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lundi 27 février 2017

Le Rif, entre le marteau de la résistance et l’enclume de l’oubli



Certains médias n’ont d’ailleurs pas hésité à faire un comparatif avec Mohammed Bouazizi.
Certains médias n’ont d’ailleurs pas hésité à faire un comparatif avec Mohammed Bouazizi

La région berbère du Rif ne décolère pas. Au contraire, depuis quelques mois, les manifestations (ou sit-in) se sont multipliées dans la ville d’Al Hoceima mais également dans les villages aux alentours. Si le Rif est au bord du gouffre aujourd’hui c’est parce qu’y émergent de multiples crises profondes que cette région traverse depuis plusieurs décennies déjà. Crises économiques, sociale, politique, identitaire… dont la mort récente de Mohsine Fikri est devenue la caisse de résonance. Vendeur de poisson rifain, Mohsine Fikri, s’est jeté dans un camion à ordures pour récupérer sa marchandise que les autorités avaient jetée. La benne a été actionnée, broyant ainsi le malheureux devant des témoins qui suivaient la scène.
Certains médias n’ont d’ailleurs pas hésité à faire un comparatif avec Mohammed Bouazizi, vendeur de rue tunisien qui s’était immolé après la saisie de son matériel, à qui l’on attribue le déclenchement de la révolution en Tunisie.
Plusieurs milliers de Rifains sont sortis dans les rues pour protester et demander que justice soit faite. En réaction, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane est allé jusqu’à appeler les membres de son parti, le PJD, de tendance islamiste, à ne pas participer aux manifestations en hommage au défunt. En dépit de cet appel, ô combien critiquable, les rassemblements se poursuivirent passant de la colère à des revendications démocratiques, sociales et économiques. Rompre avec ce statut spécifique qui fait d’Al Hoceima une « zone militaire » suite à un Dahir de 1958.
Incontestablement, ces événements ont déterré des malaises bien plus profonds qu’il n’y paraît. Certains trouvent leurs origines dans les blessures laissées par les anciennes puissances coloniales de même que par le régime marocain qui ne semble toujours pas avoir trouvé de réponse juste à la question rifaine. C’est donc une population qui sort traumatisée de la répression de 1958-59, des révoltes de 1984 et de celles, sporadiques, de ces dernières années. Néanmoins, le régime marocain renoue avec ses vieux démons et répond aux réclamations pacifiques par la violence. Nombreuses sont les images et les vidéos qui nous parviennent à travers les réseaux sociaux et qui démontrent bien que le régime en place gère les protestations de manière violente.
La situation est particulièrement tendue dans cette région car les forces de l’ordre marocaines ont été déployées à l’entrée d’Al Hoceima pour contrecarrer tout rassemblement de manifestants. La police n’a également pas hésité à matraquer des manifestants, adultes comme enfants, qu’elle dispersait à coups de salves de canon lanceur d’eau. Elle ira jusqu’à l’interdiction de commémorer la disparition d’Abdelkrim El Khattabi, héros et chef de la République du Rif ou encore confisquer son drapeau. Ce dernier symbolisant l’attachement aux valeurs de la résistance, de la justice et de la dignité qu’incarnait la république du Rif.
Oubliée, reléguée et isolée, la région du Rif survit à coups de « débrouille » car ses droits les plus élémentaires lui sont enlevés par le régime marocain qui s’est autoproclamé exception du Printemps arabe. Le mépris à tous les niveaux de l’exercice du pouvoir judiciaire, administratif et policier est une réalité quotidienne dans le Rif. On peut citer l’inégalité de l’Education Nationale (pas d’université à Al Hoceima), mais aussi des hôpitaux indignes de ce nom (qui entraînent des hospitalisations hors de la région), ou encore le non-droit à la liberté d’expression (pour le peuple, les journalistes de l’extérieur et les médias internes). 
Revendications légitimes
Il semble donc urgent d’appeler à faire connaître ces faits et ce qu’ils révèlent (dont le grand public n’a pas vraiment connaissance) afin d’amener vers une reconnaissance par le régime marocain en place des crises vécues par cette région et à considérer ses revendications comme légitimes. Permettre la liberté d’expression et y répondre par des solutions concrètes plutôt que de vouloir les étouffer ou les réprimer par la violence dans un combat qui s’apparente à David contre Goliath. Ce déséquilibre combiné à une politique sourde du régime marocain risque de faire basculer cette expression populaire pacifique vers une escalade de la confrontation qui ne servira personne. Il est temps maintenant de pousser à la conciliation pour empêcher toute situation violente et stérile par une pression internationale.
Jusqu’à quand l’Europe et avec elle la Belgique, vont-elles continuer de supporter sans réagir la politique réactionnaire du régime marocain à l’égard du Rif ? Ignorera-t-on la situation dans cette région jusqu’à ce que les Rifains reprennent la route qu’ils ont toujours prise pour fuir l’autoritarisme : celle de l’émigration vers l’Europe et dès lors grossir un flux migratoire déjà conséquent. Plus que jamais, il est impératif de prendre en compte la réalité d’une population qui tente d’exister malgré un déni de ses droits et qui doit son salut uniquement à sa propre volonté de survivre face aux attaques et au mépris d’un régime que l’Europe et la Belgique semblent approuver par leur silence.
*Signataires :
Aissa Ouchawi (Union Amazigh de Belgique),
Said Amrani (Coordinateur européen adjoint du forum des Droits de l’Homme au Nord du Maroc),
Aadel Said (Président de Solidarif),
Mohamed Akouh (président de l’Association Marocaine des Droits Humains, section belge), Faysal Ithran (Chanteur),
Jamal El Atiaoui (Association Tamazight Liège),
Musa Fathi (Président association Yuba 2),
Mohamed Aadel (Militant associatif de culture berbère),
Fouad Benyekhlef (Administrateur du collectif Les Progressistes Musulmans)

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