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lundi 16 novembre 2015

Puisque vous prétendez vaincre le terrorisme

Mesdames et Messieurs les dirigeants de la République française,
Vous avez, voilà plusieurs années déclaré la guerre au terrorisme, entendu par là le terrorisme islamiste ou qui se revendique comme tel. Qu’il s’agisse hier d’Al Qaïda, Boko Haram ou aujourd’hui Daesh, cette posture est devenue au fil du temps une constante de la politique étrangère.
Puisque vous voulez vaincre le terrorisme comment se fait-il que vous le financiez ? Comment se fait-il que vos tournées dans les monarchies pétrolières du Golfe donnent lieu à tant d’effusion de joie sur vos comptes twitter ? Comment se goberger d’ouvrir le Louvre à Abu Dhabi ? Comment se féliciter de vendre des armes à l’Arabie saoudite ? Comment laisser les compagnies aériennes de ces pays desservir le territoire national et diffuser dans leurs appareils des publicités vantant la femme moderne intégralement voilée ? Comment expliquer que nous leur achetions encore du pétrole, comment justifier que vous ne voyiez malice au rachat de nos institutions culturelles, nos entreprises, nos clubs sportifs par des capitaux émiratis ou qataris? Est-ce là une politique raisonnable de la part d’un pays qui se prétend être la patrie des droits de l’homme ?
Puisque vous prétendez rayer de la carte ces groupes extrémistes, comment expliquer que vous leur donniez leur raison d’être ? On ne combat pas le terrorisme avec des rafales ou un porte avions. On ne combat pas le terrorisme en éliminant les chefs d’Etat de pays qui, en dépit de leur ignominie, ont quand même eu le mérite de stabiliser des régions qui ne l’ont jamais été. On ne vaincra pas le terrorisme sans avouer franchement que l’État d’Israël mène une politique de colonisation agressive en Palestine. On ne mène pas une lutte contre le terrorisme en menant une politique néoconservatrice type G. Bush en Irak surtout quand on est historiquement la deuxième puissance coloniale.
Puisque vous voulez en finir avec l’islamisme radical et armé, comment comprendre que vous vous aliénez des pays qui, pour des raisons parfois diamétralement opposées certes, ont des intérêts communs aux nôtres à le réduire. Pourquoi cette attitude aussi distante avec la Russie, pourquoi vouloir faire capoter tout accord sur le nucléaire iranien ? Et de grâce quand on vous interroge sur le sujet, ne répondez pas que l’un est un affreux dictateur et l’autre une dangereuse théocratie : Nous avons vu plus haut combien ces considérations vous sont étrangères.
Puisque vous affirmez sur un registre martial que nous sommes en guerre contre les fous d’Allah, comment interpréter votre propension à laisser se développer la pauvreté, l’exclusion et la misère culturelle ? Pourquoi demander tant à l’école sans lui en donner les moyens ? Comment vanter le vivre ensemble avec 6 millions de chômeurs et plus de 10 millions de pauvres ? Comment évoquer encore la fraternité et la solidarité quand les inégalités explosent ? Pourquoi traiter de voyous ceux qui manifestent leur mécontentement en arrachant une chemise de leur dirigeant qui vient leur annoncer la bouche en cœur qu’ils sont virés ? Pourquoi nourrir au quotidien ce sentiment d’être l’étranger, le rebut de la société, auprès de ceux qui n’ont pas la couleur de peau qui convient en leur refusant le droit de vote ? En renonçant au récépissé d’identité après un contrôle policier ? Pourquoi nier que le terrorisme séduit d’abord des jeunes désœuvrés, souvent en échec scolaire, en quête d’identité, sans perspective d’avenir là où ils vivent ?
Mais aussi, si vous combattiez vraiment le terrorisme, pourquoi refuser ceux qui le fuient sur notre territoire ? Pourquoi n’avoir à offrir aux réfugiés de Calais que de vagues promesses d’asile distillées au compte goutte ? Pourquoi avoir tout fait pour que la Méditerranée devienne une barrière plutôt qu’un trait d’union jusqu’à ce que vous vous épanchiez devant le cadavre d’un petit gosse sur des plages turques ?
Et enfin, puisque le FN est pour vous l’adversaire politique majeur, pourquoi en menant la politique qui vient d’être décrite vous faites tout pour le crédibiliser, le placer au centre du jeu. Pourquoi ne jamais faire remarquer que l’extrémisme islamiste et l’extrémisme fasciste ont des intérêts communs et se nourrissent l’un l’autre ?
Je suis au regret de penser, Mesdames et Messieurs les dirigeants de la République française, que vous n’organisez pas la lutte que vous prétendez mener. Vous prétendez vacciner quand vous inoculez le virus. Inconséquence ou machiavélisme ?
En fait les deux. Machiavélisme du « n’ayez pas peur » quand on décrète l’état d’urgence. La bonne blague ! Machiavélisme dans l’invitation de Mme Le Pen à l’Elysée, machiavélisme dans l’annonce d’une union LR PS pour faire face au FN alors même que c’est la porte ouverte à sa victoire régionale, et donc, pensez vous, à sa défaite nationale. Inconséquence quand vous ignorez l’histoire des rapports de la France avec l’est et le sud de la Méditerranée, ignorance quand vous ne voyez pas que ces pays que nous attaquons « n’abritent » pas le terrorisme volontairement mais parce que leurs États sont trop faibles, ou devenus trop faibles, souvent par notre faute, pour y faire face sur place. Incapacité à tirer les enseignements de l’unilatéralisme US au début du XXIe siècle, incapacité à situer la France dans la géopolitique mondiale, absence de volonté de mener une politique étrangère à distance de l’OTAN. Suivisme, aveuglement et politique politicienne tels sont vos alpha et oméga. 

Vous nous conduisez à la guerre car vous avez placé par jeu politique d’abord, et par ignorance ensuite, la France dans une situation inextricable.
Je vous en conjure, ouvrez les yeux, levez la tête. La résilience des Français a sa limite.

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