et aussi la forte probabilité d’ouvrir un accès vers ces stocks d’armes non conventionnelles aux groupes terroristes opérant en Syrie.
Pendant ce temps, le New York Times a publié une nouvelle vidéo choc de djihadistes sans scrupules exécutant froidement des soldats syriens. Et tandis que politiciens et diplomates se livrent à un duel sans concessions, sur le terrain, les préparatifs vont bon train d’un côté comme de l’autre. Ainsi, un nouveau navire de guerre russe s’apprêtait à faire route hier vers Novorossiïsk (mer Noire) chargé d’une «cargaison spéciale», selon l’agence Interfax. Jeudi, trois navires de guerre russes ont franchi le détroit du Bosphore avant de se positionner près des côtes syriennes. Plusieurs navires de guerre russes ont été mobilisés en Méditerranée orientale ces derniers jours en prévision d’une attaque contre la Syrie. Parmi cette flotte, des navires lance-missiles, des destroyers, un bâtiment de surveillance électronique et deux grands navires de débarquement, a indiqué l’AFP. Les Américains, eux, ont procédé à l’évacuation de leur personnel non essentiel en poste à Beyrouth. Ils ont également recommandé à leurs ressortissants d’éviter de se rendre au Liban et en Turquie.


Une catastrophe humanitaire en vue

Ban Ki-moon, qui s’est entretenu hier avec Angela Merkel, François Hollande et Tayyip Erdogan, a prévenu, pour sa part, depuis Saint-Pétersbourg, des conséquences humanitaires d’une action militaire en Syrie : «Je dois avertir qu’une action militaire mal préparée pourrait avoir des conséquences tragiques.» Le secrétaire général des Nations unies a invité, par ailleurs, son envoyé spécial Lakhdar Brahimi à participer à un repas de travail avec les ministres des Affaires étrangères du G20 afin de défendre son plan de paix axé sur la conférence de Genève 2. Mais cela n’a manifestement pas aidé à rapprocher les deux blocs. ONU toujours : dans une tribune publiée sur le Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, l’anti-BHL par excellence, a plaidé, depuis Damas où il se trouve, pour une solution politique impliquant l’Assemblée générale de l’ONU au lieu du Conseil de sécurité. «En droit, la défense de la paix incombe au seul Conseil de sécurité et non à l’Assemblée générale. Cependant, lorsque le Conseil ne parvient pas à statuer en raison d’un blocage entre ses membres permanents, l’Assemblée générale peut prendre acte de sa carence et trancher à sa place. Dès lors, l’Assemblée peut adopter une résolution interdisant d’attaquer la Syrie», écrit l’auteur de L’Effroyable imposture, avant de préciser : «Une telle décision n’empêchera pas les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et la Turquie de continuer à déverser armes et argent pour financer djihadistes et mercenaires, mais aucun Etat ne pourra bombarder la Syrie.» Pour le fondateur du Réseau Voltaire, «cette résolution aurait comme effet immédiat de précipiter la tenue de la conférence de paix de Genève 2, car elle priverait les groupes armés de l’espoir de vaincre. Le temps qui passe ne pourrait plus que profiter à la Syrie face à ses agresseurs».
 

La France attendra le rapport de l’ONU :

François Hollande a annoncé hier que la France attendrait le rapport des inspecteurs  de l’ONU sur l’attaque chimique du 21 août dernier en Syrie avant de lancer toute action militaire contre le régime de Damas. «Est-ce qu’on va attendre le rapport des inspecteurs ? Oui, nous allons attendre le rapport des inspecteurs comme nous allons attendre le vote du Congrès» américain, qui doit débattre du sujet à partir du 9 septembre, a affirmé le président français lors d’une conférence de presse tenue à l’issue du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg.
La France, si elle intervient, ne visera que «des cibles militaires», a assuré, par ailleurs, le président français. Rappelons que les enquêteurs onusiens ont quitté Damas samedi dernier. Un délai d’environ deux semaines avait été requis avant qu’ils ne rendent leurs conclusions. Si Hollande indexe sa décision sur le rapport final des experts de l’ONU, cela veut dire qu’il ne participera pas aux frappes américaines si celles-ci survenaient au cours de cette semaine. Une position qui s’explique par le peu d’entrain affiché par les pays européens, Allemagne et Angleterre en tête, dans la campagne anti-syrienne, sans compter l’hostilité des opinions publiques occidentales à toute opération militaire en Syrie. 
Il convient de souligner que le rapport de l’ONU n’accablera pas forcément le régime de Damas. C’est ce qu’a reconnu Laurent Fabius lui-même en déclarant hier, depuis Vilnius (Lituanie), que les résultats de l’enquête onusienne ne pouvaient tout au plus qu’attester de l’utilisation des armes chimiques lors de l’attaque d’Al Ghouta sans être en mesure de dire par qui. «Le problème du rapport, c’est qu’il porte sur la question de savoir s’il y a eu un massacre chimique ou pas. Mais, maintenant, tout le monde le dit, y  compris ceux qui au départ niaient cette attaque chimique», a-t-il affirmé.
«Les inspecteurs vont répondre à cette question dont tout le monde connaît la réponse», mais, précise-t-il : «Ils ne sont pas chargés d’enquêter sur l’autre question, qui est déterminante, et sur  laquelle nous avons des preuves : mais qui a commis ce massacre chimique ?» Et de conclure : «Beaucoup de gens disent : "Il faut attendre le rapport des inspecteurs",  mais il y a un risque d’être déçus.»
M. B. avec AFP



 Deux tiers des Français contre une intervention militaire internationale en Syrie.  

 Selon un sondage Ifop pour le Figaro, sur 972 personnes interrogées entre mardi et vendredi, 64% se déclarent hostiles à une telle intervention, contre 36% d'un avis contraire, ce qui constitue un renversement de l'opinion publique française sur cette question. Début août, 55% des personnes interrogées par l'Ifop pour le site internet Atlantico étaient favorables à ce type d'action.

Non à une intervention armée en Syrie, Communiqué de presse du Sénateur M. Pierre BERNARD-REYMOND

Communiqué de presse de M. Pierre BERNARD-REYMOND, Sénateur des Hautes-Alpes, au sujet de sa position sur une intervention en Syrie. 

Objet : Non à une intervention armée en Syrie

Le 02/09/2013

Madame,
Monsieur,

Une session extraordinaire du Parlement est convoquée ce mercredi 4
septembre, au sujet d'une intervention armée de la France en Syrie.

Je tiens à vous faire connaître mon désaccord total avec une intervention
militaire de la France annoncée par le Président de la République. Je
considère que cette intervention n'est aucunement du ressort de notre pays,
seul Etat Européen à vouloir s'y engager et nullement mandaté pour cela par
la communauté internationale. Cette perspective est aujourd'hui refusée par
une grande majorité de nos concitoyens.

Une action armée est totalement inapte à résoudre le conflit en cours, ne
pouvant qu'apporter de la violence à la violence et faire subir au peuple
syrien des horreurs supplémentaires. De plus, elle contient un risque
conséquent d'embrasement de toute la région du Proche et Moyen-Orient.

Sachez que je condamne fermement l'utilisation contre la population syrienne
d'armes chimiques qui a ajouté des centaines de morts à un bilan déjà
effroyable : plus de 100 000 morts, 4 millions de déplacés à l'intérieur qui
ont tout perdu, 1 500 000 exilés et un pays dévasté. Toutefois, il est
inconcevable et choquant qu'avant même les conclusions de la mission des
inspecteurs de l'ONU, la France envisage une intervention militaire en
dehors des Nations Unies.

Le soulèvement citoyen pacifique de 2011 exigeait plus de démocratie et de
progrès social en Syrie. Le régime de Bachar El Assad a répondu par une
répression féroce provoquant l'escalade d'une guerre civile. Si tous les
moyens politiques avaient été mis en œuvre (y compris avec la mise en place
de forces de paix), sous l'égide de l'ONU, une  résolution politique du
conflit était possible. Au lieu de cela, les antagonismes ont été entretenus
et la militarisation soutenue, provoquant les horreurs de la guerre civile
et l'exacerbation des clivages et des extrémismes.

Je refuse catégoriquement le recours à la force. En Syrie comme ailleurs,
c'est la mise en place de processus politiques de prévention et de
résolution des crises qui est nécessaire, avec l'objectif de faire de la
Paix le socle d'une société humaine se conformant aux engagements pris dès
1995 par la communauté internationale avec la promotion d'une culture de la
paix et de la non-violence.

Je demande au gouvernement français de renoncer à l'emploi des forces
armées, de faire respecter le droit international et de réactiver la mission
Kofi Annan dont les deux objectifs étaient d'établir un cessez-le-feu en
Syrie et d'instaurer un dialogue entre le gouvernement et l'opposition
syrienne.

D'autres voies sont possibles. C'est pourquoi je demande à la France et à
l'ensemble de la communauté internationale d'agir pour la reprise des
accords de Genève 2 avec les moyens indispensables, un cessez-le-feu,
l'interdiction du commerce des armes, l'aide aux victimes, l'organisation
des secours et le recours au Tribunal pénal international pour crime contre
l'humanité pour les utilisateurs d'armes chimiques, par ailleurs interdites.

C'est pourquoi, je vous demande de réclamer un vote du Parlement et de
soutenir cette voie diplomatique respectueuse du droit international, afin
que le gouvernement français renonce à l'emploi des forces armées au risque
de nous entraîner dans une aggravation du conflit, voire une extension
mondiale aux conséquences dramatiques.

Respectueusement

Réponse à la lettre initiée par le Mouvement de la Paix (cf www.mvtpaix.org)

Cyber-action

Syrie : la faute de François Hollande

Quelle que soit l’issue de la question syrienne, elle restera comme un tournant du quinquennat de François Hollande dont il faut prendre acte. Ce président à la première personne qui entendait décider seul de la guerre, de façon précipitée et simpliste, tourne le dos aux deux défis que recouvrait son élection après l’alerte du sarkozysme : une refondation démocratique de notre République, une nouvelle relation au monde.

C’est évidemment une utopie, mais de celles qui, loin d’égarer, indiquent un horizon d’attente et d’espoir. Ecrit en 1795 sous le choc révolutionnaire français, Vers la paix perpétuelle du philosophe Emmanuel Kant est, au temps des Lumières, la première et décisive tentative de penser un « droit international » fondé sur « une fédération d’Etats libres » ainsi qu’un « droit cosmopolitique » créant les « conditions d’une hospitalité universelle ». Autrement dit, de fonder un droit de l’humanité, prise comme un tout dont les parties sont solidaires, interdépendantes et indissociables, droit qui s’imposerait aux nations et à leurs souverains – particulièrement à leurs emballements égoïstes et aveuglements guerriers. Nul hasard si c’est aussi le premier texte philosophique à théoriser la notion de « publicité », cette exigence d’une information libre et étendue des citoyens sur les actes de leurs gouvernants, afin qu’ils puissent les contrôler par la vitalité d’un espace public démocratique.
Au détour de ce texte, on trouve cette évidence politique, sèchement rappelée la semaine passée aux présidentialismes français et américain par leur aîné démocratique, le parlementarisme britannique : en matière de guerre, « le consentement des citoyens est exigé » et, ajoute Kant, « il est on ne peut plus naturel que ceux-ci pèsent bien leur décision pour savoir s’ils vont engager un jeu si funeste, puisqu’il leur faudrait décider de subir eux-mêmes tous les malheurs de la guerre. » Une évidence de plus en plus malmenée, sinon oubliée à mesure que, de missiles en drones, tirés ou commandés à distance, la guerre semble débarrassée des contraintes liée à la mobilisation de combattants humains. Dès lors, soulignait Grégoire Chamayou dans sa récente Théorie du drone, « la guerre devenant fantôme et téléguidée, les citoyens, n’y risquant plus leur vie, n’auraient, à la limite, plus leur mot à dire ».

Echapper à la contradiction, au débat et à l’argumentation. Les faire taire par un alliage de clichés et de sentiments, d’arguments d’autorité et de paroles d’exclusion. Tel est le fantasme d’une politique devenue apolitique, menée par l’urgence et par l’émotion. D’une politique inapte à penser et à assumer la complexité du monde, ses interdépendances et ses pluralités. D’une politique surtout dont l’activisme inconséquent masque dangereusement sa peur d’une nouveauté qu’elle ne sait maîtriser parce qu’elle ne réussit pas à l’appréhender. Et cela d’autant moins que cette nouveauté se dresse contre ses errements du passé – aveuglement colonial, prétention occidentale, domination économique, soutien aux dictatures, etc. Nous en avions analysé et documenté les risques sous la présidence de Nicolas Sarkozy : des compromissions corruptrices d’avant les révolutions arabes à l’aventurisme militaire en Libye d’après, qui nous aura finalement légué aujourd’hui une guerre au Mali, guerre de police sans solution politique.
Nous y voici, hélas, de nouveau avec ce président François Hollande, chef des armées à la première personne du singulier qui, seul, a cru pouvoir mettre la France en guerre contre l’Etat syrien. Sous l’unique argument que ce dernier était définitivement criminel pour avoir ajouté 1.400 morts dans un bombardement chimique aux 130.000 déjà existants de l’assaut acharné qu’il mène contre son propre peuple, depuis deux ans que celui-ci s’est soulevé contre sa dictature. 
Avant que le coup d’arrêt du vote des Communes britanniques ne rappelle son auteur à la réalité, cette embardée de va-t-en-guerre solitaire n’avait même pas pris la peine de ménager ses arrières, ni diplomatiques – sans même parler des Nations Unies, l’Europe fut comme effacée du paysage, alors même qu’elle sera de nouveau en jeu dans les urnes l’an prochain –, ni médiatiques – élémentaire après les mensonges de la communauté du renseignement ayant accompagné l’invasion américaine de l’Irak, la précaution de renvoyer aux experts indépendants de l’ONU le constat définitif du crime syrien fut négligée.
Que, sur la scène internationale, l’on semble en venir, selon des apparences que l’on espère durables, à ce par quoi on aurait dû commencer – plan global d’aide à la révolution syrienne, délibérations démocratiques sur les options militaires, respect du verdict des inspecteurs des Nations Unies, tractations diplomatiques auprès de la Russie et de l’Iran, etc. –, ne saurait faire oublier ce qui s’est laissé entrevoir sur notre scène hexagonale. 
En résumé : un président solitaire, une nation isolée. Comment, en ce début de XXIe siècle, concevoir qu’un homme seul, fût-il élu chef de l’État, puisse décider de la guerre sans s’en remettre, par le truchement de leurs représentants, au jugement de ses concitoyens que sa décision va exposer à de nouveaux périls ? Comment, dans notre monde global dont les parties instables sont inséparables d’un tout en devenir, envisager qu’une nation seule, dressée sur ses ergots présidentiels, puisse décider du bien et du mal, des punitions et des récompenses, sans confronter son jugement à celui des autres nations, dans le respect du droit international qui les soude et les oblige ?
Poser ces questions, et donc ces limites, ce n’est pas obliger à l’impuissance. C’est au contraire exiger une action globale, constante et cohérente, qui soit à la hauteur du défi lancé au monde par les peuples qui se sont mis en marche en 2011, de la Tunisie à la Syrie en passant par l’Egypte. Depuis le début des révolutions arabes, saluées par Mediapart comme l’heureux événement d’un retour de l’histoire et dans l’histoire pour une partie de l’humanité qui subissait son destin plutôt que de l’inventer, c’est cette réponse que nous réclamons, et la pédagogie politique qui va avec. Au lieu de quoi, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, nous n’aurons eu qu’une réponse guerrière, expéditive et éruptive. Cet activisme militaire s’accompagnant, en France même, d’une stigmatisation de ceux-là même que l’on prétend défendre au loin – les musulmans, entendus au sens large d’origine, de culture ou de religion. Le paradoxe n’est qu’apparent tant les deux attitudes, extérieure et intérieure, témoignent de la même incompréhension des réalités concernées – peuples, sociétés, cultures, religions…

 Le droit s'impose aussi bien au justicier qu'au criminel
Ce fiasco aoûtien de François Hollande est donc une alarme sérieuse. Il souligne combien notre exception présidentialiste nous fragilise et nous expose. Car il met la France à la merci de l’aventure d’un seul par son refus institutionnel des médiations, discussions et négociations, bref de ces contre-pouvoirs forts et puissants qui font les démocraties vivantes et conscientes. Sous la hautaine grandeur qu’on nous sert comme alibi, la solitude revendiquée d’une nation et de son chef porte, comme la nuée l’orage, un risque augmenté pour les citoyens qui composent l’une et que représente l’autre – qui plus est sans qu’ils en aient été avertis. Risque d’un enchaînement imprévisible de conséquences et d’événements échappant à toute maîtrise et à tout contrôle, à la manière de l’effet papillon des théories du chaos.

En outre, cet instantané d’un pouvoir élu pour dire « nous » et saisi par la pathologie du « je » présidentiel alourdit le sentiment de déception, déjà fortement nourri en matière économique et sociale, face à l’exercice conformiste du pouvoir par des socialistes que nos votes avaient investi d’un espoir de changement. Parce qu’elle contredit tous les principes – multipolarité, interdépendance, respect de l’ONU, etc. – qui, sous la présidence de Jacques Chirac, avaient épargné à la France les folies de la guerre des mondes de l’administration Bush Junior, cette alerte est en effet porteuse d’une inquiétude supplémentaire sur le cap suivi par cette présidence socialiste dans notre monde incertain et imprévisible. Rétrospectivement, elle laisse entrevoir qu’aux commandes présidentielles dans l’immédiat après-2001, les mêmes socialistes foncièrement atlantistes, déjà peu virulents à l’époque face aux délires néo-conservateurs, auraient pu glisser sur cette pente irresponsable – celle qui a produit Guantanamo et Abou Graïb, réhabilité la torture systématique, cautionné les disparitions, inventé les prisons secrètes, assumé les crimes collatéraux, piétiné le droit international, bref nié l’humanité de l’ennemi proclamé.
Procès d’intention, objectera-t-on, tant le présent ne saurait réécrire le passé. Reste que ce ne sont pas les récentes rodomontades en service commandé des divers porte-paroles socialistes qui nous rassureront. Harlem Désir évoquant « un esprit munichois », David Assouline parlant de « lâcheté » et Najat Vallaud-Belkacem traitant le dictateur syrien de « fou » : ces invectives à destination de ceux qui refusent de marcher au pas sans discuter ni réfléchir rappellent les pires moments de l’hystérie guerrière américaine du début des années 2000 dont le monde paye aujourd’hui le prix. Mais le plus grave, c’est que l’on ne peut plus exclure que ce degré zéro de l’expression et du raisonnement politiques dise la vérité de ce qu’est devenu le Parti socialiste dans ses sphères dirigeantes : « Un parti qui a perdu sa pensée », tranchait récemment ici même Edgar Morin, fondant sa propre inquiétude sur le constat d’un « président Hollande nourri dans le sérail du PS ».
Que les militants socialistes, et il en est parmi nos lecteurs fidèles, veuillent bien entendre cette critique comme un appel à la raison, tant guerre de puissance et gauche de progrès ont toujours fait mauvais ménage. De l’aveuglement nationaliste de 1914-1918, dont Jean Jaurès fut le martyr symbolique avant que cette boucherie enfante la catastrophe européenne, à l’entêtement colonial des années 1950, dont la honte morale disqualifiera durablement la SFIO, la gauche ne peut que se souvenir des gouffres dans lesquels l’ont entraîné des choix à courte vue, sans vision d’ensemble ni réflexion sur leurs conséquences, sans souci du passé ni précaution du futur.
Des socialistes le savent et le disent, notamment ceux qui, loin d’une vision narcissiquement occidentale du monde, en connaissent et en vivent la diversité. On ne saurait trop, de ce point de vue, écouter les pertinentes mises en garde du député Pouria Amirshahi qui est, à la fois, issu d’une famille iranienne (il est né en 1972 en Iran qu’il a ensuite quitté à l’âge de quatre ans) et élu pour le PS de la neuvième circonscription des Français de l’étranger qui recouvre l’Afrique du Nord et de l’Ouest et, par conséquent, comprend aussi bien la Tunisie que le Mali. Appelant à « un débat argumenté fondé sur la raison et non sur l’émotion », il soulignait récemment combien ce registre compassionnel masque l’absence cruelle de « stratégie géopolitique », autrement dit d’un « plan crédible de sortie de crise » capable de porter une transition politique en Syrie.
Le régime syrien est une dictature qui opprime son peuple, c’est un fait. L’usage d’armes chimiques contre ce même peuple est un crime, c’en est un autre. Et que ce peuple souffre le martyr pour avoir été trop longtemps abandonné dans son aspiration à choisir librement son destin, c’en est un troisième. Mais ce triple constat valait aussi bien pour l’Irak de Saddam Hussein, dictature aussi criminelle, usant de façon répétée d’armes chimiques alors même qu’elle était soutenue et armée contre l’Iran de la révolution islamique par un Occident qui finira par la juger incontrôlable, et donc inutile. Aussi, sauf à rééditer peu ou prou le désastreux épisode irakien qui, loin de les réduire, a accru les déséquilibres de l’Irak comme du monde, aucune réplique militaire venue de nations occidentales s’arrogeant le privilège de la force sur la loi ne détient la réponse efficace, durable et stable, à cette dramatique réalité syrienne.
« Quiconque se propose d’atteindre l’objectif du droit doit procéder selon le droit », énonçait Dante dans son De Monarchia, écrit entre 1312 et 1313. Sept cent ans plus tard, la recommandation vaut toujours pour notre monarque républicain qui ferait bien de renoncer à sa hautaine solitude guerrière pour rejoindre notre commune humanité, soucieuse d’un monde commun où le droit, international en l’espèce, s’impose aussi bien au justicier qu’au criminel.