mardi 3 février 2026

Una crisis salarial sin precedentes en la región de Tánger-Tetuán-Alhucemas

 SOLIDMAR, 3/2/2026

La región de Tánger-Tetuán-Alhucemas atraviesa una grave crisis social que afecta de lleno a los profesionales de la sanidad pública. En sus nóminas correspondientes al mes de enero, numerosos trabajadores —médicos, enfermeras, técnicos y personal administrativo— descubrieron retenciones excepcionales que oscilan entre el 50 % y el 70 % de sus salarios, sin previo aviso ni justificación clara.

Estos recortes masivos han sumido a muchas familias en una situación financiera crítica, dificultando el pago de alquileres, créditos bancarios y gastos básicos. El impacto resulta aún más duro si se tiene en cuenta que los salarios del sector público ya son limitados y que el coste de la vida sigue aumentando.

Indignación sindical y denuncias de deducciones arbitrarias

Ante esta situación, el Sindicato Nacional de la Salud Pública reaccionó con firmeza, denunciando lo que califica como retenciones arbitrarias e ilegales. Según el sindicato, no existe ninguna base reglamentaria conocida que justifique deducciones de tal magnitud, y no se ha entregado a los trabajadores afectados ningún documento oficial que explique su origen.

El sindicato exige:

  • el reembolso inmediato e íntegro de las cantidades indebidamente descontadas;

  • la apertura de una investigación administrativa urgente para identificar a los responsables;

  • garantías claras para evitar que este tipo de abusos vuelva a repetirse.

No se descartan movilizaciones, sentadas o acciones de protesta coordinadas si la situación no se corrige rápidamente.

Direcciones locales se deslindan de responsabilidades

Por su parte, las direcciones de los agrupamientos sanitarios territoriales de la región aseguran no haber tomado esta decisión y niegan cualquier implicación directa. Según diversas fuentes administrativas, dichas direcciones habrían sido igualmente sorprendidas por los importes reflejados en las nóminas.

Afirman estar en contacto con los servicios centrales responsables de la gestión presupuestaria y salarial para aclarar el origen de la anomalía y encontrar una solución rápida. Internamente, el episodio es descrito como “excepcional”, “injustificado” y posiblemente vinculado a un fallo administrativo o informático, hipótesis que aún no ha sido confirmada.

Un clima de desconfianza y riesgos para el servicio público

Más allá del impacto económico inmediato, este episodio ha generado un profundo clima de desconfianza entre los profesionales sanitarios, ya sometidos a una fuerte presión laboral, a la escasez de medios y a las reformas en curso del sistema de salud.

Si la crisis se prolonga, podría afectar al funcionamiento de los establecimientos públicos de salud de la región, en un contexto en el que la estabilidad social del personal resulta esencial para garantizar la continuidad de la atención sanitaria.

أزمة أجور غير مسبوقة في جهة طنجة–تطوان–الحسيمة

سوليدمار،3 فبراير 2026

تشهد جهة طنجة–تطوان–الحسيمة أزمة اجتماعية حادة تمسّ بشكل مباشر مهنيي الصحة العمومية. فقد فوجئ عدد كبير من العاملين في القطاع — من أطباء وممرضين وتقنيين وموظفين إداريين — باقتطاعات غير مسبوقة من أجور شهر يناير، تراوحت بين 50 و70 في المائة، دون إشعار مسبق أو تبرير واضح.


وقد أدت هذه الاقتطاعات الثقيلة إلى إدخال العديد من الأسر في ضائقة مالية خانقة، حيث أصبح من الصعب الوفاء بالالتزامات الأساسية، من كراء وسداد القروض والمصاريف اليومية. وتزداد حدة الصدمة في ظل محدودية أجور القطاع العام وارتفاع تكاليف المعيشة.

غضب نقابي واتهامات باقتطاعات تعسفية

أمام هذا الوضع، عبّر المنسق النقابي الوطني للصحة العمومية عن استيائه الشديد، واعتبر ما جرى اقتطاعات تعسفية وغير قانونية. وأكد أن لا سند تنظيمياً معروفاً يبرر هذه النسب المرتفعة من الخصم، كما لم يتوصل المعنيون بأي وثيقة رسمية تشرح أسبابها.

ويطالب التنظيم النقابي بـ:

الإرجاع الفوري والكامل للمبالغ المقتطعة دون وجه حق؛

فتح تحقيق إداري عاجل لتحديد المسؤوليات؛

تقديم ضمانات واضحة لمنع تكرار مثل هذه الممارسات مستقبلاً.

كما لوّح باتخاذ أشكال نضالية، من وقفات احتجاجية وبيانات تصعيدية، في حال عدم تسوية الملف سريعاً.

إدارات جهوية تنفي مسؤوليتها

من جهتها، أكدت إدارات التجمعات الصحية الترابية بالجهة أنها غير معنية باتخاذ قرار هذه الاقتطاعات، ونفت أي دور مباشر لها في هذا الإجراء. ووفق مصادر إدارية، فقد فوجئت هذه الإدارات بدورها بالمبالغ المسجلة في كشوف الأجور.

وأفادت بأنها دخلت في اتصالات مع المصالح المركزية المختصة، خاصة المكلفة بالتدبير المالي والأجور، من أجل كشف مصدر الخلل وإيجاد حل عاجل. وتصف الأوساط الإدارية ما وقع بأنه وضع “استثنائي” و“غير مبرر”، وربما ناتج عن خلل إداري أو تقني، دون تأكيد رسمي إلى الآن.

أزمة ثقة ومخاوف على المرفق الصحي

إلى جانب الأثر المالي المباشر، خلّفت هذه القضية حالة عميقة من فقدان الثقة في صفوف مهنيي الصحة، الذين يعانون أصلاً من ضغط العمل ونقص الموارد والإصلاحات الجارية في المنظومة الصحية.

وفي حال استمرار الأزمة، قد تنعكس سلباً على سير المرافق الصحية العمومية بالجهة، في وقت تُعد فيه الاستقرار الاجتماعي للعاملين شرطاً أساسياً لضمان استمرارية الخدمات الصحية المقدمة للمواطنين.

 

Une crise salariale sans précédent dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma

 SOLIDMAR, 3/2/2026

La région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma traverse une crise sociale majeure touchant de plein fouet les professionnels de la santé publique. Sur leurs bulletins de paie du mois de janvier, de nombreux agents — médecins, infirmiers, techniciens et personnels administratifs — ont constaté des retenues exceptionnelles allant de 50 à 70 % de leur salaire, sans notification préalable ni justification claire.

Ces prélèvements massifs ont immédiatement plongé de nombreuses familles dans une situation financière critique, rendant difficile le paiement des loyers, des crédits bancaires et des charges courantes. Pour beaucoup, il s’agit d’un choc d’autant plus brutal que les salaires du secteur public restent déjà modestes et que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.


Colère syndicale et accusations de prélèvements arbitraires

Face à cette situation, le Syndicat national de la santé publique est monté au créneau, dénonçant ce qu’il qualifie de retenues arbitraires et illégales. Selon le syndicat, aucune base réglementaire connue ne justifie de tels prélèvements à une telle échelle, et aucun document officiel n’a été communiqué aux agents concernés pour expliquer leur origine.

Le syndicat exige :

  • le remboursement immédiat et intégral des sommes indûment prélevées ;

  • l’ouverture d’une enquête administrative urgente afin d’identifier les responsables de cette décision ;

  • des garanties formelles pour empêcher toute répétition de ce type d’abus à l’avenir.

Des formes de mobilisation — sit-in, communiqués régionaux, voire actions de protestation coordonnées — sont actuellement envisagées si la situation n’est pas rapidement régularisée.

Des directions locales qui se disent non impliquées

De leur côté, les directions des groupements sanitaires territoriaux de la région affirment ne pas être à l’origine de ces retenues et réfutent toute implication directe dans la décision. Selon plusieurs sources administratives, ces directions auraient elles-mêmes été prises de court par les montants figurant sur les fiches de paie.

Elles indiquent être en contact avec les services centraux compétents — notamment ceux chargés de la gestion budgétaire et salariale — afin de comprendre l’origine exacte de l’anomalie et de trouver une solution rapide. En interne, la situation est décrite comme « exceptionnelle », « injustifiée » et potentiellement liée à un dysfonctionnement administratif ou informatique, sans que cette hypothèse ne soit confirmée à ce stade.

Un climat de défiance et un risque pour le service public

Au-delà de l’impact financier immédiat, cette affaire alimente un profond sentiment de défiance parmi les professionnels de santé, déjà éprouvés par la surcharge de travail, le manque de moyens et les réformes en cours du système de santé. Beaucoup y voient un nouveau signe de mépris institutionnel à l’égard d’un secteur pourtant central pour la population.

Si la crise perdure, elle pourrait affecter le fonctionnement des établissements de santé publics de la région, dans un contexte où la stabilité sociale du personnel est un facteur clé pour garantir la continuité des soins.

lundi 2 février 2026

La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025
Traduit par Tlaxcala

Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.

Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».


Sereen Haddad. Photo : Olivia Cunningham

Haddad, qui est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la guerre d’Israël.

Elle faisait partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit. Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .

Mais la tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.

La guerre d’Israël à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international – avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et politiques les uns envers les autres.

Nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Cet effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.

Les implications de cet effondrement sont profondes pour la politique internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.

Beaucoup d’entre nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Le 29 avril 2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des keffiehs.

Il s’est avéré que les couvertures posaient problème.

Près de deux heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens, fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des règles.

Les règles à VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.

L’administrateur a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est ainsi que Haddad m’a décrit la zone.

L’organisation de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression, reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».

Plutôt que de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.

Plus d’une douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.

dimanche 1 février 2026

Une grève historique des avocats au Maroc

SOLIDMAR, 1/2/2026

Les avocats marocains, regroupés au sein de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) et de l’Association des Ordres des avocats du Maroc (AOAM), mènent depuis plusieurs semaines une mobilisation nationale contre un projet de loi portant sur la profession d’avocat. Cette mobilisation a pris la forme d’une grève générale de leurs prestations professionnelles, paralysant de fait le fonctionnement normal des tribunaux. Les associations professionnelles ont décidé de poursuivre l’arrêt total du travail, faute de réponse satisfaisante du gouvernement : une période de grève a été annoncée du 26 janvier au 1er février 2026, avec une mobilisation nationale associant actions dans les tribunaux, conférences de presse et un sit-in devant le Parlement prévu le 6 février.


Un projet de loi contesté

Le cœur du conflit porte sur le projet de loi n° 66.23 relatif à l’exercice de la profession d’avocat. Les avocats estiment que ce texte, tel que proposé par le ministère de la Justice, :

·         porte atteinte à l’indépendance de la profession d’avocat ;

·         remet en question des équilibres fondamentaux établis par la loi organique encadrant la profession ;

·         aurait été élaboré sans véritable concertation ni prise en compte sérieuse des propositions des instances professionnelles.

L’ABAM dénonce que les autorités — en particulier le ministère de la Justice — n’auraient pas tenu compte des observations formulées lors des phases de dialogue, et auraient adopté une méthode unilatérale pour finaliser le projet. Cela a renforcé la méfiance et contribué à l’escalade.

Contexte : une réforme qui bouscule l’organisation historique de la profession

Le projet de loi n° 66.23, adopté par le Conseil de gouvernement le 8 janvier 2026, vise à refondre en profondeur le cadre juridique qui régit la profession d’avocat au Maroc. Il remplace et modifie en grande partie les dispositions actuelles, issues notamment de la loi historique de 2008 (loi n° 28-08) qui organise l’exercice de la profession et garantit notamment l’indépendance des avocats en tant qu’acteurs essentiels de la justice.

Les autorités présentent ce texte comme une modernisation nécessaire du cadre législatif, visant à adapter la profession aux normes internationales, renforcer la qualité des services juridiques, la transparence financière, et structurer la formation.

Mais pour une grande partie de la profession, le texte tel qu’il est proposé constitue une atteinte significative à l’indépendance de la profession et à certains acquis fondamentaux.

2. Principales dispositions du projet de loi

a) Accès à la profession

·         Le projet instaure l’obligation d’un diplôme de Master en droit pour pouvoir accéder à la formation professionnelle, ce qui relève le niveau d’entrée par rapport au système précédent.

·         Il met en place un concours d’accès à la formation professionnelle, ainsi qu’un parcours structuré :

o    une année de formation théorique dans un institut spécialisé ;

o    20 à 24 mois de stage, dont une partie sous la supervision d’un avocat et une autre en administration ou entité publique ;

o    un examen final d’aptitude pour obtenir le droit d’exercer.

Ce modèle se rapproche davantage de certains systèmes étrangers, mais il est jugé rigide et bureaucratique par les avocats qui y voient une limitation à l’accès et une forme de contrôle accru.

b) Gouvernance de la profession

·         Le projet prévoit la création d’un nouveau “Conseil des Barreaux” en remplacement partiel de l’organisation actuelle, avec une personnalité morale et des prérogatives étendues.

·         Il relève les conditions d’ancienneté pour occuper des fonctions électives (par exemple, celle de bâtonnier), ce qui risque selon certains d’exclure des voix nouvelles de la gouvernance.

·         L’autorité gouvernementale (ministère de la Justice) se réserve un rôle plus direct dans certaines décisions comme l’inscription au tableau des avocats, ce qui constitue un changement sensible dans les rapports entre profession et pouvoir exécutif.

c) Relation avocat-client et transparence

·         Le texte impose un mandat écrit obligatoire entre l’avocat et son client, avec des mentions précises (identité, objet, modalités de paiement, etc.).

·         Il vise à séparer strictement les fonds des clients de ceux de l’avocat et instituer un système unifié de gestion des dépôts sous l’égide du nouveau Conseil des Barreaux.

Ces mesures sont présentées comme des outils contre la corruption et pour plus de transparence, mais elles sont aussi perçues par certains professionnels comme intrusives ou bureaucratiques.

d) Discipline et règles de déontologie

Le projet prévoit des règles plus détaillées sur les procédures disciplinaires, avec des délais, des voies de recours et des contrôles renforcés. Là encore, pour des juristes critiques, ces dispositifs peuvent revenir à un encadrement trop strict de la profession, potentiellement au détriment de l’autonomie des avocats.


“L'avocat: un associé, pas un subordonné” : sit-in de la Fédération des associations de jeunes avocats  à Rabat le 28 janvier

3. Les critiques majeures des avocats

a) Atteinte à l’indépendance de la profession

Le principal argument des opposants au 66.23 est que ce projet de loi déplace le centre de gravité de l’autorégulation vers l’État, réduisant l’autonomie des instances représentatives des avocats et introduisant un contrôle exécutif jugé excessif.

b) Méthode jugée unilatérale

Les avocats dénoncent une élaboration du texte faite sans véritable consultation ni concertation sérieuse avec les professionnels, en violation, selon eux, de la procédure participative prévue par la Constitution.

c) Restriction des droits et moyens d’action

Certains articles du projet visent à interdire des formes de protestation dans les tribunaux pendant les audiences — une mesure rejetée par la profession comme une restriction injustifiée du droit d’expression collective.

d) Perception d’une remise en cause des acquis

Des organisations politiques et professionnelles — y compris des avocats affiliés à des partis — ont dénoncé le texte comme un recule des garanties constitutionnelles liées à l’exercice de la défense et au procès équitable.

4. Enjeux plus larges

Cette crise ne se réduit pas à un simple conflit corporatiste :

·         elle pose des questions de fond sur l’équilibre entre indépendance professionnelle et régulation étatique ;

·         elle touche à la qualité des services juridiques, à la confiance dans le système judiciaire et à la place du droit de la défense dans l’État de droit ;

·         elle intervient à un moment où le Maroc cherche à se développer comme hub régional de justice et de services juridiques attractifs pour l’investissement. 

vendredi 30 janvier 2026

De quoi Minneapolis est-il le nom ? (Dossier)

L’exécution extrajudiciaire de Renée Nicole Good le 7 janvier et d’Alex Pretti le 23 janvier, à Minneapolis, capitale du Minnesota, a donné une dimension nouvelle, aux répercussions mondiales, à l’opération lancée par l’administration Trump, officiellement contre les immigrés sans-papiers, de fait contre les « ennemis de l’intérieur » de tous genres et de toutes origines, citoyens blancs compris, qualifiés après coup de « terroristes » pour  justifier leur exécution. Ce dossier explique les tenants et les aboutissants de l’opération Metro Surge et passe en revue les ripostes des autorités locales et étatiques, des premiers concernés, les immigrés, et du reste de la société civile à l’offensive trumpienne et met en regard les enjeux des luttes pour les droits des migrants dans l’ensemble des USA, en Europe et dans le Sud global.

Fausto Giudice, Tunis, 30 janvier 2026

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Table des matières  

jeudi 29 janvier 2026

The Sardine, or the Blind Spot of Fishery Neocolonialism in Morocco and Western Sahara

SOLIDMAR, 29/1/2026

Morocco provides the sea, Western Sahara provides the resource, Europe captures the value — and international law remains dockside


A revealing paradox of contemporary globalization: while the sardine is one of the most consumed fish in the world, its journey remains largely invisible. In Morocco — the world's leading exporter of canned sardines — this invisibility is anything but neutral. It conceals a chain of exploitation where overexploitation of resources, circumvention of international law, and capture of value for the benefit of external markets, particularly European ones, intersect. Western Sahara is its silent epicenter.

A revealing economic decision: halting exports of frozen sardines

Effective February 1, 2026, Morocco has decided to suspend exports of frozen sardines (which represent at most 10% of exported sardines), officially to protect domestic market supply and contain soaring prices. This decision, presented as technical and circumstantial, is in reality the symptom of a deeper crisis.

Sardine catches have declined sharply in recent years, due to the combined effects of industrial pressure, climate variability, and stock overexploitation. Yet, the sardine is not only an export product: it constitutes a staple protein for Morocco's popular classes. Therefore, the halt in frozen exports aims to arbitrate, belatedly, between the global market and national food security.

But this measure does not touch the heart of the system: exports of canned sardines, exceeding 150,000 tons per year, continue. In other words, the sardine continues to leave the country en masse, as long as it is processed and value-added for export. The hierarchy is clear: the global market takes precedence, as long as the added value is enough.

Western Sahara: fisheries heartland, lawless zone

This contradiction is explained by a central fact: the majority of Morocco's industrial sardines are caught in the waters adjacent to Western Sahara. El Aayun and Dakhla have become, in two decades, major fishing hubs, concentrating catches, freezing units, canneries, and fishmeal factories.

Yet, Western Sahara remains a non-self-governing territory under international law, whose people have never exercised their right to self-determination. Legally, its natural resources — both terrestrial and maritime — cannot be exploited without the free and informed consent of the Sahrawi people. This consent has never been obtained.

It is precisely on this point that the Court of Justice of the European Union (CJEU) has ruled on multiple occasions. By invalidating the application of EU-Morocco fisheries and agricultural agreements to Western Sahara, the Court has recalled a simple principle: Western Sahara is not Morocco. Consequently, the EU-Morocco fisheries agreement, whose latest protocol expired in July 2023, is now de facto suspended and legally weakened.

Faced with this situation, the EU has decided to relaunch the file:

  • In November 2025, the European Commission submitted a negotiation mandate to EU member states to begin new discussions with Morocco for a new fisheries agreement.
  • In January 2026, ambassadors of the member states gave their green light to the Commission to officially open these negotiations with Rabat.
  • The first technical negotiations are scheduled to begin in February 2026 in Rabat, with the aim of reaching an agreement in principle by the third quarter of 2026.

The new agreement under discussion aims to integrate reinforced requirements regarding sustainability, control, and compliance with European jurisprudence (notably on Western Sahara). There is within the EU a certain tension between states favorable to a quick agreement (Spain, Portugal — the hardest hit by the suspension of the agreements) and more reserved states (Ireland, Nordic countries).

European fleets have left the area. But the fish itself continues to reach European markets — processed in Morocco, labeled as Moroccan, integrated into commercial chains without mention of its real origin. The law is formally respected, materially circumvented.



Fisheriy neocolonialism: flagless domination

It is here that the sardine becomes a political object. The Moroccan fisheries system — and even more so the Sahrawi one — pertains to a neocolonialism without direct colonial administration, but based on perfectly rehearsed economic mechanisms.

The resource is local, the labor is local, the ecological impacts are local. But the brands are foreign, prices are set on international markets, the final added value is captured outside the territory, strategic decisions escape the concerned populations.

The canneries of southern Morocco and Western Sahara, often legally Moroccan, function as subordinate links in value chains dominated by Europe. They produce for invisible brands, international distributors, private labels. Industrialization exists, but without economic sovereignty.

The “development” narrative masks a harsher reality: it is an extractive industrialization, where employment barely compensates for dispossession, and where the resource's exhaustion is preparing a mid-term social and ecological crisis.

A crisis revealing an exhausted model

The halt in frozen sardine exports, the suspension of the EU-Morocco fisheries agreement, the resource scarcity: everything converges towards the same observation, namely, the current fisheries model is unsustainable.

It is ecologically unsustainable because it relies on excessive pressure on stocks. It is socially unsustainable because it pits local populations against global markets. It is legally unsustainable because it relies on a contested exploitation of a non-self-governing territory. It is politically unsustainable because it prolongs a colonial logic under the guise of international trade.

The sardine as a political revealer

The sardine is not a detail. It is a revealer. A revealer of a globalized economy capable of circumventing the law while claiming it.
A revealer of a North-South relationship still structured by extraction and dependence. A revealer, finally, of the impasse of a development that ignores the sovereignty of peoples over their resources.

As long as the sardine from Western Sahara can be fished without consent, processed without transparency, and consumed without question, fisheries neocolonialism will not only remain possible, but profitable.

And that is precisely why it deserves to be named. 

La sardina, o el punto ciego del neocolonialismo pesquero en Marruecos y el Sáhara Occidental

SOLIDMAR, 29-1-026

Marruecos proporciona el mar, el Sáhara Occidental proporciona el recurso, Europa capta el valor — y el derecho internacional se queda en el muelle

Paradoja reveladora de la globalización contemporánea: mientras que la sardina es uno de los peces más consumidos del mundo, su recorrido sigue siendo en gran medida invisible. En Marruecos —primer exportador mundial de sardinas en conserva— esta invisibilidad es cualquier cosa menos neutral. Oculta una cadena de explotación donde confluyen la sobreexplotación de los recursos, la evasión del derecho internacional y la captura de valor en beneficio de mercados exteriores, en particular europeos. El Sáhara Occidental es su epicentro silencioso.

Una decisión económica reveladora: la suspensión de las exportaciones de sardinas congeladas

A partir del 1 de febrero de 2026, Marruecos ha decidido suspender las exportaciones de sardinas congeladas (que representan como máximo el 10% de las sardinas exportadas), oficialmente para proteger el abastecimiento del mercado interno y contener la subida de precios. Esta decisión, presentada como técnica y coyuntural, es en realidad el síntoma de una crisis más profunda.

Las capturas de sardina han disminuido considerablemente en los últimos años, debido a la combinación de la presión industrial, la variabilidad climática y la sobreexplotación de las poblaciones. Ahora bien, la sardina no es solo un producto de exportación: constituye una proteína básica para las clases populares marroquíes. Por lo tanto, la suspensión de las exportaciones congeladas pretende arbitrar, tardíamente, entre el mercado mundial y la seguridad alimentaria nacional.

Pero esta medida no afecta al núcleo del sistema: las exportaciones de sardinas en conserva, que superan las 150.000 toneladas anuales, continúan. En otras palabras, la sardina sigue saliendo masivamente del país, siempre que sea transformada y valorizada para la exportación. La jerarquía es clara: el mercado mundial tiene prioridad, siempre que el valor añadido sea suficiente.

El Sáhara Occidental: corazón pesquero, zona de no derecho

Esta contradicción se explica por un hecho central: la mayoría de las sardinas industriales marroquíes se pesca en las aguas adyacentes al Sáhara Occidental. El Aaiún y Dajla se han convertido, en dos décadas, en polos pesqueros importantes, concentrando capturas, unidades de congelación, conserverías y fábricas de harina de pescado.

Ahora bien, el Sáhara Occidental sigue siendo un territorio no autónomo a la luz del derecho internacional, cuyo pueblo nunca ha ejercido su derecho a la autodeterminación. Legalmente, sus recursos naturales —tanto terrestres como marítimos— no pueden ser explotados sin el consentimiento libre e informado del pueblo saharaui. Este consentimiento nunca se ha obtenido.

Es precisamente en este punto donde el Tribunal de Justicia de la Unión Europea (TJUE) ha fallado en varias ocasiones. Al invalidar la aplicación de los acuerdos de pesca y agrícolas UE-Marruecos al Sáhara Occidental, el Tribunal ha recordado un principio simple: el Sáhara Occidental no es Marruecos. En consecuencia, el acuerdo de pesca UE-Marruecos, cuyo último protocolo expiró en julio de 2023, está hoy suspendido de facto y jurídicamente debilitado.

Ante esta situación, la UE ha decidido reactivar el expediente:

  • En noviembre de 2025, la Comisión Europea presentó un mandato de negociación a los Estados miembros de la UE para iniciar nuevas conversaciones con Marruecos con vistas a un nuevo acuerdo de pesca.
  • En enero de 2026, los embajadores de los Estados miembros dieron su visto bueno a la Comisión para abrir oficialmente estas negociaciones con Rabat.
  • Las primeras negociaciones técnicas están previstas para comenzar en febrero de 2026 en Rabat, con el objetivo de llegar a un acuerdo de principio para el tercer trimestre de 2026.

El nuevo acuerdo en discusión pretende integrar requisitos reforzados en materia de sostenibilidad, control y conformidad con la jurisprudencia europea (especialmente sobre el Sáhara Occidental). Existe dentro de la UE cierta tensión entre los Estados favorables a un acuerdo rápido (España, Portugal —los más afectados por la suspensión de los acuerdos—) y los Estados más reservados (Irlanda, países nórdicos).

Las flotas europeas han abandonado la zona. Pero el pescado sigue llegando a los mercados europeos —transformado en Marruecos, etiquetado como marroquí, integrado en las cadenas comerciales sin mención de su origen real. El derecho se respeta formalmente, se evita materialmente.


El neocolonialismo pesquero: una dominación sin bandera

Es aquí donde la sardina se convierte en un objeto político. El sistema pesquero marroquí —y más aún el saharaui— responde a un neocolonialismo sin administración colonial directa, pero basado en mecanismos económicos perfectamente ensayados.

El recurso es local, la mano de obra es local, los impactos ecológicos son locales. Pero las marcas son extranjeras, los precios se fijan en los mercados internacionales, el valor añadido final se capta fuera del territorio, las decisiones estratégicas escapan a las poblaciones concernidas.

Las conserverías del sur de Marruecos y del Sáhara Occidental, a menudo legalmente marroquíes, funcionan como eslabones subalternos de cadenas de valor dominadas por Europa. Producen para marcas invisibles, distribuidores internacionales, etiquetas privadas. Existe industrialización, pero sin soberanía económica.

El relato del “desarrollo” oculta una realidad más brutal: se trata de una industrialización extractiva, donde el empleo apenas compensa la desposesión, y donde el agotamiento del recurso prepara una crisis social y ecológica a medio plazo.

Una crisis reveladora de un modelo agotado

La suspensión de las exportaciones de sardinas congeladas, la suspensión del acuerdo de pesca UE-Marruecos, la escasez del recurso: todo converge hacia una misma constatación, a saber: el modelo pesquero actual es insostenible.

Es insostenible ecológicamente, porque se basa en una presión excesiva sobre las reservas pesqueras. Es insostenible socialmente, porque pone en competencia a las poblaciones locales y los mercados mundiales. Es insostenible jurídicamente, porque se basa en una explotación cuestionada de un territorio no autónomo. Es insostenible políticamente, porque prolonga una lógica colonial bajo la apariencia de comercio internacional.

La sardina como revelador político

La sardina no es un detalle. Es un revelador.
Revelador de una economía globalizada capaz de eludir el derecho mientras lo invoca. Revelador de una relación Norte-Sur aún estructurada por la extracción y la dependencia. Revelador, finalmente, del callejón sin salida de un desarrollo que ignora la soberanía de los pueblos sobre sus recursos.

Mientras la sardina del Sáhara Occidental pueda ser pescada sin consentimiento, transformada sin transparencia y consumida sin cuestionamiento, el neocolonialismo pesquero no solo seguirá siendo posible, sino rentable.

Y es precisamente por eso que merece ser nombrado.