2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Dakhla. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dakhla. Afficher tous les articles

lundi 11 août 2025

Christopher Nolan sous le feu des critiques après un tournage au Sahara occidental

 Charlotte Amrouni, Les Inrockuptibles, 8/8/2025

En plein tournage de son prochain film intitulé “The Odyssey”, Christopher Nolan fait face à de vives critiques. En cause : son choix de filmer plusieurs scènes au Sahara occidental occupé.
Deux ans après Oppenheimer, Christopher Nolan prépare une nouvelle fresque, cette fois adaptée de L’Odyssée d’Homère. Le tournage de cette relecture portée par Zendaya et Matt Damon a commencé le 17 juillet dans la ville de Dakhla, située au Sahara occidental – un lieu qui a rapidement suscité une vive controverse. Dans un manifeste publié fin juillet, le Festival du cinéma du Sahara (FiSahara) dénonce ainsi leur présence dans “une ville occupée et militarisée dont la population autochtone sahraouie est soumise à une répression brutale de la part des forces d’occupation marocaines”

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental demeure effectivement une zone de vives tensions, depuis sa cession en 1976. “En tournant une partie de The Odyssey dans un territoire occupé classé comme ‘désert pour le journalisme’ par Reporters sans frontières, Nolan et son équipe, peut-être sans le savoir et sans le vouloir, contribuent à la répression du peuple sahraoui par le Maroc et aux efforts du régime marocain pour normaliser son occupation du Sahara occidental”, déclare María Carrión, directrice exécutive de FiSahara.

Mobilisation internationale
Une prise de parole soutenue par des centaines d’activistes, journalistes et artistes, dont l’acteur Javier Bardem ou le cinéaste Rodrigo Sorogoyen. Tous·tes ont ainsi signé ce manifeste appelant “Christopher Nolan, Universal et les sociétés impliquées dans The Odyssey à reconnaître publiquement qu’ils n’auraient pas dû tourner de scènes à Dakhla, et à ne pas les inclure dans le film ou à obtenir le consentement du peuple sahraoui pour le faire”.
Bien que le FiSahara ait réclamé la suspension du tournage, celui-ci n’a duré que quatre jours et s’est achevé avant le début de la mobilisation. La production se poursuit désormais en Sicile et au Royaume-Uni, tandis que Christopher Nolan n’a pas encore réagi. Une absence de réponse déplorée par María Carrión, qui exhorte toujours le cinéaste et ses équipes à “montrer leur soutien envers la population sahraouie, sous occupation militaire depuis cinquante ans et régulièrement emprisonnée et torturée dans le cadre de sa lutte pacifique pour l’autodétermination”.

Une lettre à Christopher Nolan

Traduite de l'espagnol par SOLIDMAR

Bonjour Monsieur Nolan, je m’appelle Ahmed Fadel, je suis un Sahraoui originaire de Dakhla, l’ancienne Villa-Cisneros, où vous tournez votre film. J’ai quitté ma ville il y a 50 ans, comme la plupart de ses habitants.

Je me souviens des deux seuls cinémas qui existaient : le cinéma Lumen et le cinéma Sahara. J’y allais tous les dimanches pour voir des films de grands artistes comme James Stewart, Marlon Brando, Jack Nicholson, Dustin Hoffman, Robert Redford, Paul Newman, Clint Eastwood, Steve McQueen, Katherine Hepburn, Bette Davis, Audrey Hepburn et Jane Fonda.

Tous ces artistes ont laissé un héritage à ma génération. Des artistes qui représentaient un monde plus humain, plus juste, avec plus de valeurs et qui luttaient toujours pour ce qui est le plus important pour l’être humain : sa liberté.

Ces deux cinémas ont été détruits par l’envahisseur marocain, ceux qui constituaient leur public soit sont morts en combattant ou sont toujours réfugiés depuis lors. Les propriétaires, les portiers et les ouvreurs de ces cinémas ont également péri.

Aujourd’hui, 50 ans plus tard, vous visitez ma ville occupée pour tourner un film qui justifie l’invasion de ma ville captive, l’extermination de son peuple et la destruction de ses deux seuls cinémas.

Cela me fait énormément de peine que parmi mes souvenirs de cette époque, je doive maintenant parler à mes petites-filles, à qui je racontais « À l’est d’Éden », « Un nouvel espoir », « Les Dents de la mer », « Taxi Driver », « La Grande Évasion », de Christopher Nolan et de son « Odyssée » dans la ville occupée de leur grand-père, où sont morts leurs arrière-grands-parents qu’elles n’ont jamais connus.

Ahmed Mohamed Fadel
Ancien guérillero et militant sahraoui

dimanche 16 mars 2025

Faire de Dakhla le “Benidorm” du Sahara occidental : l’écran de fumée de l’occupation marocaine

La ville de Dakhla, située au Sahara occidental, est occupée par le Maroc, qui s’est lancé dans une stratégie visant à stimuler le tourisme dans la région, alors que les dénonciations de la population sahraouie se poursuivent.

Asier Aldea, elDiario.es, 6/3/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

 L’auteur a été refoulé du Sahara occidental par la police marocaine en février dernier.

Dakhla (Sahara occidental occupé) - À peine deux heures après que des dizaines de touristes étaient descendus de l’avion Ryanair pour visiter Dakhla, une des villes occupées par le Maroc du Sahara occidental, la famille de Lahbib Ahmed Aghrishi a de nouveau dénoncé sa disparition. Deux fois par semaine, ils se rassemblent à l’entrée de l’ancienne boutique d’Ahmed, aujourd’hui fermée par la police, pour exiger une réponse. Munis d’affiches à son effigie, de banderoles et d’un mégaphone, ses proches expriment leur angoisse après trois ans de silence de la part des autorités marocaines.


La famille de Lahbib Ahmed Aghrish brandit sa photo devant son ancien magasin, fermé par la police marocaine, après trois ans sans nouvelles de lui. Photo Asier Aldea

Le magasin est situé dans l’une des rues principales de la ville, à proximité de la plage et du marché. La plupart des gens qui marchent près d’eux semblent ignorer la protestation, à l’exception des approches timides de quelques connaissances. C’est une partie de l’arrière-boutique où le Maroc ne veut pas voir arriver ces touristes qui débarquent à Dakhla sans beaucoup d’informations sur la charge symbolique de leur voyage. De l’autre côté de la ville se trouve le décor où Mohamed VI tente d’orienter ses visiteurs : une vitrine d’offres touristiques d’hôtels, de plages, de surf et de dunes que le gouvernement marocain utilise pour tenter de séduire le visiteur étranger. La promotion de Dakhla comme attrait pour les voyageurs masque les allégations d’enlèvements, d’abus policiers et de persécution de la population sahraouie vivant dans les territoires occupés de l’ancienne colonie espagnole du Sahara occidental.

À leur arrivée dans la ville côtière, les touristes sont accueillis par un immense drapeau marocain déployé à l’aéroport, où un panneau leur souhaite également la bienvenue : « Bienvenue à la destination touristique de Dakhla Oued Eddahab », peut-on lire sur le panneau, qui est également rédigé en anglais, en français et en arabe. Divers symboles le long des rues revendiquent la marocanité supposée de la zone occupée, des affiches montrant le territoire du Maroc et du Sahara occidental unis en un seul pays, aux avenues portant le nom des anciens rois de la dynastie alaouite, tels que le boulevard Hassan II ou Mohamed V. L’image du monarque actuel, Mohammed VI, est omniprésente.

Parmi les voyageurs, on note une certaine méconnaissance de la région. Plusieurs ont souligné le prix du voyage comme l’une des principales raisons de vouloir visiter la région - moins de 60 euros aller-retour, bien qu’il y ait des offres allant jusqu’à 14,99 euros pour un aller simple. Un touriste finlandais dit qu’il passera quelques nuits à Dakhla, profitant du faible coût du vol, et qu’il visitera ensuite Marrakech. « Je ne sais rien de la ville », dit-il avant de monter dans l’avion, en parlant de Dakhla. Sur le chemin de l’avion, un couple de Colombiens explique avec enthousiasme qu’il a réservé quelques nuits dans un bungalow construit dans le désert après avoir trouvé une bonne affaire. Un autre couple, espagnol celui-là, est un peu inquiet. Ils ont appris l’expulsion d’un journaliste espagnol. Mais, avouent-ils, ils ont choisi cette destination pour une seule raison : « C’était bon marché ».

L’engagement du Maroc en faveur de la touristification de Dakhla, qui compte déjà plus de 20 hôtels et résidences de vacances, vise à transformer la ville occupée en une sorte de Benidorm. L’investissement dans cette tentative de création d’un nouveau paradis pour les voyageurs se fait au détriment de familles comme celle d’Ahmed.

Les voix réduites au silence

Naama Ahmed Aghrishi, frère du Sahraoui disparu, a une date gravée dans son esprit : le lundi 7 février 2022. C’est la dernière fois qu’il a eu de ses nouvelles. « Jusqu’à présent, nous savons seulement qu’il a disparu. Nous ne savons pas s’il est mort ou vivant. La police prétend qu’un témoin qui se promenait sur la plage ce jour-là l’a tué plus tôt et s’est ensuite suicidé, mais le rapport d’autopsie montre que le témoin a été tué après avoir été torturé », dit-il.

Ahmed, dont la mère et la grand-mère vivaient dans l’ancienne colonie espagnole et possédaient des cartes d’identité espagnoles, affirme que la police a pendant tout ce temps empêché et dissimulé toute preuve susceptible de faire la lumière sur ce qui s’est passé. La famille espère toujours le retrouver, mort ou vif. Malgré les pressions constantes, Ahmed n’envisage pas de quitter le Sahara occidental : « Non, non, ici jusqu’à notre mort. Notre maison est ici, nous sommes nés ici ».


Photo Asier Aldea

Selon Enna Mohamed Salek Hbibi, le fait d’être une militante sahraouie a également un impact sur son éducation et son économie. Elle dit avoir été privée d’une bourse universitaire après avoir obtenu son baccalauréat en 2014. « En 2015, on m’a refusé une bourse à la faculté des sciences en raison de mon militantisme étudiant et de mes publications sur Facebook », se plaint-elle. Elle et ses frères et sœurs ont été catalogués comme « enfants d’une famille séparatiste », explique la militante. Cette identification, explique-t-elle, implique de traîner une marque qui leur ferme l’accès à l’emploi et entraîne un harcèlement, une surveillance stricte et des interrogatoires sans fin chaque fois qu’ils se déplacent dans le territoire.

« On nous interdit l’accès aux ressources du Sahara occidental, qui sont pillées ; on nous refuse le droit à l’éducation, aux soins de santé, à l’accès à certaines spécialisations universitaires et un blocus économique nous est imposé. Nous sommes confrontés au déplacement forcé, à l’emprisonnement, à la torture et au meurtre », prévient-elle. La discrimination et les difficultés d’accès à la formation professionnelle et à l’enseignement universitaire pour le peuple sahraoui ont été dénoncées par l’ECOSOC (Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU).  Au Sahara occidental, il existe un système organisé sous le nom de “kartiya”, une allocation mensuelle d’environ 200 euros pour les personnes sans ressources. Cependant, les organisations sahraouies dénoncent le fait que ces ressources sont utilisées par l’Etat marocain pour exercer un chantage et des pressions sur les populations qui ont besoin de cette aide, « décourageant ou punissant leur participation aux manifestations et aux mouvements sociaux ».

Le Collectif des défenseurs des droits de l’homme au Sahara occidental (CODESA), principale organisation d’activistes au Sahara occidental occupé, fait état d’une “répression systématique” de la part des forces d’occupation marocaines. « La zone est fermée et les observateurs internationaux ne sont pas autorisés à y pénétrer. De 2014 à aujourd’hui, environ 350 observateurs et journalistes ont été expulsés par la police marocaine », explique Babouzeid Labbihi, membre et ancien président du groupe. « Les manifestants sont empêchés de passer, les maisons des militants des droits humains sont assiégées, et les prisonniers politiques et leurs familles subissent une répression constante », poursuit-il.

En 2024, le CODESA a documenté dans son rapport annuel 30 cas de prisonniers politiques sahraouis emprisonnés par le Maroc, avec des peines allant de dix ans à la prison à vie. « Au cours des trois dernières années, la police a arrêté de nombreux Sahraouis pour rien. Par exemple, pour avoir travaillé comme pêcheur sans permis, ils sont condamnés à cinq ans de prison », critique Ahmed.

Lorsqu’on interroge un militant sahraoui sur sa vie dans les territoires occupés du Sahara, il est fréquent qu’il mentionne avoir subi des détentions arbitraires lors de ses manifestations pour l’autodétermination. Beaucoup d’entre eux mentionnent avoir été victimes de torture ou de mauvais traitements. Un rapport récemment publié par ACAPS et NOVACT indique que 10 hommes et 6 femmes ont été arrêtés ou détenus illégalement pour la seule année 2023.

Des “complices du régime”

Salamu Hamudi, responsable des affaires politiques à la délégation du Front Polisario en Espagne, explique que « le Maroc a appliqué trois types de stratégies. La première est l’occupation militaire. Ensuite, il a promu une politique démographique dans le but d’injecter des colons dans le territoire afin de transformer les Sahraouis en citoyens de seconde zone. La troisième est la promotion du tourisme, qu’il développe actuellement », explique-t-il. Le représentant du Polisario soutient que le plan marocain consiste en un « investissement économique agressif » qui vise à « faciliter le non-paiement des impôts par les entreprises afin de laver l’image de la ville de Dakhla et de la transformer en une sorte de Benidorm, où tout est beau, les dunes, les vagues, le surf, les hôtels cinq étoiles... ».

En octobre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé illégaux les accords de pêche et d’agriculture conclus par les États membres de l’UE avec le Maroc. « Dakhla est une ville militaire illégalement occupée et le territoire jouit d’un statut juridique qui le définit comme un territoire non autonome en cours de décolonisation, dont le peuple sahraoui doit encore décider de l’avenir de ses ressources naturelles. En attendant, le droit international est très clair : les ressources naturelles ne peuvent pas être exploitées, et il ne peut y avoir aucun type de relation commerciale avec le Maroc si cette activité doit inclure le territoire du Sahara occidental, sinon c’est illégal », affirme-t-elle. L’ouverture d’un vol direct entre Madrid et Dakhla par Ryanair début janvier a été un chant de sirène pour les touristes, mais elle a aussi donné lieu à des épisodes d’expulsions de journalistes étrangers, de députés et d’eurodéputés qui voulaient sortir du récit officiel marocain.

« L’argent généré reste entre les mains du Maroc. Le citoyen sahraoui ne profite pas de ses ressources naturelles, il n’est pas impliqué dans l’exploitation, il n’est même pas embauché. La plupart des personnes qui travaillent dans les hôtels ou dans d’autres activités sont des Marocains », prévient le représentant du Polisario.

Bien que ce nombre puisse paraître faible, ajouté à ceux de beaucoup d’autres personnes, il nous aide à regarder là où beaucoup préfèrent ne pas regarder.

« Nous conseillons aux touristes de ne pas rester dans leur zone de confort, dans l’écran de fumée que crée le Maroc, mais de se promener dans la ville, de parler aux gens ordinaires, d’aller au marché, de visiter les boutiques les plus humbles, de se rendre dans les endroits les plus vitaux et les plus importants. Ils découvriront alors qu’il s’agit d’un territoire occupé militairement et qu’eux-mêmes, ces mêmes touristes qui ont voyagé ici, font partie d’un grand théâtre et sont, dans une certaine mesure, complices de ce régime », conclut-il.

 

samedi 8 février 2025

Dehors les journalistes, bienvenue aux influenceurs espagnols : la stratégie du Makhzen pour blanchir l’occupation de Dakhla

Pillage, surveillance extrême et blocage de l’information... Telle est la réalité de Dakhla, l’ancienne Villa Cisneros. Le Maroc utilise des influenceurs espagnols pour blanchir son image.

Sara S. Bas et Francisco CarriónEl Independiente, 8/2/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala


 « Dakhla, jouez les Robinsons des sables », propose le site ouèbe Visit Morocco. Dakhla, l’ancienne Villa Cisneros espagnole, est un paradis de plages et de dunes vierges et de vagues qui font le bonheur des surfeurs les plus intrépides. Une destination que le régime alaouite veut faire figurer sur la carte, en essayant d’ignorer un immense détail : elle se trouve en effet au Sahara occidental, un territoire occupé « manu militari » par le Maroc depuis un demi-siècle et en attente de décolonisation, selon l’ONU. Un territoire interdit à la presse internationale où de graves violations des droits humains sont commises contre la population sahraouie et où, dans le même temps, les autorités occupantes déroulent le tapis rouge aux influenceurs et aux youtubeurs.

Ces dernières semaines, deux journalistes espagnols ont été expulsés de Dakhla. Ce mercredi, le Maroc a refusé l’entrée dans la ville à Francisco Carrión, reporter d’El Independiente. Il y a une semaine et demie, José Carmona, de Público, a été expulsé. Depuis janvier, en revanche, le régime de Mohamed VI a invité des dizaines d’influenceurs espagnols dans le but de promouvoir Dakhla comme une destination de vacances économique et proche de la péninsule, à seulement trois heures de vol. Selon nos informations, le gouvernement marocain organise des voyages pour promouvoir l’image de cette ville, située au sud du Sahara occidental. Dans le cadre du premier vol direct reliant Madrid à Dakhla, plusieurs influenceurs, se désignant eux-mêmes comme « créateurs de contenu », et des journalistes de voyage ont pu se rendre sur place et visiter la ville pendant plusieurs jours.

Une centaine de personnes - parmi lesquelles des agents de voyage, des journalistes et des influenceurs d’Espagne et du Portugal - ont été invitées à Dakhla par l’Office national marocain du tourisme (ONMT). Le « voyage de familiarisation » - « Fam Trip », comme on l’appelle dans le jargon des agents et des journalistes du tourisme - s’est déroulé du 8 au 11 janvier et avait pour objectif de « promouvoir Dakhla comme destination principale pour les marchés ibériques » en pleine offensive du régime alaouite pour obtenir un soutien international à sa revendication de marocanité de l’ancienne colonie espagnole, un territoire non autonome en attente de décolonisation, selon l’ONU.

Huîtres et dunes : un voyage royal

« Le Fam Trip offre une introduction complète au potentiel touristique de Dakhla, en mettant en avant ses atouts culturels, ses paysages naturels et ses opportunités d’investissement », expliquent les autorités touristiques marocaines. Selon le programme, les participants ont visité les principales attractions touristiques de l’enclave, ont assisté à des « sessions de réseautage » et à des « présentations conçues pour montrer l’attrait croissant de la région pour les visiteurs internationaux ». Rabat ne cache pas que son objectif est de positionner Dakhla comme « une porte d’entrée pour les touristes latino-américains via le centre d’opérations de Madrid ». Ryanair a rejoint trois autres compagnies aériennes proposant des liaisons internationales avec Dakhla : Royal Air Maroc (RAM), Binter Canarias et Transavia. Toutes opèrent sur des routes subventionnées par l’État marocain.

« Visit Morocco nous a contactés par l’intermédiaire de Bushido Talent, une agence d’influenceurs et de marketing digital basée à La Corogne, pour réunir un certain nombre de personnes et faire ce voyage », a expliqué à El Independiente l’une des personnes qui s’est rendue à Dakhla et qui préfère garder l’anonymat. Visit Morocco est la marque sous laquelle opère l’autorité touristique du pays voisin. L’objectif, détaille cette source, est de dissocier Dakhla du conflit découlant de l’occupation par le Maroc du Sahara occidental et d’en faire une destination touristique. « Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvait Dakhla ni de ce à quoi elle ressemblait avant de voyager », admet-il. Depuis que le Front Polisario a rompu le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 en novembre 2020, les hostilités ont repris le long du mur de 2 720 kilomètres de long qui sépare le territoire occupé par Rabat de celui libéré par le Polisario.

Le voyage en lui-même visait à faire connaître la ville « et à donner un coup de pouce au tourisme et aux hôtels », explique-t-il. « Pour l’instant, ce n’est pas très beau, mais c’est parce que c’est en construction et toute la partie de la côte, qui est magnifique, vit d’un tourisme qui est presque inexistant ». Pour le reste, il s’agissait d’un voyage normal auquel sont conviés des influenceurs, avec des activités de toutes sortes au programme et même un peu de « temps libre ».


Capture d’écran de l’Instagram de Miguel Mandayo.

« Un secret de Polichinelle »

L’agence d’influenceurs, pour sa part, n’a pas souhaité faire de déclarations à ce sujet, car lorsque nous avons fait part de notre intention de savoir qui était derrière ces invitations à Dakhla, elle a décidé de ne pas répondre aux questions d’El Independiente. « Je ne crois pas aux journalistes », déclare Mohamed Elben, fondateur et PDG de l’agence. Que ces voyages soient offerts par Visit Morocco est « un secret de Polichinelle », précise-t-il.

L’un des participants au voyage était Miguel Mandayo, un jeune Galicien de 23 ans qui compte plus de 200 000 followers sur Instagram et 800 000 sur Tiktok. Il est lié professionnellement à l’agence susmentionnée. Contacté par notre journal, Mandayo refuse de parler en invoquant « la nature certainement politique » des questions. Il le dit avant même qu’elles ne lui aient été posées. « Je préfère ne pas répondre », insiste-t-il. « Je ne veux pas de problèmes ».

Sur son Instagram, l’une de ses publications témoigne de son passage dans le Sahara Occidental occupé. « Un Galicien au Maroc », écrit-il. Sur les photos, on le voit avec un turban, parcourant une route sahraouie ou passant dans un Land Rover avec la côte du Sahara occupé en arrière-plan. Il inclut également une vidéo où il joue au football avec des enfants. Dans une autre publication, il raconte son aventure à Dakhla. « 24 heures au Maroc, ça fait beaucoup de choses. *publi Merci beaucoup d’avoir rendu possible @visit_Morocco_ [le compte officiel de l’autorité touristique marocaine] ».


Certains des influenceurs dégustant un copieux buffet à côté de la photo du prisonnier sahraoui Ali Salem Tamek.

La jet-set makhzénienne, derrière les propriétés à Dakhla

Parmi les influenceurs qui ont accepté l’invitation des autorités marocaines, on trouve Fran et Ailyn, qui se présentent sur leur compte Instagram Traveltipforyou [722 000 followers] comme « un couple de créateurs de contenu ». Dans leur reportage sur Dakhla, ils chantent les louanges de la propagande marocaine. « C’est l’une des meilleures destinations au monde pour faire du kitesurf », disent-ils tout en recommandant de « déguster des fruits de mer et des huîtres fraîches », de « se détendre sur la plage de Tulum » ou de « visiter l’île du Dragon avec ses vues impressionnantes ». Aucune mention n’est faite de la situation réelle du territoire. La vidéo les montre en train de profiter de complexes hôteliers de luxe tels que La Crique, un établissement composé de 25 suites VIP et de deux suites royales appartenant à la jet-set marocaine. « Il est lié à Idris Sanoussi, qui détient la majorité des projets touristiques à Dakhla. Il est le cousin de l’ambassadrice du Maroc à Madrid et est marié à une femme du palais royal marocain », commente un activiste sahraoui. Le couple de Traveltipforyou n’a pas non plus répondu à la demande d’informations de notre journal.

Des journalistes comme Alicia Escribano étaient également présents. « Les journalistes de voyage y vont pour le tourisme, pas pour porter des jugements ou des appréciations politiques », nous explique Escribano. Ce n’est pas la première fois que le régime alaouite tente de promouvoir le territoire occupé du Sahara en organisant des visites guidées pour des journalistes espagnols, mais jusqu’à présent, celles-ci ont été très discrètes, conformément à ses tentatives d’améliorer l’image du régime en Espagne par la mise en place d’un lobby pro-makhzen.

En novembre 2023, les autorités avaient organisé une visite à Dakhla d’une prétendue délégation de journalistes espagnols composée du président de l’Association de la presse de Huelva, Juan Francisco Caballero, et des photojournalistes Jordi Landero et Julián Prez. « La visite de deux jours a également permis à la délégation espagnole de constater de visu les grands projets et infrastructures dans les domaines du tourisme, de l’hôtellerie, de la logistique, des énergies renouvelables, de la pêche maritime et de l’agriculture ». Contactée par notre journal à ce moment-là, l’association de la presse d’Huelva n’avait même pas répondu. Dans des déclarations à l’agence de presse marocaine MAP, Caballero « a salué les réalisations et les projets de grande envergure menés dans la région, exprimant son souhait de transmettre cette réalité à l’opinion publique espagnole ».

Faire du surf dans un endroit qui est considéré comme occupé est déjà une erreur en soi, mais s’engager à en faire la promotion est une preuve de complicité avec cet occupant.

La Fédération des associations de journalistes d’Espagne (FAPE) avait alors évité de condamner la visite dans les territoires occupés. « Les associations de presse qui composent la FAPE sont totalement autonomes dans le développement de leurs activités sur leurs territoires respectifs. Dans ce cas précis, il faudrait en outre savoir si le président de l’Association de la presse de Huelva a assisté en qualité de journaliste d’un média ou en tant que représentant des professionnels de Huelva. Quoi qu’il en soit, en tant que FAPE, nous respectons les initiatives des associations fédérées et soutenons celles qui nous sont proposées et qui sont liées aux piliers fondamentaux de la profession, tels que la liberté de la presse et le droit des citoyens à recevoir des informations véridiques », a-t-il répondu à notre question. Cette semaine, à la suite de l’expulsion du journaliste d’El Independiente, la fédération a dénoncé les restrictions à l’exercice du journalisme qui se produisent au Sahara occidental.


L’un des influenceurs sautant une dune, à gauche. À droite, la présence policière lors d’une manifestation dans les environs de Dakhla.

Le vrai visage de Dakhla : pillage et État policier

La réalité de Dakhla est loin des clichés heureux et insouciants que tentent de projeter les influenceurs qui, tous frais payés, s’y sont rendus début janvier. Elle est plus sombre que le surf, les paysages paradisiaques de dunes et de plages vierges ou les délices locaux comme les huîtres ou le poulpe. « Comme le reste du territoire occupé, Dakhla est sous embargo policier et militaire », dénonce à ce journal Elmami Amar Salem, un militant des droits humains résidant à Dakhla. « Le peuple sahraoui vit dans un état de malheur permanent. Nous subissons des arrestations, de la surveillance, de la torture et la prison. Nous sommes marginalisés face à la vague de colons marocains. C’est une ville très riche en tourisme, pêche et agriculture, mais nous ne tirons pas profit de l’exploitation de nos ressources. Nous sommes soumis à un black-out de l’information qui fait que notre cri ne sort que très peu », déplore-t-il. En octobre, la Cour de justice de l’Union européenne a annulé les accords de pêche et agricoles entre Rabat et Bruxelles pour n’avoir pas obtenu le consentement de la population sahraouie, seule propriétaire légitime des ressources actuellement pillées.

Un climat de terreur confirmé par le Collectif des défenseurs des droits humains au Sahara occidental (CODESA), le principal réseau de militants dans les territoires occupés par le Maroc. « L’expulsion des observateurs et l’interdiction de visiter le Sahara occidental occupé visent à dissimuler une réalité que l’occupation marocaine ne veut pas que le monde découvre, qui est sans aucun doute contraire aux droits humains. Et si les occupants marocains doutent de ce que nous disons, qu’ils ouvrent donc le Sahara occidental aux observateurs internationaux », déclare son président Ali Salem Tamek. « « L’interdiction et l’expulsion d’un journaliste d’El Independiente de Dakhla par la police d’occupation marocaine constituent une partie de la réponse sur la situation des droits humains à Dakhla et au Sahara occidental. C’est une situation grave dans laquelle tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux sont violés, tandis que les Sahraouis sont confrontés à la pauvreté et au déplacement, et sont privés de leurs ressources naturelles, qui sont pillées par l’occupation marocaine et des entreprises de certains pays qui ont été autorisées à participer au pillage en échange de leur soutien à l’occupation marocaine du Sahara occidental ».

Ahmed Aghrishi, un habitant sahraoui de Dakhla, connaît bien les ravages de l’appareil policier marocain. Son frère Lahbib a disparu il y a exactement trois ans. Ce vendredi, sa famille a organisé une manifestation dans les rues de Dakhla. « Nous ne savons rien de son sort. Les services secrets marocains nous disent qu’un de ses amis l’a tué. Ils affirment qu’il a brûlé son corps avec 15 litres d’essence et qu’il ne reste qu’un os. Nous avons réclamé son corps pour pouvoir faire des tests ADN, mais ils refusent. Ils considèrent que l’affaire est close ; pas nous », explique Ahmed dans une conversation avec notre journal depuis Dakhla. « Nous avons emmené son meurtrier présumé au poste de police et il a été libéré deux heures plus tard. Le lendemain, il a été retrouvé mort. La version officielle est qu’il s’est suicidé, mais nous savons qu’ils l’ont tué et jeté à la mer », raconte-t-il.

« Les influenceurs sont complices »

Pour Ahmed, qui continue de se battre pour faire éclater la vérité, la promotion touristique de Dakhla n’est qu’une « simple vitrine ». « Ils accueillent les touristes à l’aéroport et les emmènent dans des hôtels situés à 20 ou 25 kilomètres d’ici. Ils profitent de la belle vie, avec de la bonne nourriture, de belles plages, des fêtes et de l’alcool. Mais en ville, en attendant, il y a de la discrimination, des abus et des agressions. On ne peut pas respirer. Le gouvernement marocain nous met sous pression avec colère parce que les Sahraouis gagnent du terrain en Europe et à l’ONU », commente-t-il.

« Ces invitations de youtubeurs et d’influenceurs s’inscrivent dans le cadre de la tentative du Maroc de normaliser l’occupation illégale », souligne Abdulah Arabi, représentant du Front Polisario en Espagne. « Ce sont des outils que le Maroc utilise pour tenter de consolider ce que le droit international leur refuse. Certains des invités l’ignorent peut-être, mais d’autres se moquent des conséquences de leur travail. En tant que youtubeurs, ils ont l’obligation de respecter la vérité. Ils vendent une réalité qui ne correspond pas à la réalité. On ne peut pas aller dans un endroit où la population est maltraitée et dire que l’on ne se mêle pas de politique. C’est une question d’éthique et de droits humains », commente-t-il. « Surfer dans un endroit qui est occupé par une puissance est déjà une erreur en soi, mais se dédier en plus à le promouvoir et le normaliser est une preuve de complicité avec cet occupant », affirme-t-il.

« Ceux qui viennent à Dakhla pour promouvoir cette façade sont complices. Leurs mains sont tachées de sang. S’ils veulent connaître la réalité, qu’ils cherchent les Sahraouis et qu’ils rencontrent les victimes de torture ou les familles des prisonniers et des disparus », dit Elmami. Ahmed, qui continue de prendre le risque de manifester dans les rues surveillées de Dakhla, contrôlées par des policiers en civil et en uniforme, promet de ne pas abandonner : « Nous n’allons pas abandonner. Nous allons continuer à dénoncer tout cela, à dessiner les drapeaux du Sahara occidental et à parler aux Espagnols libres », conclut-il.

Captures d’écran de stories sur Dakhla publiées par des influenceurs espagnols, accompagnées de photos de la répression contre la population sahraouie autochtone. 

 

 

mardi 28 janvier 2025

Faire du tourisme dans un pays occupé : Dakhla, une ville de vacances sous la répression marocaine
Un vol Madrid-Dakhla à 16 Euros, c'est vraiment donné

La ville, qui fait partie du Sahara occidental mais est militairement occupée par la dictature marocaine, aspire à devenir une destination touristique pour les Européens malgré la répression contre les citoyens sahraouis.

 José Carmona, Público  , 24/1/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala


Un avion Ryanair rempli de touristes atterrit sur une minuscule péninsule à quelques kilomètres du continent africain. L’avion doit faire un virage à 180 degrés pour se mettre dans l’axe de l’aéroport, construit au milieu de la ville. C’est là que descendent les étudiants en vacances et une poignée de couples qui avouent qu’ils ignoraient l’existence de l’endroit il y a quinze jours. Mais à 16 euros le vol, la précarité de la jeunesse transforme l’ignorance en opportunité.

Cette péninsule s’appelle aujourd’hui Dakhla, mais elle a été baptisée Villa Cisneros pendant les décennies de la colonisation espagnole. C’est un lieu de villégiature, de poulpes, de fruits de mer et de surf ; c’est aussi un lieu de répression des Sahraouis et de disparition d’activistes. Sa position géographique ne permet qu’une seule sortie du territoire et elle est contrôlée par l’armée marocaine, qui occupe le Sahara occidental et surveille tous les mouvements dans la ville.

Pendant des années, Dakhla a été un lieu paradisiaque pour les touristes français, et le Maroc veut répéter la formule avec l’Espagne. La dictature veut utiliser le territoire occupé pour construire une station balnéaire comme Benidorm, avec une touche d’exotisme à la jordanienne. Les brochures des hôtels proposent des spectacles dans les dunes du désert, du surf dans les vagues produites par les marées dans la baie, des promenades à dos de dromadaire, et les réceptionnistes négocient des réductions pour les touristes. Les coups de la police, les enlèvements, la surveillance, les disparitions d’activistes et la ségrégation de la population sahraouie sont passés sous silence.


Photo d’un hôtel à Dakhla depuis sa plage privée. Photo Público

Les Sahraouis disparus

Mais c’est dans les profondeurs de Dakhla qu’apparaissent les témoignages les plus fous : « Mon frère a disparu depuis deux ans, il doit être mort », raconte à Público un jeune Sahraoui devant une mosquée construite par Franco pour soulager la foi des musulmans qui étaient espagnols jusqu’à ce que le gouvernement de Madrid se désengage du territoire.

Une fois dans une maison, le jeune homme sort le drapeau de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) comme quelqu’un qui montre une bombe à deux doigts d’exploser. Brandir un drapeau sahraoui est interdit par le Maroc et constitue le plus grand geste de rébellion contre l’oppression. Le triangle rouge et le drapeau tricolore noir, blanc et vert sont accrochés dans le secret des maisons. Les graffitis sur les murs des villes sont passibles de prison, officiellement, et de coups, officieusement.

Au Maroc, comme dans l’Argentine de Videla ou le Chili de Pinochet, on ne tue pas, on disparaît. « La dictature l’a accusé d’avoir participé à un cambriolage dans la résidence du roi Mohammed VI parce qu’elle avait trouvé sur lui un billet de banque marqué, une absurdité. Ici, on ne vous arrête jamais parce que vous êtes un militant sahraoui, on cherche une autre excuse », résume-t-il dans l’un des témoignages obtenus par Público lors de son voyage dans le territoire occupé. Son père était chauffeur routier, avait la nationalité espagnole et voyageait librement en Europe, mais au cours de ces 50 années, il a perdu ses droits.


Image de la péninsule de Dakhla vue de Google Maps

Sergio García Torres, membre du CEAS, est arrivé dans la ville par le premier vol entre Madrid et Dakhla pour une expédition qui s’est terminée par son expulsion avec Público: « Le régime marocain a l’intention de transformer le territoire occupé en un apartheid touristique. Cette situation, que nous avons observée de nos propres yeux, viole non seulement les droits humains du peuple sahraoui, mais aussi les décisions des Nations unies », déclare-t-il.

L’ONU a statué que l’exploitation économique d’un territoire en attente de décolonisation doit impliquer la participation de la population autochtone et de son représentant légitime, qui dans ce cas est le Front POLISARIO. Mais le Maroc a ses propres projets. Il construit des ports sur la côte de Dakhla pour accueillir les bateaux de pêche qui exploitent des eaux qui ne leur appartiennent pas.


Image de la côte de Dakhla (Sahara occidental). En projet, la construction d'hôtels de luxe pour les touristes européens. Photo Público

Les projets du Maroc

Toute la ville est un projet d’avenir. Les chauffeurs de taxi évitent les cônes et les ronds-points en construction car, disent-ils, la route principale qui traverse la péninsule doit être transformée en autoroute à quatre voies. La journée, la ville s’endort, attendant que la chaleur lui donne un peu de répit. En plein mois de janvier, les touristes se promènent en manches courtes et les manteaux restent dans les hôtels. Les quelques restaurants ouverts proposent des tables avec vue sur la mer, tournant le dos à la ville et aux détentions illégales de Sahraouis. Le soir, la ville est la plus authentique et la plus musulmane : les magasins ouvrent, les marchés d’occasion à perte de vue inondent les rues, et l’obscurité couvre les dommages. À la périphérie de la ville, la route reliant les stations balnéaires au centre-ville traverse un éternel terrain vague, interrompu uniquement par une forteresse militaire. Le mur d’enceinte s’étend de manière imposante en un vaste campement disproportionné.

« Nous mettons en garde depuis plusieurs années contre l’utilisation par le Maroc du tourisme comme outil pour consolider et légitimer son occupation du Sahara occidental. C’est une stratégie qui est en place depuis une dizaine d’années, mais dont la mise en œuvre est devenue plus évidente ces dernières années. Ce n’est pas la seule, car elle implique également l’écoblanchiment, la promotion de l’investissement dans les territoires occupés du Sahara occidental et l’appropriation culturelle. Tout cela fait partie d’une stratégie globale qui consiste à essayer d’obtenir par les actes ce que la loi leur refuse », affirme Abdullah Arabi, représentant du Front POLISARIO en Espagne, l’organe habilité à parler au nom du peuple sahraoui dans le conflit qui l’oppose au Maroc.

Le diable est dans les détails, et dans les chambres d’hôtel de Dakhla traînent des livres d’histoire marocaine. Les melhfas sahraouies et la langue hassaniya y sont présentées comme des variantes de la culture marocaine. Tout curieux bien intentionné en sortira avec le sentiment que tout ce qui sonne saharien est marocain. La République arabe sahraouie démocratique (RASD) ou Sahara occidental est encore plus occultée que les tortures policières infligées à ses militants.

Photos de pubs touristiques pour le Samarkand

En pleine zone touristique, près du bar à touristes par excellence, le Samarkand, un Espagnol installé temporairement à Dakhla commente la vie dans la péninsule et adopte une voix d’outre-tombe pour prononcer les mots interdits : « Il y a encore des Sahraouis par ici, je les vois manifester devant le port que mon entreprise construit et ils disent que cette terre leur appartient », dit-il brièvement, pour ne pas s’attirer d’ennuis. L’homme, un Canarien qui a une fille à Tenerife, travaille dans la construction et passe de longues périodes à Dakhla sur les chantiers des ports que le Maroc construit tout au long de la côte. Peu importe ce que disent les Nations unies, peu importe ce que dit l’Union européenne, peu importe ce que dit l’Espagne, qui ne dit rien.

vendredi 22 novembre 2024

L’OSSRN dénonce la décision de Ryanair de lancer des liaisons avec Dakhla

Horizons, 18/11/2024

L'OSSRN dénonce la décision de Ryanair de lancer des liaisons avec Dakhla 


L’OSSRN (Observatoire sahraoui de surveillance des ressources naturelles) a dénoncé la décision de la compagnie aérienne Ryanair de lancer de nouvelles liaisons aériennes directes reliant Dakhla, dans les territoires sahraouis occupés, à Madrid et aux îles Canaries.

« Nous exhortons Ryanair à reconsidérer immédiatement cette décision et à mettre un terme à tout projet d’exploitation de vols vers Dakhla », a écrit l’OSSRN dans une lettre adressée au P-DG de cette compagnie, Michael O’Leary.

« Une violation du droit international »

Exprimant ses « vives préoccupations » au sujet des projets de cette compagnie Low Cost d’ouvrir de nouvelles routes internationales reliant l’aéroport de Dakhla à Madrid et à Lanzarote aux îles Canaries, l’Observatoire sahraoui a mis en garde contre « une violation du droit international, en particulier du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et de sa souveraineté permanente sur ses ressources naturelles ».

L’Observatoire a rappelé, à ce propos, que le Sahara occidental est un territoire non autonome sous occupation marocaine. Il a souligné également que la question sahraouie reste à l’ordre du jour de la Quatrième Commission de l’ONU sur la décolonisation. « Les Nations unies, la Cour internationale de Justice et la Cour de Justice de l’Union européenne ont affirmé, à plusieurs reprises, que le Maroc n’a pas de souveraineté sur le Sahara occidental », a-t-il ajouté.

La CJUE a exclu le Sahara occidental de l’accord sur l’aviation civile entre le Maroc et l’Union européenne

Dans son arrêt de 2018, a poursuivi l’OSSRN , « la Cour européenne de justice (CJUE) a spécifiquement exclu le Sahara occidental de l’accord sur l’aviation civile entre le Maroc et l’Union européenne, renforçant ainsi la distinction juridique entre les deux territoires ».

L’Observatoire a encouragé, à ce titre, la compagnie à « engager un dialogue sérieux et direct avec le Front Polisario et le peuple sahraoui pour garantir que toute opération future au Sahara occidental soit conforme au droit international et respecte les droits de son peuple ».

mercredi 20 novembre 2024

Le retour de Donald Trump, un atout pour le Maroc*

Le président élu des Etats-Unis pourrait notamment mener à terme son projet, laissé inachevé il y a quatre ans, d'ouvrir un consulat américain à Dakhla, une ville du Sahara occidental. Un territoire revendiqué depuis des décennies par le royaume.

Marianne Bliman, Les Échos, 16/11/2024

Certains pays redoutent le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, d'autres pas. C'est le cas d'Israël, dont les dirigeants de droite et extrême droite ont salué avec un enthousiasme non feint les premières nominations annoncées par le président élu, parmi lesquelles celle de Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas et prochain ambassadeur des Etats-Unis à Jérusalem. C'est aussi le cas du Maroc.

En décembre 2020, à la fin de sa première présidence, Donald Trump avait annoncé sur Twitter avoir « signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental - un territoire dont le statut postcolonial n'est pas réglé, le Maroc en contrôlant plus de 80 % à l'Ouest (et revendiquant ainsi sa « marocanité »), et le mouvement du Front Polisario soutenu par l'Algérie moins de 20 % à l'Est. Le roi Mohammed VI s'était alors empressé de remercier chaleureusement l'Américain, marquant sa « profonde gratitude » pour une prise de position qu'il n'avait alors pas hésité à qualifier d'« historique ».

Consulat à Dakhla, investissements

Même tonalité cette année. Donald Trump à peine réélu, Mohammed VI lui a exprimé toutes ses félicitations. « Les Marocains sont à la fête avec le retour de Donald Trump » aux affaires, juge Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes. Ainsi peuvent-ils espérer, enfin, l'ouverture d'un consulat américain à Dakhla. Juste avant l'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, l'ambassadeur des Etats-Unis s'était rendu dans cette ville du Sahara occidental - une première pour un diplomate américain de ce rang - pour lancer officiellement le processus. Mais l'administration Biden a laissé en l'état le dossier.

 A l'époque, Donald Trump avait également promis jusqu'à 3 milliards de dollars d'investissements - dont une large part aurait été réservée aux banques, hôtels et secteur des énergies renouvelables marocains. Après quatre ans d'inaction en la matière sous la présidence Biden, Rabat espère également qu'ils deviendront bientôt réalité.

Le sujet du Sahara occidental est central pour les autorités marocaines. « Il conditionne tout », souligne Antoine Basbous. Si Donald Trump va au bout de ce qu'il avait engagé lors de premier mandat, les Marocains « seront redevables d'une grande dette à son égard », anticipe-t-il. « Les intérêts américains vont être servis, en guise de remerciements. »

Israël, avec les guerres dans la bande de Gaza et au Liban, figurera en haut de la pile des sujets diplomatiques de Donald Trump à son arrivée à la Maison-Blanche. Les accords d'Abraham signés en septembre 2020 à Washington avaient permis une normalisation des relations de l'Etat hébreu avec les Emirats arabes unis et Bahreïn, mais aussi avec le Maroc. Celui-ci pourrait aider à la relance du processus de ces accords.

*Terme générique utilisé par les médias prépondérants pour désigner le makhzen [NDLR Solidmar)

jeudi 3 juin 2021

Un bureau de la République en Marche installé à Dakhla, ville du Sahara occidental occupée par le Maroc

D’après l’article : « La République en marche complice du lobby marocain ? »

Sahara info – Mai 2021- Les amis de la RASD


Un Comité LREM, le parti du Président de la République française, a ouvert un bureau à Dakhla, ville du Sahara Occidental occupée par le Maroc.  Aucun parti de droite  n’avait osé ce « geste contraire à toute légalité ».

«  Le parti Communiste français à très vite publié un communiqué associant LREM et Présidence de la République française, pour dénoncer un tel déni du droit et la position française toujours complice de expansionnisme marocain. » D’autres organismes ont également critiqué violemment ce grave déni de droit. » (…) «  Le Député communiste Jean-Paul Lecoq a pu, par son groupe, les élus communistes et républicains, poser une question orale à laquelle a répondu le secrétaire d’Etataux affaires européennes, Clément Beaunes. Ce dernier a dit regretter une initiative locale du mouvement LREM et a affirmé que la position française n’avait pas changé : soutien à l’ONU ... sans oublier l’habituelle complaisance l’égard du Maroc. » (...)

 

lundi 26 février 2018

Protestation contre la tenue du Forum Crans Montana au Sahara Occidental,


La présidente de la plateforme Sahara occidental a adressé un courrier au président du Forum Crans Montana pour protester contre la tenue du Forum en mars 2018 à Dakhla en territoire sahraoui occupé.

Voici le texte de la lettre:



Monsieur le Président



            En mars 2017, vous avez maintenu la tenue du "Forum Crans Montana" à Dakhla malgré les mises en garde émanant de l'Union africaine, de gouvernements et de nombreuses associations. En 2018, vous persistez en décidant d'organiser le prochain "Forum Crans Montana" du 15 au 20 mars à Dakhla. La ville de Dakhla ne relève pas de la souveraineté marocaine vu qu'elle est située sur le territoire du Sahara occidental occupé par le Maroc depuis 1975.

Organiser une conférence dans cette ville constitue une grave violation du droit international et engage donc votre responsabilité civile et pénale. En  effet, le Maroc est une puissance occupante et ne dispose d’aucune souveraineté sur le territoire du Sahara occidental comme l'a précisé la Cour internationale de justice de La Haye en octobre 1975. Cet avis a été confirmé par un arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne le 21 décembre 2016 qui souligne que le Maroc et le Sahara occidental sont deux entités distinctes.

En réalité, en acceptant ou en suscitant l'organisation de ce Forum à Dakhla, le pouvoir marocain vise à faire reconnaitre le fait accompli de l'occupation illégale du territoire du Sahara occidental et vous en fait le complice objectif.

Pour toutes ces raisons, je vous demande instamment, à l'instar de l'Union africaine et de nombreuses associations internationales des droits de l'homme, de respecter le droit international et d'annuler la tenue de ce Forum à Dakhla.

Restant à votre disposition, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments distingués.

Aline Pailler, présidente

                                                                 Journaliste, ex-députée européenne