mercredi 16 juin 2021

Affaires Radi et Raïssouni : Report des deux audiences au 22 juin 2021

La chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca a décidé, en fin de journée de ce mardi, de reporter les audiences d’Omar Radi et de Soulaimane Raïssouni au 22 juin. Tenues simultanément aux 7e et 8e chambres du tribunal, les séances de ce 15 juin n’ont pu se dérouler jusqu’au bout, l’état de santé des deux journalistes ne permettant pas leur comparution, rapporte leur entourage.

Prévue dans la mi-journée, l’audience de Raïssouni n’a pu commencer qu’en milieu d’après-midi. Durant les heures d’attente, ses proches ont exprimé leurs inquiétudes sur les versions contradictoires au sujet de son état de santé et de sa capacité à faire acte de présence au tribunal. A la suite d’une visite des avocats de la défense en prison, le 9 juin dernier, son comité de soutien a alerté que le journaliste risquait une insuffisance rénale, voire des complications pouvant causer un arrêt cardiaque.

A son 69e jour de grève de la faim aujourd’hui, il aurait «refusé» de faire acte de présence, selon le procureur. A ce sujet, un document de la direction de la prison d’Oukacha et un rapport médical ont été présentés en début d’audience, soulignant que l’ancien rédacteur en chef d’Akhbar Al Yaoum pouvait tenir debout. Dans un communiqué parvenu à Yabiladi, le procureur général du roi près la Cour d’appel de Casablanca a insisté que «le concerné à l'origine des retards des procédures de sa poursuite et de l’examen de son dossier, avec des reports à sa demande et sous différents prétextes».

Pour sa part, la défense de Soulaimane Raïssouni a soutenu que le concerné avait fait parvenir «une lettre manuscrite» soulignant son incapacité de parler, de se concentrer ou d’assister au tribunal, ce que les avocats ont considéré différent du refus. Dans ce sens, une expertise médicale indépendante a été requise. Après ce report, ses soutiens ont rapporté qu’une demande de liberté provisoire, la douzième du genre, avait été rejetée.

Parallèlement, la séance d’Omar Radi prévue ce mardi a été consacrée aux réponses du parquet à la suite des requêtes et des interventions de la défense, ainsi qu’aux réponses sur les vices de procédure. Les avocats de la partie civile ont notamment défendu le droit de la plaignante à ne pas faire acte de présence, avant que les tensions ne conduisent à des altercations verbales entre les représentants des deux parties. L’audience a finalement été reportée au 22 juin également.

En détention depuis mai 2020, Soulaimane Raïssouni est poursuivi sur la base d’une plainte d’un jeune homme, qui s’est dit victime d’agression sexuelle. Pour sa part, Omar Radi, incarcéré depuis juillet 2020, est poursuivi pour viol et attentat à la pudeur, sur sa collègue au site Le Desk. Parallèlement, il est visé pour un dossier de soupçons de «financements étrangers» et «atteinte à la sécurité de l’Etat».

Ce mardi, le Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs de la presse, des médias, de la culture et du spectacle en France a exprimé son soutien aux deux journalistes, réclamant «leur libération immédiate et sans condition, ainsi que l’abandon des poursuites». Pour sa part, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a indiqué avoir adressé une lettre au roi Mohammed VI, pour «la libération immédiate du journaliste Soulaimane Raïssouni, dont l’état de santé extrêmement préoccupant nécessite des soins immédiats».

Par ailleurs, Reporters sans frontières (RSF) a annoncé avoir saisi Irene Khan, rapporteuse spéciale sur le droit à la liberté d’opinion et d’expression pour les Nations unies depuis août 2020, ancienne secrétaire générale d’Amnesty international entre 2001 et 2010, au sujet des deux journalistes.



...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/111250/affaires-radi-raissouni-report-deux.html?fbclid=IwAR35ayMO95x8BiZmtRoMcDUGzRuQFBnUZ0zefPBESa_XVj0GQxWSx6as9LY






 

lundi 14 juin 2021

Ould Salek: Il faut que le Conseil de sécurité assume ses responsabilités concernant la question sahraouie


13 juin 2021

Ould Salek: Il faut que le Conseil de sécurité assume ses responsabilités concernant la question sahraouie

ALGER - Le Conseil de sécurité doit assumer ses responsabilités au sujet de la question du Sahara occidental, a déclaré le chef de la diplomatie sahraouie, Mohamed Salem Ould Salek à la chaîne allemande Deutsche Welle.

Le ministre sahraoui a dit attendre, notamment des Etats-Unis et de la France, deux membres permanents du Conseil de sécurité, qu'ils imposent au Maroc le respect de ses propres engagements concernant la question du Sahara occidental. Selon lui, la position passive du Conseil a eu des effets négatifs sur le terrain.

"Nous avons vu que cette impunité du Maroc qui viole les droits de l'Homme, qui pille les ressources naturelles du Sahara occidental et qui fait fi de ses propres engagements ne mène à rien. Au lieu de la paix, il y a aujourd'hui un retour des hostilités sur le terrain", a déploré Ould Salek.

Il a affirmé, en outre, que "les Nations unies doivent dire aux Sahraouis pourquoi laisse-t-on le Maroc faire fi de ses engagements".

"Nous sommes ouverts à la paix comme nous l'avons toujours été (et) nous avons signé un accord (relatif au référendum d'autodétermination). Il faut que le Conseil de sécurité nous dise pourquoi l'accord n'est pas appliqué (...) Il y a une mission des Nations unies (dans les territoires sahraouis) que fait-elle? pourquoi elle est venue? pourquoi reste-t-elle?", s'est-il interrogé.


Lire aussi: Le respect du droit à l'autodétermination condition de toute reprise des négociations avec le Maroc


"Nous ne disons pas non aux négociations, mais le Maroc a tout bloqué. Nous avons négocié, nous sommes arrivés à un accord (mais) le Maroc, qui viole toutes les décisions des organisations internationales et surtout qui renie ses propres engagements doit comprendre que la communauté internationale ne peut pas suivre tout le temps et que le peuple sahraoui ne peut pas rester les bras croisés", a-t-il soutenu.

"Au niveau de l'UA, la République sahraouie est disposée à faire la paix avec le Maroc (mais) il faut que le Maroc sache que la paix est liée au respect des frontières héritées de l'époque coloniale et au respect du droit du peuple sahraoui à l' autodetérmination et à l'indépendance", a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, Mohamed Salem Ould Salek a indiqué que l'hospitalisation du président sahraoui en Espagne n'est pas la vraie cause de la dernière crise diplomatique entre Madrid et Rabat, précisant que cet épisode n'a été qu'un prétexte pour le Maroc qui veut que l'Europe reconnaisse sa prétendue souveraineté sur le Sahara occidental.

"La Cour internationale de justice a déjà rejeté, en 1975, les prétentions du Maroc sur les territoires sahraouis et ni l'Union africaine , ni l'Union européenne ne reconnaissent la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental", a-t-il rappelé.


samedi 12 juin 2021

L'ancien rédacteur en chef du journal Akhbar al-Youm, Soulaiman Raïssouni, est incarcéré depuis un an au Maroc.



L'ancien rédacteur en chef du journal Akhbar al-Youm, Soulaiman Raïssouni, est incarcéré depuis un an au Maroc.

Maroc. Soulaimane Raissou

ni, un journaliste entre la vie et la mort

L’ancien rédacteur en chef du quotidien arabophone Akhbar al Yaoum, incarcéré depuis un an sans jugement, poursuit depuis deux mois une grève de la faim qui met ses jours en danger. Ce flamboyant éditorialiste, sans complaisance pour la monarchie, nie en bloc les accusations d’« attentat à la pudeur » et de « séquestration », dont il est l’objet. Retour sur cette affaire, par  l’Humanité et  Mediapart.

On ne compte plus, depuis un an, ses comparutions, d’audiences renvoyées en demandes de remise en « liberté provisoire » refusées. Il est apparu sur le banc des accusés, ce jeudi 3 juin, méconnaissable, au 57 e jour d’une grève de la faim qui menace aujourd’hui sa vie : la peau sur les os, les traits émaciés, prostré sur sa chaise, incapable de se tenir debout, la tête dodelinante, entouré comme le plus dangereux des criminels par des haut gradés de la police.

L’ombre de lui-même

Soulaimane Raissouni, éditorialiste à la plume libre et acérée, d’une éloquence impitoyable, le dernier, au Maroc, à oser critiquer de front la monarchie, sa corruption, ses penchants tyranniques, l’injustice sociale sur laquelle elle est assise, se débat aujourd’hui dans l’arbitraire, entre la vie et la mort.

Le rédacteur en chef du quotidien arabophone  Akhbar al Yaoum, asphyxié par le régime, contraint de baisser le rideau voilà trois mois, n’est plus que l’ombre de lui-même. Reclus à l’isolement depuis plus d’un an, dans sa geôle de la prison d’Oukacha, à Casablanca, il a perdu près de 40 kilos.

Sa vie ne tient plus qu’à un fil et sa jeune épouse, Kholoud, prépare déjà son deuil. Dans un geste désespéré, un cri de révolte contre l’indifférence, elle a posté sur les réseaux sociaux, la semaine dernière, l’image du linceul blanc qu’elle destine à son époux. Soulaimane Raissouni n’aura pas vu grandir leur fils, aujourd’hui âgé de 18 mois.

 Lire en entioer cet article important : https://www.humanite.fr/maroc-soulaimane-raissouni-un-journaliste-entre-la-vie-et-la...

Des accusations lancées sur Facebook

La vie de ce talentueux journaliste a basculé le 22 mai 2020, lorsqu’une escouade de policiers en tenue civile l’ont brutalement appréhendé à l’aube, à son domicile de Casablanca. Sans convocation officielle, ni mandat, sous l’œil de caméras, prévenues pour l’occasion. Il a dû attendre plusieurs jours avant que lui soient notifiées les charges pesant sur lui : attentat à la pudeur et séquestration.

Quelques jours plus tôt, la justice s’était saisie des accusations lancées le 14 mai sur le réseau social Facebook par un militant des droits des personnes LGBT. Ce dernier, qui s’exprimait sous le pseudonyme d’Adam Muhammed, affirmait avoir subi « une tentative de viol en 2018 » au domicile du journaliste, sans le nommer.


Un procédé bien rodé

Originaire de Marrakech, le jeune homme se trouvait chez les Raissouni, à l’invitation de Kholoud, qui travaillait alors à un documentaire sur la condition des personnes LGBT au Maroc, où l’homosexualité est punie de six mois à trois ans d’emprisonnement. Contacté à plusieurs reprises par  l’Humanité et  Mediapart, il n’a pas donné suite à nos sollicitations, ni répondu à nos questions transmises par écrit.

Soulaimane Raissouni nie en bloc ces accusations. Un témoin corrobore sa version : l’employée de maison, présente ce jour-là. Les avocats de la défense ont maintes fois demandé au juge d’instruction de l’auditionner. Refus catégorique. Le jeune militant LGBT n’a déposé plainte qu’après l’interpellation du journaliste, annoncée en amont à coups de clairon, selon un procédé bien rodé, par les auxiliaires médiatiques du régime.

Menaces de destruction

Dès le 20 mai, le site Barlamane, relais des services de renseignements, annonçait « un scandale honteux », exigeant que le journaliste, qualifié de « déséquilibré » soit traduit en justice. « On se demande ce que vous attendez pour ouvrir une enquête », lisait-on dans ses colonnes, à l’attention du ministère public.

« Petite Soulaiminette, c’est l’avant-dernier avertissement avant de te détruire ! », menaçait, trois jours auparavant, le site Internet Chouf TV, véritable organe du régime et de ses basses œuvres, en promettant le « sacrifice » de l’éditorialiste pour l’Aïd el-Fitr, la grande fête de fin du ramadan qui avait lieu, cette année-là, le 24 mai. Promesse tenue…

Éditoriaux au vitriol

Ces médias connus pour manier la diffamation sur ordre vilipendaient Raissouni depuis des mois. En cause ? Ses éditoriaux au vitriol, n’épargnant ni le roi, ni sa garde rapprochée, ni le tout-puissant chef des services de sécurité, Abdellatif Hammouchi, visé en France par des plaintes pour torture, et dont la convocation par la justice française lors de l’un de ses séjours parisiens avait déclenché, en 2014, une tempête diplomatique entre Paris et Rabat.

En cause, encore, ses prises de position en faveur du journaliste Omar Radi, poursuivi pour « espionnage » et « atteinte à la sûreté de l’État » après le scandale suscité par les révélations d’Amnesty international sur l’usage par les autorités marocaines du logiciel espion israélien Pégasus pour le surveiller – plus tard accusé de viol à son tour ( lire notre enquête sur l’affaire Omar Radi).

« Stratégie sexuelle »

En cause, enfin, son soutien sans faille à sa nièce, Hajar Raissouni, 29 ans, elle-même talentueuse journaliste d’ Akhbar al Youm. La jeune femme avait été condamnée, le 30 septembre 2019, sur la base de rapports médicaux truqués, à un an de prison ferme pour « avortement illégal, relations sexuelles illégales, débauche », après son interpellation à la sortie d’une consultation de gynécologie. Devant le tollé suscité au Maroc et à l’étranger par cette incarcération, Hajar Raissouni avait finalement été libérée le 16 octobre, en vertu d’une grâce royale.

Cette « stratégie sexuelle » pour démolir les opposants, des journalistes et réduire au silence les voix critiques avait déjà fait tomber une figure d’ Akhbar al Yaoum, son directeur, Taoufik Bouachrine, condamné un an plus tôt à douze ans de prison, au terme d’un procès jugé « inéquitable » par le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, pour « abus de pouvoir à des fins sexuelles », « viol et tentative de viol ». Peine alourdie en appel à quinze ans de prison ferme.

Des témoins sous la contrainte

Dans le dossier Bouachrine, sur les quinze plaignantes initialement recensées par la presse marocaine, huit avaient finalement manifesté le refus de témoigner contre lui, ou s’étaient ouvertement rétractées. L’une d’entre elles, Afaf Bernani, avait même été condamnée pour cela : « falsification de procès-verbal », six mois de prison ferme. Depuis son exil, elle exhorte aujourd’hui le régime marocain à « cesser d’utiliser les allégations d’agression sexuelle pour réduire au silence les opposants ».

Lors du procès à huis clos, qui s’était étiré sur plusieurs mois, d’autres témoins, revenus sur leurs déclarations, avaient fini derrière les barreaux. Des mandats d’amener avaient dû être délivrés pour contraindre certaines plaignantes à se présenter à la barre. Une femme présentée comme une « victime » de Bouachrine, refusant de se présenter au tribunal, avait été retrouvée cachée, terrorisée, dans la voiture d’un témoin…

La justice comme instrument de répression

Dans l’affaire Raissouni, les enquêteurs n’ont pas ménagé leur peine pour tenter de collecter d’autres plaintes et mettre en scène une accumulation propre à transformer l’éditorialiste en prédateur sexuel. En vain. Le plaignant lui-même, devant le calvaire du journaliste, répète aujourd’hui être attaché au « droit à la vie » et ses avocats ne s’opposent pas à ce que Raissouni comparaisse libre. Lors de l’audience du jeudi 3 juin, le juge est resté sourd à ces appels : il a estimé que l’incarcération de Raissouni, « en bonne santé » selon lui, pouvait se prolonger . L’expertise médicale demandée par la défense a été rejetée.

Des voix nombreuses s’élèvent ces derniers jours, au Maroc, pour conjurer Soulaimane Raissouni à mettre un terme à cette grève de la faim, son ultime recours pour dénoncer le rouleau compresseur d’une justice réduite au rang d’instrument de répression. Kholoud connaît son mari : il n’arrêtera pas. « La liberté, la justice ou la mort », répète-t-il.

« Toute-puissance diplomatique »

L’inquiétude est d’autant plus grande que depuis l’accord scellé avec l’ancien président américain Donald Trump – la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange d’une normalisation des relations avec Israël –, le régime marocain croit jouir d’une « toute-puissance diplomatique », analyse un observateur. Les bras de fer en cours avec l’Allemagne et l’Espagne pour obtenir de l’Union européenne la même reconnaissance que les États-Unis en témoignent.

Gendarme de la forteresse Europe, le Maroc a poussé le chantage à son paroxysme en jetant, lundi 17 mai, des milliers de migrants, dont de très nombreux mineurs, vers l’enclave espagnole de Ceuta, ce confetti d’Europe en Afrique, legs de l’ère coloniale.

Mais, cette fois, le chantage ne passe plus, jusque parmi les alliés les plus complaisants, comme la France. Ce jeudi 10 juin, le Parlement européen pourrait adopter une résolution condamnant le Maroc pour son attitude attentatoire aux droits humains, aux droits des enfants en particulier. Ce qui n’est pas arrivé depuis des années.

« L’UE et les États-Unis doivent réagir »

«  La virilisation du régime marocain sur le terrain diplomatique, son mépris, en interne, des droits humains n’est pas un signe de force, c’est un signe de faiblesse. L’Union européenne et les États-Unis doivent réagir, car le régime ne comprend que le rapport de forces international », estime Aboubakr Jamaï, figure du journalisme d’investigation, fondateur du  Journal, l’une des aventures de presse les plus audacieuses des dernières décennies, aujourd’hui réfugié en France .

À Paris, où la monarchie marocaine a su tisser le solide réseau d’une diplomatie parallèle, au cœur de l’élite politique, médiatique, économique et culturelle, le silence est accablant. Le placement en détention de Soulaimane Raissouni a même suscité des applaudissements dans la presse française.

Comme ceux d’une journaliste de Marianne qui se réjouissait, le 29 mai 2020, de l’incarcération d’un « tartuffe islamiste », en imputant au journaliste les engagements de son frère, le très conservateur Ahmed Raissouni, lié aux Frères musulmans, président de l’Association internationale des oulémas, ennemi déclaré des droits des personnes LGBT et des libertés individuelles. « Ce beau linge serait évidemment souillé par les débordements du journaliste », ricanait-elle.

Aucun responsable politique ne s’indigne

La famille Raissouni, issue d’une prestigieuse lignée d’érudits rétifs à l’arbitraire du pouvoir monarchique, compte dans ses rangs des islamistes. Des militants de gauche. Des défenseurs des droits humains. Des féministes dont le courage force le respect, comme Hajar Raissouni, aujourd’hui réfugiée au Soudan, qui a fait ses armes de journaliste en couvrant le soulèvement populaire dans le Rif, en 2016, violemment réprimé. Les procédés déployés pour briser ses membres engagés dans le débat public relèvent de la fange.

Pourtant, aucun responsable politique ne s’indigne du sort reservé à Soulaimane Raissouni, comme à toutes les voix libres qui s’éteignent aujourd’hui dans les geôles de Mohammed VI. Seul l’eurodéputé Raphaël Glucksmann s’est adressé sur le réseau social Twitter à « leurs geôliers » : « Cinquante-sept jours de grève de la faim et, au bout, la mort si son cri rencontre notre silence. Soyons les échos de Soulaimane Raissouni, d’Omar Radi, des journalistes et activistes marocains emprisonnés. » 

Dans la prison d’Oukacha, Omar Radi, très affaibli lui aussi, demande, sans trêve, à rendre visite à son confrère. Requête refusée, semaine après semaine.



Terres collectives : Des avocats au cœur d’un système de prédation immobilière

Le ministère de la Justice alerté sur les ventes illégales des terres soulalyate. Là encore, les contrats d’ avocats sont pointés comme outils favorisant la fraude. Détails.

Des contrats d’avocats comme outil de prédation immobilière…  

 Le phénomène ne se cantonne pas aux régions du Sud. A Casablanca, le bâtonnier Tahar Mouafik vient de recevoir une alerte en ce sens.  La note, dont Médias24 détient copie, émane du ministère de la Justice. Elle met l’accent sur une pratique en particulier : Les cessions frauduleuses des terrains soulalyate.

Dans sa lettre datée du 4 juin, le ministère dit avoir été lui-même alerté par différents « départements gouvernementaux », sans préciser lesquels. Des plaintes de « citoyens » lésés ont également donné lieu à des investigations poussées. Conclusion : « Le phénomène commence à revêtir une grande gravité, et à susciter une inquiétude croissante », commente Mohamed Benabdelkder, ministre de la Justice.

Les faits sont les suivants : Des membres des communautés soulalyate « renoncent ou cèdent » illégalement des terrains « dont ils avaient la jouissance au profit de personnes étrangères à la collectivité ».  Une violation claire de la loi 62.17 relative à la tutelle administrative sur les collectivités soulaliyate.

Juridiquement, le bénéficiaire du droit de jouissance ne peut y renoncer qu’au profit de la communauté concernée. Surtout, toute cession de propriété collective implique préalablement le lancement d’un appel d’offres, l’élaboration d’un cahier des charges et la validation du conseil central de tutelle. Cet organe est présidé par le ministre de l’Intérieur.

Un circuit laborieux dont le contournement est facilité, notamment, par le recours aux contrats d’avocats. « En examinant les pièces utilisées, le ministère a constaté que dans de nombreux cas, les opérations sont actées par des avocats agréés près la Cour de cassation dans le cadre de l’article 4 du code des droits réels ».

Dans les régions du Sud, cette problématique embrase les milieux juridiques. Le bâtonnier d’Agadir-Laâyoune-Guelmim va même jusqu’à la qualifier d’ « effroyable incendie ». Des arrestations ont eu lieu.

Depuis 2011, « tous les actes relatifs au transfert de propriété ou à la création des autres droits réels ou leur cession, modification ou suppression doivent -sous peine de nullité- être établis par acte officiel ou par acte à date certaine établi par un avocat agréé près la Cour d’appel sauf disposition légale contraire. »  Ces contrats sont soumis à une simple authentification des autorités locales et à une validation du greffe. Des canaux de vérification qui ont démontré leurs limites. Et qui donnent lieu à tous les abus.

Pour les biens des communautés soulalyate, la cession obéit à  des procédures spéciales. Leur inobservation engendre la nullité de l’opération, mais aussi des sanctions pénales.  Toute personne ayant, à quelque titre que ce soit, participé à l’élaboration de documents portant cession ou renonciation à ces propriétés encourt 1 à 5 ans de prison. Ce qui n’empêche pas des sanctions plus sévères, précisément en cas de « faux », infraction classique dans cette catégorie de dossiers.


« La France et le Maroc bloquent le dossier du Sahara occidental »

SAID LAYACHI, PRÉSIDENT DU COMITÉ NATIONAL ALGÉRIEN DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE SAHRAOUI : « La France et le Maroc bloquent le dossier du Sahara occidental »

Le président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui, Saïd Layachi, a dénoncé, hier, les manœuvres du Maroc entravant le processus d’autodétermination du dossier du Sahara occidental. Il cite la complicité de la France avec ce pays dans le blocage de ce dossier au niveau de l’Organisation des nations unies (ONU). Saïd Ayachi a mis à nu les agissements du royaume « chérifien » dans les territoires sahraouis occupés, en violation des lois et des droits de l’homme. Il cite, entre autres les tortures, exécutions des civils, le pillage des richesses naturelles à l’exemple du phosphate, ainsi que l’exploitation des terres dans la production agricole qu’il fournit aux pays de l’Union européenne. 

Il a appuyé ses propos par les rapports accablants des Organisations non gouvernementales (Human rights watch…) et du Département d’État des USA. L’orateur a relevé que le processus politique engagé par les Nations unies connait un échec. Selon lui, les raisons principales sont « la complicité évidente de la France, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, qui soutient le Maroc dans sa colonisation, ainsi que la timidité du SG de l’ONU à pouvoir faire avancer les choses ». Les « manœuvres » de Paris vont dans le sens de ses intérêts avec le Maroc et favorables à celui-ci pour prolonger son règne dans un autre État.

Par ailleurs, Ayachi a déploré l’inaction de la Minurso. C’est une léthargie de la part de cette mission qui « coûte 55 000 dollars mais qui ne fait rien. Elle est qualifiée de police de circulation par les sahraouis », a-i-il commenté.

L’envoyé spécial, une urgence

Le président du Cnasps a fait savoir que l’échec de la gestion de l’ONU est aggravé par l’absence d’un émissaire onusien qui tarde à être nommé depuis deux années, après le départ de tous ceux ayant occupé cette fonction, dont le dernier en date est celui de l’Allemand Horst Köhler, suite aux pressions subies de la part du pouvoir marocain. Il a rappelé, à ce titre, le travail effectué par James Becker ayant abouti à un accord sur un plan d’autonomie pendant 5 ans au profit du Polisario devant déboucher sur l’indépendance du Sahara occidental, mais que les autorités marocaines avaient refusé de signer. Cette vacance a entrainé le gel du dossier et le prolongement du statut quo qui arrange le régime du Makhzen, a-t-il regretté. Pour le conférencier, le représentant personnel du secrétaire général de l’ONU est le catalyseur dans la mission de médiation entre les parties du conflit. De ce fait, la nomination d’une personnalité possédant la maîtrise et l’expérience pour mener à bien cette mission est une urgence. Ainsi, l’envoyé spécial pourrait réactiver la Minurso, réinstaurer le cessez-le-feu, enclencher de nouveau le processus de négociation entre toutes les parties concernées et fixer enfin une date pour la tenue du référendum d’autodétermination sous l’égide de l’ONU.

(...)

Le Courrier d’Algérie, 10 juin 2021


 

Maroc-Espagne : ces violations sur lesquelles les eurodéputés ont fermé les yeux dans leur résolution

© REUTERS / Jon Nazca, le 11/6/2021
Afrique

Dans un entretien à Sputnik, Fouad Abdelmoumni, militant marocain des droits de l’homme, commente la résolution votée jeudi 10 juin par le Parlement européen, rejetant le comportement de Rabat lors de la crise migratoire à Ceuta. Il constate que le document «n’a pas appelé à des mesures concrètes contre l’État marocain».

Le Parlement européen a voté jeudi 10 juin une résolution rejetant le comportement du Maroc lors de la crise migratoire et diplomatique avec Madrid, résultat de la présence du Président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Brahim Ghali, en Espagne pour des soins médicaux.

Le texte rejette «l’utilisation par le Maroc des contrôles aux frontières et de la migration, notamment des mineurs non accompagnés, comme moyen de pression politique sur un État membre de l’Union», en l’occurrence l’Espagne.

Par ailleurs, les eurodéputés ont réaffirmé «la position consolidée de l’Union sur le Sahara occidental, fondée sur le plein respect du droit international, des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et du processus politique conduit par les Nations unies pour parvenir à une solution négociée juste, durable, pacifique et acceptable par les deux parties».

Dans un entretien à Sputnik, Fouad Abdelmoumni, militant marocain des droits de l’homme et membre du conseil d’administration de l’ONG Transparency International Maroc, constate que «la résolution du Parlement de l’UE n’a pas posé la question des violations en général des droits de l’homme au Maroc». Pour lui, les eurodéputés qui ont condamné à juste titre l’exploitation d’enfants ont fermé les yeux «sur les cas, par exemple, des journalistes Omar Radi et Soulaimane Raissouni, dont le pronostic vital est en ce moment engagé des conséquences de sa grève de la faim qui dure depuis 65 jours déjà».

Le Parlement «n’a pas appelé à des mesures concrètes»

«Le Parlement européen a voté une résolution rejetant le comportement de l’État marocain dans l’affaire de la migration illégale, qu’il est accusé d’avoir encouragée et permise les 17 et 18 mai derniers [au moins 10.000 personnes majoritairement marocaines, dont environ 2.000 mineurs, ont passé la frontière vers l’enclave espagnole de Ceuta, ndlr]», affirme M.Abdelmoumni.

Et de souligner que «des responsables marocains de divers niveaux ont clairement imputé cette situation au fait que la position de l’Espagne n’était pas suffisamment favorable à la thèse de la marocanité du Sahara occidental».

Par ailleurs, Fouad Abdelmoumni note que «le Parlement européen a voté une résolution de consensus, mais il n’a pas appelé à des mesures concrètes contre l’État marocain. Il est clair qu’il y a eu une entente entre les divers courants et intérêts représentés au sein de cette institution pour dire que le Maroc ne respecte plus ses engagements, mais sans aller jusqu’à la rupture en comptant qu’un coup de semonce ou un avertissement clair suffirait peut-être à changer la donne».

À ce titre, M.Abdelmoumni explique qu’«il est clair que la résolution n’a pas retenu certaines des propositions formulées par des groupes parlementaires, dont celles qui tendaient à condamner l’absolutisme monarchique marocain et à dénoncer les violations graves des droits humains qui se déroulent actuellement dans le pays».

«Les États européens de la proximité sont très sensibles aux menaces»

Dans le même sens, expliquant les raisons qui auraient pu motiver ces omissions, l’interlocuteur de Sputnik juge que «dans ce genre d’institutions, il y a ce qu’on pense, ce qu’on déclare, ce qu’on négocie et ce qu’on dit d’une manière implicite». À ce propos, il rappelle que «depuis à peu près cinq ans maintenant, l’État marocain a exprimé d’une manière on ne peut plus claire à ses partenaires étrangers, notamment européens, qu’il n’admettait plus leur tendance à défendre les droits humains au Maroc et à encourager les activités de la société civile».

Ainsi, il rappelle «les nombreuses tensions, notamment avec les Pays-Bas, lorsque leur Parlement avait posé la question concernant la répression des activistes du Rif, dans le nord du pays, lors du Hirak de 2017». Et d’ajouter que «nous pouvons également citer la décision du Maroc de rompre ses relations avec l’ambassade d’Allemagne, pointant nommément certaines fondations allemandes qui s’intéressent aux questions de la démocratie, des droits de l’homme et des activités de la société civile au royaume».

Dans ce contexte, le militant des droits humains pense que «les États européens, notamment ceux de la proximité avec le Maroc, sont très sensibles aux menaces, qui d’ailleurs ont été rappelées il y a trois jours par un ancien ministre et actuel parlementaire dans un article de presse, disant explicitement que "toute condamnation de l’État marocain aurait des répercussions sur la coopération en matière de lutte contre l’immigration clandestine, le terrorisme et le grand banditisme transnational».

«Il est clair qu’aujourd’hui l’État marocain use et abuse de ces outils de rétorsion contre les partenaires extérieurs avec qui il était convenu, il y a de longues années, que les droits humains et la démocratie étaient une partie du socle de référence pour les partenariats», constate-t-il.

Pour Raissouni, «le risque pour la vie est tout à fait avéré»

Pour étayer son propos, Fouad Abdelmoumni cite le «cas des journalistes Omar Radi et Soulaimane Raissouni, qui est certainement un des plus emblématiques au Maroc».

Et d'ajouter que «ce dernier a été incarcéré sur la base d’accusations fallacieuses et farfelues, par des appareils policier et judiciaire qui sont reconnus comme étant soumis au pouvoir exécutif, et ce juste pour le tenir en prison sans raisons valables, sans que cela corresponde aux normes et lois marocaines elles-mêmes et encore moins aux engagements internationaux du pays».

Et lorsque ce journaliste s’est lancé dans une grève de la faim il y a déjà 65 jours pour simplement demander à bénéficier de ses droits les plus élémentaires, poursuit-il, «et bien le pouvoir l’ignore, alors qu’il y a deux jours un rapport médical a affirmé que le risque pour la vie était tout à fait avéré, que le cœur de Soulaimane Raissouni pourrait flancher à tout moment, et que ses reins sont actuellement dans un état critique».

Enfin, M.Abdelmoumni informe que «jeudi 10 juin, Soulaimane Raissouni a été amené devant la Cour de justice et maintenu dans une situation qui ne correspond absolument pas à son état de faiblesse pendant plusieurs heures. Les requêtes de ses avocats en vue de lui obtenir une remise en liberté provisoire ont été systématiquement rejetées, ce qui les a amenés à annoncer le boycott du procès parce qu’ils estiment que les garanties minimales pour un procès équitable n’étaient pas réunies».

«Le cas du journaliste Toufik Bouachrine condamné à 15 ans de prison ferme a été dénoncé par le comité de l’Onu sur la détention arbitraire qui a exigé leur libération immédiate ainsi que son indemnisation et la prise de mesures pour que ce genre de situations ne se répètent pas, en plus des militants du Hirak du Rif et des dizaines de détenus d’opinion. Mais la répression semble devenir l’unique outil de l’État marocain face à toute voix critique», conclut-il.

 

vendredi 11 juin 2021

RSF appelle le roi du Maroc à user de son influence pour obtenir la libération des journalistes détenus arbitrairement au péril de leurs vies

Reporters sans frontières (RSF) appelle le roi Mohammed VI à user de son influence pour obtenir la libération des journalistes marocains Omar Radi et Souleiman Rassouni dont la santé est menacée et que leur soit garantit un procès juste et équitable.

Les procès des journalistes Omar Radi et Souleiman Raissouni, doivent s’ouvrir respectivement le 1er et le 3 juin, s’ils ne sont pas à nouveau reportés, comme cela a déjà été le cas trois fois pour Omar Radi et à cinq reprises en ce qui concerne Souleiman Raissouni. Poursuivis pour des affaires de mœurs ou d’atteinte à la sécurité de l’Etat pour lesquelles ils risquent jusqu'à 10 ans de prison, le journaliste du site d’information Le Desk et le rédacteur en chef du quotidien Akhbar Al Yaoum ont vu toutes leurs demandes de libération provisoire rejetées (quatre pour Omar Radi et neuf pour Souleiman Raissouni), et ce malgré l'absence de preuves satisfaisantes. Les journalistes ont également vu leurs droits bafoués : Omar Radi n’a pas eu accès à son dossier pour préparer sa défense pendant les dix premiers mois de son incarcération. Souleiman Raissouni n’a quant à lui, pas pu communiquer librement avec sa défense durant les quinze jours qui ont suivi son arrestation et est maintenu en isolement total depuis le début de son incarcération, le 22 mai 2020.

 «La négation de droits élémentaires, les multiples reports de procès et les rejets de demandes de libération provisoire attestent d’un acharnement politique et judiciaire particulièrement scandaleux, dénonce le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Pour mettre un terme à l’intrumentalisation évidente d’une justice qui harcèle des journalistes connus pour leur indépendance et leur intégrité, RSF en appelle au Roi du Maroc Mohammed VI, afin d’obtenir au plus vite leur libération et de leur garantir un procès juste et équitable. Agir est d’autant plus urgent que leur santé est menacée.»

Les deux journalistes ont cessé de s’alimenter pour protester de leur situation. Après 21 jours de grève de la faim, Omar Radi, souffrant de la maladie de Crohn, a été contraint  d’y mettre un terme. Souleiman Raissouni, poursuit quant à lui sa grève de la faim depuis 53 jours. Le journaliste souffre d'hypertension chronique, il ne peut plus marcher, ni parler et n’a pas été en mesure de se défendre lors de son procès le 18 mai dernier qui s’est ouvert brièvement avant d’être reporté.

Omar Radi, journaliste enquêtant sur des affaires sensibles et militant des droits humains, a été accusé d’espionnage à la suite d’un rapport d’Amnesty International affirmant que son téléphone était espionné par les autorités marocaines. Le journaliste est également poursuivi pour “viol” suite à une plainte déposée en juillet 2020 par une de ses collègues. Son collègue, Imad Stitou, a été cité comme témoin à décharge puis comme co-accusé dans l’affaire, pour « participation au viol» et est également en attente de son procès. Quant à Soulaiman Raissouni, connu notamment pour ses écrits sur la corruption dans le royaume, il est poursuivi pour “attentat à la pudeur avec violence et séquestration”. Le témoignage d’un jeune activiste de la communauté LGBTQ publié sur les réseaux sociaux qui lui a valu son incarcération n’a jamais été réitéré devant les juges.

Le Maroc occupe le 136e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF.

mardi 8 juin 2021

Selon le PCF, le Maroc utilise la précarité de sa jeunesse pour exercer des pressions sur l'UE

Publié le : dimanche, 06 juin 2021
Le Maroc utilise la précarité de sa jeunesse pour exercer des pressions sur l'UE

PARIS - Le Maroc utilise la détresse sociale et la précarité de sa jeunesse dans le but d'exercer des pressions sur les pays de l'Union européenne (UE), a indiqué le Parti communiste français (PCF), appelant le gouvernement de son pays à réagir face aux atteintes aux libertés, l'agressivité et l'expansionnisme marocain qui sont des facteurs de déstabilisation dans la région.

"Le cynisme du pouvoir marocain vient d'atteindre un nouveau degré d'abjection. Dans une orchestration largement préparée en amont, les autorités ont volontairement relâché le contrôle des frontières laissant passer dans l'enclave espagnole de Ceuta près de 10 000 migrants, dont 2000 enfants, rêvant d'immigrer vers l'Europe", soutient PCF, dans une tribune publiée sur le site du parti, intitulée "Maroc: le cynisme et les menaces d'un Etat voyou".

Le document signé par son responsable-adjoint du secteur international chargé de la région MENA, Pascal Torre souligne que, "Rabat utilise la détresse sociale et la précarité de sa jeunesse, poussée par le désespoir, la misère qui explose et les inégalités croissantes, afin d'exercer des pressions diplomatiques sur les pays de l'Union européenne".

Il a fait savoir que "cet épisode, qui n'est pas nouveau, jette une lumière crue sur la réalité du régime de Mohammed VI qui (...), n'hésite pas à sacrifier son peuple, à faire du chantage aux migrants et à laisser planer le doute sur la coopération contre le terrorisme".

Le parti communiste affirme, en outre, que "cette provocation du Maroc à l'égard de l'Espagne s'explique essentiellement par la situation au Sahara occidental et par l'accueil récent, dans un hôpital près de Saragosse, du président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, en convalescence après avoir contracté la Covid-19".

Dans ce contexte, le parti communiste français relève que "depuis le deal honteux entre Trump, Netanyahou et le roi du Maroc reconnaissant la "prétendue" souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange d'une normalisation des relations avec Israël, Rabat se croit tout permis".

Le PCF précise à cet effet que, le ministre des Affaires étrangères marocain (Nasser Bourita), homme de toutes les basses besognes, multiple les intimidations auprès des capitales européennes afin que celles-ci emboitent le pas de la violation du droit international".

Le parti dirigé par Fabien Roussel a rappelé que "pour avoir contesté l'oukase de Donald Trump et exiger le respect du droit, Rabat a suspendu sa coopération avec Berlin", précisant que "les résolutions de l'ONU condamnent la colonisation marocaine et le pillage des ressources du Sahara occidental et exigent l'organisation d'un référendum d'autodétermination".

"L'élection de J. Biden et l'absence d'effet d'entrainement jettent le doute sur la pérennité de cette forfaiture", poursuit le PCF.

D'autre part, l'auteur du communiqué estime que "les récents événements en Palestine, avec la destruction de Ghaza, ont créé une certaine fébrilité car l'abandon des Palestiniens par Rabat ne s'est traduit par aucune concession de la part de Benjamin Netanyahou alors que l'opinion publique marocaine ne faiblit pas dans sa solidarité avec le peuple palestinien".

"L'agressivité marocaine s'explique aussi par le dévoilement sur la scène internationale de l'ampleur des régressions démocratiques. Le nombre de journalistes emprisonnés pour avoir rendu compte de la corruption de la classe dirigeante ou de la répression dans le Rif ou dans les territoires s'accroît de manière inquiétante", a-t-il opiné.

Il cite notamment les cas de Soulaiman Raissouni, d'Omar Radi, de Taoufik Bouachrine, de Chafik Omerani ou d'Imad Stitou dont certains ont entamé une grève de la faim.

"Combien de temps encore, le gouvernement français va-t-il fermer les yeux sur les atteintes aux libertés, l'agressivité et l'expansionnisme marocain, facteurs de déstabilisation régionale ?", s'est également interrogé le PCF.

"Les communistes français expriment leur solidarité avec les forces démocratiques marocaines. Ils saluent le courage du peuple sahraoui qui, avec leur président Brahim Ghali, lutte pour leur droit inaliénable à l'autodétermination", a-t-on conclu.

 

C’est l’image que je garderai de Khalid,

Nouvelles publications du fil d’actualité

C’est l’image que je garderai de Khalid, après ce fameux dîner pris avec deux de nos précieux amis qui se reconnaîtront ici. Aujourd’hui, la photo est en noir et blanc, deuil oblige. Il était aussi exquis de gentillesse avec ceux qu’il aimait qu’en colère contre les tordus et les parvenus qui avaient oublié la mission que leur a confié le peuple marocain. Ils les avait baptisés de sa propre formule « les kleenex du palais ». Une expression tellement appropriée ! Sa lettre à Driss Basri, un autre kleenex, est entrée dans les annales de l’histoire du Maroc.
Il avait la colère des justes qui ne plient pas face à la saloperie.
Nous avions promis de nous revoir ! La vie et le cancer qui le rongeait en ont décidé autrement. Mais les justes ne meurent jamais dit-on ! Khalid nous laisse Aboubakr en héritage. Un jour prochain, il vivra dans les yeux, le coeur et la conscience de son fils son rêve d’un autre Maroc, celui pour lequel il a lutté !
Bonne route vers le ciel, au royaume des justes où est ta place, Ami de la liberté !

 

lundi 7 juin 2021

Détention d’enfants pour des raisons de migration : le gouvernement belge face à ses contradictions

L’accord de gouvernement affirme que «Des mineurs ne peuvent pas être détenus en centre fermé». Le secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Sammy Mahdi, l’a confirmé à plusieurs reprises. Pourtant, il poursuit actuellement une procédure au Conseil d’État qui porte précisément sur les conditions de l’enfermement des enfants au centre 127bis. Les associations dénoncent ce double discours. Elles appellent le gouvernement à respecter les engagements pris et à adopter au plus vite une loi qui met un point final à la détention d’enfants pour des motifs liés à la migration.

Poursuite de la procédure devant le Conseil d’État

En 2018, des « unités familiales » entraient en activité au sein du centre fermé 127bis, juste à côté de l’aéroport de Zaventem. Quinze associations et l’Ordre des barreaux francophone et germanophone ont attaqué devant le Conseil d’État l’arrêté royal qui y organise la détention de familles avec enfants. Cette procédure est, aujourd’hui, toujours en cours. Pourtant, le nouveau gouvernement s’est engagé dans son accord de gouvernement à ce qu’aucun mineur ne soit détenu en centre fermé.

Les organisations consternées par cette décision

Les associations requérantes ont donc découvert avec stupéfaction la décision du nouveau secrétaire d’État de maintenir l’arrêté et son entêtement à défendre les « vertus » de l’enfermement d’enfants auprès du Conseil d’État.

Contacté par les associations, le secrétaire d’État explique ne voir aucune contradiction entre le respect de l’accord de gouvernement et la poursuite de cette procédure, le premier relevant selon lui d’un niveau politique et le second du niveau juridique.

« Les très graves effets de la détention sur un enfant sont connus et largement démontrés ; c’est absolument consternant de voir le gouvernement le reconnaître publiquement, tout en défendant l’inverse auprès du Conseil d’État. Défendre cet arrêté royal, c’est laisser la possibilité au prochain gouvernement de poursuivre cette pratique pourtant condamnée par de nombreuses instances internationales », dit Benoit Van Keirsbilck, directeur de Défense des Enfants International (DEI) – Belgique.

Les effets néfastes de l’enfermement sur les enfants confirmés en 2018 et 2019

La détention a un impact profond et durable sur la santé physique et mentale et le développement des enfants : risque accru de dépression et d’anxiété, et symptômes comparables à ceux du syndrome de stress post-traumatique, comme des insomnies, des cauchemars et l’énurésie.
Les 22 enfants détenus à Steenokkerzeel entre 2018 et 2019 n’ont pas échappé à ces effets, comme le dénonçait la pédiatre Paulette De Backer, qui avait pu examiner quatre d’entre eux, alors âgés de 1 à 6 ans1 .

« Avec cet arrêté royal, le gouvernement avait essayé de rendre tenable l’intenable en prétendant qu’il était possible de ne pas nuire à ces enfants si les conditions étaient encadrées. Le constat est vraiment différent : ces enfants ont souffert d’être détenus », nous dit Olivia Venet, présidente de la Ligue des droits humains.

Les associations et des milliers de personnes appellent à légiférer

En Belgique, plus de 48 000 personnes et 325 associations se sont engagées pour l’interdiction de la détention d’enfants en rejoignant le mouvement On n’enferme pas un enfant. Point.
Aujourd’hui, les organisations rappellent ce message et exhortent le gouvernement à respecter son propre accord politique en retirant au plus vite l’arrêté royal et surtout, en adoptant une loi qui proscrit absolument la détention d’enfants en raison de leur situation migratoire.

Signataires :

Défense des Enfants International (DEI) – Belgique
Ligue des droits humains
CIRÉ
Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant (CODE)
Jesuit Refugee Service Belgium
Plate-forme Mineurs en exil / Platform Kinderen op de vlucht
Amnesty International Belgique – België
Vluchtelingenwerk Vlaanderen
Service Droit des Jeunes de Namur
World Association for Infant Mental Health section belgo-luxembourgeoise
Réseau Belge de lutte contre la pauvreté – Belgisch Netwerk Armoedebestrijding Move
Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté
Caritas International
Service droit des jeunes de Bruxelles
Association Professionnelle des Psychiatres infanto-juvéniles francophones (APPIJF)
ADDE asbl
NANSEN
Kinderrechtencoalitie
Association des Psychologues Praticiens d’Orientation Psychanalytique (APPPsy)

27 mai 2021