mardi 31 mars 2020

Pour combattre le COVID 19, il faut des mesures radicales et un choc de solidarité !





Issus du mouvement social, les initiateurs de cet appel ont appris à travailler ensemble lors de la catastrophe de Lubrizol à Rouen. Citoyens indignés, syndicalistes, associatifs, médecins, chercheurs… Mobilisés face au Covid 19 dans nos différents secteurs, nous avons ressenti partout l’exigence de mesures radicales et d’un choc de solidarité contre le Covid 19 et la politique du gouvernement. 
Cet appel veut aider à rendre visible et à mettre en réseau les initiatives et les exigences du mouvement social. Alors signez-le ! Diffusez-le !
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Le site autour de cet appel se transformera pour accueillir et faire circuler vos prises de position, vos mobilisations, vos droits de retrait, vos grèves, vos colères, vos espoirs, vos solidarités. Alors faites les circuler pour les faire grandir !
Mobilisé.es contre le Covid 19 ou confiné.es ! Mais debout, solidaires et exigeants. Hier des milliards d’euros ont été dépensés pour sauver les banques. Aujourd’hui, c’est tout le fonctionnement de notre société qui doit être bouleversé pour sauver la société. Nos libertés, nos espoirs, et surtout nos initiatives vont en décider !

Personnels de santé, syndicalistes, associatifs, scientifiques, habitant.es des quartiers populaires, citoyen.nes engagés, nous lançons un appel urgent…
Si nous continuons comme cela, nous allons perdre la bataille contre le COVID 19. Pénurie de masques, de tests, entreprises non indispensables poussées à produire, mais personnels indispensables à la vie non protégés, confinement trop léger, cela suffit. Il faut arrêter. Et Vite…
Nous exigeons du gouvernement et des employeurs publics et privés, l'arrêt immédiat et sans attente de toutes les entreprises non essentielles au fonctionnement solidaire de notre société. La priorité absolue doit être la lutte contre le COVID 19, et pas la recherche du profit. La priorité des priorités est le confinement de tous ceux et celles qui ne sont pas indispensables à cet impératif. Et donc l'arrêt de toutes les activités économiques non indispensables ! Moins le confinement sera strictement appliqué, plus les réanimations seront saturées, et le nombre de morts important !

Nous exigeons du gouvernement des moyens immédiats et massifs pour la Santé. Les fermetures de lits au nom de l'austérité, les EHPAD abandonnés, l'impréparation gouvernementale face au Covid 19, les mensonges d'Etat sur l'inutilité des masques et des tests, mettent en danger l'hôpital public et la santé de tous et toutes. Les personnels en sous-effectif et sans masques ne pourront pas tenir le coup face au virus. Nous demandons des dizaines de milliards d'euros pour l'hôpital public, les Ehpad, l'aide à domicile… pour des embauches statutaires massives, pour réouvrir les lits fermés. Une partie de l'appareil productif doit être réorienté d'urgence pour fournir massivement les moyens en masques, tests, appareils respirateurs, lits, gel hydroalcooliques. 
Lire la pétition :https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/300320/pour-combattre-le-covid-19-il-faut-des-mesures-radicales-et-un-choc-de-solidarite
 
Il faut généraliser le port du masque. Il faut généraliser la pratique des tests pour isoler sérieusement les malades, et les traiter dès que les scientifiques auront validé un traitement.
Demain, contre une deuxième vague épidémique, nous aurons besoin de vaccins, pas des profits et des brevets de l'industrie pharmaceutique, qui doit être nationalisée sous le contrôle des citoyens, des travailleur.euse.s et des scientifiques. Nous avons aussi besoin de solidarité et d'un transfert massif de moyens vers les peuples du Sud, si nous ne voulons pas qu'une deuxième vague épidémique parte de ces rivages privés de systèmes de santé.
Nous soutenons les salarié.es, qui par le droit de retrait ou la grève, exigent d'arrêter les productions non indispensables, ou d'avoir les moyens de protéger leur santé, quand leur travail est utile à la société. C'est sur la base du volontariat, en mettant en sécurité ceux qui sont déjà malades ou qui sont les plus fragiles face au Covid 19, en fournissant massivement masques, gants, gel hydroalcoolique, en formant aux distances de sécurité, aux gestes barrières, en réorganisant la production de manière à  limiter au maximum les risques de transmission, que les salarié.es de la grande distribution, de l'Education nationale, de l'aide aux personnes âgées, de La Poste, d'EDF… que les petits commerçants, les routiers, les ubérisés pourront être solidaires et protégé.es. Nous dénonçons sanctions et pressions patronales contre ceux qui exigent des moyens pour ne pas être contaminé.es. Nous soutenons les syndicalistes qui refusent l'Union nationale avec le Medef.
Soignant.es, salarié.es, précaires… Nous sommes en première ligne pour combattre le virus, mais c'est pour nous que le confinement est le plus difficile, pour nos enfants que la fracture numérique sera  la plus lourde à payer. Nous sommes révolté.es par ces images des premiers de cordée, qui ont pu fuir dans leur maison de campagne, au risque de diffuser le virus. Et comment se confiner quand on est sans domicile fixe, se protéger quand on est entassé.e dans un squat, une prison, un centre de rétention, privé.e de soin, de suivi et de droit?
Avec les associations humanitaires, dont les bénévoles sont souvent fragiles, nous demandons pour les SDF, les sans-papiers, lesmineur.es isolé.es à la rue, l'ouverture immédiate et massive de lieux d’hébergements adaptés, pour un confinement avec suivi médical.
Avec l'observatoire international des prisons, le syndicat des avocats de France, nous demandons qu'un maximum de personnes sortent des prisons françaises surpeuplées, mais aussi la fermeture des centres de rétention.
Avec les associations du droit au logement, nous demandons la réquisition des logements vides.
Avec les associations féministes, nous demandons l'ouverture de moyens d'accueil pour les femmes victimes de violences conjugales, la garantie du droit d'accès à l'Ivg.
Avec les personnels de la santé mentale, nous refusons toute  discrimination à l’égard des personnes recevant des soins psychiques et la poursuite de ces soins sous les formes les plus appropriées.
Face au covid-19, mais aussi face à la crise économique qui s'annonce, nous avons besoin de salaires et de revenus à 100%, d'une revalorisation salariale immédiate pour les soignants et tous les professionnels dont le travail est indispensable, de l’annulation des remboursements de crédit pour les petites entreprises contraintes à la fermeture, pas de revenu inférieur au Smic. Nous avons besoin d'interdiction des licenciements, de blocage des loyers, de moratoire des dettes, de services publics, de gratuité de la santé, d'abandon définitif de toutes les contre-réformes libérales ( retraites, chômage…), des mêmes droits pour tous ! Partage des richesses contre le Covid 19 !

Nous voulons être confiné.es, mais nous refusons que nos libertés, nos colères soient confinées. Car c'est par elles que nous exigeons masques, tests et moyens pour la santé… C'est par elles que nous exigeons que la priorité ne soit plus aux profits, mais à la santé, la solidarité, le partage des richesses, la reconversion de la production au service de la lutte contre le covid-19. C'est pourquoi nous refusons « le projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie » qui permet au gouvernement de légiférer par ordonnances, de remettre en cause durablement les droits des salariés, notamment en matières de congés payés, de temps de travail, de repos hebdomadaire ou de liberté de réunion.
Le temps du covid-19 ne doit pas être un temps de peur, d'exclusion et d'Etat fort. Mais au contraire un temps de solidarité, d'organisation de la société elle-même, pour imposer et mettre en place nos propres solidarités. Nous ne pouvons pas faire confiance aux gouvernements libéraux qui nous ont plongé dans la crise, celle du covid 19 ou du dérèglement climatique, qui ont fermé 100 000 lits d'hôpitaux en France, réduit le nombre de médecins, supprimé les CHSCT. Partout, dans nos quartiers, dans les lieux de soins ou les secteurs indispensables, sur le Net, soyons porteur.euses de solidarités concrètes avec nos voisins, nos anciens, les plus fragiles, les malades. Soyons porteur.euses d'exigences, d'initiatives de contrôle et de réorganisation de la société, pour l'urgence sanitaire et sociale.
Nous devons être aujourd'hui à l'image de la société que nous voulons demain. Mobilisé.es contre le covid 19 ou confiné.es! Mais debout, solidaires et exigeants. Hier des milliards d'euros ont été dépensés pour sauver les banques. Aujourd'hui, c'est tout le fonctionnement de notre société qui doit être bouleversé pour sauver la société. Nos libertés, nos espoirs, et surtout nos initiatives vont en décider !
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https://alt-rev.com/2020/03/28/pour-combattre-le-covid-19-il-faut-des-mesures-radical... 

lundi 30 mars 2020

Comment le rassemblement évangélique de Mulhouse a diffusé le coronavirus dans toute la France





ENQUETE FRANCEINFO. "La majorité des personnes étaient contaminées" : de la Corse à l'outre-mer

Contrairement aux premières estimations, ce ne sont pas une centaine mais un millier au moins de fidèles qui ont été contaminés après le rassemblement évangélique de Mulhouse en février dernier. Un des principaux foyers du virus qui a contribué à propager la maladie sur tout le territoire, révèle l'enquête de la Cellule investigation de Radio France.
L\'intérieur de l\'église évangélique de la Porte ouverte chrétienne située dans le quartier de Bourtzwiller à Mulhouse (Haut-Rhin) où plusieurs personnes ont été contaminées par le coronavirus lors d\'un rassemblement religieux de plusieurs milliers de personnes du 17 au 24 février 2020.
L'intérieur de l'église évangélique de la Porte ouverte chrétienne située dans le quartier de Bourtzwiller à Mulhouse (Haut-Rhin) où plusieurs personnes ont été contaminées par le coronavirus lors d'un rassemblement religieux de plusieurs milliers de personnes du 17 au 24 février 2020. (THIERRY GACHON / MAXPPP)



L’ampleur du nombre de personnes contaminées par le coronavirus Covid-19 au sein des 2 000 à 2 500 participants à une semaine de prière et de jeûne, qui s'est déroulée à Mulhouse du 17 au 24 février dernier, a été sous-évaluée. Selon l'enquête de la Cellule investigation de Radio France, plus d’un millier de personnes ont contracté le virus à l’occasion de ce rassemblement religieux.
Une enquête qui révèle également la manière dont les autorités sanitaires ont essayé de gérer cette "bombe atomique". Mulhouse est la principale porte d’entrée du Covid-19 en France et a été le point de départ de nombreuses contaminations à travers le pays.
Comme chaque année depuis 25 ans, les fidèles se pressent au rassemblement évangélique à Mulhouse, dans le quartier de Bourtzwiller. Cette année, l’événement a lieu du lundi 17 au vendredi 21 février et réunit près de 2 500 fidèles venus de la région mais aussi de toute la France dont des départements d’Outre-mer tels que la Guyane. Cinq jours de prière et de jeûne organisés par l’une des plus grandes associations évangéliques de France, la Porte ouverte chrétienne.
"Contrairement à ce que certains responsables politiques ont dit, nous n’avons pas ignoré les règles de sécurité de base, car à l’époque il n’y en avait pas encore", explique Nathalie Schnoebelen, la chargée de communication de la Porte ouverte.
Les gestes barrières n’étaient pas encore recommandés par les autorités sanitaires. Pendant ces cinq jours, les fidèles se sont donc salués, se sont fait la bise, et se sont tenus par la main parfois en priant pendant les célébrations. Nathalie Schnoebelen, chargée de communication de la Porte ouverte
Les autorités sanitaires laissent penser que tout est sous contrôle. Le 21 février, une note de la Direction générale de la Santé précise que "la zone à risque est la Chine et Singapour". L’épidémie n’a pas encore ravagé le nord de l’Italie.

"J'ai serré la main au président et je suis tombée malade le lendemain"

C’est dans ce contexte que le 18 février, le président de la République Emmanuel Macron vient passer plusieurs heures dans le quartier de Bourtzwiller, à quelques centaines de mètres du rassemblement de l’Eglise de la Porte ouverte. Les fidèles évangéliques sont en pleine célébration. Mais dehors il y a foule et le président prend son temps. "J’ai compté, il a mis une heure quarante pour faire 100 mètres tellement il faisait de selfies et d’accolades", se souvient Patrick Genthon, le correspondant de Radio France à Mulhouse, présent sur les lieux.
Le problème, c’est qu’une femme du quartier, qui n'est pas une fidèle évangélique, se souvient avoir serré la main d'Emmanuel Macron la veille du jour où elle est tombée malade. Elle l’a expliqué par téléphone au docteur Patrick Vogt, médecin généraliste à Mulhouse, le 3 mars, alors qu’il était en renfort au SAMU(...)
Il y avait donc des gens dans l’entourage proche de Monsieur Macron qui étaient en période d’incubation et qui sont tombés malades le lendemain ! selon Dr Patrick Vogt, généraliste à Mulhouse
A partir du jeudi 20 février, deux jours après la visite présidentielle, des participants du rassemblement vont consulter le docteur Vogt. "J’ai demandé à l’un d’eux si beaucoup de gens toussaient au rassemblement, et il m’a répondu 'oui, la plupart'". Patrick Vogt lui-même tombe malade quelques jours plus tard. Dès le 1er mars, l’Eglise évangélique est alertée par une fidèle qui est testée positive ainsi que ses fils. Le pasteur Peterschmitt qui a organisé le rassemblement compte 18 personnes testées positives au sein de sa famille. L’Eglise alerte à son tour les autorités. S’en suit une enquête sanitaire difficile, car aucun registre n'a été tenu lors du rassemblement, c’est un événement gratuit et ouvert à tous. Il est donc très difficile d’avoir les coordonnées des participants et de savoir combien ont été contaminés.

Le virus se propage hors de Mulhouse

A la fin de l’événement de Mulhouse, de nombreux fidèles contaminés par le Covid-19 rentrent chez eux. Il se passe plusieurs jours avant l’apparition des premiers symptômes. Pendant cette période d’incubation, ces personnes vont, sans le savoir, transmettre le virus à leur entourage. "Des femmes de ménage, de personnel d’Ehpad, d’écoles, d’ouvriers de chez Peugeot", se souvient le docteur Vogt. C’est ainsi qu’une infirmière des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, présente au rassemblement, aurait été à l’origine de la contamination de 250 collègues soignants, selon le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand-Est.
Il y a aussi le cas de ces trois retraitées corses présentes au rassemblement qui ont introduit le virus dans la région d’Ajaccio. Elles sont de retour le 24 février, et ne vont être testées positives que le 5 mars. Trop tard. Le 7 mars, on compte 11 cas à Ajaccio, puis 12 nouveaux cas le lendemain, et 10 encore le jours suivant. Au dernier comptage, le 27 mars, l’ARS totalisait 263 personnes testées positives au Covid-19 et 21 décès en milieu hospitalier, dans un contexte où les tests ne sont plus effectués systématiquement. Selon un cadre de l’ARS Grand Est, les retraitées de retour de Mulhouse sont à l’origine de l’essentiel des contaminations relevées en Corse.
Une situation identique aurait pu avoir lieu en Guyane. Une délégation de cinq personnes emmenée par le pasteur évangélique Gilles Sax rentre de Mulhouse le 25 février. Dès son arrivée, il ne se sent pas bien. "Je tremblais comme une feuille", raconte-t-il aujourd’hui, guéri. Sur le moment, il ne fait pas le lien avec l’épidémie de coronavirus. Après quelques jours, il se sent mieux et participe à une messe puis à un repas. Lorsqu’il est diagnostiqué, l’Agence régionale de santé de Guyane effectue des tests sur 80 personnes ayant été à son contact ainsi qu’à celui de ses quatre compagnons de voyage. Tous les tests sont négatifs. Seul un enfant a été contaminé, sans gravité.
Ma plus grande joie c’est de ne pas avoir transmis cette maladie autour de moi, On sait qu’il suffit d’une personne et ça part comme une traînée de poudre.Gilles Sax, pasteur évangélique guyanais
D’autres cas en lien avec Mulhouse ont essaimé partout en France : Orléans, Besançon, Saint-Lô, Belfort, Dijon, Mâcon, Agen, Briançon, Paris, provoquant des confinements et fermeture d’écoles. Aux alentours du 8 mars, lorsque les agences de santé communiquaient encore des détails sur les nouveaux cas de contaminations au Covid-19, on ne recensait pourtant qu’une centaine de cas liés au rassemblement de Mulhouse en dehors du Grand-Est.

Des centaines de cas avérés non testés

Plusieurs médecins estiment que ces chiffres sont en fait très loin de la réalité. Parmi eux, le pasteur Jonathan Peterschmitt, médecin généraliste à Mulhouse et pasteur de La Porte ouverte. Dès le dimanche 2 mars, une semaine après la fin du rassemblement, il remarque que l’église - d’habitude pleine à craquer - est à moitié vide. Il fait alors le lien avec le Covid-19 auquel plusieurs fidèles ont été dépistés positifs la veille. Lui-même sera également testé positif le lendemain. Il affirme aujourd’hui que ce ne sont pas une centaine de participants qui ont été contaminés en février mais la quasi-totalité des fidèles présents, soit environ 2 000 sur 2 500 personnes.
On peut parler largement de la majorité des personnes présentes sur le site qui étaient contaminées. Pourquoi ? A cause du nombre de personnes qui, après coup, se sont révélées malades ou positives dans la foulée. Jonathan Peterschmitt, médecin généraliste à Mulhouse et pasteur de La Porte ouverte
Un avis partagé par le docteur Patrick Vogt, le médecin généraliste de Mulhouse. Il est de garde au SAMU, le 3 mars au soir. Dans la journée, la préfecture et l’ARS Grand-Est ont publié un communiqué évoquant "plusieurs cas" contaminés lors du rassemblement et appelant les participants à se manifester auprès des autorités sanitaires. "On est passés de 500 appels habituellement à 1 000 appels, c’était du jamais vu. Les gens disaient tous la même chose : 'On est évangéliques, on était à la cérémonie, on est tombés malades, on espère qu’on n’a pas attrapé le corona !'". A minuit, il dit à la directrice de l’hôpital : "C’est incroyable, l’épidémie se déroule sous nos yeux", en lui montrant l’écran rouge d’appels.
Les jours suivant, le SAMU de Mulhouse reçoit "1 500 appels par jour, trois fois plus qu’en temps normal". Le médecin explique que les autorités ne prennent pas alors la mesure de la gravité de la situation :
La communication n’a pas bougé le lendemain. Le préfet, droit dans ses bottes, déclarait qu’on était en phase 2, que la situation était maîtrisée, et qu’on avait 18 cas.Patrick Vogt, le médecin généraliste de garde au SAMU à Mulhouse

Le docteur lance alors l’alerte dans une interview au quotidien L'Alsace où il déclare que Mulhouse est le plus grand foyer de coronavirus de France : "On est passé en phase 3. Ce ne sont pas une vingtaine de cas avérés mais sans doute des centaines qui ne sont pas testés". Le jour-même, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon reconnaît que le virus circule activement dans plusieurs territoires, dont le Haut-Rhin et le Bas-Rhin.
Aujourd’hui, le docteur Vogt n’a pas de mots assez forts pour qualifier la gestion de la crise après ce rassemblement évangélique : "Ils n’ont mis aucun système de veille, d’anticipation. Le système de détection n’a pas fonctionné. C’est de l’insouciance, de l’incompétence". Contactée, la préfecture n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

"Une bombe atomique nous tombe dessus"

Le directeur général de l’ARS Grand-Est, Christophe Lannelongue, a accepté de son côté de revenir sur l’origine de l’épidémie à Mulhouse pour la Cellule investigation de Radio France. C’est "une espèce de bombe atomique qui nous est tombée dessus fin février et qu’on n’a pas vue, dit-il. Après le 21 février (fin du rassemblement de Mulhouse, ndlr) des centaines de malades s’ignorent car ils sont très peu symptomatiques", explique-t-il..
"On loupe un point majeur le 29 février", reconnaît Christophe Lannelongue. Il évoque le cas d’une femme testée positive avec ses deux enfants à Strasbourg. Elle ne revient pas d’une zone à risque telle que la Chine ou l’Italie du nord. Déjà malade, la patiente alsacienne ne s’est pas rendue au rassemblement de Mulhouse. Mais ses deux enfants y ont participé avec leurs grands-parents. Cette information ne fait pas l’objet d’un approfondissement lors de l’enquête, qui reste centrée sur la mère et l’origine de sa contamination. Les enfants ont pu introduire le Covid-19 au sein du rassemblement évangélique. Mais il est impossible d’être catégorique.

Quand le lien est fait, il est déjà trop tard

Les autorités du Grand-Est comprennent ce qui se passe deux jours plus tard, le 2 mars, quand elles sont alertées par leurs collègues d’Occitanie. Un habitant de Nîmes, testé positif au Covid-19, explique qu’il revenait en voiture de la semaine de prière de Mulhouse. Depuis le rassemblement, il n’a fréquenté quasiment personne. "Il ne s’est arrêté qu’une seule fois sur l’autoroute pour acheter un sandwich, détaille le directeur de l’ARS Grand-Est. Il vit par ailleurs seul."
C’est à ce moment-là que le lien se fait et que les enquêteurs du Grand-Est comprennent. "Eurêka, c’est le rassemblement de la Porte ouverte chrétienne de Mulhouse !", s’exclame Christophe Lannelongue. "Dans la journée, on prend contact avec la Porte ouverte qui a organisé la semaine de prière, poursuit-il.
Ils nous disent qu’ils ne tiennent pas de listings. Donc on décide de communiquer largement auprès des personnes qui ont fréquenté l’Eglise.Christophe Lannelongue, directeur général de l’ARS Grand-Est

Mais c’est déjà trop tard. "Des malades commencent à arriver dans un état grave, se souvient le cadre. Dans un monde idéal, il aurait fallu aller vers un confinement de masse dès la réception de l’alerte d’Occitanie." A ce moment-là, le coronavirus est un problème "asiatique", l’Italie "n’est pas encore devenue un foyer de la maladie", poursuit-il.

Des cas dès janvier ?

Quant à savoir qui le premier a infecté les autres, comme en Lombardie, le directeur de l’ARS Grand-Est estime plausible qu’à Mulhouse, avant même l’événement évangélique, des personnes contaminées aient pu diffuser le coronavirus, et que le rassemblement ait ensuite amplifié sa propagation. Le docteur Jonathan Peterschmitt se souvient effectivement avoir reçu dès janvier un patient qui avait le symptôme-type du coronavirus: "Il avait perdu l’odorat et le goût".
Trois autres patients avaient une très grosse grippe. "Le 31 janvier, j’ai fait hospitaliser une jeune femme qui avait les symptômes d’une pneumopathie. Elle n’était pas affiliée à l’Eglise évangélique", raconte-t-il. "C’est tout à fait possible, confirme le docteur Vogt, car on est nombreux à avoir reçu des patients qui avaient des syndromes grippaux qui pouvaient être des cas de Covid-19. Mais ils ont dû passer au travers des mailles du filet car on ne faisait pas de tests à l’époque."

dimanche 29 mars 2020

COVID-19: l'ONU et la Croix-Rouge appelées à sauver la vie des prisonniers sahraouis détenus au Maroc

Paris, 24 mars 2020 (SPS) L'Organisation française d'amitié et de solidarité avec les peuples d'Afrique a appelé le Comité international de la Croix-Rouge et les Nations Unies à intervenir pour libérer les prisonniers politiques sahraouis détenus dans les prisons marocaines, afin d'éviter une catastrophe, en particulier face à la terrible propagation de la pandémie de coronavirus.
Dans une lettre envoyée mardi par le président de l'ONG, John Paul Escovi, a mis en garde contre le danger que courent les prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines, en raison de la pandémie de coronavirus.
L’Organisation a également dénoncé "la détérioration de l’état de santé de ces prisonniers politiques du fait des actes de torture et des mauvais traitements auxquels ils sont continuellement soumis, ainsi que le refus d’accès aux soins médicaux et les abus quotidiens qui ont provoqué une diminution de leur immunité et, par conséquent, le risque élevé d’infection par le nouveau Coronavirus qui sévit largement au Maroc".
Dans ce contexte, le Coordonnateur pour la protection des prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines a lancé lundi un appel urgent aux organisations internationales, notamment à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), pour qu'elles prennent des mesures préventives dans les prisons marocaines, et faire pression sur le régime marocain pour libérer ces prisonniers afin d'éviter une catastrophe humanitaire à l'intérieur des prisons.
Dimanche, le président de la République, Brahim Ghali, a appelé l'ONU  à intervenir en urgence pour la libération immédiate des prisonniers sahraouis en "situation dangereuse" dans les prisons marocaines avec l'escalade de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19).

--Les maintenir dans ces conditions est "carrément du terrorisme"--
Dans une lettre adressée au secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, le président de la République, Brahim Ghali a soutenu qu'"avec l'escalade de la pandémie de Corona dans diverses parties du monde, y compris le Royaume du Maroc, la situation de ces prisonniers laisse présager une évolution dangereuse, en ce qui constitue une menace réelle pour leur vie, en raison des conditions de vie difficiles dans les prisons de L’État d'occupation marocain".
Le président Ghali a, en outre, alerté que la "propagation de l'épidémie de ce virus dangereux et les mesures urgentes nécessaires, notamment pour éviter les grands rassemblements et la surpopulation, sont en totale contradiction avec la situation dans laquelle ces prisonniers civils se trouvent dans des prisons marocaines réputées pour leur surpopulation".
"Au fur et à mesure que l'épidémie de Corona se propage, les maintenir dans ces conditions est carrément du terrorisme et une action irresponsable, qui peut à tout moment entraîner des conséquences imprévisibles", a dénoncé M. Ghali, soulignant que "la communauté internationale ne peut rester indifférente à un tel mépris de la vie humaine".
"Les autorités marocaines ont non seulement procédé à la détention injuste de ces personnes, mais les ont exposées à des pratiques illégales et immorales, notamment des procès militaires, des tortures et des expulsions loin de leurs familles, ce qui a conduit à leur détention aujourd'hui dans des cellules qui ne remplissent pas les conditions sanitaires minimales", a-t-il poursuivi.
Par ailleurs, Dans son rapport annuel de 2019 sur les droits de l'Homme présenté au mois de janvier dernier, l’ONG américaine de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch, a enregistré "la détention continue de 23 Sahraouis par le Maroc après avoir été condamné à la suite de procès inéquitables en 2013 et 2017 sur la base d'aveux forcés, sans enquête sur leur torture physique dans les postes de police et de la gendarmerie, après les affrontements qui avaient éclaté suite au démantèlement violent et sanglant par les autorités marocaines du camp de la dignité, Gdeim Izik, près d'El-Ayoun occupée, en 2010".
L'ONG a également souligné que le processus de paix supervisé par les Nations Unies, entre le Front Polisario et le Maroc, pour l'autodétermination du peuple sahraoui, est au point mort depuis la démission de l'envoyé personnel de l'ONU pour le Sahara occidental, Horst Kohler, et qu'aucun successeur n'est désigné pour le moment.(SPS)
020/090/700

samedi 28 mars 2020

L’épidémie du Coronavirus, une nouvelle situation cruelle pour les prisonniers politiques au Maroc, le Président sahraoui réagit comme l’association marocaine ASDHOM



admin
Régulièrement notre site www.ecrirepourlesliberer.com s’efforce de recueillir de nouvelles informations sur les prisonniers politiques sahraouis et de mobiliser pour les défendre et obtenir leur libération. Leurs conditions d’emprisonnement se dégradent comme se dégradent leurs possibilités de communiquer entre eux et avec leurs proches.
Aussi il nous semble très important que le Président de la RASD Brahim Ghali, très attentif depuis une dizaine de jours avec les responsables santé à protéger les réfugiés de l’épidémie, s’inquiète de la situation d’autres citoyens sahraouis également précieux : les prisonniers politiques enfermés pour de longues années dans les prisons marocaines, condamnés pour certains jusqu’à perpétuité à l’issue de procès à charge. Il en appelle au Secrétaire Général des Nations Unies afin qu’il intervienne vigoureusement auprès des autorités marocaines et obtienne leur libération. Tous ces hommes et cette femme ne sont-ils pas en prison pour avoir simplement défendu publiquement l’autodétermination, au fronton des résolutions de l’ONU depuis 1966 ?
Nous saluons aussi l’engagement de l’ASDHOM, association marocaine de défense des droits de l’homme qui appelle à la libération de tous les prisonniers politiques au Maroc, en insistant sur la situation des militants rifains.
Ces libérations, simples gestes de stricte justice, mettraient mieux à l’abri de l’épidémie ces prisonniers dont une majorité est de santé précaire, représenteraient de la part des autorités marocaines un geste honorable à forte résonance internationale, et seraient en même temps une manière de mettre les prisonniers de droit commun dans des conditions de plus grande sécurité sanitaire en leur laissant de fait davantage d’espace dans ces prisons que l’on sait surpeuplées.

vendredi 27 mars 2020

ÉDITORIAUX ET OPINIONS / Hydroxychloroquine + Azithromycine : un traitement efficace pour enrayer le Covid-19

Date de publication sur Tlaxcala : 23/03/2020




Various Authors - Autores varios - Auteurs divers- AAVV-d.a.

C'est sans doute l'information la plus importante de ces derniers jours : il existe un traitement efficace pour enrayer les effets de l'infection au Coronavirus. Il a été administré avec succès par l'équipe de l'Institut Hospitalier Universitaire Méditerranée-Infection à Marseille, qui s'est appuyée sur les informations fournies par les chercheurs chinois. Dans l'attente d'un vaccin et/ou du développement d'une immunité naturelle dans les populations atteintes, ce traitement est donc le seul qui fasse entrevoir de la lumière au bout du tunnel. Ci-dessous les informations et liens les plus pertinents.

Le communiqué de l'IHU
Marseille, le 22 mars 2020
Epidémie à coronavirus Covid-19
Dans le contexte actuel de la propagation de l’épidémie à coronavirus Covid-19 sur le territoire français et dans le monde.

Conformément au serment d’Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier à nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d’une maladie. Nous respectons les règles de l’art et les données les plus récemment acquises de la science médicale.

Nous avons décidé :

· Pour les tous les malades fébriles qui viennent nous consulter, de pratiquer les tests pour le diagnostic d’infection à Covid 19 ;

· Pour tous les patients infectés, dont un grand nombre peu symptomatiques ont des lésions pulmonaires au scanner, de proposer au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic :

un traitement par l’association hydroxychloroquine (200 mg x 3 par jour pour 10 jours) + Azithromycine (500 mg le 1er jour puis 250 mg par jour pour 5 jours de plus), dans le cadre des précautions d’usage de cette association (avec notamment un électrocardiogramme à J0 et J2), et hors AMM. Dans les cas de pneumonie sévère, un antibiotique à large spectre est également associé.
Nous pensons qu’il n’est pas moral que cette association ne soit pas inclue systématiquement dans les essais thérapeutiques concernant le traitement de l’infection à Covid-19 en France.


Pr Philippe Brouqui, Pr Jean-Christophe Lagier, Pr Matthieu Million, Pr Philippe Parola, Pr Didier Raoult, Dr Marie Hocquart

Lire aussi
Gautret et al. (2020) Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of

COVID‐19: results of an open‐label non‐randomized clinical trial. International Journal of

Antimicrobial Agents – In Press 17 March 2020 – DOI : 10.1016/j.ijantimicag.2020.105949

 
►Chloroquine : le protocole Raoult, par Nicolas Martin, France Culture, 24/3/2020/, une analyse critique de l'article mentionné ci-dessus
►Covid-19 : fin de partie ?!, par l'anthropologue suisse Jean-Dominique Michel
  Hydroxychloroquine, a less toxic derivative of chloroquine, is effective in inhibiting SARS-CoV-2 infection in vitro (L’hydroxychloroquine, un dérivé moins toixique de la chloroquine, est efficace pour inhiber le SARS-CoV-2 in-vitro), l'article scientifique des chercheurs chinois à l'origine des essais et des décisions de l'IHU de Marseille)




Merci à Tlaxcala
Date de parution de l'article original: 23/03/2020
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28418
 


 

Cri d'un médecin marocain


Ayour Anoual 27/3/2020
Je suis médecin, ce matin je me prépare à assurer une garde, avec mon avant dernier masque... Je vous fait part de la situation des médecins au Maroc et surtout de leurs craintes :
A ce jour 11 médecins atteints au Maroc, sans compter ceux qui ne sont pas testés ! Contrairement aux policiers, nous n’avons pas de masques mis à notre disposition. Nous sommes peut être infectés et l’examen clinique nous oblige à être tout prêt du malade. On en prend le risque, c’est notre métier, d’accord, mais qu’en est il de tous les patients que nous risquons de contaminer ? Pourquoi n’avons nous pas droit à des tests lorsque nous avons des symptômes ???
Il est temps de réagir!!!
Certains médecins et paramédicaux ont demandé des hôtels, pas pour le luxe mais pour que le personnel soignant ne contamine pas leurs familles. Sans compter que la plupart des aides soignants et infirmier n’ont pas de véhicules pour rentrer chez eux.
Plusieurs médecins présentant des symptômes inquiétants se sont vus refuser le test alors qu’un ministre a été testé et mis sous tous les traitements sans signe de gravité!!! Pas le médecin qui s’est occupé de lui !
Que les ministres mettent des blouses et aillent soigner les patients lorsque les médecins seront décimés...
Dans l’intérêt de tous, demandons à avoir de quoi nous protéger et à être dépistés et isolés si nous sommes positifs !
Trop c’est trop!!!

Attention aux faux contrôles

Fausto Giudice vous invite à rejoindre ce groupe.
[CORONAVIRUS]
Attention aux faux contrôles d'attestation !
▪️ Ne payez JAMAIS l'amende de 135€ sur place ;
▪️ Les agents de la Gendarmerie nationale et de la Police Nationale dressent toujours un procès-verbal papier ou électronique ;
▪️ L'amende est envoyée par voie postale.

jeudi 26 mars 2020

Coronavirus, deux méthodes : la Corée du Sud et la France

Coronavirus, deux méthodes : la Corée du Sud et la France


par Leroux Jean-Paul 26/3/2020,debat-ensemble-05

C'est malheureusement, pour nous, confirmé par de nombreuses sources !
C'est aussi ce que nous déclare une amie coréenne avec laquelle nous restons en contact et qui ne comprends pas ce qui se passe en Europe. 
Jean-Claude Eyraud <jceyraud@orange.fr> a écrit : Une analyse que l'on m'a transmise. De quoi réfléchir .

Quelques chiffres pour comparer deux stratégies radicalement différentes face au coronavirus, celles de la Corée du Sud et celle de la France.
Corée du Sud :
Population 51 709 098 habitants (source : korean statistival information service)
Premier cas le 20 janvier 2020
Nombre de malades au 23 mars : 9037 soit 0,017 % de la population
Nombre de morts au 23 mars : 120 soit 0,0002 % de la population.
Stratégie : masques systématiques, dépistage systématique et isolement des malades. Pas de confinement général de la population. Pas de conséquences économiques ni sociétales.
    France :
Population 66 352 469 habitants au dernier recensement
Premier cas le 27 janvier 2020
Nombre de malades au 23 mars 22302 soit 0,0336 % de la population
Nombre de morts au 23 mars 1100 soit 0,0016 % de la population.
Stratégie : confinement général avec amendes et contrôles de plus en plus sévères pour les sorties. Masques déconseillés même si déplacements sauf pour les malades. Tests uniquement sur les malades graves. Les chiffres prouvent que notre stratégie est perdante plus les conséquences à venir : effondrement économique avec chômage massif, augmentation des
impôts pour compenser les pertes et les aides, dépression de la population et futurs problèmes sociétaux divers.
Cause de ce choix français : pénurie grave de masques (15 millions d'économies sous Hollande) et manque de tests donc crainte d'engorgement des hôpitaux en manque de lits et de respirateurs pour les cas graves.
De plus, on fait des soucis aux seuls qui ont des solutions "de guerre" avec le traitement au la chloroquinine ( professeur Raoult Marseille).
 Pour info les Allemands ont 5 fois plus de respirateurs que nous par habitant.
Je vous laisse conclure. "Gouverner c'est prévoir" de Gaulle

Moi je vous dis qu'on nous prend vraiment pour ce que nous sommes majoritairement : des moutons décervelés et obéissants par peur. Nous sommes prêts pour la dictature.

Nota bene : dernier confinement total en France : à Marseille pour l'épidémie de choléra de 1720 !

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retrouvez Ensemble 05
son blog : http://jceyraud.blogspirit.com/
son journal en ligne : http://www.alpternatives.org

Dépister et fabriquer des masques, sinon le confinement n’aura servi à rien

Fabriquer des masques, sinon le confinement n’aura servi à rien ! à lire jusqu'au bout


24 mars 2020 / Gaël Giraud, REPORTERRE

Pour sortir efficacement de la pandémie du Covid-19, le confinement seul ne suffira pas, explique l’auteur de cette tribune. Qui rappelle la priorité dans un contexte d’hôpital public martyrisé par des décennies de politiques néolibérales : permettre le dépistage et distribuer des masques de protection.
Gaël Giraud est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), professeur à l’École nationale des ponts Paris Tech’, et jésuite. Il travaille actuellement en Italie.
Gaël Giraud.

Ce dont nous sommes en train de faire l’expérience, au prix d’une souffrance inouïe pour des pans significatifs de la population, c’est que l’Occident vit au Moyen Âge, et pas seulement sanitaire. Comment sortir du Moyen Âge sanitaire très vite et entrer au XXIe siècle ? C’est cet apprentissage que les Occidentaux doivent faire, en quelques semaines.

 Voyons pourquoi et comment.
Il faut commencer par le redire, au risque de choquer aujourd’hui, la pandémie du Covid-19 aurait dû rester ce qu’elle est : une pandémie un peu plus virale et létale que la grippe saisonnière, dont les effets sont bénins sur une vaste majorité de la population mais très graves sur une petite fraction. Au lieu de cela, le démantèlement du système de santé européen et nord-américain commencé depuis plus de dix ans a transformé ce virus en catastrophe inédite de l’histoire de l’humanité qui menace l’entièreté de nos systèmes économiques.
Je ne suis pas épidémiologiste mais les communications des spécialistes du domaine [ici et .]], aujourd’hui, sont concordantes : il eût été relativement facile de juguler la pandémie en pratiquant un dépistage systématique des personnes infectées dès l’apparition des premiers cas, en traçant leurs déplacements et en plaçant en quarantaine ciblée le (tout petit) nombre de personnes concernées. Tout en distribuant massivement des masques à toute la population susceptible d’être contaminée afin de ralentir encore davantage les risques de dissémination. C’est ce qu’ont fait notamment la Corée du Sud et Taïwan avec succès, puisqu’elles ont enrayé le mal sans aucun confinement collectif. 

Pourquoi ne l’avons-nous pas fait ? Tout simplement parce que nous n’avons plus de système de santé publique digne de ce nom mais une industrie médicale en voie de privatisation. Ce qui n’empêche que des héros et des saints aient continué, et continuent, de travailler dans les services sanitaires publics : nous en avons l’illustration éclatante en ce moment même. La privatisation de la santé a conduit nos autorités à négliger les avertissements qui avaient été lancés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au sujet des marchés d’animaux sauvages à Wuhan. Il ne s’agit pas de donner des leçons ex post à qui que ce soit mais de comprendre notre erreur pour agir le plus intelligemment possible dans les jours qui viennent. Prévenir des événements comme une pandémie n’est pas rentable à court terme. Nous ne nous sommes donc prémunis ni en masques ni en capacité de procéder à des tests massifs, là où Séoul et Taïpei l’on fait. 
Et nous avons réduit à l’étiage nos capacités hospitalières  au nom d’une idéologie de destruction du service public qui montre, à présent, ce qu’elle est : une idéologie qui tue. Parce qu’ils n’ont jamais adhéré à cette idéologie, et parce qu’ils ont su tirer les leçons de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (severe acute respiratory syndrome, Sars) de 2002, la Corée du Sud et Taïwan disposaient d’un système de prévention extrêmement efficace : dépistage systématique, traçage et mise en quarantaine ciblée et population éduquée au port du masque. Aucun confinement. Les dommages sur leurs économies sont négligeables.

Impossible d’entretenir la fiction anthropologique de l’individualisme véhiculée par l’économie néolibérale 

Au lieu d’un dépistage systématique, nous, Occidentaux, avons donc adopté une stratégie moyenâgeuse, celle du confinement. (Déjà en 1347, le médecin champenois Pierre de Damouzy recommandait le confinement aux habitants de Reims pour échapper à la peste noire [1].) Là où la Corée du Sud et Taïwan ont agi rationnellement et de manière organisée (la technique des tests de dépistage n’est nullement compliquée, elle requiert seulement de l’organisation et du matériel que nous savons produire), nous mettons à présent en danger notre économie et la santé physique et mentale de la plupart d’entre nous alors qu’une toute petite fraction d’entre nous est infectée et une fraction encore plus faible est susceptible d’avoir des complications sérieuses. Mais, si faible soit-elle, cette dernière fraction est encore supérieure à la capacité de charge ridicule de nos hôpitaux. La stratégie est-asiatique étant ignorée, ne rien faire revenait à condamner à mort des centaines de milliers de citoyens selon les projections qui circulent au sein de la communauté des épidémiologistes, notamment celles de l’Imperial College londonien. Même si certains aspects de ce papier sont discutables, il a le mérite de mettre les choses au point : l’inaction est tout simplement criminelle. C’est cette perspective qui a fait renoncer Emmanuel Macron et Boris Johnson à leur stratégie initiale d’immunisation collective et qui a « réveillé » l’administration Trump. Trop tard, malheureusement : ces pays risquent de payer le prix fort en vies humaines de leur retard à prendre la mesure de la gravité de n’avoir pas dépisté.
Le confinement partiel de l’Europe a ressuscité l’idée que le capitalisme est décidément un système bien fragile et que l’État-providence est de retour.
De fait, la faille de notre système économique que révèle la pandémie est malheureusement simple : si une personne infectée est capable d’en contaminer plusieurs autres en quelques jours et si le mal possède une létalité significative, comme c’est le cas du Covid-19, aucun système de production économique ne peut survivre sans un puissant service public. En effet, les salariés au bas de l’échelle sociale contamineront tôt ou tard leurs voisins et le patron ou le ministre lui-même finira par contracter le virus. Impossible d’entretenir la fiction anthropologique de l’individualisme véhiculée par l’économie néolibérale et les politiques de démantèlement du service public qui l’ont accompagnée depuis quarante ans : l’externalité négative induite par le virus défie radicalement l’imaginaire de la start-up nation façonnée par le volontarisme d’autoentrepreneurs atomisés. La santé de chacun dépend de la santé de tous. Nous sommes tous des êtres de relations interdépendants. Bien sûr, certains peuvent espérer que leurs privilèges leur faciliteront l’accès à des services hospitaliers privés si le pire devait leur arriver. Mais ceux-ci ont été réquisitionnés en Espagne et devraient l’être partout ailleurs. Ce serait en tout cas un pari personnel bien risqué de la part des « premiers de cordée » que de construire un système économique sur un tel risque. Car cette pandémie n’est nullement la dernière, le Big One qui ne reviendra plus avant un siècle, au contraire : le réchauffement climatique promet la multiplication des pandémies tropicales, comme le rappellent depuis des années la Banque mondiale et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Et il y aura d’autres coronavirus.
Sans un service de santé public efficace qui permette de dépister et soigner tout le monde, il n’y a donc plus de système productif viable en période de coronavirus. Et donc pas davantage dans les décennies qui viennent. L’appel lancé par le Medef (Mouvement des entreprises de France) le 12 mars dernier à « rendre l’outil productif plus compétitif » trahit une profonde incompréhension de la pandémie.
Qu’en est-il du « retour de l’État-providence » ? Son fantôme avait reparu en 2008. L’expérience a montré que la manne monétaire des Banques centrales réservée aux banques privées n’a pas profité à l’économie réelle. Aujourd’hui encore, à Dublin (Irlande), des jeunes insolvables survivent dans la rue après avoir été expropriés de leur appartement en 2010 par un système bancaire dont les dettes ont été entièrement reprises à son compte par l’État — c’est-à-dire par les contribuables irlandais eux-mêmes. En 2020, c’est l’appareil productif qui est mis en partie à l’arrêt dans la plupart des grandes nations industrielles. Cela va entraîner diverses crises de solvabilité et, éventuellement, un nouveau krach financier. Or, la manne monétaire des Banques centrales peut maintenir artificiellement à flot un certain nombre de banques mais elle ne peut pas immuniser des humains. Les bourses sont en train de le comprendre : le problème venant de l’économie réelle, il ne peut être résolu par la seule politique monétaire. C’est ici que l’État doit entrer en scène.

Le vrai retour de l’État, unique moyen de sauver « l’outil productif » et, surtout, de sauver des vies 

Pour comprendre comment, il est utile de revenir à ce graphique qui a déjà fait le tour du monde des réseaux sociaux : sans mesures de protection, le « pic » des cas d’infections graves (en rouge) dépasse la ligne horizontale des capacités d’accueil du système hospitalier ; avec des mesures de protection, le « lissage » de la courbe (bleue) permet de la maintenir en dessous de la ligne de flottaison.
Courbes de la pandémie du Covid-19.
Deux types d’intervention publique peuvent s’esquisser à l’aide de ce graphique et, à travers elles, deux conceptions de l’État. Ce qui les distingue, c’est leur rapport à la droite horizontale. Cette dernière ne tombe pas du ciel : elle est le résultat des politiques de santé publique menées au cours des décennies qui ont précédé. En France, nous disposons de 0,73 lit de réanimation pour 10.000 personnes. En Italie, 0,58. Outre-Rhin, 1,25. Si, aujourd’hui, des Occidentaux meurent du coronavirus, c’est parce que trois décennies d’austérité budgétaire (sans fondement scientifique) ont réduit à presque rien la capacité de charge de notre système hospitalier public. En particulier, en France, la loi « Hôpital, patients, santé et territoire » (HPST) de Roselyne Bachelot promulguée en 2009, aggravée par la réduction d’un milliard d’euros des dépenses publiques pour l’hôpital en 2018.
  1. S’il est capturé par les intérêts privés de quelques-uns, l’État tend à considérer la droite horizontale comme une donnée « naturelle », intangible. Il n’a pas « d’argent magique » pour financer un dépistage systématique, ses hôpitaux, accroître leur capacité d’accueil, sauver des vies. Il ne lui reste qu’à tenter d’agir sur la seule courbe rouge en pratiquant, ou non, diverses variantes de confinement.
  2. Un État qui se préoccupe de ses citoyens est celui qui, non seulement tente de lisser la courbe des infections en confinant ses citoyens (s’il a commis l’erreur de ne pas mettre en œuvre la stratégie sud-coréenne d’entrée de jeu) mais qui agit sur la droite horizontale, investit dans son hôpital public, achète des machines d’assistance respiratoire et dégage les fonds publics pour aménager en urgence des services de soins intensifs « de campagne ». Cela prendrait trop de temps ? Aujourd’hui, le nord de l’Italie réquisitionne des hôtels pour les transformer en hôpitaux. Entre le CHU high-tech dont la construction exige dix ans et une chambre d’hôtel, il existe un moyen terme. L’Angleterre et les États-Unis, à juste titre, transforment au pas de course une partie de leur industrie pour produire des ventilateurs. Nous avons aussi, en France, une industrie automobile qui peut être réquisitionnée, non pour produire des moteurs thermiques qui tuent, mais pour produire des ventilateurs qui sauvent des vies.
Là se situe, en partie, le vrai retour de l’État aujourd’hui. Unique moyen de sauver « l’outil productif » et, surtout, de sauver des vies. Mais l’État doit aussi organiser la sortie du confinement.

C’est l’ensemble du système de production économique de nos pays qui s’effondrerait

Puisque la droite horizontale est ridiculement basse, nous risquons de provoquer l’effondrement de notre système hospitalier, comme cela semble se dérouler en ce moment même en Italie, à Bergame, Brescia et, dans une moindre mesure, à Milan. Il faut donc que l’État accélère et favorise la diffusion des anti ou rétroviraux, de manière à permettre très vite, partout, de soulager nos systèmes hospitaliers au bord de la rupture. Et que les citoyens de tous nos pays fassent enfin preuve de responsabilité : à l’heure où j’écris me parviennent des photos de certaines rues de Paris encombrées de passants qui se promènent ou font leur jogging sans masque ni gants. Attitude irresponsable. Il n’est que de regarder ce qui se passe aujourd’hui en Lombardie pour le comprendre : à Bergame, on ferme un cercueil toutes les demi-heures en moyenne. Il n’y a plus de cérémonie d’enterrement, les parents du défunt étant eux-mêmes malades ou en quarantaine… Devant la détresse, le maire vient de décider la mise à l’arrêt total de toute l’économie de sa ville, entreprises incluses.
Pour que le confinement soit rigoureux (accompagné des gestes d’hygiène élémentaires), il faut que, dès à présent, chacun en comprenne le sens et l’utilité. Le confinement permet de ralentir efficacement la diffusion du virus et, redisons-le, en l’absence de stratégie de dépistage initiée dès le début de l’épidémie, il reste la moins mauvaise stratégie à court terme. Pourtant, si l’on s’en tient là, il ne sert à rien : si nous sortons de nos enfermements dans, disons, un mois, le virus sera toujours là et provoquera les mêmes morts que ceux qu’il aurait causés aujourd’hui en l’absence de confinement.
Faut-il repousser sine die le jour de la sortie ? Attendre, via la réclusion, que la population s’immunise elle-même exigerait de tabler sur plusieurs mois de confinement.
Pour le comprendre, il suffit de revenir au paramètre essentiel d’une pandémie : R0, le nombre de personnes à qui un humain infecté peut transmettre la maladie. Tant que R0 est supérieur à 1 — c’est-à-dire, tant que je peux transmettre le virus à plus d’une personne —, le nombre de personnes infectées croît exponentiellement. Si nous sortons du confinement sans autre forme de procès avant que R0 ne soit descendu en dessous de 1, nous aurons les centaines de milliers de morts que, depuis le début, la pandémie menace de provoquer. Or, pour que l’immunisation collective fasse redescendre R0 sous la barre de l’unité il faut qu’environ 50 % de la population soit immunisée, ce qui, compte tenu du temps moyen d’incubation (cinq jours), prendrait probablement plus de cinq mois de confinement (à supposer que nous soyons un million à être contaminés aujourd’hui, deux mois et demi si nous ne sommes que 500.000, mais qui le sait puisque nous n’avons pas dépisté ?).
Impossible à la fois en termes économiques, sociaux et psychologiques. C’est l’ensemble du système de production économique de nos pays qui s’effondrerait (à commencer par nos banques, extrêmement fragiles). Sans compter que, dès à présent, les plus pauvres d’entre nous — les réfugiés, les personnes à la rue, les populations du quart-monde — sont acculés à la mort, non pour cause de virus, mais parce qu’elles ne peuvent pas survivre sans une société qui tourne. Sans compter non plus que nous n’avons aucune assurance que nos circuits d’approvisionnement alimentaire peuvent tenir le choc de la quarantaine très longtemps : veut-on contraindre par les armes les ouvriers et les salariés à revenu modeste à risquer leur vie pour acheminer de la nourriture aux cadres qui restent, aujourd’hui, tranquillement chez eux ou dans leur maison de campagne ?
Il faut donc organiser une sortie « précoce » de confinement, au plus tard dans quelques semaines. Prendre collectivement ce risque n’a de sens qu’à une seule condition : mettre en œuvre, cette fois, la stratégie est-asiatique avec la plus grande rigueur. C’est à cela que doit servir le temps que nous achetons en nous enfermant chez nous :
  • Ramener R0 (qui était probablement autour de 3 au début du confinement) aussi proche que possible de 1 ;
  • Favoriser la reconversion de l’industrie pour produire en masse les ventilateurs dont les services d’urgence ont besoin, maintenant, pour sauver des vies ;
  • Permettre aux laboratoires occidentaux de produire, maintenant, le matériel de dépistage tout en nous organisant pour le mettre en œuvre dans quelques semaines. ll y a aujourd’hui deux enzymes dont les stocks, très insuffisants, limitent notre capacité à procéder à des dépistages. Ce sont les deux enzymes que différents laboratoires, à présent, s’efforcent de produire jour et nuit.
  • Produire les masques indispensables pour freiner la diffusion du virus (qui sera toujours là) quand nous sortirons de chez nous.

Les tests devront se poursuivre durant tout l’été pour être certains d’avoir éradiqué le virus quand l’automne reviendra 

Si nous mettons fin à notre enfermement collectif alors que nos moyens de dépistage ne sont pas prêts ou que nous manquons de masques, nous courrons de nouveau à la tragédie. Impossible, malheureusement, de mesurer R0 aujourd’hui. Il faut donc, surtout, attendre que nous soyons organisés pour le dépistage et organiser le plus rapidement possible la sortie ordonnée de la quarantaine.
Que se passera-t-il, alors ? Celles et ceux qui seront « libérés » devront être soumis à un dépistage systématique et porter le masque pendant plusieurs semaines. Sans cela, la sortie sera pire que le début de la pandémie. Ceux qui seront encore positifs seront remis en quarantaine, ainsi que leur entourage. Les autres pourront aller travailler ou se reposer ailleurs. Les tests devront se poursuivre durant tout l’été pour être certains d’avoir éradiqué le virus quand l’automne reviendra.
Les deux seules urgences sanitaires, aujourd’hui, sont donc de :
  • Se doter des moyens de diminuer le nombre de morts dans nos services d’urgence et, pour cela, reconvertir immédiatement une partie de notre industrie, exactement comme l’industrie nord-américaine fut reconvertie par Franklin Delano Roosevelt aux États-Unis en industrie de guerre en quelques jours ;
  • Se doter des moyens de dépistage et des masques pour la sortie ordonnée du confinement le plus rapidement possible.
Le confinement ne nous permet que d’acheter du temps au prix d’une casse humaine, sociale, économique et financière phénoménale, mais si ce temps n’est pas utilisé pour les deux priorités susdites, il est juste perdu et le pire nous attendra au bout du tunnel.
Il faut dépister, dépister… et fabriquer des masques.