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samedi 28 septembre 2013

« Ils » sont devenus fous !


« Ils » sont devenus fous !


La muraille de la "Bastille marocaine", la prison Zaki, à Salé, au quartier de Hay Salam

A Salé, la ville des corsaires d’antan, le quartier de Hay Salam conçu pour soulager la capitale de la pression démographique qui risquait de l’étouffer, dans les années 1970-80,  est devenu célèbre. Non pas, par la douceur de vivre qui s’en dégage, mais parce qu’on a choisi d’y implanter, dans la partie la plus populaire et la plus misérable, une prison à nulle autre pareille. Il en exhale désormais comme un parfum de scandale, d’injustice et d’exactions, depuis que Juan Mendez, le rapporteur spécial de l’ONU pour la torture, y avait pleuré le sort que l’on y réserve au genre humain. L’homme était ressorti bouleversé de cette citadelle de l’horreur, cette cour des miracles, aux murs d’enceinte tellement hauts et tellement sinistres que les  concepteurs de cette bastille d’un nouveau genre, n’ont rien imaginé mieux que masquer leur laideur par une laideur supplémentaire, le tribunal de première instance de Salé. Un monument de mauvais goût et une monstrueuse singerie de l’architecture coloniale, comme si le Maroc n’était pétri que de nostalgie pour un passé honni de tous et de réflexes bâtisseurs archaïques. Tout un symbole.
C’est dans ce brouillon d’aménagement du territoire, en forme de verrue, que Ali Anouzla a pris ses quartiers, à son corps défendant, le procureur ayant jugé nécessaire de le placer en détention provisoire, après l’avoir inculpé  d’ « assistance délibérée à une entreprise terroriste, de fourniture de logistique à la perpétration d’actes terroristes et d’apologie d’actes de terrorisme ».
A ce premier stade du récit, il vaut mieux  ouvrir  des guillemets et les oreilles, tant l’énoncé d’un tel chef d’inculpation relève de l’énormité ou de l’absurde. Qui oserait, en effet, croire que Ali, cet homme épris de liberté, ait nourri, l’espace d’un instant, l’idée de frayer avecAQMI ou lui apporter aide et assistance ?
« Al Qaïda », ce monstre, cette saloperie, cette nébuleuse de l’ignominie qui échappe désormais à tout contrôle, y compris à celui de son propre géniteur, au point de se retourner contre lui, aurait donc ses entrées à Lakome. Rien que ça !
Les franchisés de la terreur, les coupeurs de têtes et de mains, les sinistres bourreaux du Mali, les marchands d’otages, les bandits de grands chemins et les adeptes de la « Chouha » (honte) obscurantiste seraient en fait, nos complices. Et  c’est dans les minuscules bureaux de Lakome que les ennemis de l’humanité pétriraient leur complot contre le pays.
En réalité le régime marocain est son propre ennemi. Il n’est de pire complot que celui qu’il ourdit tous les jours, contre sa propre existence, en réprimant les libertés, en muselant la presse libre, en érigeant la corruption en système de gouvernance, en achetant les consciences, en dilapidant les deniers publics en shoppings dans les malls d’Europe et d’Amérique, en pillant les ressources, en « misérabilisant » les campagnes………..
A ce second stade du récit, il faudrait une bonbonne d’oxygène, pour poursuivre l’énumération des exactions du Makhzen contre lui-même ! L’arrestation de Ali en est une !
En réalité, Lakome terrorise parce qu’elle est devenue, en quelques mois, un creuset de démocratie, une Agora, ouvrant ses colonnes à tout ce que compte la société de plumes libres. Dans ce local exigu, où l’on carbure au café filtre et à l’espoir de lendemains meilleurs, ce qui épouvante tant les tyrans, c’est qu’il y souffle un dernier et irrépressible vent de liberté, alors que partout ailleurs où celle-ci devrait se faire entendre, on continue de tendre la main à la tyrannie et en faire l’apologie.
A peine cinquante misérables mètres carrés et une poignée de femmes et d’hommes libres auront suffi pour que des centaines de citoyens s’y donnent rendez-vous, pour y conter les récits de leurs souffrances et psychanalyser les  douleurs engendrées par la dictature. A entendre les thuriféraires de l’insupportable, Ali aurait du taire tout cela, au nom d’un prétendu patriotisme.
Mais le patriotisme ne commence-t-il pas justement, là où finit l’Omerta ?
A peine cinquante mètres carrés de liberté et voilà le régime qui a les « chochottes » et tremble sur ses bases. A croire que tous ces services de sécurités, tous ces ministères, toutes ces institutions, tous ces Conseils que nous payons de nos deniers, ne sont rien d’autre qu’un pataquès bouffi, aux pieds d’argile et que des phrases écrites à l’encre virtuelle d’Internet risquent d’emporter à tout jamais.
Une des nombreuses manifestations pour la libération de Ali Anouzlaau lendemain de son inculpation pour apologie du terrorisme et aide et assistance à une entreprise terroriste et son incarcération à la prison de Salé
« Ils » sont devenus fous. C’est le seul et unique constat qui s’impose, à l’énoncé des charges qui pèsent sur notre confrère. Et il n’est de pire folie que celle que l’on partage à plusieurs, comme semble décidée à le faire la classe politique dans sa quasi-totalité,  à approuver ce dernier crime, en date, entrepris contre le journalisme.
Une fois de plus, à quelques semaines d’intervalles, notre pays est le centre de l’indignation de pas moins de cinquante organisations de défense des Droits de l’homme, auxquelles se sont joints « Reporters sans frontières » et « Amnesty International ». Mais dans sa fuite en avant, en forme de folie suicidaire, le Makhzen en bon autiste, court toujours et n’entend rien !
Puisse-t-il s’arrêter pour reprendre son souffle. Il se rendrait compte que cinquante organisations et  des millions de voix qui s’élèvent pour défendre cinquante mètres carrés de liberté sont le meilleur hommage que le monde libre pouvait rendre au courage d’un seul homme et la meilleure preuve que le Maroc vient encore une fois d’y laisser  son honneur.

Le site yabiladi est en berne

Très urgent, à dénoncer !!! Vermine et rats pour le plus remarquable, le plus intègre des journalistes marocains !

A tous les amis de la liberté, Ali est soumis à l'isolement, dans des conditions sanitaires déplorables, dans un cachot infesté de vermine, visité par les rats et dépourvu d'aération.

 Au secours ! ils veulent anéantir la résistance morale de Ali en l'enfermant dans des conditions de détention épouvantables, dans l'obscurité, à l'isolement parmi la vermine et les rats ! 
Faites circuler ce cri d'alarme !
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Greta Alegre
Farida Arrass, 28/9/2013
Très chers amis, je viens d'aller hier à la prison de Salé II pour visite. J'ai appris sur place que Ali Anouzla est depuis son arrivée à la prison de Salé II, enfermé dans un cachot en permanence et tout seul. Ce cachot est infesté de rats, cafards et de tas d'autres bestioles, on y suffoque car pas d'air, très très sale ! 
Il faut faire quelque chose de manière très urgente !!!!
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  • Fouzia Ejjawi a partagé une photo de Salah Elayoubi.
    Je confirme à l'intention de tous et particulièrement à l'intention de quelques crétins qui, aussitôt que j'ai posté l'information, ce matin, se sont dépêchés de la mettre en doute, de la dénigrer, et sont montés en première ligne pour s'en prendre à quelques uns des militants qui l'avaient répercutée:
    Ali Anouzla se trouve en détention dans des conditions épouvantables. Il est passé directement du greffe au cachot. Il vit reclus dans un cul de basse fosse de 5 mètres sur trois, aux plafonds surélevés, ventilé par des barbacanes creusées à même le mur. Les murs suintent d'humidité . L'atmosphère dans le cachot est fétide, irrespirable et surchauffée. La vermine y grouille et les visites des rats y sont fréquentes. 
    Ali ne peut sortir de sa cellule, sauf pour voir ses avocats. La nourriture lui est passée par un guichet qui ne s'ouvre qu'à ce moment. 

    Je tiens ces informations de sources sûres de l'intérieur de la prison. Jamais Ali ne s'ouvrirait pour conter la misère qui est la sienne dans ce lieu maudit. Tout comme il nous avait interdit de mener campagne pour dénoncer le harcèlement dont il faisait l'objet de la part des autorités, quelques jours avant son arrestation, alors que nous le pressions de nous laisser ébruiter ces exactions. Une autre preuve s'il en fallait du courage extraordinaire de cet homme et de son humilité. 
     
    Une leçon au camp d'en face, celui des lâches et des salauds qui continuent de vomir sur le dos d'un homme à terre et que l'on rêve de voir demander grâce !!

TelQuel en grève de solidarité avec son confrère Ali Anouzla



Black out internet de soutien à Ali Anouzla



Ce blog participe au Blackout Internet de plusieurs sites d’infos et de blogs marocains, réclamant la libération d’Ali Anouzla.

Cher Ali,
C’est votre dixième nuit en prison. Ce que tout le monde redoutait depuis un certain moment déjà arriva. Nous y malheureusement voilà !
Votre tort, votre seul tort est d’être journaliste farouchement indépendant dans un pays caractérisé par le déni de la libre pensée et l’absence de libertés. votre seul tort est d’avoir fait votre travail de journaliste d’investigation (Daniel Gate) et d’éditorialiste sans compromission (absences du roi, Sahara, constitution octroyée,…) . Et c’en est trop pour un pouvoir qui ne supporte aucun contre-pouvoir.
Vous êtes depuis des années, l’un des éditorialistes les plus pertinents, les plus écoutés. Un indispensable dérangeur public s’il en est. Sur internet, vous êtes un pionnier qui a contribué à pousser la liberté d'expression le plus loin possible. Vous avez déminé le terrain pour beaucoup d’autres et vous avez fait des émules.
Journaliste chevronné, vous connaissez comme vos confrères, le principal risque de la profession : cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de chaque journaliste, qui menace de tomber à tout instant et qui joue le rôle d’un autorégulateur de la profession. Vous savez en tant que journaliste indépendant que votre vie peut basculer, du jour au lendemain, au bon vouloir d’un arbitraire judiciaire bien rôdé. Vous savez surtout qu’à tout moment vous risquez d’être interpellé, mis en détention et qu’on retrouvera laborieusement des chefs d’inculpation ridicules et des enquêteurs pour faire de vous un coupable, sinon un monstre, et un procureur qui enfoncera le clou pour vous maintenir en détention et tenir une parodie de procès. Ah si seulement on pourrait s’assurer contre ces risques-là.
Avec courage vous avez choisi d’assumer ces risques et faire votre métier de journaliste et d’éditorialiste sans haine ni crainte ni concession. Ce n'est pas si fréquent ! Avec honnêteté et forte conviction, parce que c’est ce qui vous caractériser le plus.
On savait que la justice de vengeance finira par s’intéresser à votre cas. Printemps arabe ou pas, c’est toujours comme ça, c’est dans l’adn du pouvoir. On le savait, mais ça fait un choc, quand ça devient réalité. Les chefs d’inculpation sont si lourds (apologie de terrorisme, assistance à des terroristes) qu’on se demande si la machine judiciaire n’a pas carrément perdu la tête et sombré dans la folie. Car les poursuites surréalistes dont vous faites objet constituent de la part du pouvoir la plus grave atteinte à la liberté d’expression numérique depuis qu’Internet existe au Maroc. Cet acharnement judiciaire, ces incroyables chefs d’inculpation relèvent à eux seuls d’un terrorisme d’Etat qui, au-delà de votre cas personnel, vise à terroriser à intimider et à contenir tous ceux qui oseraient contrevenir les lignes rouges héritées du temps de Hassan II déjà.

Cher Ali,
L’élan de solidarité qui s’est soulevé dès votre interpellation, et qui prend forme de jour en jour, va au-delà des habituels militants, au-delà des générations et au-delà des frontières. C’est que vous avez contribué à former des consciences et à cultiver des libertés. Et rien, absolument rien, ne pourra arrêter cet élan. Jusqu’au jour, qu’on espère très proche, où l’on vous retrouvera dans la place qui vous sied : dans les locaux de votre site faisant votre travail de journaliste avec courage et dignité.

On ne vous lâchera pas !

Pour Ali Anouzla : pensée chaleureuse, black out de soutien








Pensée à Ali Anouzla

Pensée à Ali, un homme que je n'ai jamais rencontré, un homme qui ne me connait certainement pas, un journaliste honnête et professionnel, un citoyen intègre, une personne que j'ai connue a travers ses écrits et ses positions, un démocrate, un militant de la démocratie que j'ai toujours respecté et admiré, pensée à un citoyen honnête, travailleur, entrepreneur, sincère, digne et libre, pensee à Ali qui passe une autre nuit entre les griffes des terroristes makhzéniens, pensée à Ali, pensée à tous les innocents qui croupissent dans les prisons de la dictature alaouite, des étudiants, des militants, des islamistes innocents, des citoyens inconnus, tous écrasés par la machine répressive makhzénienne, tous trahis par notre silence, notre indifférence, notre impuissance, pensée à Ali qui nous a réveilles, qui nous a réunis .... Merci Ali

#FreeAnouzla

Point hebdomadaire n°35 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc



Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc
ASDHOM 79, rue des Suisses  92000 Nanterre

Point hebdomadaire n°35 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc

Ce point traite une semaine très chargée en termes de répression judiciaire au Maroc. L’affaire du journaliste Ali Anouzla continue à faire couler beaucoup d’encre. Les autorités marocaines ont tourné le dos et font la sourde oreille aux multiples appels provenant d’ONG nationales et internationales en faveur de sa libération. Elles n’ont que faire des réprobations et condamnations de cette atteinte à la liberté d’information, exprimées ça et là par les défenseurs des droits de l’Homme. Elles ont choisi de passer outre puisque après une semaine de garde-à-vue, le parquet général a décidé de le renvoyer devant un juge d’instruction avec des chefs d’accusation lourds qui relèvent de la maudite loi « anti-terroriste » de 2003 tels que : « Assistance à des criminels ayant commis des actes de terrorisme, fourniture de moyens pour la commission d’actes terroristes et apologie de terrorisme ». Rien que cela !
Le juge d’instruction a, maintenant, 50 jours devant lui pour donner suite à ce dossier. En attendant, Ali Anouzla a été placé en détention provisoire depuis le mardi 24 septembre à la prison locale de Salé 1, non loin de Rabat.
L’ASDHOM se joint au concert de condamnations et de protestations de ses défenseurs, de plus en plus nombreux, qui appellent à des rassemblements pacifiques comme l’a fait, ce jeudi 26 devant le Parlement, son comité de soutien pour sa libération. Amnesty International a, quant à elle, choisi de mener une action urgente en sa faveur (voir http://www.amnesty.org/fr/library/info/MDE29/012/2013/fr), ce qui équivaut pour nous une action de parrainage ce dont nous nous félicitons puisque l’ASDHOM avait mis Ali Anouzla sur ses listes de candidats (voir Listes).
 
Si cet élan de solidarité est louable et nécessaire pour les libertés, cette affaire d’Ali Anouzla ne doit pas occulter et faire l’ombre à d’autres dossiers aussi importants qu’elle. Des dossiers de privation de droits que nous avons suivis tout au long de cette campagne de parrainage et dont nous faisons un point chaque semaine. La liste des victimes, derrière les barreaux ou en passe de l’être, proposées au parrainage, ne cesse malheureusement de s’allonger. Il y a une semaine, nous parlions de 213 cas recensés sans compter les nombreuses arrestations opérées au Sahara depuis avril 2013 en lien avec la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU concernant le mandat de la MINURSO. Aujourd’hui nous en sommes à 245 répartis sur 12 groupes dont 6 nouveaux. Ce point leur est aussi consacré par souci d’équité et d’impartialité car la solidarité ne doit pas être sélective.

Groupe Sahraouis-Prison de Laâyoune : El-Hussein Abah (17 ans), Mohamed Ali Saâdi, Yassine Sidati (14 ans), Mohamed Garnit, Aziz Hrimich et Youssef Bouzid ont été arrêtés le 9 mai 2013 à Laâyoune et présentés devant le juge d’instruction le 13 août 2013 qui les a placés en détention provisoire à la prison Lakhal de Laâyoune en attendant leur procès pour avoir participé aux manifestations du 4 mai à Laâyoune contre la décision du Conseil de sécurité de l’ONU quant au mandat la MINURSO. Cinq autres citoyens sahraouis ont été arrêtés entre le 27 mai et le 4 juin 2013 à Smara et présentés devant le juge d’instruction le 13 août qui a décidé de les placer en détention provisoire à la même prison de Laâyoune. Il s’agit de Sidi Mohamed Mallah, Mohamed Sallouh, Mahmoud Hanoun, Ajouad Farah et Hamza Jmiï (19 ans).
Un autre groupe de six Sahraouis (Sidi Ahmed Khnibila, Ammar El-Makki, Hamdati Hanni, Seddik Rabit, Ali Rabit, Ghali Daoudi), arrêtés le 18 août 2013 et présentés devant un juge le 21 août, a été remis en liberté provisoire en attendant le procès qui a été fixé au 22 octobre.

Groupe Sahraouis-Prison d’Ait Melloul : Toujours en lien avec la même décision du Conseil de sécurité, 6 Sahraouis dont 2 de la même famille, ont été arrêtés le 8 août 2013 à Guelmim et jugés les 15 et 19 août à des peines allant de 4 à 10 mois de prison ferme. Ammar Daoudi (10 mois), Taha Daoudi (10 mois), Babya Bahdach (4 mois), Hamza Bazzi (4 mois), Ammar Laaouissid de 62 ans (8 mois) et Mustapha Ahcine (4 mois) ont été transférés le 20 août 2013 à la prison d’Ait Melloul où ils vont rejoindre un autre citoyen sahraoui (Ali Guach), arrêté le 16 juin à Guelmim et détenu provisoirement depuis le 19 juin 2013 en attente de son procès devant le tribunal d’appel d’Agadir. A ses côtés se trouve également le détenu sahraoui Sidi Bouâmoud, 36 ans, arrêté le 9 novembre 2012 à Tantan et jugé le 25 juin 2013 par le tribunal d’Agadir à 4 ans de prison ferme pour avoir participé en février 2008 à une manifestation pro-Polisario.
Ali Abdedayem, étudiant de 24 ans, a quant à lui été arrêté le 4 septembre 2013 à Guelmim et transféré le même jour à Rabat pour être traduit devant le procureur et le juge d’instruction. Il a été placé en détention à la prison de Salé 1. Il mène une grève de la faim depuis le 13 septembre 2013 pour dénoncer ses conditions de détention.
Par ailleurs, nous restons sans nouvelles des quatre autres Sahraouis (Kihal Ifilihia, Ahmed Jïdar, Dahba Khbizi et Fatima Lahmid) arrêté-e-s le 12 juin 2013 à Tarfaya.

Groupe Liberté d’expression-Journalistes (nouveau) : Un autre journaliste a fait les frais avant Ali Anouzla de la loi « anti-terroriste » 03-03 de 2003. Il s’agit de Mustapha El-Hasnaoui, journaliste à la revue « Assabile » de la mouvance salafiste. Mustapha El-Hasnaoui a été condamné le 11 juillet 2013 à 4 ans de prison ferme pour « constitution de bande criminelle en vue de commettre des actes terroristes » et « appartenance à une organisation terroriste ». Il a été arrêté à son retour d’un voyage qu’il a effectué en Turquie pour un reportage sur les Salafistes marocains en Syrie. Un comité de soutien a vu le jour au Maroc sous l’égide de la Ligue Marocaine de Défense des Droits de l’Homme (LMDDH).

Groupe Liberté de culte et sacralité (nouveau) : Un jeune marchand ambulant marocain (M.B, né en 1982) de la région de Taounate à 80 km de Fès a été arrêté et placé en prison à Ain Aicha le 28 août 2013 avant d’être remis au parquet qui le poursuit en détention provisoire pour « prosélytisme chrétien ». Ce jeune marocain s’est converti au christianisme depuis plus de sept ans selon ses dires à la gendarmerie qui a procédé à son arrestation.
Traduit le 3 septembre 2013 devant le tribunal de première instance à Fès, il a écopé d’une peine de 30 mois de prison ferme. Cette peine a été confirmée par la cour d’appel de Fès lundi 11 septembre 2013.
Par ailleurs, à Fès, deux étudiant-e-s, militant-e-s de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM), ont été arrêtés le 1er août 2013 et traduits le 3 août devant le tribunal de première instance de Fès pour « non observation de ramadan et actes sexuels en dehors du mariage ». Il s’agit de Radouane Badri et nadia El-Bouni. Au même moment comparaissait, Brahim Jaïdi, un autre militant de l’UNEM, enlevé à Séfrou le 31 juillet 2013.

Groupe 20-Février-Taza : Le jeune militant Omar El-Maânaoui du mouvement 20-Février a été entendu par la police judiciaire de Taza et remis au Procureur du roi près du tribunal de première instance de Taza qui a décidé de le poursuivre en liberté le 9 octobre 2013.  

Plusieurs d’autres arrestations ont été opérées au sein des militant-e-s de l’UNEM suivies de procès à Fès ou à Meknès. Nous en avons signalé quelques-uns dans nos précédents points hebdomadaires. Plusieurs détenus parmi eux sont en grève de la faim pour dénoncer leurs conditions et réclamer leur libération. Nous y reviendrons plus en détail dans notre prochain point et nous procéderons rapidement à une mise à jour des listes sur notre site Internet.
Ces victimes de privations de droits ont besoin de notre solidarité, alors n’hésitez pas à la leur témoigner en les parrainant. Voir procédure sur www.asdhom.org

Bureau exécutif de l’ASDHOM
Paris, le 27 septembre 2013

Le grand revirement du ministre de la Justice du Maroc

Por: | 25/9/2013

Le journaliste marocain indépendant Ali Anouzla est envoyé en prison accusé d’encourager le terrorisme

“Nous sommes toujours en désaccord avec la loi” antiterroriste. Moustapha Ramid, 54 ans, alors président du groupe parlementaire du Parti de la Justice et du Développement (PJD, islamiste modéré), répétait sans cesse cette phrase le mercredi 21 mai 2003 dans son bureau à Casablanca. « Nous assistons à une régression politique», ajoutait-il. C’est ce jour-là que je l’ai connu. Je l’ai interviewé pour El País.
MustafaFotoMoustapha Ramid                                                
   Cinq jours auparavant Casablanca avait été ensanglantée par le plus brutal attentant qu’ait subit le Maroc : 45 morts, dont douze terroristes. Le gouvernement de Driss Jettou voulait faire approuver au Parlement une nouvelle loi bien plus répressive. Le PJD s’y opposait même si finalement, craignant de se faire mettre hors la loi, il a voté en sa faveur.
   A peine sorti de son bureau Ramid m’a appelé pour me demander d’y revenir. Il m’a alors présenté à Eva María Montfort, une espagnole convertie à l’islam qui avait épousé Bouchaib Maghder, un marocain pieux résident en Espagne. Maghder avait été arrêté à Tanger en janvier 2003. Il fût  condamné pour terrorisme en juillet de cette année dans le cadre des grands procès collectifs qui ont eu lieu après les attentats.
   « Son dossier est vide ; il n’y a pas la moindre preuve solide contre lui », insistait Ramid. Il disait d’ailleurs la même chose de la plupart des clients qui peuplaient sa salle d’attente, presque tous des parents de présumés terroristes islamistes que Ramid a défendu comme avocat, un métier qu’il exerçait quand il n’était pas au Parlement. « Vous devez parler d’Eva et de son mari dans votre journal », répétait-il.
   Depuis cette première rencontre je l’ai revu plusieurs fois lors de mes séjours au Maroc. A part les prisonniers islamistes Ramid défendait aussi les journalistes indépendants victimes, selon lui, d’un code de la presse « liberticide ». Déjà en janvier 2001 il s’était était allé manifester sa solidarité avec Aboubakr Jamai, directeur de l’hebdomadaire Le Journal qui venait d’être interdit. Jamai faisait une grève de la faim pour obtenir un récépissé et pouvoir sortir une nouvelle publication.
    Ramid est devenu ministre en janvier 2012 et il a alors changé son fusil d’épaule. C’est en vertu de la loi antiterroriste qu’il avait tant décriée qu’un procureur a ordonné, le mardi 17 septembre, à la police judiciaire l’arrestation d’Ali Anouzla, directeur du site d’information indépendant Lakome qui avait mis en ligne la première vidéo consacrée au Maroc d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). Il signalait d’ailleurs que le document, fort intéressant,  était de la pure propagande terroriste.
   Depuis sa parution Lakome avait eu bon nombre de scoops qui dérangent notamment sur la grâce royale octroyée en juillet au pédophile espagnol Daniel Galvan. Fahd Iraqi, éditorialiste de l’hebdomadaire Tel Quel, interprète comme beaucoup d’autres au Maroc le « scandale Anouzla » comme une « vendetta des faucons du régime contre une plume qui fait grincer des dents ».
   Mardi soir, après une longue garde à vue, Anouzla a été envoyé à la prison de Salé accusé par le juge d'instruction d’apologie du terrorisme, incitation à l’exécution d’actes terroristes et assistance matérielle aux terroristes. Rien que cela ! Le ministère public est au Maroc bien plus dépendant du ministre de la Justice qu’il ne l’est dans la plupart des pays européens. Ramid a-t-il rejoint les faucons ?
   J’avais, moi-aussi, mis sur mon blog la vidéo car AQMI y parlait d’émigration des Marocains vers l’Espagne la déconseillant aux jeunes Marocains. J’ajoutais, dans le « papier » qui accompagnait le document, que le Maroc était le pays le plus épargné d’Afrique du Nord par les terroristes et cela grâce à l’efficacité de ses forces de sécurité et à ce que la monarchie marocaine, comme toutes les autres monarchies arabes, jouit d’une légitimité que n’ont pas les républiques balayées par le « printemps-arabe ».
   Malgré cela Ramid a annoncé, le mardi 17 septembre, qu’il allait faire un procès à mon journal en Espagne. Pourquoi n’en fait-il autant avec tous les sites américains, à commencer par SITE, qui ont eux aussi mis la vidéo en lignes ?
   Ramid est ministre de Justice mais un de ces anciens clients, Bouchaib Maghder, est toujours en prison. D’autres prisonniers islamistes ont été graciés par le roi avant ou après sa nomination comme ministre, mais pas Maghder. Et pourtant Ramid disait en 2003, comme d’autres avocats, qu’il était le plus innocent de ceux qui allaient passer devant le juge.

La vidéo provient-elle d'Al Qaida, ou est-ce encore un coup d'intox' du Makhzen?


Les deux Maroc's du roi Mohammed VI

 

A chaque fois que le Maroc est épinglé par la communauté internationale dans la question du Sahara Occidental ou des droits de l'homme, le gouvernement marocain tente de provoquer l'inquiétude de la communauté internationale sur le sort de la monarchie au Maroc. 

Le dernier brouhaha concerne une mystérieuse vidéo publiée sur Internet prenant pour cible le roi du Maroc, Mohammed VI et menaçant de commettre des attentats dans son pays. Un canular qui tombe à pic puisqu'il détourne l'attention de la fosse commune récemment découverte dans la périphérie de la localité d'Amgala qui dévoile les mensonges des instances créées par le Maroc en vue de concilier le pays avec son passé.

Dans le règne de Mohammed VI, il y a deux Maroc. Un qui est, selon les déclarations des responsables marocains, un "havre de paix". C'est le Maroc qui veut faire promouvoir le règne de Mohamed VI et attirer les touristes et investisseurs en vue de donner un souffle à une économie marocaine en agonie.
L'autre Maroc c'est celui d'un pays qui veut convaincre ses alliés occidentaux que le destin de la monarchie au Maroc est lié à l'occupation du Sahara.

Faute d'arguments légaux pour imposer sa colonisation du Sahara Occidental, Rabat affiche son occupation de ce territoire comme un "sujet sensible". La France se sert de cet argument pour justifier son soutien aveugle au Maroc dans sa politique d'expansionnisme et violation des droits de l'homme.
C'est ce Maroc qui multiplie les communiqués de démantèlement de dizaines de cellules terroristes dont les membres n'ont jamais été présentés à la justice. Pire encore, certaines opinions au Maroc vont jusque accuser le Makhzen d'être derrière l'attentat de Marrakech du 28 avril 2011, deux jours avant la réunion du Conseil de Sécurité sur la question du Sahara Occidental et en plein apogée du Printemps Arabe. Les Marocains se demandent encore comment se fait-il que les caméras qui surveillent la place Jamaâ El Fna, la plus touristique des places marocaines, et où est situé l'Argana, n'était pas en fonctionnement le jour de l'attentat. A cela s'ajoute qu'Al Qaida a nié, dans un communiqué publié sur l'agence mauritanienne ANI, toute implication dans cet attentat qui a endeuillé le Maroc.

Le gouvernement marocain, comme tout animal blessé, quand il se trouve acculé, même si il n'a aucune chance de gagner, au dernier moment il va attaquer quoi qu'il lui en coute. 

C'est le Maroc jaloux de la position d'avant-garde de l'Algérie dans la lutte anti-terroriste. Le Maroc de Khalid Zarouali, responsable du département de la sécurité des frontières marocaines au ministère de l’Intérieur qui, selon une note publié par Wikileaks, "s'est hérissé" lorsque les officiels américains ont cité l’Algérie comme "un modèle" dans la lutte anti-terroriste en Afrique du Nord. Pour Zerouali, "le Maroc est beaucoup plus stable et sûr alors que je ne peux pas voyager d’Alger à Oran sans crainte".

Le timing choisi pour les attentats et les communiqués liés au terrorisme est extraordinaire pour ne pas dire grotesque coïncidence. La vidéo qui se trouve derrière l'incarcération d'Ali Anouzla provient-elle d'Al-Qaida ou c'est encore un coup d'intox' du Makhzen?

A quoi sert un bon journaliste au Maroc ?


Ali Anouzla

La mise en examen du directeur du site d'information marocain, Lakome, Ali Anouzla, pour avoir relayé le lien menant, via un article paru dans El Pais, vers une vidéo signée du groupe terroriste AQMI, est annonciateur d'une relance de la harka judiciaire contre la presse, dorénavant largement plus influente en ligne.

L'affaire nous révèle, en elle-même, en comparaison avec des actes comparables dans le passé et au vu des discours et actes qui l'ont accompagnés, plusieurs manifestations d'un autoritarisme, teinté de nationalisme exacerbé, qui plane à nouveau et refaçonne l'air du temps.

Deux pistes d'interprétation

Driss Ksikes
Regardons ce qui s'est passé depuis plus d'une décennie. A chaque fois qu'un jugement est commandité par l'Etat contre la presse créée par des "journalistes-entrepreneurs" (Le Journal, Assahifa, Al Ayyam de l'époque, Telquel, Nichane, AlJarida Al Oula, Akhbar Al Yaoum, etc.), sur lesquels l'establishment, politique, économique et sécuritaire, n'avait pas ou plus de prise, ni directe ni par serviteurs interposés, la même antienne semble être reproduite à l'identique : "On savait qu'un jour il irait trop loin". Où ? Là où un jour les chiens de garde considèrent arbitrairement, à la tête du client, que la limite de l'indicible a été franchie. C'est comme si pendait au-dessus de la tête de certains journalistes irrévérencieux, refusant la laisse de l'autocensure, une épée de Damoclès qui finirait fatalement par s'abattre sur eux. Les prétextes varient (Sahara, islam, monarchie, stabilité, sécurité, etc.) mais le but n'a jamais changé : faire taire, par la dissuasion policière et judiciaire, les voix les plus crédibles et les plus audibles, qui s'autorisent d'eux-mêmes et ne se soumettent pas au diktat du consensus voulu d'en haut. 
Al Anouzla est le premier professionnel marocain, reconnu pour son intransigeance sur le devoir d'informer, directeur de site d'information en ligne, non simple bloggueur ou journaliste amateur publiant des avis sur réseaux sociaux, à être mis en cause. Mais alors pourquoi lui, maintenant ? Faut-il croire que c'est réellement pour le renvoi au lien de l'AQMI qu'il est attaqué ou, comme souvent nous l'avons appris, en off, dans chaque poursuite tonitruante, pour "torts accumulés" ? La règle, nous apprennent les architectes de la machine antijournalistique marocaine, est que lorsqu'un journaliste dérange, il faut attendre la "grossière bévue", celle qui aurait le moins de coût aux yeux du public, pour assommer le joueur "indésirable". Difficile de trancher en faveur d'une des deux interprétations. Alors, suivons les deux pistes pour épuiser toutes les éventualités.

Deux logiques à superposer
Si l'on considère qu'Anouzla est malmené et maintenu en interrogatoire pendant plus de 96 heures, tel un terroriste présumé, pour le délit ostensiblement déclaré par le procureur du roi, il y a lieu de se demander s'il n'y a pas anachronisme et manipulation des faits. En effet, poursuivre un directeur de journal électronique qui n'a même pas posté une vidéo, juste indiqué son existence en soulignant sa nature propagandiste, c'est nier sa bonne foi manifeste et ignorer la règle clairement établie par l'ONG faisant autorité dans le domaine "Article XXI", qui estime le renvoi à un lien dans l'espace cybernétique comme un devoir neutre d'information n'engageant aucune responsabilité éditoriale.
Sur ce point précis, les pourfendeurs de cet acte, principalement des acteurs politiques, mettent en avant le caractère belliqueux et hostile au régime de la vidéo relayée.Ils n'ont certainement pas tort mais leur logique, tout aussi cohérente soit-elle, ne saurait se substituer ni s'imposer à celle d'un journaliste qui prend le parti de souligner l'existence du document sans pour autant l'adopter. Lui en vouloir de le signaler à ses visiteurs part du principe qu'il pourrait créer par cet acte "irresponsable" des adeptes du discours menaçant qu'elle diffuse. Mais cela présupposerait que les visiteurs du site Lakome sont manipulables à souhait, incapables de discerner les choses par eux-mêmes.
En somme, la logique sécuritaire, préventive, de rétention, que défend une partie de l'élite dirigeante et ses obligés, part du principe qu'il faut protéger le système semi-autocratique en place, qui peut être à tout moment fragilisé. Or, la logique d'un journaliste qui opte pour l'accès aux informations les plus dérangeantes est celle d'un libertaire qui s'interdit d'infantiliser ses lecteurs et croient en leur émancipation, voire leur supposée indignation ou mise en alerte, face à une telle publication.

Faux débat et obsessions
Il est possible que, sur cette option éditoriale, il y ait débat ou controverse. Mais, contrairement à ce que prétend le Syndicat de la presse marocaine, plutôt partisan et assez peu représentatif des professionnels affranchis de toute tutelle politique, le moment est mal choisi. S'il y a dérive éthique, aux yeux de quelques-uns, elle ne peut avoir lieu dans un tribunal ni dans un climat de persécution, mais sereinement entre professionnels ayant suffisamment de probité et d'autonomie. Catégorie qui ne court pas les rues, d'ailleurs. En tout cas, brandir la dérive éthique pour justifier une répression judiciaire ne fait que pervertir les rôles pour justifier une politique liberticide.
Par ailleurs, il convient de souligner que la poursuite d'Ali Anouzla est le point culminant d'une obsession qui est allée crescendo depuis trois ans au moins. Que ce soit dans les arcanes du pouvoir central, dans les services de sécurité de l'Etat profond, au sein du gouvernement, dans des associations satellites, ou dans le projet de révision du code de la presse, le leitmotiv est le même : contrôler et enrayer la machine médiatique qui grandit de jour en jour en ligne. Les demandes de halte prennent plusieurs formes : "régulation du journalisme en ligne","création de bases de données centralisées et contrôlées", "intégration des e-journalistes dans le circuit institutionnel", et mieux encore "la soumission des documents audiovisuels à l'avis de l'autorité compétente".

Enjeux mondiaux et nationalisme anachronique
Le Maroc officiel donne parfois l'impression d'être hors temps, comme un îlot, à part. Or, que nous dit le dernier rapport de la CIA sur 2030 ? Il nous prévient que l'une des premières menaces des États, du Nord comme du Sud, dorénavant, est la montée de plus en plus exponentielle d'acteurs non étatiques qui maîtrisent les outils de la violence. Et l'une des plus grandes tendances est la montée de plus en plus marquante de sociétés sur-informées, vigilantes, intelligentes par l'accès à l'information. Nous sommes face à ce dilemme. Croire que les services secret et de sécurité d'un État aux moyens limités comme le Maroc peut veiller sur une population maintenue dans l'ignorance ou co-construire la société de demain avec de l'intelligence partagée ?
Visiblement, cette option respectueuse de notre modernité naissante est écartée. Du coup, ce qui dérange davantage dans l'affaire Anouzla, c'est le discours haineux, inquisitorial qui l'accompagne, le désignant tantôt de "cinquième colonne", tantôt de "traître de la nation". Il est évident que les partis politiques qui le traitent ainsi, même ceux issus du Mouvement national, n'ont pas toujours été de vrais défenseurs de la liberté de la presse. Ce slogan, ils l'ont brandi à un moment comme arme de négociation politique avec le régime de Hassan II, jamais comme un sacerdoce ou acte de foi pour développer la profession, loin de leur contrôle et leurs intérêts. Donc, ce n'est pas tant l'origine des calomnies qui mérite qu'on s'y attarde que ce dont elles sont révélatrices.

Conformisme en privé et étouffement de l'espace public
C'est cela précisément qui nous met sur la deuxième piste. Car à lire les différentes déclarations vénéneuses proférées à l'encontre d'un simple journaliste accusé par le mastodonte de l’État, on est en droit de se demander, sans qu'il y ait de preuve tangible là-dessus, s'il n'est pas attaqué pour tous ces "antécédents". La liste serait ainsi longue et les supputations infinies. Serait-il poursuivi pour être un défenseur acharné d'une autonomie réelle, non de façade, au Sahara occidental ? Serait-il attaqué pour avoir plusieurs fois osé critiquer les vacances prolongées du roi qui tient à rester maître à bord ? Serait-il mal aimé pour avoir révélé, le premier, la grossière erreur royale concernant la grâce de Daniel Galvan [pédophile espagnol qui a bénéficié d'une grâce royale cet été avant que Mohammed VI ne revienne sur sa décision]. Aurait-il subi, par ricochet, l'effet de la colère de l'Arabie saoudite, objet d'un édito lumineux – son dernier – où il démontre que le régime wahhabite est le financier en chef des contre-révolutions dans le monde arabe ?
Rien ne permet officiellement de confirmer ou d'infirmer ces hypothèses, sauf le fait qu'elles alimentent les discussions de salon et sont reprises par plusieurs journaux suite à des discussions en off avec les protagonistes de l'affaire. Et c'est là où le bât blesse. Que ceux qui croient à l'une de ces hypothèses la défendent publiquement et ouvrent le débat, et non alimentent, grâce à une simple opinion ou un jugement hâtif, des positions politiques qui se traduisent par de la diabolisation et de l'invective. C'est en cela que nous vivons une deuxième dérive au Maroc, celle de l'affaiblissement de la sphère publique comme lieu de construction du vivre ensemble, au profit de sphères privées ou se fabriquent les bases du consensus, du conformisme et du discours dominant, qui se transforment subrepticement en armes de dissuasion massive.

Que faire alors d'un bon journaliste ?
C'est à se demander, dans ce climat-là, à quoi sert un bon journaliste au Maroc. Enquêter sur le business florissant des courtisans ? Trop risqué. Faire découvrir les voix alternatives au Sahara ? Téméraire. Mettre à nu le discours des islamistes radicaux ? Dangereux. Faire parler la mémoire des proches du sultan ? Irrespectueux. Sonder les avis des gouvernés sur le roi qui gouverne ? Sacrilège. A chaque fois qu'une de ces pistes, professionnellement plausibles, a été abordée, le couperet est tombé. Le chemin est à chaque fois le même : des bruissements, des experts de l'appareil sécuritaire les corroborent, des gardiens du temple se mobilisent, le bon journaliste, intenable, est attaqué. Et, in fine, il atterrit en prison, s'exile, se tait ou quitte le métier.
Maintenant que le régime a franchi le Rubicon sur Internet, la tendance se confirme. Ce bon journaliste, qui dérange, tant qu'il ne marche pas dans les tactiques de connivence ou refuse de jouer au faux diplomate, doit savoir que son rêve de contribuer à l'émergence d'une cité plurielle, adulte et responsable, dérange en haut lieu. Mais ceux qui lui en veulent autant refusent d'admettre, de leur côté, qu'un bon journaliste peut faire mal, sans être mal intentionné. C'est visiblement le cas d'Ali Anouzla, et pour cela, il ne mérite pas le traitement infâme dont il est l'objet.
En tout cas, l'acharnement contre lui, par une horde déchaînée, est symptomatique d'un phénomène incroyable, qui se répète à chaque fois qu'un bon journaliste, loué pour sa maîtrise et craint pour sa liberté de ton, est mis en cause publiquement. C'est toujours les mêmes réflexes qui reviennent : la peur de la désintégration, de la perte de l'union, d'une divergence d'opinion contagieuse. Comme si un bon journaliste menaçait, par sa manie de pointer des coins sombres, un consensus fragile que les privilégiés et protégés du système s'ingénient à maintenir sous couvert.
Si par malheur...
Aujourd'hui, si, par malheur, Ali Anouzla n'est pas libéré, il y a lieu de se demander si le Maroc officiel, que gère une poignée de rentiers du système, ne cherche pas à le pousser à la sortie, comme cela a déjà été le cas avec ses prédécesseurs, qui ont vainement tenté le coup du libre exercice de leur métier, avec ce que cela suppose comme aléas. Si, par malheur, Ali Anouzla devient l'énième bon journaliste à être contraint au mutisme ou à l'exil, alors l'entre-soi rassurant, aseptisé, que plusieurs politiques et dirigeants s'ingénient à préserver de l'ingérence journalistique, deviendra grossier, intenable, étouffant à la longue. Il va falloir le répéter, inlassablement : sans bons journalistes, une société ressent plus fortement l'arrogance des puissants et le dédain des dirigeants. Nos dirigeants auront-ils l'humilité de le comprendre, un jour ?
Driss Ksikes

Texte original (ici) publié sur le blog de la journaliste du Monde Isabelle Mandraud : "Le Maghreb dans tous ses Etats"

Affaire Ali Anouzla. Des charges surréalistes retenues contre le journaliste

Actualité marocaine



Ali Anouzla est présenté mardi soir devant un juge d'instruction. Les charges finalement retenues contre lui sont surréalistes : aide volontaire à la commission d'actes terroristes, assistance matérielle et apologie de crimes terroristes.

Le directeur de Lakome arabophone, Ali Anouzla, a été présenté devant un juge d'instruction mardi soir, après une semaine de garde à vue dans les locaux de la BNPJ à Casablanca.
Les chefs d'accusation retenus sont surréalistes : apologie du terrorisme, incitation à l'exécution d'actes terroristes et assistance matérielle.
Ali Anouzla passera ce soir sa première nuit à la prison de Salé.
Le 17 septembre dernier, Lakome arabophone dont il est le directeur, avait publié un article expliquant que le groupe terroriste Aqmi, à travers le média Al-Andalus, venait de diffuser sur internet une vidéo de propagande appelant au jihad au Maroc. Le texte était accompagné d'un lien renvoyant vers le blog d'El Pais du journaliste Ignacio Cembrero, qui contenait un enregistrement de la vidéo d'Aqmi.
Le ministère de la Justice avait annoncé mardi dernier le dépôt à venir d'une plainte à Madrid contre le journal El Pais pour avoir publié l'enregistrement de la vidéo. Mais une semaine plus tard aucune plainte ne semblait avoir encore été déposée en Espagne.

Communiqué du procureur général 

.http://fr.lakome.com/index.php/maroc/1401-affaire-ali-anouzla-des-charges-surrealistes-retenues-contre-le-journaliste
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Recours à la loi antiterroriste :Mustapha Hasnaoui et Ali Anouzla : même sort ?

Yabiladi

Ali Anouzla, directeur du site d'information Lakome, détenu depuis mardi 17 septembre, suite à la publication d'une vidéo de l'AQMI. /DR
Ali Anouzla, directeur du site d'information Lakome,  /DR Agrandir

Juger des journalistes en ayant recours à la loi antiterroriste devient fréquent au Maroc. Après le cas du journaliste d'Assabil, Mustafa Hasnaoui, condamné à quatre ans de prison suite à un “reportage sur les réfugiés syriens et sur des jihadistes”, on évoque ces derniers temps l'éventualité qu'Ali Anouzla, directeur du site Lakome, soit condamné dans le cadre de cette même loi. Lundi, deux comités de soutiens aux deux journalistes ont rompu le silence.


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Un comité de soutien a réclamé lundi la “libération” d'un journaliste Mustafa Hasnaoui, récemment condamné à quatre ans de prison dans le cadre de la loi antiterroriste, à la suite d'un “reportage sur les réfugiés syriens et sur des jihadistes”.
Mustafa Hasnaoui, qui travaille pour le bimensuel Assabil, une publication pro-salafiste, a été arrêté en mai à son retour d'un séjour en Turquie. Il a été condamné le 11 juillet par un tribunal de Salé, près de Rabat, et son procès en appel est prévu le 14 octobre.
Hasnaoui avait “refusé de collaborer”
Lundi? lors d'une conférence de presse à Rabat dans les locaux du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), son comité de soutien a clamé son innocence et réclamé sa libération.
M. Hasnaoui s'est rendu en Turquie pour “effectuer un reportage dans la région frontalière avec la Syrie sur les réfugiés ainsi que sur les jihadistes marocains”, a affirmé ce comité dans un communiqué lu devant la presse.
À son retour, il a été arrêté et “a refusé de collaborer avec certains services de renseignement”, au nom du secret des sources, ajoute le communiqué.
Dans une lettre datée de début septembre, remise lors de ce point de presse, le journaliste dénonce un “harcèlement des autorités” et une “atteinte à (sa) liberté d'expression”.
Interrogé par l'AFP, un responsable du ministère de la Justice a indiqué “ne pas être au courant” de cette affaire. “La justice est indépendante et nous ne commentons pas son travail”, a-t-il ajouté.

Comité national pour la liberté d'Ali Anouzla
Mohamed Zahari, président de la Ligue marocaine des droits
Fatima Al Ifriki, journaliste et chroniqueuse, a été élue lundi soir coordinatrice du “Comité national pour la liberté d'Ali Anouzla”. /DR
Fatima Al Ifriki, journaliste et chroniqueuse, coordinatrice
 du “Comité national pour la liberté d'Ali Anouzla”. /
de l'Homme (LMDH), a de son côté évoqué des “similitudes avec le cas d'Ali Anouzla”, arrêté mardi 17 septembre, et qui pourrait être poursuivi dans le cadre de la même loi antiterroriste.
Directeur de la version arabophone de Lakome, Ali Anouzla a été interpellé pour avoir publié un lien vers une vidéo d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) sur le Maroc. Il est en garde à vue depuis.
Lundi soir, un autre comité national de solidarité avec Ali Anouzla a été constitué, suite à une réunion au Club des avocats à Rabat. Les membres de ce comité ont élu Fatima Al Ifriki, journaliste, écrivaine, ancienne animatrice sur Al Oula et chroniqueuse à Akhbar Al Yaoum, au poste de coordinatrice de ce comité.
Le désormais “Comité national pour la liberté d'Ali Anouzla” comprend, outre le comité de défense, des personnalités et des militants actifs à l'intérieur comme à l'extérieur du Royaume.
Y. B. avec AFP