Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar le 2ème !




Pages

vendredi 24 février 2017

Décolonisation du Sahara Occidental : Faire avancer le processus, rester vigilent !

Le Maroc a essayé, au tout début, de poser des conditions en prélude à son adhésion à l’UA, auxquelles il a fini par renoncer pour signer l’acte constitutif sans réserve aucune, ce qui dénote le souci du Maroc d’adhérer, coûte que coûte, à cette instance continentale.
Le peuple sahraoui demeure résolument attaché à la réalisation du processus de décolonisation sur son territoire occupé, notamment après l’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA) et les engagements qui en découleront en matière de respect du règlement de l’Organisation et des libertés des peuples africains. 
Pendant plus de 40 ans d’occupation du Sahara occidental et plus de 25 ans depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu entre les deux parties en conflit (Front Polisario et Maroc), devant initialement sous-tendre le processus de règlement pacifique sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), «le peuple sahraoui n’a encore vu aucun signal du côté marocain, pour mettre un terme à son occupation du territoire du Sahara occidental», a affirmé le délégué du Front Polisario auprès de l’ONU, Ahmed Boukhari.


Le responsable au Front Polisario, représentant unique du peuple sahraoui, a indiqué que l’adhésion du Maroc à UA « pourrait être une opportunité pour résoudre le conflit du Sahara occidental, pour peu que Rabat ne joue pas à un jeu trouble et douteux », d’autant plus, a-t-il dit, que cette adhésion a été faite sur la base de son approbation de la charte de l’UA qu’il a signée. Il doit par conséquent, respecter son engagement. D’autre part, le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Ould Salek, a précisé que « le Maroc, en signant l’Acte constitutif de l’Union africaine, a officiellement reconnu ses frontières internationales », à savoir celles n’incluant pas le Sahara occidental.
 « Si l’occupant marocain ne venait pas à respecter ses engagements, il se retrouvera face à une situation inextricable et un isolement au double plan africain et mondial tant les fondements sur lesquels a été créée l’organisation continentale reposent sur la libération du continent, la décolonisation et l’interdiction de tout accaparement des terres par la force », a-t-il encore souligné. Dans l’expectative du respect des engagements pris par le Maroc, « l’Union africaine reste le garant principal, aux côtés des Nations unies, de l’application du plan de règlement sans cesse bloqué par le régime marocain », a poursuivi le chef de la diplomatie sahraouie qui estime que l’adhésion du Maroc à l’Union l’« oblige pragmatiquement » à adhérer aux démarches des deux organisations africaine et onusienne quant au règlement du conflit au Sahara occidental.

Mise en garde contre toute manœuvre non conforme à la Charte de l’UA
Se basant sur les antécédents de l’occupant, M. Boukhari remet en doute l’« honnêteté » et la « franchise » du Maroc, évoquant même des « intentions non avouées ». Il a relevé à ce propos, que « le peuple sahraoui n’a jamais fait confiance à l’occupant », mettant en garde contre « toute éventuelle stratégie marocaine non conforme à la Charte de l’UA », notamment à son article 4. L’article 4 de la Charte de l’UA considère que les frontières des Etats membres sont celles acquises le jour de l’accession à l’indépendance. Celles du Maroc datent de 1956, ce qui exclue clairement les territoires du Sahara occidental de son autorité. « Agir autrement signifierait que le Maroc a induit en erreur les membres de l’Union africaine qui doivent rester vigilants en s’assurant que l’indépendance du Sahara occidental ne soit pas balayée sous le tapis de l’opportunisme politique et de la tromperie », a-t-il renchéri. Par ailleurs, le président sahraoui, secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, a appelé les Nations unies, en général, et le Conseil de sécurité tout particulièrement, à « assumer leurs responsabilités et exercer des pressions sur le Maroc pour l’amener à se conformer aux décisions onusiennes visant l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.
En attendant cela, ils sont tenus d’accomplir leur mission d’obliger le Maroc à respecter les clauses de l’accord de cessez-le-feu et la reprise immédiate de l’action de la MINURSO », a-t-il encore martelé. Selon le président sahraoui, l’application de la légalité internationale concernant le conflit au Sahara occidental constitue un « objectif stratégique » pour la partie sahraouie sur la scène africaine, et ce partant de la Charte et décisions onusiennes et africaines afin de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination et de parachever la souveraineté de l’Etat sahraoui sur la totalité de ses terres. « Il s’agit là d’un fait établi et immuable indépendamment de l’adhésion du Maroc », a-t-il déclaré.
Dernière colonie d’Afrique, le Sahara occidental — occupé depuis 1975 par le Maroc, soutenu par la France — fait actuellement l’objet d’un processus de décolonisation sous l’égide des Nations unies et de l’Union africaine sur la base d’un accord de cessez-le-feu signé par les deux parties en conflit.

Le Maroc a besoin de l’UA et non l’inverse
Des experts et spécialistes en droit et relations internationales ont affirmé que le Maroc a besoin de l’Union africaine (UA) pour son poids et son influence sur la scène internationale, au moment où il se trouvait confiné dans un isolement international du fait de l’obstination dont il a fait montre tout au long du processus de règlement politique du conflit au Sahara occidental. L’UA a été fondée sur des principes intrinsèques que sont l’identité des peuples africains et l’histoire de leur lutte, indiquent ces experts. A cet égard, l’enseignant à l’Ecole nationale supérieure des sciences politiques, Mohamed Saïd Mekki, estime que le Maroc a tout fait pour réintégrer l’UA, en raison de sa position de plus en plus vulnérable au plan international, notamment en ce qui concerne le conflit au Sahara occidental. « Cette adhésion est tout a fait ordinaire pour des considérations géographiques », a-t-il ajouté.
« La question du Sahara occidental suscite un intérêt international croissant », a estimé l’expert, soulignant que « toutes les organisations régionales et internationales de par le monde ont pris conscience de la justesse de la lutte sahraouie. Ainsi, le Maroc se retrouve isolé et contraint à recourir à l’UA, dont l’influence sur la scène internationale est de plus en plus renforcée ». Le Maroc est confronté aujourd’hui à « une nouvelle épreuve » a même de tester son souci de respecter les décisions de l’UA, qui œuvre en étroite coordination avec l’ONU et son Conseil de sécurité, « d’autant que Rabat a signé l’acte constitutif de l’UA dont les clauses ne s’inscrivent pas en droite ligne avec la Constitution marocaine qui consacre ‘‘l’occupation du Sahara occidental’’». M. Mekki a rappelé la décision de la Cour de justice de l’UE (CJUE) portant annulation de l’accord avec le Maroc concernant les produits agricoles et de pêche provenant des territoires sahraouis occupés, outre la révision des accords signés entre le Maroc et d’autres pays et la mauvaise impression laissée par le Maroc, suite aux tensions récentes avec l’ONU et les membres de la Minurso.

Trouver une solution pacifique  et diplomatique au conflit

« Le Maroc a pris conscience désormais que son retrait de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), il y a 32 ans, était une erreur qu’il fallait absolument corriger », a affirmé l’enseignant de sciences politiques à l’université de Mostaganem et spécialiste en études africaines et stratégiques, Absir Ahmed Taleb, ajoutant que « Le Maroc a compris qu’il ne pouvait plus agir indépendamment de cette structure continentale, désormais plus influente à l’échelle internationale ». « C’est le Maroc qui a besoin de l’UA et non l’inverse », a-t-il ajouté.
Le Maroc a essayé, au tout début, de poser des conditions en prélude à son adhésion à l’UA, auxquelles il a fini par renoncer pour signer l’acte constitutif sans réserve aucune, « ce qui dénote le souci du Maroc d’adhérer, coûte que coûte, à cette instance continentale », a-t-il précisé. L’adhésion du Maroc à l’UA pourrait s’inscrire dans le cadre des efforts visant à trouver une solution pacifique et diplomatique au conflit sahraoui, à la faveur d’une action commune avec l’ONU en charge de ce dossier, a ajouté l’intervenant.
Il a relevé « un consensus » au sein de l’UA autour des principes communs entre peuples africains, à savoir le rejet du colonialisme et la consécration du développement global, affirmant que l’organisation panafricaine « est plus mûre et consciente des enjeux et défis à relever au niveau interne, mais aussi sur la scène internationale ».

Adoption des textes de l’UA, une reconnaissance de la République sahraouie
Du point de vue juridique, M. Lenouar Fayçal, enseignant en droit international à la faculté de droit Alger I a souligné que l’adoption de l’acte constitutif de l’UA était une sorte de reconnaissance de la République sahraouie, membre fondateur de l’UA.
Il a, par ailleurs, relevé l’existence d’une contradiction entre le contenu des statuts de l’UA et la Constitution marocaine, estimant que cette contradiction ne pouvait impacter les actions de l’UA du fait que son action est régie par l’acte constitutif et, par conséquent, le Maroc est contraint à respecter les dispositions de cette loi, placée au dessus de sa Constitution interne. Selon M. Lenouar, l’adhésion du Maroc à l’UA a eu lieu conformément aux dispositions de l’acte constitutif de l’UA, notamment celles relatives au respect des frontières établies depuis l’indépendance et au respect et à la défense des pays membres de l’organisation africaine, y compris la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en tant que membre fondateur à part entière. Le spécialiste a précisé que le principe de suprématie des accords et des conventions internationaux sur les règlements intérieurs est un principe international reconnu par la Constitution marocaine.
De ce fait, les déclarations de non-reconnaissance théorique de la RASD peuvent constituer une ‘‘violation’’ de l’acte constitutif de l’UA et de la Constitution marocaine qui reconnaît la suprématie des conventions internationales sur tous les documents législatifs intérieurs du pays. L’expert en droit international a rappelé que la RASD était considérée en vertu du droit international comme un « Etat à part entière sous occupation » soumise au processus de décolonisation sous l’égide de l’ONU.

L’Izquierda unida appelle à une solution politique
Le représentant du parti politique espagnol, Izquierda unida (gauche unifiée), de la ville de Huelva, Rafael Sanchez Rufo, a appelé à « une solution politique au Sahara occidental qui devrait aboutir à son indépendance et à mettre fin aux drames et aux souffrances humanitaires que vivent les réfugiés sahraouis ».
Le responsable a déclaré dans une conférence de presse qu’il a animée suite au lancement d’une campagne de collecte d’aides humanitaires dans cette ville espagnole au profit des réfugiés sahraouis que « plus de 200.000 Sahraouis vivent depuis plus de 40 ans dans des conditions difficiles, dans les camps » ajoutant que « la répression marocaine continue jusqu’à l’heure actuelle, et les Sahraouis subissent toutes formes de violations de leurs droits les plus fondamentaux ».
Sanchez Rufo a par ailleurs réitéré le soutien de son parti au peuple sahraoui non pas seulement pour cette campagne de solidarité qui permet de collecter des produits de première nécessité et les envoyer aux réfugiés sahraouis mais nous exigeons, a-t-il dit « qu’une solution politique soit trouvée une fois pour toutes, après tant d’années de souffrance et de répression, pour que ce peuple parvient à son droit légitime qu’est l’indépendance ». Pour sa part, Luis Cruz, le président de l’association de Huelva, amie avec le peuple sahraoui a souligné que « le peuple sahraoui, a non seulement besoin des aides humanitaires mais a aussi besoin d’un soutien politique fort qui lui permettra d’aspirer à son indépendance». (APS)