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vendredi 24 février 2017

L’OUA, l'UA, le Maroc et l’avenir du peuple sahraoui


Par Marie-Jo Fressard, Solidmar, 24/2/2017

 L’Organisation de l’Unité Africaine a été créée en 1963, à Addis Abeba en Ethiopie. Le royaume chérifien en était membre comme les autres pays africains.

Le 12 novembre 1984, lorsque le président Mohamed Abdelaziz et la délégation sahraouie font leur arrivée au sommet de l’OUA, Hassan II déclare : « Voilà, et je le déplore, l’heure de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous vous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire. » Et il quitte ceux qu’il appelle avec mépris « les batteurs de tam-tam ».

16 ans plus tard L’OUA décide d’établir une nouvelle organisation, l’Union Africaine, chargée d’accélérer le processus d’intégration économique et politique sur le continent africain. L’UA est lancée au Sommet de Durban en 2002.
La politique de la chaise vide pratiquée par le Maroc devient inconfortable à son roi  Mohammed VI qui  y voit un obstacle à son désir d’expansion économique, et un frein à son influence en Afrique. Trois décennies après avoir claqué la porte à l’OUA, Rabat change de stratégie et demande sa « réintégration ». Ce qui n’est pas possible puisque l’OUA n’existe plus, et que le Maroc n’a jamais été membre de l’UA.

Mohammed VI accepte de déposer une demande d’adhésion en bonne et due forme à l’UA mais exige que la RASD en soit radiée. Refus. Les statuts ne le permettent pas, et une bonne partie des membres ne le souhaite pas. Alors, pour gagner des partisans à sa cause, il va parcourir les États africains à plusieurs reprises, accompagné d’importantes délégations d’hommes d’affaires, déployant les grands moyens : financer des hôpitaux, des centres de loisirs, distribuer des tonnes de médicaments, et des milliards de dirhams, précisément ce qui fait défaut à tant de Marocains. Mais malgré un nombre de plus en plus important de supporters gagnés par ces cadeaux à sa politique expansionniste et à son refus ferme de reconnaitre la RASD,  l’UA reste inflexible : Ses statuts  ne prévoient pas la suspension d’un pays membre, à plus forte raison quand il s’agit d’un membre fondateur.

Continuant son forcing, le roi envoie Mézouar, son ministre des affaires étrangères, à Addis-Abeba demander un laissez-passer qui doit lui permettre de participer au sommet de l’UA, bien qu’il n’en soit pas membre. La Présidente de la Commission de l’UA, Madame Dlamini-Zuma, lui signifie une fin de non-recevoir, lui expliquant qu’elle a été élue pour appliquer les règles. La demande d’adhésion du Maroc est inscrite à l’ordre du jour des travaux du sommet et il revient aux chefs d’Etat et aux gouvernements africains de décider des suites à donner à cette demande...

 La seule issue pour le roi du Maroc sera d’accepter de co-siéger à l’UA avec la RASD. Il va donc demander son adhésion sans condition et sans aucune réserve sur l’acte constitutif, dont l’article 4 de la charte considère que les frontières des États membres sont celles qui ont été acquises le jour de l’accession à  l’indépendance.

Après ces intenses tractations diplomatiques, sa demande est acceptée le 1er février 2017 lors du 18ème sommet de l’Union Africaine, par 39 pays sur 54 qui ont envoyé leur soutien au roi. Il n’y a pas de vote, mais une acclamation chaleureuse des partisans du Maroc basée sur le « consensus ».

Pourtant l’Afrique du sud, l’Algérie, le Nigéria, l’Angola, le Zimbabwe, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, le Botswana et l’Ouganda, pour ne citer que les plus importants, résistent, malgré les pressions exercées sur eux.

 Le Maroc est donc le 55ème » pays de l’Union Africaine.
La RASD continue à y siéger, et même, fait dont le Maroc devra s’accommoder, elle assurera la coordination entre les pays de la zone 5 de l’UA : l’Afrique du Nord.


Le Maroc respectera-t-il la charte de l’Union Africaine ?
Le 1er février 2017 Mohammed VI se fait remarquer par un discours enflammé, déclarant combien il est ému aux larmes d’être entré dans l’UA par la grande porte et heureux d’avoir enfin retrouvé sa famille. Délire de bonheur parmi ses partisans !

Mais  larmes de crocodile pour ceux qui ne sont pas gagnés par cet enthousiasme. Cette admission ne doit surtout pas signifier pour le Maroc un blanc seing à l’occupation du pays convoité, qui continuera à être soutenu par  l’organisation de l’Unité Africaine consciente des intérêts du continent qui se croisent avec ceux de la communauté internationale. Elle continuera à jouer son plein rôle pour trouver des solutions africaines aux problèmes de l'Afrique.

Selon la charte que l’État marocain a ratifiée et signée, il doit respecter la déclaration universelle des droits de l’Homme et reconnaitre l’intégrité territoriale et la souveraineté de chacun des  54 pays membres, dont fait partie le Sahara Occidental qui ne fait pas partie du Maroc,  ce qu’a rappelé la Cour de Justice de l’Union Européenne le 21 décembre 2016. Cette belle charte se veut la réalisation d'une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre les peuples d'Afrique. On est bien loin de la guéguerre entre pro et contre Maroc où il est rarement question des peuples africains.

Les grands problèmes doivent progressivement trouver leur solution : le Conseil de sécurité de l’ONU doit restaurer le  plein fonctionnement de la MINURSO, qui, outre l’organisation du référendum d’autodétermination et la surveillance du cessez-le-feu, devra, comme les autres organismes de l’ONU, avoir un regard sur le respect des droits de l’Homme, interdire le pillage illégal des richesses de la mer et de la terre du pays occupé. Les  prisonniers politiques sahraouis devront enfin être jugés, conformément à la Convention de Genève et au Droit Humanitaire Internationaldevant le tribunal civil d’El Aaiun, et non à Rabat-Salé.

La délégation marocaine est abasourdie devant ce déferlement de problèmes. Mohammed VI, lui, ne bronche pas, défiant l’Union Africaine même chez elle, confiant en la pratique du chéquier, soutenu par ses riches amis d’Arabie Saoudite et des monarchies du Golfe. Il considère ce « retour » comme un camouflet pour la RASD et ses amis, bien décidé à se mobiliser encore pour la délégitimer. Car dès le lendemain, Nasser Bourita, le ministre délégué aux affaires étrangères,  affirme dans un entretien publié par le Desk «Non seulement le Maroc ne reconnaît pas - et ne reconnaîtra jamais - cette entité fantoche, (la RASD ndlr) mais il redoublera d’efforts pour que la petite minorité de pays, notamment africains, qui la reconnaissent encore, fasse évoluer leur position dans le sens de la légalité internationale et des réalités géopolitiques». Quelle légalité internationale ? Le Maroc n’ignore pourtant pas qu’aucun pays au monde ne reconnaît sa prétendue  souveraineté sur le territoire sahraoui.

 « Le Maroc va réintégrer l'Union africaine (UA) pour expulser de l'intérieur la RASD, écrivait Ali Lmrabet quelques jours avant l’adhésion. Mais comment expulser la RASD si les instruments juridiques de l'UA ne permettent pas la mise au ban d'un Etat membre ? »

L’UA se trouve dans une situation grave et inédite maintenant que le loup est dans la bergerie !

Pour le Front Polisario toutes les options sont ouvertes. « Nous sommes un peuple pacifique qui a patienté durant 26 ans pour une résolution pacifique du conflit. Nous avons collaboré de bonne foi avec l’Organisation des Nations Unies pour l’aider à parachever son mandat dans les territoires. » a déclaré Brahim Ghali, son secrétaire général. Il veut encore croire que l’entrée du Maroc dans l’Union Africaine, après 33 années d’absence, pourra ouvrir la voie aux négociations, les deux parties étant membres de l’organisation panafricaine.


Mais «les atermoiements marocains et le fait que le Conseil de sécurité (de l’ONU) ne prenne pas ses responsabilités »  contraignent le Polisario à réfléchir aux différents moyens de recouvrer leurs droits. Selon lui, la France a aussi une grande part de responsabilité dans le prolongement des souffrances du peuple sahraoui en entravant par son droit de véto la mise en place du processus onusien. Il comprend les jeunes Sahraouis fatigués d’une si longue attente, qui parfois évoquent le retour à la lutte armée.


Brahim Ghali qui souhaite malgré tout un règlement pacifique, espère que le processus onusien sera relancé avec le nouveau secrétaire général Antonio Guteres, un ancien responsable du Haut Comité aux Réfugiés, et que le peuple sahraoui pourra reprendre confiance et espoir, voir se réaliser ce rêve d’autodéterminer son avenir qui est son droit en tant que territoire non autonome. Retrouver son pays, revoir les siens, ouvrir les prisons aux prisonniers politiques, profiter de ses richesses, quitter cette vie de misère, la malnutrition, le mépris, l’humiliation, et surtout oublier la répression arbitraire.


Mais si par malheur la crise s’amplifie, l’Union Africaine ne risque-t-elle pas  d’imploser entre les pro-Maroc et les anti-Maroc ? Et dans ce cas, quelle sera encore la crédibilité de cette organisation ? Pourra-t-elle encore agir pour tenter de maintenir la paix en Afrique, donc même la paix dans le monde ? Et qu’en sera-t-il de ce référendum tant attendu ?