dimanche 31 mai 2020

CARE Maroc se mobilise: Solidarité sociale et économique


Actu Maroc

Rédigé par Bouteina BENNANI le Mercredi 27 Mai 2020

L'impact économique engendré par la pandémie du COVID-19 a frappé de plein fouet de nombreuses familles marocaines luttant déjà contre la pauvreté, aggravant ainsi leur précarité. Un grand nombre de foyers n’a plus assez de revenus pour faire face à la situation et couvrir leurs besoins en nourriture et produits d’hygiène.



Les différents impacts de cette crise rappellent à quel point la solidarité, l’entraide et l’intérêt général constituent des valeurs primordiales dans notre société.
 
Dans le cadre de la mobilisation nationale contre le Covid-19, et au lendemain de la proclamation de l’état d’urgence sanitaire, CARE Maroc avait suspendu l'ensemble de ses activités sur le terrain pour se conformer aux mesures. Cependant, ses équipes sont restées en activité et ont continué à apporter leur soutien aux bénéficiaires des divers projets en cours selon des modes adaptés.
Dans ce cadre d'urgence, l’association a déployé des actions directes d'assistance et de soutien, tout en préparant en parallèle des activités post Covid-19 dans l'objectif de contribuer à réduire le choc de la crise.
  Sensibilisation, accompagnement et aide financière
Outre la sensibilisation des foyers et des enfants sur les gestes barrières de prévention, un soutien psycho-social a été dédié aux mères et aux jeunes filles. Cette activité d’urgence a pour autre apport de renforcer les capacités de leadership et d’estime de soi des femmes pendant et après la crise.
 
Aussi, CARE Maroc a accompagné les foyers dans la constitution et le suivi du dossier qui leur permettaient de bénéficier des aides financières mises en place par le gouvernement. Il est à noter que 33% de la population analphabète est confrontée à des barrières administratives pour accéder à leurs droits.
 
Dans ce cadre, Nisrine Bouhamidi, spécialiste genre a expliqué : « Nous sommes conscients que les conséquences dramatiques en termes sanitaires font que le Covid-19, par le confinement qu’il impose, est un facteur démultiplicateur d’inégalités et d’exclusion pour les personnes vulnérables, en situation précaire, victimes de violences conjugales ».
 
En matière de lutte contre les violences basées sur le genre, CARE Maroc a mis en place un système de surveillance des violences, en particulier celles domestiques.
  Solidarité et appui éducatif
Dans le cadre de la solidarité, l’association apporte le soutien alimentaire direct par la distribution de paniers alimentaires. Comme relevé par Hlima Razkaoui, Directrice CARE Maroc : « Depuis le début de la crise, nous avons sollicité le soutien de donateur-trice-s, qui ont généreusement répondu à notre demande.
 
Ils ont participé au financement de denrées alimentaires, ce qui nous a permis de distribuer 300 paniers alimentaires dans la préfecture d’El Fida-Mers sultan. Ils ont été acheminés aux foyers les plus démunis, avec la collaboration de l’Entraide Nationale et des autorités locales ».
 
Le futur associatif vise le soutien financier aux éducatrices du préscolaire, bénéficiaires des projets de CARE dans la Région de Casablanca. Elles ont poursuivi la scolarité des enfants à distance, en mettant en place un programme éducatif ainsi que des activités pédagogiques et ludiques.
 
Cet appui de trois mois, soutenu par le Gouvernement Princier de Monaco, permet par ailleurs d'exempter les familles des frais de scolarité. Aussi, l’association envisage d’apporter un soutien financier directement aux femmes vivant en zones rurales, dont les études ont prouvé leur plus grande habilité à diriger les décisions du ménage et affecter les budgets vers les besoins primaires du foyer et notamment des enfants.
 
Créée en 2007, CARE Maroc est une organisation marocaine apolitique, reconnue d’utilité publique depuis 2018.  Elle appartient au réseau CARE qui est l’une des plus grandes organisations humanitaires et de développement au monde. Elle fait de la

CARE Maroc se mobilise: Solidarité sociale et économique

son champ de bataille. Ses actions sont orientées autour de l’éducation, l’accès à des opportunités économiques et la participation citoyenne des populations les plus vulnérables, notamment les enfants, les femmes et les jeunes.
 
A ce jour, CARE Maroc a pu soutenir indirectement plus de 131.000 personnes et directement plus de 65.827 personnes grâce aux projets mis en place dans différentes régions du royaume.


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L’ambassade de France soutient des associations marocaines pour faire face à la crise sanitaire


  LE MATIN
sharethis sharing buttonL’ambassade de France au Maroc a souligné avoir réorienté des fonds pour pouvoir les dédier à des opérations de solidarité en partenariat avec des associations marocaines, en particulier en faveur des populations les plus touchées par la crise sanitaire du Covid-19. 
En consultation avec ses partenaires, l’ambassade a indiqué avoir mené deux actions en réponse à la crise, à savoir une livraison d’urgence de paniers alimentaires, en partenariat avec un groupe marocain de grande distribution, ainsi qu’un versement de subventions à des associations, ayant bénéficié à des femmes en situation précaire pour favoriser la continuité scolaire de leurs enfants, en particulier des petites filles, indique la représentation diplomatique dans un communiqué. L’ambassade a ainsi soutenu neuf associations, à savoir INSAF, Théâtre Darna, Elkhir, Jood, Bayti, Afoulki, 100% mamans, IPDF et AFEB.
Selon la même source, plus de 1.000 colis alimentaires d’urgence ont été livrés à Essaouira, Tanger, Casablanca, Rabat et à Chichaoua, à l’attention de personnes en situation difficile, notamment les personnes sans domicile fixe, les mineurs en situation de rue, les populations migrantes, les mères célibataires et les familles défavorisées. Les subventions ont permis l’achat de matériel informatique pour permettre à une centaine d’enfants de femmes en situation précaire de continuer à suivre leurs études à distance, note la même source, relevant que ces opérations d’urgence ont touché à ce jour environ 6.000 personnes.

samedi 30 mai 2020

Intimidations à l’encontre de l’historien Maâti Monjib





Hicham Mansouri - Association Justice et Liberté au Maroc (JLM)29/5/2020


Intimidations à l’encontre de l’historien Maâti Monjib
 
COMMUNIQUE de Presse

L’Universitaire et militant des droits de l’Homme Maâti Monjib est victime d’une campagne sans précédent de diffamation et de menaces de la part de « médias » proches des services marocains.
Ces attaques surviennent dans le contexte de l’arrestation de Souleiman Raissouni, journaliste et rédacteur en chef du journal Akhbar Al Yaoum, le 22 mai dernier. Cinq jours avant son arrestation, Chouf TV (un média en ligne dont la rédaction dépend directement de la police politique) a publié un article dans lequel il menaçait de “sacrifier” le journaliste à l’occasion de l'Aïd al-Fitr (fête du Ramadan) : Une “journée historique (...), nous verrons si tu vas pouvoir continuer tes acrobaties sur ta page [Facebook]”. Effectivement, le journaliste passera l’Aïd (le 24 mai) dans les bureaux de la police. Chouf TV était d’ailleurs présent pour filmer son arrestation humiliante.
Aujourd’hui, ce même média s’en prend à son tour à M. Monjib. Le 27 mai, Chouf TV a en effet publié un article semblable à celui qui menaçait Raissouni - portant la signature du même auteur (sans doute un pseudonyme)  « promettant »  à Monjib une vengeance qui aurait lieu le 31 mai matin. Monjib est particulièrement ciblé car il est membre du Comité de soutien à Raissouni, le journaliste qui vient d’être incarcéré. Ce dernier, connu pour ses éditoriaux critiques, avait su remplacer Taoufik Bouaâchrine, directeur de publication du journal Akhbar Al Yaoum lui-même en prison depuis 2018 (condamné sans preuves à 15 ans de prison pour « viol et traite d'êtres humains »). Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a considéré en janvier 2019 cette détention comme arbitraire et a demandé sa libération immédiate.
Avant Souleiman, une autre journaliste, du même quotidien Hajar Raissouni avait été incarcérée (2019) - elle et son fiancé (Rifaat Al-Amine) - pour "relation hors mariage et avortement illégal", avant d'être graciée suite à une forte mobilisation nationale et internationale.
Les menaces et les intimidations à l’encontre de Maâti Monjib sont anciennes. Il est harcelé et diffamé depuis plusieurs années à cause de ses activités académiques et de ses articles critiques envers la police politique qui règne en maître au Maroc. Il est visé aussi pour son rôle dans la promotion du journalisme d’investigation. En effet, M. Monjib est membre fondateur de l’Association Marocaine pour le Journalisme d’Investigation (AMJI) fondée en 2011 - dont les activités sont aujourd’hui interdites [5 de ses membres sont  poursuivis par la justice, un a été incarcéré pour une peine de 10 mois de prison et 3 sont en exil]. Monjib a subi depuis 2015 des convocations judiciaires interminables pour “atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat”. Il a déjà été convoqué pour un procès reporté 20 fois au tribunal de Rabat et ces convocations ne sont pas terminées. Le but est de faire pression sur Monjib pour qu’il cesse ses articles critiques. C’est une véritable épée de Damoclès au-dessus de sa tête et de celle de ses co-accusés. Monjib est aussi victime dans sa vie quotidienne de menaces physiques, de pressions sur sa famille, dans la rue, d’écoutes téléphoniques, et même d’une interdiction de quitter le territoire marocain en 2015 (interdiction levée après une grève de la faim de 24 jours qui a mis en péril sa vie)
Il semble aujourd’hui que le régime marocain envisage de franchir un nouveau pas dans la répression en profitant du confinement général sanitaire imposé par le Covid 19. En  occupant l’actualité, cette pandémie laisse  toute latitude pour durcir les pratiques autoritaires. Le but est d’enterrer l’un des derniers médias indépendants et de faire taire les dernières voix critiques comme celles de Maâti Monjib.
Nous appelons donc les autorités marocaines à agir pour faire cesser les menaces contre Monjib et empêcher toute atteinte à l’intégrité de sa personne. Nous appelons l’opinion publique nationale et internationale à se mobiliser pour dénoncer ces agissements, demander le respect des droits de M. Monjib et exiger la libération de S. Raissouni.




vendredi 29 mai 2020

Visioconférence Droits de l'homme au Sahara occidental - 5 juin - 17h-19h

bur.aarasd via gmail.com 

Pièces jointesmar. 26 mai 2020





RESPECT DES DROITS DE L’HOMME POUR UN PEUPLE OCCUPÉ DEPUIS 45 ANS : LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES ET LIBERTÉ D’EXPRESSION POUR TOUS LES SAHRAOUIS !
Nous vous invitons à participer à cette conférence organisée par l’Association des Amis de la RASD (AARASD) et le Comité Belge de soutien au Peuple sahraoui.
Vous trouverez en attachement le programme et la liste des intervenant(e)s.

Pour participer à cette conférence, veuillez cliquer sur le lien suivant : https://us02web.zoom.us/j/83017241654?pwd=YkN0UHJLR2V0V1RVT0RyNmNRaHBYUT09;
Nous vous demandons de vous connecter à partir de 16h30 afin de pouvoir respecter l’horaire du début de conférence à 17h00.

N’hésitez pas à inviter des ami(e)s et militant(e)s à assister à la session, mais veuillez, pour des raisons de sécurité, ne pas publier le lien sur les réseaux sociaux.
Pour toute question, veuillez contacter 

Pierre Rabhi“Cette crise sanitaire est une leçon magistrale, l'homme n'est pas tout puissant face à la nature” Pierre Rabhi

L'homme n'est pas tout puissant face à la nature” Pierre Rabhi








"Certains disent que des virus aussi virulents se multiplient partout parce que nous avons porté atteinte à la diversité de la vie, à la biodiversité en particulier, et que les régulateurs ont été supprimés. Par conséquent, cela a laissé la porte ouverte à des virus dont on reconnaît aujourd'hui qu'ils sont très négatifs pour notre condition." Le célèbre écologiste, Pierre Rabhi, parle d'une leçon magistrale.
"Certains disent que des virus aussi virulents se multiplient partout parce que nous avons porté atteinte à la diversité de la vie, à la biodiversité en particulier, et que les régulateurs ont été supprimés. Par conséquent, cela a laissé la porte ouverte à des virus dont on reconnaît aujourd'hui qu'ils sont très négatifs pour notre condition." Le célèbre écologiste, Pierre Rabhi, parle d'une leçon magistrale.
Pierre Rabhi, installé en Ardèche, est l'un des pionniers de l’agro-écologie en France. Auteur de nombreux ouvrages sur le lien de l'homme à la Terre, le célèbre écologiste fait aujourd'hui le point sur cette crise sanitaire. Propos recueillis par Emilie Rosso.




 Pierre Rabhi ne mâche pas ses mots.

Il est l'un des pionniers de l’agro-écologie en France. Le célèbre écologiste fait aujourd'hui le point sur ce qu'il faut retenir de cette crise sanitaire.

Tour à tour paysan-prophète ou conteur-philosophe, il est le chantre de la "sobriété heureuse", du "retour à la Terre." Pierre Rabhi est confiné, comme tout le monde, dans sa ferme ardéchoise où il s'est retiré, il y a de nombreuses années, pour vivre autrement. Essayiste, romancier, agronome, et conférencier, il est le défenseur de la Terre nourricière et de sa biodiversité. Avec son mouvement des Colibris, il a initié et inspiré de nombreuses personnes à l'écologie. Comme beaucoup, la crise sanitaire que traverse la planète l'interpelle. Avec lui, nous avons donc décidé d'en profiter pour faire le point sur notre mode de vie, d'en tirer les leçons et de s'interroger sur la vie d'après.


Avec l'avènement du progrès, des sciences et nouvelles technologies, l'homme avait l'impression de pouvoir contrôler son destin, d'être tout-puissant par rapport à la Nature, cette crise sanitaire n'est-elle pas, avant tout, une leçon d'humilité ?

Absolument, c'est un moment très initiatique, parce que ce virus affecte l'humanité dans sa globalité, il touche la planète tout entière. Et cela devrait nous donner la juste mesure de notre puissance. Car on trouve des solutions, oui, on se bat contre cette maladie, mais imaginez qu'il y ait un jour un virus plus mortel, il pourrait provoquer une hécatombe mondiale.

C'est un peu l'ambivalence de la science finalement, elle nous aide certes à lutter contre cette maladie, mais c'est son développement qui nous a conduit à croire que rien ne pouvait plus nous arriver.

Le danger, c'est la science sans conscience. La science, c'est les connaissances et les aptitudes humaines, mais il faut autre chose pour déterminer la science, sinon cela donne la bombe atomique. En même temps, la science peut nous libérer, stopper des pandémies, elle peut faire le Bien ou le Mal, selon la conscience qui se sert d'elle.

Quelle leçon alors peut-on tirer de cette crise ?

Moi je dirai que c'est une leçon magistrale, c'est à dire qu'elle n'est pas partielle, elle est véritablement globale. Nous avons à faire à un phénomène qui remet en cause toutes nos pratiques, notre façon de percevoir la vie, nos agissements...
Lire l'article : https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/ardeche/cette-crise-s...
 Donc à partir de là, on ne peut pas imaginer qu'on va régler son compte à ce virus et puis qu'on passe à autre chose. Ce serait vraiment dommage. Ce qu'il faudrait, c'est voir par quelles conséquences et par quelles mécanismes ce virus a pu advenir et devenir aussi virulent, et comprendre comment on a pu le laisser prendre cette ampleur.

Que dit cette crise sanitaire de notre rapport à la Terre, de notre rapport à la Nature ?

D'aucuns disent que des virus aussi virulents se multiplient partout parce que nous avons porté atteinte à la diversité de la vie, à la biodiversité en particulier, et que les régulateurs ont été supprimés. Par conséquent, cela a laissé la porte ouverte à des virus dont on reconnaît aujourd'hui qu'ils sont très négatifs pour notre condition.

L'homme est donc en quelque sorte responsable de ce qui arrive?

C'est difficile de l'évaluer, mais je ne peux pas imaginer que nous ne soyons pas responsables. La modernité avec le progrès qu'elle a pu apporter, elle s'est en quelque sorte enorgueillie de tout dominer et nous sommes en train de nous rendre compte que nous ne pouvons pas tout dominer puisque nous sommes nous-mêmes des êtres biologiques et nous sommes régis par la loi de la vie, telle qu'elle s'est organisée sur cette planète. Nous avons cru que nous pouvions nous abstraire de cette logique là pour jouer les grands magiciens, mais non.

Cette pandémie était-elle, selon vous, prévisible ?

Absolument, c'était prévisible. Évidemment, je ne pouvais pas le prévoir dans cette envergure -là, je ne l'imaginais pas. Mais que la transgression, le dérèglement et la dégradation volontaire de la vie n'ait aucune conséquence, ce n'était pas pensable. Moi, je ne suis pas scientifique, je suis bien sûr un agro-écologiste, je connais un certain nombre de règles en agronomie qui évitent d'empoisonner la Terre, de la fertiliser autrement, on peut dire que c'est une certaine science. Et je sais par exemple qu'en déséquilibrant le mode de production de notre propre nourriture, et je suis radical là-dessus, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des conséquences sur notre propre physiologie. C'est pareil pour la planète. Un enfant de cinq ans peut comprendre que ça.

Cette crise est un terrible catalyseur des inégalités sociales, et elle les rend d'autant plus insupportables pour ceux qui en font les frais. Là aussi, ne doit-on pas, à l'avenir, travailler à gommer ces différences et revoir notamment la répartition des richesses ?

Oui bien sûr, mais d'abord il faut définir ce qu'est une richesse. La finance a permis la prédation. Celui qui a de l'argent, il a le pouvoir sur la matière, sur tout, mais en fait il n'a pas grand-chose. Normalement, la vraie finance devrait représenter les vraies richesses, tangibles, les richesses naturelles, comme l'a fait l'or pendant des siècles. C'est-à-dire qu'il devrait y avoir une parité entre la richesse matérielle et le chiffre de finances que vous possédez. Mais aujourd'hui, la finance crée la finance, et du coup, nous ne sommes plus du tout dans la logique d'équilibre où la finance doit représenter les vraies richesses.  Ça fait beaucoup de superflu et il faut changer cela.

Vous avez publié, il y a peu de temps, un livre, "J'aimerais me tromper", dans lequel vous faites le constat d'une société vaniteuse, où le vivre ensemble n'existe plus. Et pourtant, dans cette crise, l'homme a montré qu'il était capable d'une superbe solidarité, notamment grâce aux réseaux sociaux, c'est quelque chose qu'il faudra garder à l'esprit ?

Je ne vois pas comment on pourra survivre sans entraide et sans solidarité. Mais il faut faire attention. Nous sommes aussi piégés par un tas de contraintes. Exemple concret, je prends le train Paris-Montélimar, je monte, personne ne se parle parce que tout le monde est équipé d'un outil de communication. Alors que je me rappelle des voyages où je me suis même fait des amis dans le train. On commence par échanger des banalités, et puis des liens se créent, des liens vrais. Ce qui est dangereux, c'est que les machines censés nous aider à améliorer la communication sont celles qui la détruisent. Nous sommes dans un leurre. Communiquer c'est un corps, c'est un être, c'est quelque chose de tangible. On a créé des outils pour augmenter notre capacité à communiquer, mais on ne fait que communiquer. On a confondu communication et relation. La relation, on se voit, on se touche, on se parle de cœur à cœur, et ça c'est en train d'être neutralisé par les outils qui sont censés en augmenter l'intensité, c'est terrible.

Peut-on également imaginer que ce confinement soit l'occasion, pour nombre d'entre nous, de revoir son rapport au temps ? De ne plus simplement le considérer comme du temps-argent ?

Tout à fait, le temps, c'est une question fondamentale. Le temps, pendant des millénaires, était relié à l'espace. J'ai mes jambes, je peux faire tant de kilomètre. Je suis riche, j'ai un cheval, je peux en faire plus, voilà. Et puis quand est arrivé le cheval-vapeur, c'est là que le temps s'est modifié, le cheval-vapeur nous permet d'aller plus vite que le cheval animal, donc ça modifie notre notion de l'espace. C'est là qu'il y a eu la grande rupture entre tout ce qui a prévalu depuis l'origine de l'humanité et aujourd'hui. On ne se rend même plus compte que nous ne sommes pas dans le temps "naturel". Heureusement la Nature, elle, garde cette temporalité. Mais on est sortis de ce temps cosmique et naturel, et on a créé un temps relié à l'argent et au déplacement dans l'espace. Et nous sommes prisonniers de ça, complètement prisonniers d'un temps qu'il ne faut jamais perdre, qu'on veut toujours gagner... Moi je trouve cela complètement déraisonnable et pas intelligent d'infliger à son corps de telles tortures.

Depuis des années, Pierre Rabhi, vous appelez de vos vœux "l'éveil des consciences". Avez-vous l'espoir que cette crise puisse aider les gens à élever leur conscience ?

Oui, je crois vraiment, mais cela dépend de la posture de chacun. Là, on reçoit une sacrée claque, ça nous rabat notre caquet, ça gronde notre prétention à être puissant, il n'y a même pas besoin de bombe atomique, ce virus peut nous régler notre compte. Et je le redis, rien ne nous garantit qu'un virus dix fois plus mortel que celui-là ne puisse advenir, qu'une hécatombe virale se produise. Je ne dis pas ça pour faire peur, je suis là pour dire « ouvrons les yeux », nous ne sommes pas si puissants que ça. C'est un temps initiatique formidable, et au lieu de trembler, d'avoir peur d'attraper ce virus, on devrait pouvoir élever notre conscience, c'est à dire tendre à une lucidité agrandie. Et à partir de là, je suis persuadé que, si nous arrivons à clarifier notre réalité vivante, elle nous aidera à progresser et nous inspirera ce qu'il faut faire pour que la vie soit enfin quelque chose d'autre, autre chose que des luttes, des guerres, de la tristesse... J'espère qu'on le prendra dans ce sens-là.

Que voulez-vous dire par un "temps initiatique"? Est-ce l'idée que, chacun se retrouvant face à lui-même, puisse se rendre compte de la valeur qu'a la vie ?

Disons que la plus grande défaillance de nos systèmes c'est que nous recherchons le bonheur et que nous avons du mal à le trouver. Les valeurs fondamentales, celles qui nous tiennent au cœur et à l'âme, cette satisfaction extraordinaire que l'on éprouve à vivre, on ne l'a pas. Et souvent je cite cette anecdote du pêcheur : il est assis là sur la plage, il a fini son travail, il fait sécher ses filets, et il est tranquille. Arrive un monsieur très sérieux qui regarde le pêcheur et sa barque, et lui dit, "monsieur cette barque est à vous ?". "Oui", répond le pêcheur. "Mais elle est un peu petite, vous ne trouvez pas ?  Vous pourriez en avoir une plus grande". Le pêcheur : "et après". L'homme : "et après vous pourriez pêcher plus de poissons". "Et après ?". "Et après, vous allez pêcher tellement de poissons, que vous allez acheter un bateau plus grand, et après, vous allez embaucher des gens, et pêcher encore plus de poisson et après vous vous reposerez". "Eh bien c'est ce que je suis en train de faire" dit le pêcheur.

Pierre Rabhi, vous restez toujours optimiste, et vous pensez qu'après cette crise, on ne pourra pas faire comme si rien ne s'était passé. Mais comment faire pour être sûrs de ne pas recommencer comme avant ?

Il y a d'abord un facteur tangible, c'est que, quoi que nous fassions, il faudra bien un jour que nous revenions à la Terre si nous voulons continuer à manger, donc à vivre. La Terre est primordiale, c'est la matrice même de la vie, il faudra donc y revenir.

Et puis il y a quelqu'un à qui je suis très attaché, qui malheureusement n'a pas toujours été bien compris et qui s'appelle Jésus de Nazareth. Et qu'a dit ce Jésus Christ ? Et bien il a dit il n'y a que l'amour qui ait la puissance de changer le monde. Il a même ajouté, "aimez même vos ennemis." Je ne parle pas de nos petites amours, mais de l'amour au sens large, l'amour des arbres, des oiseaux, l'amour de tout, de tout ce qui nous est donné. Quand je vois que l'on est en train d'exterminer les baleines, les éléphants, ça me fait quelque chose... Je suis affecté par le fait que nous n'avons pas su aimer tout ça, nous nous sommes installés comme des prédateurs avec comme seul but nos propres intérêts, le goût du gain, du lucre... L'amour c'est la seule solution, en voyez-vous une autre ?

"Remettre l'économie en marche", "sauver le PIB", c'est la priorité du gouvernement, c'est d'ailleurs le sens de ce qu'a annoncé le Premier Ministre cette semaine, comment faire pour faire comprendre à ceux qui nous dirigent qu'il faut désormais changer de paradigme ?

Mais ceux qui nous dirigent on été intronisés par voie de suffrage universel, par des millions de gens qui les ont élus, il ne faut jamais l'oublier. Je crois par exemple que ce monsieur à la tête des Etats-Unis n'est pas quelqu'un d'éveillé, c'est quelqu'un de tout à faire primaire dans ses réflexions, je ne juge pas l'âme, mais la personne dans son fonctionnement social. Mais ce n'est pas un dictateur, il a été intronisé par le vote, c'est à dire que cette personne représente les millions d'âmes non évoluées qui lui ont donné le pouvoir. Chacun de nous est invité à désigner la personne à laquelle il souhaite remettre son pouvoir et donc en quelque sorte son destin. Chacun est responsable. Même si, pour vous faire une confidence, il y a longtemps que je vote contre quelqu'un plutôt que pour quelqu'un...

Dans votre dernier livre, que je viens d'évoquer, vous faites le constat d'une société en échec, vous dites, en quelque sorte, qu'il est déjà trop tard. Cette dérive de nos sociétés est-t-elle réversible ou irréversible ?

Il est souvent trop tard, mais il est aussi souvent encore temps. Nous sommes condamnés à cela. Si je me dis « il est trop tard », et bien je reste couché. Mais si je me dis, "certes il y a beaucoup de dégâts, mais il y a toujours un peu d'espoir", alors je m'inscris dans ce qui va aider à solutionner les choses. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé la légende du colibri. J'ai une vie à vivre, elle a ses limites, mais j'ai une présence sur cette planète, qu'est-ce que je fais de ce capital ?

Vous êtes effectivement à l'origine de ce concept de la "part du colibri", qu'est-ce que cela voudra dire faire sa part dans le monde d'après le coronavirus ?

Ça ne change pas. Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observent impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! ". Et le colibri lui répond : "Je le sais, mais je fais ma part."
Ce qu'il y a d'intéressant dans cette légende amérindienne, c'est que cela nous ramène à dire d'accord, il y a quand même des énergies positives, je ne peux pas rester couché, je dois faire ma part. Même si cela paraît dérisoire, il ne faut pas baisser les bras. Il faut garder son énergie et donc sa cohérence.


Vous n'êtes ni partisan, ni militant, vous vous refusez à participer à des manifestations, à la désobéissance civile. Est-ce que "faire sa part" sera suffisant ? Ne faut-il pas se révolter ?

Je suis pour une révolte, mais pas pour une révolte poings levés et violente. Il faut une révolte d'amour, pas de haine. Il faut être indigné pour l'amour. Je suis pour que les gens se réveillent, et je trouve que les gens n'agissent pas assez, ne se révoltent pas assez, justement. Mais c'est une révolte personnelle et intérieure, qui passe par répondre à cette question : le capital vie que j'ai, que vais-je en faire ? Soit je n'en fais rien. Soit je fais n'importe quoi, et ma vie se déroule avec insignifiance. Soit je fais quelque chose qui a du sens, et qui est une expression de révolte, mais sereine et sans violence. Donc à partir de là, chacun, vous, moi, n'importe qui, dit d'accord, il y a un monde sur lequel je peux agir, sur lequel je suis souverain, et ce monde, c'est d'abord le mien. Après, on peut agir sur les autres. Quand on regarde les phénomènes de dictature, dont celui qui a marqué notre histoire contemporaine, l'hitlérisme, on voit qu'Hitler a mobilisé, avec sa seule doctrine, des millions d'âmes prêtes à rentrer en violence, c'est terrifiant. Si on le faisait dans l'autre sens, ce serait extraordinaire, seulement, cela nécessite que l'on touche à des domaines très personnels. Le changement social se fera par le changement individuel. Parce que je peux aller manifester contre ceci ou cela, rentrer chez moi et pourrir la vie de ceux qui m'entourent, et je ne m'en rends pas compte... Il faut donc savoir qui je suis, il y a tout un travail à faire, un chemin de la connaissance de soi, sans aucune référence à une doctrine ou à une idéologie..

jeudi 28 mai 2020

Le point sur la spoliation économique du Sahara Occidental


Lorsque l’on parle de la colonisation à nos contemporains, ils se disent que c’est du passé. L’Algérie n’est plus française (et, en vérité, elle ne le fut jamais) depuis les accords d’Evian en 1962 et le Congo n’est plus belge (et, en vérité, il ne le fut jamais) depuis le 30 juin 1960.
Pourtant, il subsiste en Afrique un territoire considéré par les Nations Unies comme non-autonome, c’est-à-dire dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes. Il s’agit du Sahara Occidental, la dernière colonie d’Afrique.
Récapitulons[1]
En 1884, l’Espagne établit, dans la foulée de la Conférence de Berlin, un protectorat sur la terre des Sahraouis. Les frontières avec le protectorat français au Maroc n’étaient, au début de la colonisation de la région, pas clairement définies. Différents traités au cours du XXème siècle vont permettre de délimiter les contours d’une frontière définitive entre les deux colonies. Une stabilisation des relations entre le protectorat français sur le Maroc et la colonie espagnole voit ainsi progressivement le jour.
Dès 1974, l’Espagne annonce souhaiter quitter le Sahara Occidental, territoire sur lequel le Maroc a, depuis 1956 (date de son indépendance), des visées. Le départ des Espagnols donne naissance à un conflit politique, juridique et militaire qui dure encore aujourd’hui.
Le Maroc revendique sa souveraineté sur le Sahara Occidental au prétexte que des liens féodaux d’allégeance existaient entre certaines tribus sahraouies et les sultans du Maroc. Ce raisonnement spécieux est contesté par la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui a statué « que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara Occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien d’autre part. La Cour n’a donc pas constaté l’existence de liens juridiques de nature à modifier l’application de la résolution 1514(XV) quant à la décolonisation du Sahara Occidental et en particulier l’application du principe d’autodétermination grâce à l’expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire »[2]
 Lire le dossier  https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-point-sur-la-spoliation-224521


 De surcroît, la CIJ a relevé que les actes internes et les actes internationaux invoqués par le Maroc à l’appui de sa cause ne démontraient « pas que le Maroc ait exercé une activité étatique effective et exclusive au Sahara Occidental »[3].

La réaction des autorités marocaines ne se fit guère attendre. Le roi Hassan II va alors lancer, le 6 novembre 1975, la Marche verte. Cette dernière consiste en un déplacement en masse d’une partie de la population marocaine (en fait, près de 350.000 volontaires) en direction du Sahara Occidental.
A cette époque, l’Espagne n’avait pas encore quitté le Sahara Occidental. La légende entretenue par le pouvoir marocain veut que les pèlerins mobilisés pour l’occasion étaient désarmés et n’avaient emporté avec eux qu’un Coran et un drapeau national. La réalité est un peu moins idyllique puisque 20.000 soldats de l’armée marocaine les accompagnaient. De surcroît, il est clair que la Marche verte correspondait à une opération de communication politique.
C’est ainsi qu’Hassan II a conçu « avec son ami Alexandre de Marenches, directeur général du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) français depuis 1970, une cause nationale capable de mobiliser les Marocains, partis compris, autour de la monarchie : la Marche verte pour la récupération du territoire du Sahara Occidental, occupé par l’Espagne »[4].
La longue lutte des Sahraouis
La Marche verte terminée, la pression était maximale sur les Espagnols, davantage soucieux de régler la mise en œuvre de l’après-franquisme que d’octroyer aux Sahraouis leur droit légitime à l’autodétermination. L’Espagne va donc conclure, à la mi-novembre de 1975, les Accords de Madrid avec la Mauritanie et le Maroc. Selon les termes de ces Accords, le Sahara Occidental est partagé sans que les Sahraouis n’aient été à aucun moment consultés. Le Maroc obtient le nord de l’ancienne colonie espagnole tandis que la Mauritanie en reçoit la partie méridionale. C’est le Maroc qui reçoit la plus grande portion du territoire, environ les 2/3.
Les Accords de Madrid constituent une anomalie d’autant plus frappante que les Sahraouis se sont dotés, dès 1973, d’un appareil politique qui s’est donné pour mission de mener à bien le projet d’indépendance du Sahara Occidental. En effet, le Front Polisario (Front Populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Río de Oro) a été fondé le 10 mai 1973 « en tant que mouvement de libération nationale sans orientation idéologique particulière sauf l’objectif sacré et commun à tout un peuple, celui de la libération du Sahara Occidental »[5].
Fin février 1976, la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) est officiellement proclamée par le Front Polisario. Une guerre va alors éclater entre les représentants légitimes des Sahraouis et le Maroc, d’une part, ainsi que la Mauritanie, d’autre part. Pour le Polisario, les troupes marocaines et mauritaniennes représentent des forces d’occupation, au même titre que l’armée espagnole auparavant.
Cette guerre, dont peu de gens se souviennent en Belgique, va conduire une partie de la population sahraouie à se réfugier dans la zone de Tindouf en Algérie, pays qui soutient le Polisario depuis ses débuts. En août 1979, un traité de paix est signé entre le Front Polisario et la Mauritanie. Cette dernière abandonne ses prétentions sur le Sahara Occidental. Le Maroc s’empresse alors d’occuper la portion du territoire sahraoui cédée par la Mauritanie. En 1979, le Polisario obtient une victoire politique particulièrement importante. L’Assemblée générale de l’ONU adopte, en effet, la résolution 34/37[6] qui reconnaît pleinement le Polisario comme le représentant du peuple du Sahara Occidental.
La guerre entre le Polisario et le Maroc va connaître un tournant spectaculaire en 1980 alors que le pouvoir marocain érige un mur de défense de manière à sanctuariser le territoire qu’il a arraché (c’est-à-dire près de 80% du Sahara Occidental). Jusqu’aujourd’hui, le Polisario occupe la partie orientale du Sahara Occidental. Le conflit s’enlise alors, faute de troupes en mouvement.
Mais en 1982, les Sahraouis obtiennent une reconnaissance diplomatique qui renforce la légitimité de leur lutte. L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA, renommée Union africaine en 2002), c’est-à-dire l’organisation régionale qui regroupe l’ensemble des Etats africains, a reconnu la République Arabe Sahraouie Démocratique en tant qu’Etat membre à part entière. Cette décision a conduit le Maroc à quitter l’OUA, organisation que le royaume chérifien ne réintègrera finalement qu’en 2017.
L’enlisement du conflit au Sahara Occidental va se prolonger tout au long des années 1980 et 1990. Cette situation n’a toutefois jamais entamé l’opiniâtreté du Front Polisario qui va redéployer avec brio son action à un niveau davantage diplomatique. Un cessez-le-feu est conclu en 1991. A cette époque, l’ONU va mettre sur pied une Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (Minurso). Par la suite, plusieurs initiatives visant à organiser un référendum se sont soldées par un échec. Le Maroc refuse toute formule qui impliquerait de jure l’indépendance pour les Sahraouis. Un premier plan a été proposé en l’an 2000. Il offrait la seule autonomie locale aux Sahraouis. Ce plan correspondait aux intérêts du Maroc. Il fut donc fort logiquement rejeté par le Polisario et l’Algérie puisqu’il ne correspondait en rien à un objectif d’autodétermination.
Un second plan a été conçu en 2003. Il envisageait la création d’une Autorité du Sahara Occidental pour une durée de cinq ans. Au terme de cette période, un référendum serait organisé avec possibilité d’une autonomie permanente pour le Sahara Occidental. Ce projet, bien qu’avalisé par le Conseil de Sécurité de l’ONU, a été dénoncé Rabat alors qu’il respectait parfaitement le droit international en accordant précisément une possibilité d’autodétermination intégrale aux Sahraouis[7]. A l’époque, l’émissaire entre le Front Polisario et le Maroc était l’ancien Secrétaire d’État américain, James Baker. Après ce nouveau blocage marocain, James Baker a remis son tablier en juin 2004. Depuis, c’est l’impasse[8].
En 2005, un mouvement d’Intifada en faveur de l’indépendance a éclaté au Sahara Occidental. Ces troubles démontrent à quel point la cause sahraouie est ancrée dans la conscience de la population locale. Depuis, le Sahara Occidental vit à l’heure de la répression. C’est ainsi qu’en novembre 2010, les gendarmes marocains ont démantelé un camp dressé en signe de protestation par la population sahraouie à Laâyoune, la plus grande ville du Sahara Occidental. Le bilan de cette opération fut particulièrement lourd : 36 militants sahraouis ont été tués et 163 autres emprisonnés[9].
La dernière colonie d’Afrique
La nature coloniale de la domination sur le Sahara Occidental se discutera d’autant moins que l’implication de la France dans le conflit est une constante depuis le retrait espagnol. L’implication des services français dans l’organisation de Marche verte a déjà été mentionnée. D’autres faits permettent davantage encore de souligner le rapport de la question sahraouie avec le colonialisme que l’on croirait, à tort, mort et enterré depuis l’ère des indépendances africaines de la deuxième moitié du XXème siècle.
On relèvera, tout d’abord, que la France fut un belligérant actif dans le conflit au Sahara Occidental. C’est ainsi qu’entre décembre 1977 et juillet 1978, Paris a dirigé l’opération Lamantin dans laquelle l’aviation française a été mobilisée pour repousser les combattants sahraouis qui tenaient tête, avec succès, aux forces mauritaniennes. Malgré l’aide militaire française, le gouvernement mauritanien fut dans l’impossibilité de mater les forces du Polisario.
En juillet 1979, un coup d’État à Nouakchott met définitivement fin aux visées annexionnistes de la Mauritanie sur le Sahara Occidental. L’opération Lamantin se solde donc par un cuisant échec[10].
On notera également que la question sahraouie met aux prises deux puissances régionales : d’une part, le Maroc qui est resté proche de Paris et d’autre part, l’Algérie dont les relations avec la France sont plus tendues en raison de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). Les Sahraouis ont payé un lourd tribut à la volonté de Paris de mener une politique de prestige dans la région. L’appui accordé par la France à Rabat constitue, en effet, une constante dans l’épineux dossier sahraoui.
Le colonialisme, comme expérience historique, ne renvoie, par ailleurs, pas qu’à des dimensions politico-diplomatiques. La spoliation économique occupe, en effet, un rôle prépondérant dans le phénomène colonial. Il en constitue même l’épine dorsale.
Cette donnée se vérifie spécialement dans le cas français. « Le fait colonial a de nombreux et ardents partisans dans les milieux politiques, intellectuels, et industriels de la France du Second Empire. Cette position colonialiste va davantage s’épanouir dans les premières années de la IIIème République, se matérialisant notamment par l’existence du parti colonialiste »[11]. Force est de constater que ce parti colonialiste continue à faire sentir sa poigne de fer aux Sahraouis.
Le Sahara Occidental, un territoire stratégique pour l’économie mondiale
Le Sahara Occidental n’est pas, loin s’en faut, un désert économique. En 1947, un gisement de phosphate est découvert à Bou Craa. C’est en 1972 que les mines de Bou Craa commencent à être exploitées. En 1975, l’Espagne, pointée du doigt par la communauté internationale pour sa politique coloniale, finit par quitter le Sahara Occidental. Cependant, « le maintien d’une revendication sur les gisements de phosphate était un facteur clé pour la puissance coloniale. Échouant à décoloniser le Sahara Occidental correctement en permettant au peuple du territoire d’exercer son droit à l’autodétermination, l’Espagne conclut les Accords de Madrid. Elle transfère ainsi illégalement l’administration du territoire au Maroc et à la Mauritanie, tout en conservant une part de 35% des mines de Bou Craa »[12]. Ce n’est qu’en 2002 que Madrid revendra cette participation. « Les exportations [de phosphate] des dernières années ont généré pour le Maroc un revenu annuel d’environ 200 millions de dollars US en moyenne, provenant d’une mine qui ne lui appartient pas »[13].
Le phosphate constitue une ressource stratégique pour les économies contemporaines. Sans le phosphate, pour lequel il n’existe aucun produit de substitution, il est impossible de fabriquer les engrais indispensables à l’agriculture moderne. De ce point de vue, le Sahara Occidental constitue une terre d’avenir. L’Institut d’études géologiques des États-Unis, un organisme public chargé notamment d’une mission de veille des ressources géologiques stratégiques, a évalué, en janvier 2020, les réserves commercialement exploitables de phosphate dans le monde. Il apparaît que ces dernières sont de 69 milliards de tonnes et que plus de 72% de ces dernières (50 milliards de tonnes) se trouvent sur le territoire marocain, en ce compris le Sahara Occidental annexé illégalement[14]. En 1975, les réserves propres de phosphate du Sahara Occidental étaient estimées à 10 milliards de tonnes[15]. Depuis, l’opacité la plus complète règne en ce qui concerne la répartition exacte des réserves de phosphate entre le Maroc et la partie du Sahara occupée en violation du droit international.
La dépendance de l’Union européenne à l’égard des importations de phosphate est importante. Les réserves de la Finlande sont les plus fournies du continent mais elles ne représentent que 1,5% des réserves mondiales. Cette bien inconfortable situation risque de se compliquer davantage à l’avenir. Un risque de pénurie de phosphate se profile, en effet, à l’horizon. En 2011, les scientifiques de « la Global Phosphorus Research Initiative estimaient que d’ici 30 à 40 ans, il n’y aura pas assez de phosphore provenant de l’exploitation minière pour répondre à la demande agricole et prédisaient un pic mondial »[16]. Depuis, les réserves de phosphate ont été revues à la hausse tant et si bien que le pic de la production devrait survenir aux alentours de 2070-2080, du moins si la consommation par l’agriculture intensive continue à croître comme au cours des décennies passées. En tout état de cause, la troisième liste des matières premières critiques dressée en 2017 par l’Union européenne reprenait explicitement la roche de phosphate[17].
Or, la pression politique du Polisario sur la filière du phosphate a commencé à porter ses fruits. « Les groupes privés important des phosphates depuis le Sahara Occidental violent les Principes directeurs sur les Droits de l’Homme et les entreprises adoptés par l’ONU et cela représente un risque pour leur image, [d’après Erik Hagen, de l’association Western Sahara Resource Watch, qui relève que] sur les 15 entreprises qui importaient des phosphates sahraouis en 2012, il en restait neuf en 2016. Et l’année prochaine, elles ne seront plus que trois. Même le canadien Potash Corp pourrait bientôt se tourner vers d’autres fournisseurs »[18].
Dans un contexte de pression sur les matières premières, le Sahara Occidental devient donc un territoire stratégique pour l’agriculture mondiale. Il ne faut pas se faire d’illusions. La tentation restera grande, à l’avenir, pour les Etats membres de l’Union européenne (spécialement, la France) de considérer le Maroc comme l’interlocuteur de référence en ce qui concerne les richesses du Sahara Occidental, quitte à spolier la population sahraouie. Le secteur de la pêche constitue, à ce sujet, un exemple méritant d’être analysé.
Union européenne et néocoloniale ?
L’exploitation des ressources du Sahara Occidental ne se limite pas au phosphate. En effet, la pêche représente 70% de l’activité économique du Sahara Occidental et « lorsque l’UE a accordé 70 millions de dollars au Maroc pour développer le secteur de la prêche, Rabat a dépensé la majeure partie de ce subside au Sahara Occidental »[19]. La chose n’a rien d’étonnant au regard des impressionnantes ressources halieutiques des eaux sahraouies.
Le moins que l’on puisse dire est que l’Union européenne ne s’est guère embarrassée de scrupules dans sa volonté de rapprochement avec le secteur marocain de la pêche. C’est ainsi que « l’Union européenne et le Maroc ont successivement conclu un accord d’association en 1996, un accord de partenariat dans le secteur de la pêche (…) en 2006 et un accord de libéralisation des produits agricoles et de la pêche en 2012 »[20]. L’accord de 2012 avait pour caractéristique d’inclure le Sahara Occidental dans son champ d’application et légitimait donc indirectement l’occupation marocaine.
A ce propos, la Cour de Justice de l’Union Européenne a statué que « l’inclusion du territoire du Sahara Occidental dans le champ d’application de l’accord de pêche enfreindrait plusieurs règles de droit international général applicables dans les relations entre l’Union et le Royaume du Maroc, notamment le principe d’autodétermination »[21]. En conséquence de quoi, la Cour a estimé que « compte tenu du fait que le territoire du Sahara Occidental ne fait pas partie du territoire du Royaume du Maroc, les eaux adjacentes au territoire du Sahara Occidental ne relèvent pas de la zone de pêche marocaine visée par l’accord de pêche »[22].
Cette décision de la Cour revêt une importance fondamentale puisqu’elle replace le Polisario au centre du jeu et partant, la question du droit à l’autodétermination des populations sahraouies. En effet, cet arrêt « conditionne toute activité au Sahara Occidental au consentement du Front Polisario, y compris l’extraction de phosphates », selon Gilles Devers[23], un avocat français engagé aux côtés du Front Polisario pour la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
Il devrait en aller de même pour d’autres domaines d’activités présents sur le territoire sahraoui. Par exemple, les fermes de Dakhla sur la côte atlantique du Sahara Occidental. « Ce territoire s’est imposé, depuis plusieurs années, en tant que producteur de primeurs sous serre (tomates et melons). Ces cultures occupent une superficie de près de 700 hectares équipée en serres, destinée principalement à la production de tomates cerises pour l’export avec un rendement de 80 à 120 tonnes à l’hectare »[24].
A l’avenir, le territoire de Dakhla occupera une place de plus en plus importante dans les exportations marocaines. En effet, Rabat mise sur le développement d’une « future zone agricole prévue sur 5.000 hectares »[25].
Les nombreux cas de fraude dans l’étiquetage de tomates marocaines feront sans nul doute couler beaucoup d’encre dans un proche avenir. Cette réalité est bien connue de la presse économique. « Les irrégularités au niveau de la chaîne d’approvisionnement des tomates (…) sur les marchés agricoles nationaux et internationaux, ouvrent la voie à une question (…). En effet, les tomates marocaines étiquetées espagnoles, alors que cela est notoirement connu des professionnels, inquiètent également les producteurs d’Almeria en Espagne. En effet, à l’ordre du jour se trouve l’arrivée de tomates et d’autres légumes du Maroc rebaptisés et vendus sous le nom d’Almeria. On parle déjà d’une route clandestine de la tomate du Maroc »[26].
Et puisque l’étiquetage des produits agricoles importés frauduleusement du Maroc pose régulièrement problème de ce côté-ci de la Méditerranée, on peut et on doit s’interroger sur la manière dont les productions en provenance des fermes du Sahara Occidental seront renseignées aux consommateurs européens. En ce domaine, le flou le plus complet semble, pour l’heure, régner à Bruxelles.
« Le 17 mars 2020, la Commission européenne a publié pour la troisième fois sa réponse à une question parlementaire sur l’étiquetage et les contrôles de conformité des produits du Sahara Occidental. Cette fois, la Commission européenne a réussi à passer à côté de l’essentiel. Western Sahara Resource Watch a précédemment indiqué que la Commission, le 5 février, avait répondu très précisément à une question parlementaire sur le sujet, mais que le texte avait mystérieusement été supprimé ultérieurement, puis republié, puis supprimé à nouveau. La déclaration de la Commission publiée à l’origine précisait que les produits du Sahara Occidental devaient être étiquetés comme tels. Cependant, la nouvelle réponse publiée le 17 mars est totalement différente et ne répond pas à la question posée à la Commission. Le message très clair de la précédente version de la réponse a été totalement supprimé »[27].
Sur ce dossier, l’Europe, une fois encore, ne joue pas complètement la carte de la transparence et du droit international. L’exploitation économique du Sahara Occidental est de facto cachée aux yeux de l’opinion publique européenne.
Il en va de même pour ce qui est du développement touristique de la région de Dakhla. Il y a un peu plus d’un an, la presse marocaine se félicitait de ce que des liaisons low cost seraient assurées toute l’année entre Paris et Dakhla[28]. La question du caractère éminemment non-éthique du tourisme à destination du Sahara Occidental occupé devra également être posée dans un avenir proche aux responsables politiques du Vieux Continent.
En définitive, la marche des sahraouis vers l’autodétermination reste semée d’embûches. Cependant, la décision de la Cour de Justice de l’Union européenne de décembre 2018 relative à l’Accord de pêche avec le Maroc accorde au Polisario une prééminence qui n’est pas sans déranger Rabat et Paris. A terme, la présence dans cette partie du monde de ressources stratégiques sera cruciale pour l’approvisionnement alimentaire et énergétique des populations européennes. Cette nécessité d’ordre économique devra, pour être réglée au mieux, envisager la question de l’autodétermination du peuple sahraoui. En effet, « le Polisario s’adresse à des instances supranationales pour dénoncer l’exploitation des ressources économiques du Sahara. (…) Aujourd’hui, par lui-même ou via des associations proches de la cause qu’il défend, il est devenu audible sur des points de droit »[29].
La chose risque de gêner de plus en plus aux entournures de nombreux acteurs économiques dans un contexte de tensions structurelles sur les matières premières. Or, ce dernier impliquera tôt ou tard une mise en valeur du potentiel du territoire ouest-saharien qui « regorge d’autres minerais tels que le fer, le titane, le manganèse et des pierres précieuses. Parmi celles-ci, on peut citer l’uranium, le titanium et le vanadium. Y sont probablement présents l’antimoine et le cuivre. La façade atlantique de ce territoire se présente comme l’une des plus poissonneuses du monde. Concernant le fond marin, il est de plus en plus probable qu’il contient du pétrole »[30].
De surcroît, le territoire de la RASD dispose également de réserves hydrologiques importantes. La façade atlantique du pays reposerait, d’ailleurs, sur un immense lac souterrain équivalant à près d’un quart de la superficie de la France. On notera, toutefois, que l’agro-industrie marocaine surexploiterait les réserves d’eau du pays, spécialement dans la région de Dakhla[31].
Les richesses du Sahara Occidental n’ont donc pas fini d’aiguiser les appétits. Mais la stratégie d’action judiciaire du Front Polisario met de plus en plus à mal l’unilatéralisme franco-marocain dans la région.
Il est vrai que « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit » (Jean-Jacques Rousseau).

[1] Pour plus de précisions, lire Ismaïl Sayeh, Les Sahraouis, L’Harmattan, Paris, 1998.
[2] Cour International de Justice, Avis consultatif du 16 octobre 1975 sur le Sahara occidental. Url : https://www.icj-cij.org/files/case-related/61/6196.pdf. Date de consultation : 3 mai 2020.
[3] Ibid.
[4] Omar Brousky, Maroc. Hassan II, « pote » et despote, Orient Xxi, 22 juillet 2019. Url : https://orientxxi.info/magazine/maroc-hassan-ii-pote-et-despote,3201. Date de consultation : 1er mai 2020.
[5] Communiqué de presse de Son Excellence Oubbi Bouchraya, représentant du Front Polisario en Europe et dans l’Union européenne à l’occasion du 47ème anniversaire du Front Polisario, 10 mai 2020, Algérie Presse Services, Url : http://www.aps.dz/monde/104926-l-objectif-sacre-du-front-polisario-est-la-liberation-du-sahara-occidental. Date de consultation : 11 mai 2020.
[6] ONU, résolution 34/37, 75ème séance plénière, Question du Sahara occidental, Point 7, 21 novembre 1979. Url : https://undocs.org/fr/A/RES/34/37. Date de consultation : 2 mai 2020.
[7] L’Obs, 4 décembre 2018.
[8] United States Institute of Peace, The United Nations and Western Sahara : A Never-ending Affair, 1er juillet 2016 , Url : https://www.usip.org/publications/2006/07/united-nations-and-western-sahara-never-ending-affair. Date de consultation : 8 mai 2020.
[9] L’Express, 15 novembre 2010.
[10] Lire Evrard, Camille, « Les interventions extérieures, points saillants de l’histoire de la présence militaire française : l’exemple ouest-saharien (1958-1978) », Les Temps Modernes, 2017/2 (n° 693-694), pp. 267-287
[11] Clément, Alain, « L’analyse économique de la question coloniale en France (1870-1914) », Revue d’économie politique, 2013/1 (Vol. 123), p. 51
[12] Western Sahara Ressources Watch, P pour pillage, Bruxelles, 2020, p.6.
[13] Ibid.
[14] USGS, phosphate rock (data in thousand metric tons unless otherwise noted), janvier 2020. Url : https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2020/mcs2020-phosphate.pdf. date de consultation : 14 mai 2020.
[15] Le Monde Diplomatique, août 1975.
[16] Chemistry World, January 2011, p.51.
[17] European Union, Internal Market, Industry, Entrepreneurship and SMEs, Third list of critical raw materials for the EU of 2017, Url : https://ec.europa.eu/growth/sectors/raw-materials/specific-interest/critical_en. date de consultation : 16 mai 2020.
[18] L’Usine Nouvelle, édition mise en ligne du 9 avril 2018.
[19] Forbes, édition mise en ligne du 30 mai 2018.
[20] Cour de Justice de l’Union européenne, Communiqué de presse, n° 21/18 Luxembourg, 27 février 2018.
[21] Ibid.
[22] Ibid.
[23] Cité par L’Usine Nouvelle, op.cit.
[24] L’Economiste, Dakhla : La course aux projets est lancée, Nadia Dref, édition N°5119, date de mise en ligne :04/10/2017.
[25] L’Economiste, op.cit.
[26] AgriMaroc, 17 février 2020.
[27] Western Sahara Resource Watch, La Commission de l’UE recule sur l’étiquetage des produits du Sahara, 23 mars 2020. Url : https://www.wsrw.org/a111x4686 Date de consultation : 14 mai 2020.
[28] Tel Quel, édition mise en ligne le 15 mars 2019.
[29] Le Monde, édition mise en ligne le 16 mai 2018.
[30] Denise Sollo, Origines, enjeux et perspectives de paix du conflit du Sahara occidental, Url : http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-18_fr.html. Date de consultation : 14 mai 2020.
[31] Western Sahara Resource Watch, L’agro-industrie épuise les réserves d’eau souterraine à Dakhla ?, édition mise en ligne le 15 avril 2013. Url : https://wsrw.org/a230x2560. Date de consultation : 16 mai 2020.