jeudi 30 avril 2020

« Je vous écris du Maroc. J’écoute les riches et les nantis et je n’entends qu’un silence lugubre »

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LETTRE DU MAROC. D’un côté les pays riches, de l’autre la périphérie, ce « tiers-monde bien réel », qui doit pourtant lui aussi affronter l’épidémie… Mohammed Ennaji, historien et sociologue, s’inquiète du silence des premiers face aux pays « de la sous-traitance et de la main-d’œuvre à bas prix ».

 




Je vous écris du Maroc où, comme par hasard, on réfléchit par les temps qui courent à un nouveau projet de développement. C’est peut-être de ce côté-ci du monde, Maghreb, Afrique, dans ce tiers-monde bien réel, que l’on pressent le mieux l’horizon qui se profile. C’est ici, où la majorité des gens est dépouillée du rêve d’un futur décent, que l’on est le mieux placé pour prédire ce qui nous attend. 
C’est parce qu’ici, au Maroc, nous n’avons pas attendu la pandémie pour découvrir l’extrême fragilité de notre système de santé, nous le savions de longue date et nous en portons la trace dans notre chair. C’est aussi parce qu’ici nous sommes plus familiers des maux, des pénuries, du manque, et que le fantôme des épidémies continue à nous hanter, dans nos mémoires incertaines.
Je vous écris du Maroc, de ce Maghreb, où nous sommes toujours considérés comme la périphérie et non le centre du monde, ou sa semi-périphérie pour reprendre l’expression de l’historien Fernand Braudel. Les cartographes des grandes métropoles ne semblent guère se soucier de dessiner de nouvelles cartes qui notifieraient une nouvelle redistribution des rôles. Aussi nous voilà toujours parqués là où nous étions depuis les premières esquisses dressées par les conquérants du Nord, quand ils nous ont marché dessus sans crier gare avant que la colonisation ne vienne acter l’occupation de nos terres.

De fait, nous, dans nos pays, sommes déjà confinés. En plus de nos passeports, nous sommes tenus d’obtenir des visas pour sortir de l’enclos auquel nous sommes habitués, épidémie ou pas. Alors, de l’avant-épidémie à l’après-épidémie, rien peut-être n’est censé changer pour nous ! 

Lire l'article : https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200429.OBS28118/je-vous-ecris-du... 
 

La périphérie, notre patrie, n’est pas ici un concept, mais une réalité inscrite sur nos cartes d’identité, elle forge le regard que nous portons sur le monde, ce monde dont nous sommes, pour notre malheur, les oubliés. C’est de là que provient notre instinct de survie, nous sommes tels des animaux craignant un séisme, tant nous savons ce qui nous attend. Les pays riches s’inquiètent aujourd’hui des lendemains incertains, mais nous, cette inquiétude, nous la vivons dans nos entrailles, dans l’incertitude qui nimbe l’avenir de nos enfants.

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L’histoire est toujours la même. Nous sommes les victimes désignées de la division internationale du travail, nous en sommes les damnés. Damnés de la terre, la formule nous va plus que jamais, elle n’a rien perdu de sa force. Ce monde nous ment effrontément, il parle de liberté, de démocratie, d’égalité, il nous interpelle virtuellement en citoyens, quand nous ne sommes que des esclaves.
C’est triste mais c’est ainsi. Depuis longtemps, nos enfants s’aventurent à franchir la mer au risque de leur vie, pour aller vers la lumière, vers l’Europe, tant chez nous l’aube tarde à se lever. Ces jeunes, dont débordent nos nations, reprennent le « flambeau » de notre voyage au bout de la nuit, ils en sont les héritiers. C’est triste mais c’est ainsi. Du côté « démocratique » comme on dit, du côté des riches et des nantis, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une conscience aussi aiguë que la nôtre des drames qui se jouent, non seulement pour l’environnement, mais pour les hommes, la majorité des hommes.
J’écoute les riches et les nantis, j’entends les décideurs du centre comme ceux de ma périphérie, et je n’entends qu’un silence lugubre. Dans les médias, on compte les morts. J’imagine que dans les conseils d’administration des multinationales, des grandes entreprises, dans les bureaux de la finance, les réunions battent leur plein, en silence, comme s’il s’agissait d’entreprises de pompes funèbres. C’est dans ces réunions, désormais par vidéoconférence, que se décide l’avenir du monde, de leur monde qui n’est pas, qui n’est plus, le nôtre. Il y est question de sortie de crise, de comptabilité, de renflouement, de licenciement, et pas le moins du monde d’avenir. Il n’y est surtout pas question de notre monde, nous les pays de la marge, de la sous-traitance, des matières premières et de la main-d’œuvre à bas prix. Les pompes funèbres enterrent les morts en même temps qu’ils attendent, froidement, les agonisants, en leur offrant des promotions sur les cercueils et les veillées funèbres.
Triste pâleur que celle qui pèse sur le monde « libre », sur le centre du monde. Triste indifférence qui nous fait peur, nous déroute parce que nous avions cru un temps, malgré le colonialisme, aux slogans des droits de l’homme et de la démocratie. Tristes pantomimes de dirigeants incapables, Donald Trump à lui tout seul pourrait illustrer une leçon de choses pour les Nuls.
Où sont les penseurs d’antan, qui dessinera le monde demain ? Le capitalisme du XXIe siècle explose, mais la catastrophe semble se faire dans la sidération, sans même une pensée, une critique, capable de le redessiner. Le capitalisme du XIXe siècle exploitait les masses, c’est vrai, mais il nous offrait la plume de Zola et d’autres pourfendeurs. Il n’en est plus rien de nos jours. Le centre du monde déverse sur la périphérie son mépris, quand ce ne sont pas des bombes qu’il enrobe de considérations humanistes hypocrites. Le centre du monde s’est simplifié la vie en s’érigeant en terre du Bien contre les contrées du Mal à endiguer à tout prix, en réduisant toute une partie de l’humanité, toute une civilisation, à un ramassis de terroristes.
Alors où va-t-on ? En frappant de plein fouet les populations du Nord, la pandémie va-t-elle générer une nouvelle pensée, féconde, solide, qui tienne le coup devant le capitalisme prédateur ? Ou bien devra-t-on nous contenter, au bout de ce long voyage dans la nuit, d’utopies comme à l’aube de la Renaissance ? Peut-être sommes-nous condamnés pour longtemps à attendre Godot.
Mohammed Ennaji est historien et sociologue à Rabat.


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1er mai, pour info, climat, emploi, justice sociale



Le 30/04/2020, à 19:06, Francois via Collectifnat a écrit :

Surtout pas pour poursuivre une polémique inutile, mais, pour info, les visuels de la déclaration commune 44, pour diffusion sur les réseaux sociaux

Une image contenant alimentation  Description générée automatiquement




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L'absence de virus dans ce courrier électronique a été vérifiée par le logiciel antivirus Avast.
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mercredi 29 avril 2020

Détruire les écosystèmes et récolter les virus






Bell Nicholas ,blog Mediapart,

Pièces jointes 27/4/2020




Une revue de presse sous confinement



Ce sera peut-être l’une des rares conséquences positives de cette crise sanitaire planétaire, celle de prêter enfin plus d’attention aux voix qui depuis longtemps nous avertissent que notre comportement destructeur envers les écosystèmes, envers ce qu’on appelle communément la nature, risque de nous mener à des catastrophes sanitaires d’une ampleur inédite.  

Selon Philippe Grandcolas, « Aujourd’hui nous savons qu’il ne s’agit pas que d’un problème médical. L’émergence de ces maladies infectieuses correspond à notre emprise grandissante sur les milieux naturels. On déforeste, on met en contact des animaux sauvages chassés de leur habitat naturel avec des élevages domestiques dans des écosystèmes déséquilibrés, proches de zones périurbaines. On offre ainsi à des agents infectieux de nouvelles chaînes de transmission et de recomposition possibles. (…) Le silence sur ce point est assourdissant. » 

Tout d’un coup le commun des mortels découvre des termes comme « zoonose », qui signifie « une maladie produite par la transmission d’un agent pathogène entre animaux et humains ». Et on se rend compte que cela fait des années que des chercheurs et des écologues tirent la sonnette d’alarme. Kate Jones, professeure d’écologie et de biodiversité à l’University College à Londres, a identifié 335 maladies infectieuses émergentes apparues entre 1940 et 2004, dont 60 % sont des zoonoses. En 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé a inscrit une « maladie X » dans la liste des pathologies pouvant provoquer un « danger international ». « La maladie X se propagerait rapidement et silencieusement ; exploitant des réseaux de voyage et de commerce humains, elle atteindrait plusieurs pays et serait difficile à contenir. »

Parmi la multitude de voix lançant des alertes dans le désert, citons encore la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les risques écosystémiques (IPBES) qui rappelle que l’érosion de la biodiversité entraîne de manière quasi systématique une augmentation de ces maladies. Ou encore l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture : « Selon la FAO, l’augmentation des maladies infectieuses émergentes coïncide avec la croissance accélérée des taux de déforestation tropicale enregistrés ces dernières décennies. Plus de 250 millions d’hectares ont disparu en quarante ans. Les forêts tropicales, parce qu’elles sont particulièrement riches en biodiversité, sont aussi très riches en micro-organismes ».


Selon Philippe Grandcolas, l’étude des écosystèmes est le parent pauvre de la science et de la biologie, n’attirant que 0.6 % des crédits pour la recherche en Europe.

L’article du Monde du 8 avril donne un exemple éclairant de comment ce processus de zoonoses fonctionne. Il s’agit du virus Nipah qui a émergé en Malaisie en 1998. «  Ce virus était hébergé par des chauves-souris frugivores du nord du pays. A cette époque, des élevages porcins industriels sont établis dans la région. Les éleveurs plantent également des manguiers et d’autres arbres fruitiers pour s’assurer une seconde source de revenus. Chassées des forêts où elles vivaient, en raison notamment de l’exploitation de l’huile de palme, les chauves-souris s’installent sur ces arbres. Les fruits à demi consommés, leur salive ou leurs excréments tombent dans les enclos, et les porcs mangent tout. Le virus se propage d’un cochon à l’autre, d’un élevage à l’autre, puis infecte l’homme. Plus d’un million de porcs sont abattus ».

Un article de Katarina Zimmer publié par National Geographic le 22 novembre 2019, donc avant la crise sanitaire actuelle, précise ce qui a pu déclencher le virus Nipah : « En 1997, des nuages de fumée planaient au-dessus des forêts tropicales d’Indonésie, où une zone de la taille de la Pennsylvanie, environ, avait été brûlée pour faire place à l’agriculture, et où les incendies avaient été exacerbés par la sécheresse. Etouffés par la brume, les arbres n’ont pas pu produire de fruits, laissant les chauve-souris frugivores sans autre choix que de voler ailleurs à la recherche de nourriture, emportant avec elles une maladie mortelle ».

Rappelons que « les chauves-souris sont les seuls mammifères pouvant voler, ce qui leur permet de se répandre en grand nombre, depuis une communauté spécifique, sur une vaste zone » (Nick Paton Walsh et Vasco Cotovio, sur le site de CNN, 19 mars).


Et ce ne sont pas les seuls à s’envoler vers d’autres cieux… « De nos jours, avec les transports motorisés et les avions, on peut se retrouver dans une forêt d’Afrique centrale un jour, et au centre de Londres le lendemain. » (Walsh et Cotovio)


Selon Katarina Zimmer, une maladie bien plus connue et plus meutrière, le paludisme, « qui tue plus d’un million de personnes chaque année en raison de l’infection par des parasites transmis par les moustiques est depuis longtemps soupçonné d’aller de pair avec la déforestation. (…) Au Brésil, au début du siècle, il y avait plus de 600.000 cas par an dans le bassin amazonien. (…) Le défrichement de parcelles de forêt semble créer un habitat idéal, en bordure de forêt, pour la reproduction du moustique Anopheles darlingi, le plus important vecteur du paludisme en Amazonie. (…) En un an d’étude, par exemple, 1600 km² de forêt défrichée – l’équivalent de 300.000 terrains de football – ont été liés à 10.000 cas supplémentaires de paludisme ». On ne peut que craindre l’impact des incendies qui ont encore ravagé l’Amazonie ces douze derniers mois.


Autre exemple : « Au Liberia, les coupes de forêts pour l’installation de plantations de palmiers à huile attirent des hordes de souris typiquement forestières, alléchées par l’abondance des fruits de palmiers autour des plantations et des habitations » (Katarina Zimmer). Résultat : les hommes contractent le virus Lassa qui au Liberia a tué 36 % des personnes infectées. « De tels processus ne se limitent pas aux maladies tropicales. Certaines des recherches de MacDonald ont révélé une curieuse association entre la déforestation et la maladie de Lyme dans le nord-est des Etats-Unis. »

Selon Serge Morand, écologue de la santé et chercheur au CNRS-Cirad basé en Thaïlande, «  on est en train de modifier en profondeur les interactions entre la faune sauvage et ses propres pathogènes et de détruire l’autorégulation des écosystèmes qui maintenait la circulation des virus à bas bruit. » Pour Kate Jones, « dans les écosystèmes riches, de nombreuses espèces, quand elles sont confrontées à un virus, peuvent le détruire ou ne pas le reproduire. Elles jouent un rôle de cul-de-sac épidémiologique, de rempart ». 

Katarina Zimmer : « De nombreux virus existent de manière inoffensive, avec leurs animaux hôtes, dans les forêts, ayant co-évolué avec eux. Mais les humains peuvent devenir des hôtes involontaires d’agents pathogènes lorsqu’ils s’aventurent dans les forêts ou lorsqu’ils altèrent les milieux forestiers ».


L’élevage industriel entraîne une simplification génétique et une uniformisation des espèces à de vastes échelles. Dans un communiqué publié le 2 avril 2020, l’association Grain explique que « de nouvelles recherches suggèrent que l’élevage industriel, et non les marchés de produits frais, pourrait être à l’origine du Covid-19. (…) La région autour de Wuhan est un épicentre des élevages industriels de porcs et elle est toujours en train de se débattre face à la mort massive de porcs suite à l’apparition d’un autre virus létal, il y a tout juste une année.  »


« A mesure que la production industrielle – porcine, avicole et autres – s’étend à la forêt primaire, elle fait pression sur les exploitants d’aliments sauvages pour qu’ils s’enfoncent davantage dans la forêt à la recherche de populations sources, augmentant ainsi l’interface avec de nouveaux agents pathogènes et par là leur propagation ». C’est l’une des sources probables du Covid-19 : « celles-ci comprennent un dangereux commerce d’animaux sauvages pour la nourriture, avec des chaînes d’approvisionnement s’étendant à travers l’Asie, l’Afrique et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis et ailleurs. Ce commerce a maintenant été interdit en Chine, à titre temporaire ; mais il a également été interdit pendant le SRAS, puis a pu reprendre » (David Quammen, New York Times, 18 mars).

Comme le rappelle Philippe Grandcolas, la déstabilisation d’écosystèmes n’est pas un phénomène cantonné aux pays tropicaux et lointains. « En France nous tuons des centaines de milliers de renards par an. Or, ce sont des prédateurs de rongeurs porteurs d’acariens qui peuvent transmettre la maladie de Lyme par leurs piqûres. 

Selon Hélène Soubelet, « tout notre système économique est orienté vers la destruction de cette biodiversité que nous devons aujourd’hui préserver ». Pour l’historien Jérôme Baschet, « le Covid-19 est une ‘maladie de l’Anthropocène’  », ou pour lui donner « son véritable nom : Capitalocène. Car il est le fait, non de l’espèce humaine en général, mais d’un système historique spécifique. (…) Le virus qui nous afflige est l’envoyé du vivant, venu nous présenter la facture de la tourmente que nous avons nous-mêmes provoquée ».

« Malheureusement, la période dramatique que nous traversons pourrait exacerber le manichéisme humain, pousser certains à vouloir se débarasser de toute la biodiversité. (…) Nous ne pouvons pas nettoyer au Kärcher tous les micro-organismes qui nous entourent, on en a absolument besoin » (Philippe Grandcolas).

« Il n’y a pas d’ange ni de démon dans la nature, les espèces peuvent être les deux à la fois. La chauve-souris n’est pas qu’un réservoir de virus, elle est aussi un prédateur d’insectes en même temps qu’une pollinisatrice de certaines plantes » (Philippe Grandcolas). « Leur système immunitaire est mal compris et pourrait nous fournir des indices importants. Comprendre comment les chauves-souris font face à ces agents pathogènes peut nous apprendre comment les combattre, s’ils se répandent chez les gens » (Walsh et Cotovio).


L’attitude qui consiste à évaluer la nature sous l’unique angle de ce que nous considérons comme utile est fortement ancrée. Dans une chronique du Monde du 2 février, Stéphane Foucart, nous donne un exemple éclairant. Il explique que des experts allaient se réunir début février à Bruxelles afin de discuter un nouveau cadre réglementaire de protection de l’environnement. Il s’agit « d’une approche définissant des ‘objectifs spécifiques de protection’, et fondée sur la préservation des services rendus par la nature, non sur la protection de la nature elle-même. De tels principes pourraient permettre la destruction de certaines espèces si d’autres, remplissant peu ou prou le même rôle dans l’écosystème (la pollinisation des cultures, par exemple), sont susceptibles de leur survivre. (…) L’environnement est-il réductible à la somme des services qu’il rend aux hommes ? »  Peut-on « déclarer surnuméraire une espèce vivante ? Sa destruction, non comme conséquence accidentelle d’une activité, mais comme résultat prévisible et opérationnel d’un règlement, est-elle acceptable ? Est-ce à des experts de répondre à ces questions, derrière les portes closes d’une salle de réunion bruxelloise ? »  


« En plus des maladies connues, les scientifiques craignent qu’un certain nombre de maladies mortelles encore inconnues se cachent dans les forêts, qui pourraient être dispersées massivement, au fur et mesure de leur destruction. Carlos Zambrana-Torrelio remarque que la probabilité de retombées sur les populations pourrait augmenter avec le réchauffement climatique, qui pousse les animaux, ainsi que les virus qu’ils transportent, à migrer vers les régions où ils ne vivaient pas auparavant » (Katarina Zimmer). Est-ce que la crise sanitaire actuelle provoquera enfin une véritable prise de conscience plus large ? Ou verra-t-on un retour au « business as usual ? 


La bataille sera rude. « Quiconque cherche à comprendre pourquoi les virus deviennent plus dangereux doit étudier le modèle industriel de l’agriculture et, plus particulièrement de l’élevage animal. A l’heure actuelle, peu de gouvernements et scientifiques sont prêts à le faire. Bien au contraire. (…) Le capital est le fer de lance de l’accaparement des dernières forêts primaires et des terres agricoles détenues par les petits exploitants dans le monde. (…) Les responsables étatsuniens de la santé publique ont couvert l’agrobusiness lors des épidémies de H1N1 (2009) et de H5N2. (…) Les dommages sont si importants que si nous devions réintégrer ces coûts dans les bilans des entreprises, l’agribusiness tel que nous le connaissons serait définitivement arrêté. Aucune entreprise ne pourrait supporter les coûts des dommages qu’elle impose. » (Rob Wallace, acta.zone)


« Le Green Deal n’est plus la priorité numéro un de la Commission européenne. (…) Plusieurs chantiers – pour la biodiversité, pour une agriculture plus écologique, ou contre la déforestation – sont retardés. (…) Une chose est sûre, la mise à l’arrêt de l’économie mondiale a redonné de la voix aux contempteurs du Green Deal».  Les lobbies s’activent : « Le 8 avril, European Plastic Converters, qui représente les intérêts de l’industrie du plastique, plaidait pour l’abandon de la directive qui interdit les produits en plastique à usage unique. » L’article du Monde cite aussi l’Association des constructeurs européens d’automobiles, les compagnies aériennes… Aux Etats-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a suspendu son application des lois environnementales pendant l'épidémie de coronavirus en cours, signalant aux entreprises qu'elles ne feront face à aucune sanction pour avoir pollué l'air ou l'eau.


« A Paris, le gouvernement a rejeté l’initiative de 45 députés qui portaient un ‘grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale » (Lorène Lavocat, Reporterre, 28 mars).


Selon Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’Inra, « nous avons atteint un point de non-retour. » Serge Morand : « cette fois-ci, ce ne sont plus des poulets ou des canards qui sont touchés, mais des milliards d’humains qui sont confinés. Il faut faire une vraie transition écologique, remettre l’agriculture au centre des terroirs. Agir localement, travailler avec les communautés ». Dépasserons-nous l’attitude de laisser venir les maladies, en se disant que l’on trouvera bien un vaccin ? Rappelons qu’il n’ y a toujours pas de vaccins contre le sida, le SARS ou le Zika. 


Hélène Soubelet : « il est trop tard pour les mesurettes. Ce qu’il faut, c’est une transformation de notre société dans sa façon d’occuper la planète. (…) Cependant, j’ai peur que l’on retombe après coup dans une forme d’amnésie. C’est de sagesse dont nous avons besoin. Cette idée que je ne vais pas privilégier mon confort personnel sur le court terme, mais me soucier sur le long terme du bien-être d’un plus grand nombre. »


«  Les chercheurs de l’Ecohealth Alliance ont proposé que le confinement des maladies puisse être considéré comme un nouveau service écosystémique, c’est-à-dire un avantage que les humains tirent gratuitement des écosystèmes naturels, tout comme le stockage du carbone et la pollinisation. Pour étayer cette thèse, leur équipe a travaillé à Bornéo, en Malaisie, pour déterminer le coût exact du paludisme, jusqu’à chaque lit d’hôpital et à la seringue utilisée par les médecins. En moyenne, ils ont découvert que le gouvernement malaisien dépense environ 5000 dollars pour traiter chaque nouveau patient atteint de paludisme. (…) Avec le temps, cela s’accumule, et dépasse les profits qui pourraient être réalisés en abattant les forêts en place. » (Katarina Zimmer) 


« Cunningham et Jones s’accordent à dire que modifier la trajectoire de la société industrielle serait plus simple que de développer un vaccin très coûteux pour chaque nouveau virus. Le coronavirus est peut-être le premier signe clair et incontestable du fait que les dommages environnementaux que cause la société industrielle pourraient très rapidement éradiquer les humains. (…)  » (Walsh et Cotovio).


La philosophe Virginie Maris prone « une métamorphose sociale, fondée sur des systèmes plus petits et plus résilients. Organiser, à l’échelle des territoires, une forme d’autonomie alimentaire et énergétique, tout en inventant des façons de faire société qui soient plus solidaires et plus justes. Il faudrait aussi cultiver le plaisir d’être là où nous sommes, afin que nos conditions d’existence soient suffisamment épanouissantes, désirables, pour ne pas avoir besoin de partir se vider la tête à l’autre bout du pays ou du monde ni de courir sans cesse après des biens de consommation qui nous échappent » (Reporterre, 28 mars).


Laissons le dernier mot à Jérôme Baschet : « la véritable guerre qui va se jouer n’a pas le coronavirus pour ennemi, mais verra s’affronter deux options opposées : d’un côté, la poursuite d’un monde où le fanatisme de la marchandise règne en maître et où le productivisme compulsif ne peut que mener à l’approfondissement de la dévastation en cours ; de l’autre, l’invention, qui déjà tâtonne en mille lieux, de nouvelles manières d’exister qui rompraient avec l’impératif catégorique de l’économie, afin de privilégier une vie bonne pour toutes et tous. Préférant l’intensité joyeuse du qualitatif aux fausses promesses d’une impossible illimitation, celle-ci conjoindrait le souci attentif du commun, l’entraide et la solidarité, ou encore la capacité collective d’auto-organisation et d’auto-gouvernement. » 







ALERTE ! Oui au déconfinement mais pas dans n'importe quelles conditions !

POUR UNE ALTERNATIVE CITOYENNE A GAUCHE

ALERTE !


Dans Covid 19-Un virus très politique (n°5 Édition Syllepse) une alerte d’un médecin chercheur immunologue.

C’est le risque de rebond qui est le plus inquiétant : 
si l’on déconfine maintenant, alors que peu de personnes sont immunisées, (12 à 15 % en France au lieu de 60 %) le virus risque de repartir (comme cela se passe dans divers pays d’Asie). Le rebond est probable (reste à savoir quand il aura lieu) si les exigences sanitaires nécessaires à un vaste déconfinement (notamment dans les écoles) ne sont pas réunies.
Cela serait rendu plus facile s’il y avait des médicaments (or on n’en a pas encore) ou un vaccin (pas avant novembre ?).
Autre difficulté non encore résolue : quels sont les anticorps fabriqués et combien de temps durent-ils ? Est-ce que les personnes peuvent avoir 2 fois le Covid ?
On a réussi à réduire le nombre de morts en mettant en place le confinement, mais peut-on rester encore confiné ?
Il y a un risque qui commence à surgir à cause de l’enfermement : ce sont les problèmes psychiques, notamment pour les enfants, les personnes âgées et celles atteintes de pathologies graves.
Sortir est une nécessité : il faut généraliser les tests et le port du masque. Or on n’a pas assez :
. de tests (manque d’appareils pour les réaliser et de réactifs)
. de masques agrées
Une des questions qui a été soulevée (mais non résolue) est la technique du « traçage » (anonyme et non piratable) utilisée dans d’autres pays : trouver (grâce au mobile) toutes les personnes en contact avec la personne atteinte et les isoler.
Question :
L’épidémie peut-elle s’arrêter d’elle même ? Non pas dans ces conditions.
Peut-on déconfiner d’abord les régions moins atteintes ? On peut, mais elles sont ouvertes, donc des personnes peuvent amener le virus.
Nos exigences
Le Conseil scientifique, mis en place par le gouvernement, a des inquiétudes sur la date prévue pour le déconfinement, nous aussi !
Nous reprenons à notre compte son injonction de « s’appuyer sur les instances déjà existantes et leurs réseaux », « de créer une démocratie sanitaire » et «un comité de liaison sociétale »
Conditions préalables :
. le principe de précaution doit l’emporter sur les questions économiques dans le domaine de la santé publique.
. il faut soumettre la sortie du confinement à la capacité hospitalière réellement disponibles autour des pôles de déconfinement (Proposition syndicale)
Pour les écoles, pas de réouverture :
. sans tester massivement les adultes, les élèves et leurs familles
. sans équipement gratuit de tous.toutes en matériel de protection (masques, gel, savons, gants…)
. sans réaménagement des espaces de restauration, récréatifs, de déplacement (couloirs, escaliers…)
Pour le travail, pas de reprise :
. Sans sécurisation des transports en commun
. Sans l’organisation de mesures de sécurité
. Sans adaptation des postes de travail pour minimiser les risques
Nous avons le sens de l’intérêt collectif et nous pouvons réfléchir avec d’autres  sur ce qui est le mieux en l’état actuel de la crise sanitaire.
«Faire confiance pour garder la confiance »
Danielle Carasco et Cécile Leroux
 

mardi 28 avril 2020

Noam Chomsky et Crisis par le covid-19




Pressenza « Nous sommes confrontés à un nouvel échec massif et colossal du capitalisme néolibéral »

23.04.2020 - Redacción Chile

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien


Noam Chomsky et Crisis par le covid-19 : « Nous sommes confrontés à un nouvel échec massif et colossal du capitalisme néolibéral »
(Crédit image : AFP / Sascha Schuermann)
Le philosophe et linguiste américain a fortement critiqué la façon dont Donald Trump a géré la pandémie, déclarant que « ce qu’il a fait avec l’OMS est vraiment criminel ».
Pour le philosophe et linguiste Noam Chomsky, la première grande leçon de la pandémie actuelle est que nous sommes confrontés à « un autre échec massif et colossal de la version néolibérale du capitalisme », qui, dans le cas des États-Unis, est aggravé par la nature des « bouffons sociopathes qui dirigent le gouvernement », lui-même commandé par Donald Trump. Depuis sa maison à Tucson, en Arizona, et loin de son bureau au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où il transforma à jamais le domaine de la linguistique, Chomsky passe en revue dans une interview avec Efe les conséquences d’un virus qui montre clairement que les gouvernements sont « le problème et non la solution ».

Quelles leçons positives pouvons-nous tirer de la pandémie ?
La première leçon est que nous sommes confrontés à un autre échec massif et colossal de la version néolibérale du capitalisme. Si nous n’apprenons pas cela, la prochaine fois que quelque chose comme cela se produira, ce sera pire. Cela est évident après ce qui s’est passé lors de l’épidémie de SRAS en 2003. Les scientifiques savaient qu’il y aurait d’autres pandémies à venir, probablement de la variété des coronavirus. Il aurait été possible de se préparer à ce moment-là et de faire face à la situation comme on le fait avec la grippe. Mais cela n’a pas été fait.

Les compagnies pharmaceutiques avaient des ressources et sont super-riches, mais elles ne l’ont pas fait pas parce que les marchés disent qu’il n’y a aucun avantage à se préparer à une catastrophe au coin de la rue. Et puis vient le marteau néolibéral. Les gouvernements ne peuvent rien faire. Ils sont le problème et non la solution. Les États-Unis sont une catastrophe à cause du jeu qu’ils jouent à Washington. Ils savent comment blâmer tout le monde sauf eux-mêmes, même si ce sont eux les responsables. Nous sommes maintenant l’épicentre, dans un pays qui est tellement dysfonctionnel qu’il ne peut même pas fournir d’informations sur l’infection à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Que pensez-vous de la gestion de l’administration Trump ?
La façon dont cela s’est développé est surréaliste. En février, la pandémie faisait déjà rage, tout le monde aux États-Unis le savait. En février, Trump présente un budget qui mérite d’être examiné : réductions de budget pour le Centre de prévention et contrôle des maladies et autres parties liées à la santé. Il a procédé à des coupes en pleine pandémie et a augmenté le financement des industries des énergies fossiles, des dépenses militaires, du fameux mur…
Tout cela vous dit quelque chose sur la nature des bouffons sociopathes qui dirigent le gouvernement et sur le fait que le pays souffre. Maintenant, ils cherchent désespérément quelqu’un à blâmer. Ils accusent la Chine, l’OMS… et ce qu’ils ont fait à l’OMS est vraiment criminel. Arrêter de la financer ? Qu’est-ce que cela veut dire ? L’OMS travaille dans le monde entier, principalement dans les pays pauvres, avec des problèmes liés à la diarrhée, à la maternité… Alors que disent-ils ? « D’accord, tuons beaucoup de gens dans le sud parce que cela nous aidera peut-être dans nos perspectives électorales » ? C’est un monde de sociopathes.
 Noam Chomsky et Crisis par le covid-19
Trump a commencé par nier la crise, disant même qu’il s’agissait d’un canular démocrate… Est-ce la première fois que Trump est battu par les faits ?
À Trump, il faut reconnaître un mérite… C’est probablement l’homme le plus sûr de lui qui n’ait jamais vécu. D’une main, il peut brandir une pancarte qui dit « Je vous aime, je suis votre sauveur, faites-moi confiance parce que je travaille pour vous jour et nuit », et de l’autre main, te poignarder dans le dos. C’est ainsi qu’il entretient des relations avec ses électeurs, qui l’adorent quoi qu’il fasse. Et il est aidé par un phénomène médiatique composé de Fox News, Rush Limbaugh, Breitbart… qui sont les seuls médias que les républicains regardent.
Si Trump dit un jour « c’est juste une grippe, oubliez-la », ils diront oui, c’est une grippe et il faut l’oublier. Si le lendemain, il dit que c’est une terrible pandémie et qu’il a été le premier à le remarquer, ils l’acclameront à l’unisson et diront qu’il est le meilleur de l’histoire. Dans le même temps, il regarde lui-même Fox News le matin et décide de ce qui doit être dit. C’est un phénomène étonnant. Rupert Murdoch, Limbaugh et les sociopathes de la Maison Blanche mènent le pays à la destruction.

Cette pandémie peut-elle modifier notre rapport à la nature ?
Cela dépend des jeunes. Cela dépend de la façon dont la population mondiale réagit. Cela pourrait nous conduire à des États très autoritaires et répressifs qui élargiraient le manuel néolibéral encore plus qu’aujourd’hui. Rappelez-vous : la classe capitaliste ne cède pas. Ils demandent plus de financements pour les combustibles fossiles, ils détruisent les réglementations qui offrent une certaine protection… En pleine pandémie aux États-Unis, les réglementations qui limitaient l’émission de mercure et d’autres polluants ont été supprimées… Cela signifie que cela va tuer plus d’enfants américains, détruire plus encore l’environnement. Ils ne s’arrêtent pas. Et s’il n’y a pas de contre-attaque, c’est le monde qu’il nous restera.

Comment se présente la carte du pouvoir en termes géopolitiques après la pandémie ?
Ce qui se passe au niveau international est assez choquant. Il y a cette chose qu’on appelle l’Union européenne. On entend le mot « union ». Ok, regardez l’Allemagne, qui gère très bien la crise… En Italie, la crise est aiguë… Ont-ils reçu de l’aide de l’Allemagne ? Heureusement, ils reçoivent de l’aide, mais d’une « superpuissance » comme Cuba, qui envoie des médecins. Ou de la Chine, qui envoie du matériel et de l’aide. Mais ils ne reçoivent pas d’aide des pays riches de l’Union européenne. Cela en dit long…
Le seul pays qui a fait preuve d’un véritable internationalisme a été Cuba, qui a toujours été étranglé économiquement par les États-Unis et qui, par miracle, a survécu pour continuer à montrer au monde ce qu’est l’internationalisme. Mais vous ne pouvez pas dire cela aux États-Unis parce que ce que vous devez faire, c’est les blâmer pour les violations des droits humains. En fait, les pires violations des droits humains ont lieu dans le sud-est de Cuba, dans un endroit appelé Guantánamo que les États-Unis ont pris par les armes et qu’ils refusent de restituer. Une personne éduquée et obéissante est censée blâmer la Chine, invoquer le « péril jaune » et dire que les Chinois viennent nous détruire, que nous, nous sommes merveilleux. Il y a un appel à l’internationalisme progressif avec la coalition lancée par Bernie Sanders aux États-Unis ou Yanis Varoufakis en Europe. Ils apportent des éléments progressistes pour contrer le mouvement réactionnaire qui s’est forgé depuis la Maison Blanche (…) de la main d’États brutaux au Moyen-Orient, en Israël (…) ou avec des gens comme Orban ou Salvini, dont le plaisir dans la vie est de faire en sorte que les personnes qui fuient désespérément l’Afrique soient noyées dans la Méditerranée. Vous mettez de côté tout ce « réactionnisme » international et la question est de savoir… va-t-on les contrer ? Et tout ce que je vois, c’est de l’espoir dans ce que Bernie Sanders a construit.

Qu’il a perdu…
On dit souvent que la campagne de Sanders a été un échec. Mais c’est une erreur totale. Ce fut un énorme succès. Sanders a réussi à changer la portée de la discussion et de la politique, et des choses très importantes qui ne pouvaient pas être mentionnées il y a quelques années sont maintenant au centre de la discussion, comme le Green New Deal, qui est essentiel pour la survie.
Il n’a pas été financé par les riches, il n’a pas eu le soutien des médias… L’appareil du parti a dû manipuler pour l’empêcher de remporter la nomination. Tout comme au Royaume-Uni, l’aile droite du parti travailliste a détruit Jeremy Corbyn, qui démocratisait le parti d’une manière qu’ils ne pouvaient pas supporter. Ils étaient prêts à perdre les élections. Nous avons vu beaucoup de cela aux États-Unis, mais le mouvement demeure. Il est populaire. Il y a des mouvements comparables en Europe, ils peuvent faire la différence.

Que pensez-vous qu’il adviendra de la mondialisation telle que nous la connaissons ?
Il n’y a rien de mal à la mondialisation. Il est bon de faire un voyage en Espagne, par exemple. La question est de savoir quelle forme de mondialisation. Celle qui s’est développée s’est faite sous le néolibéralisme. C’est celle qu’ils ont conçue. Elle a enrichi les plus riches et un pouvoir énorme est aux mains des entreprises et des monopoles. Elle a également conduit à une forme d’économie très fragile, basée sur un modèle d’efficacité commerciale, qui consiste à faire les choses au moindre coût possible. Ce raisonnement conduit à ce que les hôpitaux ne disposent pas de certaines choses parce qu’ils ne sont pas efficients, par exemple.
Aujourd’hui, le fragile système mis en place s’effondre parce qu’il ne peut pas faire face à quelque chose qui a mal tourné. Lorsque vous concevez un système fragile et que vous centralisez la fabrication et la production uniquement dans un endroit comme la Chine… Regardez Apple. Elle réalise d’énormes bénéfices, dont peu restent en Chine ou à Taïwan. La plupart de ses affaires vont là où ils ont probablement installé un bureau de la taille de mon studio, en Irlande, pour payer peu d’impôts dans un paradis fiscal. Comment peuvent-ils cacher de l’argent dans des paradis fiscaux ? Cela fait-il partie de la loi de la nature ? Non. En fait, en Amérique, avant Reagan, c’était illégal. Il en va de même pour les actions en bourse. (…) Étaient-elles nécessaires ? Reagan l’a légalisé. Tout a été conçu, ce sont des décisions… qui ont des conséquences que nous avons vues au fil des ans et qui sont l’une des raisons pour lesquelles vous trouvez ce que l’on appelle à tort le « populisme ». Beaucoup de gens étaient en colère, avaient du ressentiment et détestaient le gouvernement à juste titre. Cela a été un terrain fertile pour les démagogues qui pouvaient dire : je suis votre sauveur et les immigrants ceci et cela.
Pensez-vous qu’après la pandémie, les États-Unis seront plus proches de la gratuité et de l’universalité des soins de santé ?
C’est très intéressant d’observer la discussion. Les programmes de Sanders, par exemple, l’assurance maladie universelle, la gratuité des frais universitaires… Ils la critiquent sur tout le spectre idéologique. Les critiques les plus intéressantes viennent de la gauche. Les chroniqueurs les plus libéraux du New York Times, de CNN et de tous les autres disent que ce sont de bonnes idées, mais pas pour les Américains. Les soins de santé universels sont partout. Dans toute l’Europe, sous une forme ou une autre. Dans les pays pauvres comme le Brésil, le Mexique… Qu’en est-il de l’enseignement universitaire gratuit ? Partout… Finlande, Allemagne, Mexique… partout. Les critiques de gauche disent donc que l’Amérique est une société tellement arriérée qu’elle ne peut pas rattraper le reste du monde. Alors cela vous en dit long sur la nature, la culture et la société.

Traduction de l’espagnol, Claudie Baudoin