vendredi 31 juillet 2020

Les décisions brusques des autorités marocaines cassent la confiance

Les reconfinements ciblés et l’interdiction des déplacements inter-villes auront un impact certain sur l’économie. Pour certaines sources, il est trop tôt d’en mesurer l’impact, quand d’autres estiment que la récession sera encore plus violente que prévu. Mais toutes s’accordent sur une chose : « la manière de décider » casse la confiance des agents économiques et empêche toute projection dans l’avenir.

Les décisions brusques des autorités cassent la confiance (économistes)

Confinements locaux, régionaux, interdictions de déplacements inter-villes… Après trois mois de lockdown total, le Maroc semble ne pas encore sorti de l’auberge. Et sortir du confinement semble encore plus difficile que le fait d’y entrer.

Le confinement total a eu un coût énorme sur l’économie : une perte de 1 milliard de dirhams par jour, comme l’a annoncé le ministre des Finances. Et une récession de 5% toute l’année 2020, comme le prévoit la loi de finances rectificative entrée hier en vigueur.


Une loi de finances

Les conjoncturistes ressortent la calculette

Selon une source au département des Finances, « la prévision de récession de la loi de finances prenait déjà en compte ce genre d’incertitudes. Maintenant, un reconfinement local limité dans le temps, ou même une interdiction de déplacement entre certaines villes, ne peut remettre en cause toutes les hypothèses de la loi des finances. Il y aura certainement un petit glissement de la croissance, mais qui ne sera pas significatif », nous explique notre source.

Au HCP comme à Bank Al Maghrib, les conjoncturistes avaient déjà signalé au moment de la publication de leurs prévisions que celles-ci étaient soumises à plein d’incertitudes liées aussi bien au contexte national qu’international.

Une source au sein de ces deux institutions nous dit ainsi que « les calculs seront refaits », mais « qu’il est encore tôt de mesurer l’impact des décisions du gouvernement sur l’ensemble de l’économie ». Et d’ajouter que de toutes les façons, ces décisions n’auront pas le même impact sur le PIB que le confinement total vécu entre mars et juin.

« Pendant les trois mois de confinement, toute l’économie était à l’arrêt, les entreprises ont fermé, et les employés et les consommateurs étaient sommés de rester chez eux. On n’est pas aujourd’hui dans la même situation. Même si on interdit aux gens de se déplacer entre Casablanca et Tanger par exemple, les entreprises continuent de tourner, les gens consomment, sortent, travaillent… La vie continue, mais avec certaines limitations. La récession sera certes plus importante que les 5% prévus par le gouvernement, mais elle ne filera pas trop. Sauf reconfinement total… », analyse notre source.

Lire l'article : www.medias24.com › interdiction-des-deplacements-qu

L’impact selon elle se ressentira plutôt sur des secteurs précis : comme le tourisme ou le transport par exemple. « Avec la décision prise dimanche par les autorités, il est clair que la saison touristique est morte. Les hôtels se sont vidés. Et plus personne n’osera voyager même si l’interdiction est levée après l’Aid. Cela doit être pris en compte dans les nouvelles prévisions de croissance, car le tourisme compte beaucoup dans le PIB du pays », précise notre source.

« La manière de décider casse la confiance des opérateurs »

Mais le grand problème, selon notre source, est ailleurs. Et il est difficilement quantifiable à ce stade. « Le confinement local est devenu la règle dans le monde. Le Maroc ne fait que suivre la tendance, puisque tous les décideurs dans le monde ont compris que le confinement de tout un pays est beaucoup plus coûteux que les conséquences sanitaires de la maladie. Le problème chez nous réside dans la manière de décider, de gérer et de communiquer les décisions », explique notre source.

Elle donne en cela l’exemple de la décision tombée dimanche qui, au-delà de ses conséquences économiques sur le court terme, a sapé un ingrédient majeur pour toute reprise : la confiance. 

« La décision en soi est compréhensible, mais la manière a été maladroite et a cassé la confiance entre les citoyens, les entreprises et l’Etat. Les gens, ainsi que les opérateurs économiques, ne font plus désormais confiance en le gouvernement qui a perdu toute crédibilité. Ce qui exacerbe les incertitudes économiques qui étaient déjà à leur pic avec la pandémie… Ceci aura un effet à plus long terme, car on est en train de casser la reprise, dont le moteur était la confiance en l’avenir », s’alarme notre source.  

Illustration parfaite de cette perte de visibilité, l’impact sur le tourisme comme explicité dans

« Si avec cette nouvelle décision de fermeture des routes, le mois d’août est d’ores et déjà très mal parti, il faut ajouter que chaque jour de retard, pour rouvrir le ciel marocain, met en péril la prochaine saison (…) il semble de plus en plus évident que sans visibilité les tour-opérateurs étrangers et les compagnies aériennes ne nous programmeront pas en hiver”, estime Bentahar qui prévoit ainsi une année blanche pour les opérateurs du secteur. 

Le Maroc entré dans un scénario de reprise en « W » selon Nabil Adel

Professeur d’économie, Nabil Adel se montre encore plus pessimiste sur l’impact des décisions de confinements locaux et de limitation des déplacements entre villes, et estime que cela aura de lourdes conséquences sur l’économie et le PIB.

« Avec ces décisions, on est en train de casser tous les capteurs des agents économiques. Personne ne peut aujourd’hui se projeter, ni pour consommer, ni pour investir », lance-t-il, estimant que les hypothèses de la loi de finances sont de toute évidence dépassées.

« L’économie ne fonctionne pas en îlots isolés. Si on bloque les accès vers Marrakech, ou vers Casablanca, tous ceux qui travaillent dans ces villes se retrouvent isolés. Et le tout en fermant de temps en temps des unités de production... Ce qu’on est en train de faire est suicidaire. La loi de finances et Bank Al Maghrib pariaient sur un scénario de reprise en V. Là on est entré dans un scénario en W, avec une remontée très courte, que l’on a en vérité brisé. Et la descente sera encore plus violente, puisqu’on a cassé la confiance des agents économiques qui n’ont plus aucune visibilité sur l’avenir », estime-t-il.

Un scénario en W dont il quantifie les effets sur l’économie : « la récession sera comprise entre 8 à 10%. Et je suis très optimiste. Le chômage montera à 20% et le déficit budgétaire pourrait atteindre 10% si l’on continue comme ça. Quand on casse les capteurs des agents, on tue la confiance, l’investissement et la consommation s’arrêtent, ce qui produira de grandes vagues de licenciements et nous fera entrer dans un cercle vicieux… », prévoit Nabil Adel.

Pour lui, cela est dû aux effets directs des reconfinements, même locaux, mais aussi et surtout à « l’improvisation dans la prise de décision ».

« Pour l’économie, les choses doivent être claires. Il vaut mieux dire qu’on ne va plus reconfiner quoiqu'il arrive, ou annoncer qu’on va reconfiner pendant une période donnée, que de faire des mouvements de yoyo. Cela a au moins le mérite de permettre aux gens de se projeter. Là, on est en train de tuer l’économie en bloquant la machine de projection des agents économiques. C’est suicidaire ». 

 

jeudi 30 juillet 2020

Arrestation de notre camarade OMAR RADI


30 juil. 2020


Par jawad_attac <jawad.attac@gmail.com>


Chers Amis et Camarades 

 

Comme certains de vous le savent déjà, notre camarade Omar Radi Journaliste d’investigation et Militant fait l’objet depuis plus d’un mois d’une compagne d’intimidation extraordinaire de la part des autorités marocaines

Omar, et depuis le 25 Juin, a été convoqué 9 fois pour des  interrogatoires dont certains duraient plus de 9 heures d’affilés. Omar s’est présenté aujourd’hui, 29 Juillet à 10H du matin à la BNPJ pour la 10ème fois.


Vous trouvez ci-joint le dernier appel que nous avons signé avec d'autre organisation avant l'arrestation de Omar. 

Comptons sur votre solidarité 

Amicalement 

Jawad




mercredi 29 juillet 2020

Omar Radi déféré devant le procureur du roi

Omar Radi déféré devant le procureur du roi

DR.

Le journaliste et militant Omar Radi a été déféré, ce mercredi, devant le procureur du roi. 

Convoqué pour la huitième fois par la police judiciaire, le journaliste Omar Radi, a été présenté ce mercredi 29 juillet, au procureur général du roi auprès la Cour d’appel de Casablanca.

Pour rappel, le journaliste et militant des droits humains Omar Radi est suspecté de bénéficier de «financements de l’étranger» en lien avec des «services de renseignement», a indiqué un communiqué du procureur général du roi près la cour d’appel de Casablanca.

 

Lire aussi: Les journalistes Omar Radi et Imad Stitou déférés devant le procureur du roi

 Omar Radi a nié plus d’une fois sa relation avec tout acte d’espionnage, ajoutant: « S’il y a des preuves qui me condamnent, je dois être arrêté au lieu d’être convoqué à chaque fois », accusant l’État de l’utiliser «afin de se venger d’Amnesty International, de manière immorale». L’ONG avait en effet publié un rapport selon lequel les autorités marocaines utiliseraient un logiciel israélien pour espionner le journaliste.


Accidents de circulation et chaos en raison de la mesure d'interdiction de se déplacer entre plusieurs villes au Maroc


DR
La mesure prise par le régime marocain ce dimanche d'interdire les voyages à destination et en provenance d'un certain nombre de villes a entraîné des accidents de circulation sur les routes et le chaos dans les gares de bus et de trains, rapportent les médias marocains.

Le col du Tichka pris d’assaut par les automobilistes

A la suite de l’annonce hier des ministères de l’Intérieur et de la Santé d’interdire tout déplacement de et vers Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Casablanca, Berrechid, Settat et Marrakech, les automobilistes ont pris la route en masse pour rejoindre leurs domiciles avant l’effectivité de la mesure ce dimanche 26 juillet à minuit. Réputée pour être la plus dangereuse du Maroc, la route du col du Tizi n’Tichka était toujours bloquée ce matin par les nombreux véhicules. 


mardi 28 juillet 2020

Morice Benin Concert buissonnier Mercredi 12 août, 21hà Embrun (05)

 A l'atelier du Graoully, 61 rue de la liberté Réservation indispensable (places limitées): 06 58 86 69 61 (Patrick) ou 06 28 29 05 65 (Myriam) patrick.zimzim@gmail.com
Nouvelles chansons comme autant de petits cailloux parsemés sur le chemin,nous invitant au sursaut et à la résilience devant l’état du monde...Avec l’humour et la distance nécessaires. Chansons impulsées par une flamme de poésie et d’épure...

Quelques anciennes aussi, bien sûr, «incontournables», comme un clin à tous ceux qui s’étonnent faussement naïfs: Comment, Morice, il chante encore ?!»...
Oui, oui, il poursuit sa route bien à part dans le panorama de la «Chanson d’auteur», fidèle à ses pères fondateurs (Brel, Brassens, Ferré...), sans se soucier des modes et des tendances,en artisan opiniâtre bâtissant une œuvre,grâce à la fidélité d’un public-frère.

Les déclarations de Borrell confirment la non souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental

Publié le : dimanche, 26 juillet 2020

Les déclarations de Borrell confirment la non souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental

MADRID- Les dernières déclarations du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell sur le Sahara occidental, confirment l'"évidence historique" de "la non souveraineté" du Maroc sur ce territoire occupé, a déclaré dimanche le Délégué du Front Polisario en Espagne, Abdullah Arabi.

"Les déclarations de Borrell n'ont fait que confirmer ce qui est une évidence historique, et un fait réel, à savoir la non souveraineté du Maroc sur les territoires sahraouis" occupés, a indiqué le diplomate sahraoui dans une déclaration à l'APS.

Josep Borrell, a affirmé récemment que la position de l'UE sur le Sahara Occidental est guidée par les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU qui considèrent le Sahara Occidental comme un territoire non autonome, dont le statut final reste à déterminer par les résultats des processus dirigés par l'ONU, que l'UE soutient pleinement.

Le délégué du Front Polisario a rappelé qu'"aucun pays ne reconnaît la prétendue souveraineté du Maroc sur la partie du Sahara occidental" occupé, soulignant que les récentes déclarations de Josep Borrell à ce sujet confortaient également " l'action diplomatique sahraouie pour contrer les visées marocaines (sur ce territoire) en imposant un fait accompli contraire au droit international".

M.Arabi s'est référé, à ce titre, au rapport du Conseiller juridique de l'ONU, Hans Corell, qui avait en 2002 adressé ses conclusions au Conseil de sécurité dans le contexte des recours introduits par le Front Polisario devant la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) contre les accords commerciaux entre l’UE et le Maroc, incluant illégalement le territoire du Sahara occidental.

L'avis juridique de l'ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, a porté sur la question de la légalité de la conclusion par le Maroc de deux contrats en octobre 2001 portant sur des activités de reconnaissance pétrolière et d’évaluation au large des côtes du Sahara occidental.

L'Avis a affirmé que toute exploitation des ressources naturelles au Sahara occidental est une violation du droit international, étant donné que cette activité n'est pas en accord avec la volonté et l'intérêt du peuple sahraoui.

Evoquant la "responsabilité historique et juridique" de l'Espagne dans ce conflit, M. Arabi a fait remarquer que "les accords tripartites de Madrid de 1975 qui n'ont pas été approuvés par les tribunaux espagnols restent, à ce jour, une hypothèque de la politique étrangère espagnole tant que cette erreur n'est pas corrigée".

Ces accords "illégaux", souligne le diplomate sahraoui, n'ont pas transféré la souveraineté des territoires sahraouis au Maroc étant car "le peuple sahraoui ne s'est pas encore prononcé librement sur son avenir".

C'est la raison pour laquelle "les Nations Unies continuent de considérer l'Espagne comme la puissance administrante du territoire, comme le précise clairement  la liste des 17 territoires non autonomes de l'ONU", Rappelant les positions de l'Espagne qui sont proches et complices des revendications annexionnistes du Maroc durant les quatre dernières décennies, le diplomate sahraoui, a exhorté Madrid à "relever le défi qu'exige la question du Sahara occidental" en appelant le Maroc à se "conformer à la légalité internationale".

Il s'agit de la seule "option cohérente" qui s'offre à Madrid pour corriger cet erreur qui était à l'origine de "la condamnation de tout un peuple à l'exil, au refuge et à l'attente" a-t-il expliqué.

Pour autant, le diplomate sahraoui a salué "l'engagement solidaire et généreux" de la société civile espagnole, regrettant que cet effort n'ait pas réussi à infléchir la position des différents gouvernements espagnols du fait de "la politique de pression, de chantage et de manipulation exercé par le Maroc sur l'Espagne.

L'ampleur de la manipulation marocaine explique ce divorce entre la société espagnole solidaire avec la question sahraouie et les gouvernements successifs en Espagne, a-t-il expliqué.

Abordant, par ailleurs, les disparitions forcées et les violations des droits de l'Homme durant la période d'occupation espagnole, le représentant sahraoui a plaidé pour " le lancement d'un processus de vérité historique de mémoriel".

Plus de 10 formations politiques espagnoles ont présenté le 17 juin dernier, une motion au Congrès des Députés espagnol pour l'exhorter à agir dans ce sens.

La motion a été déposée à l'occasion du 50eme anniversaire de la disparition du leader sahraoui Mohamed Sidi Brahim Bassiri en 1970, lors d'une manifestation sahraouie contre l'administration coloniale espagnole .


dimanche 26 juillet 2020

Maroc. La perspective d'une agitation croissante

Maroc. La perspective d'une agitation croissante

Des manifestants réclament la liberté pour les détenus politiques à Rabat. AFP/FADEL SENNA.
La perspective d'une agitation croissante se dessine alors que l'économie du Maroc, qui dépend du tourisme, des exportations vers l'Europe et de l'agriculture, est ravagée à la fois par le Covid-19 et par la pire sécheresse depuis une génération, estime cet article de l'agence de presse économique Bloomberg.

Derrière les anciennes murailles qui entourent la capitale du Maroc, Rabat, se trouve le palais d'El Mechouar Essaid. Résidence principale de l'un des monarques les plus riches du monde, son nom signifie littéralement "lieu du bonheur".

Pourtant, un jour de la semaine dernière, à 15 minutes de promenade du complexe du XIXe siècle, l'ambiance était au désespoir. Une douzaine de personnes se plaignaient du "Makhzen", ce réseau séculaire de conseillers, d'espions, de militaires et d'intérêts commerciaux qui gravite autour de la monarchie et qui resserre son emprise sur le pays nord-africain.

Alors que la pandémie de coronavirus donne aux gouvernements, de l'Amérique latine à la Chine, la possibilité d'adopter une ligne plus dure contre la dissidence, les dirigeants marocains l'utilisent pour achever le renversement des réformes démocratiques qui leur assuraient les éloges des États-Unis et de l'Europe et faisaient du pays une référence dans une région turbulente.  

Pas à pas, disent les critiques, l'État profond du Maroc a repris le contrôle. Les autorités ont réprimé les violateurs d'un confinement qui a réduit au silence des villes grouillantes comme Tanger et Marrakech avant d'élargir leurs efforts aux dissidents. Ces mesures ont valu des critiques de la part de la Commission des droits de l'homme des Nations unies. Le Parlement, quant à lui, est mis sur la touche, ses fonctions étant de plus en plus usurpées par le Makhzen.

"Lorsque la situation se dégrade et que les choses commencent à se précipiter, le système a cette sorte de réflexe automatique", a déclaré Riccardo Fabiani, directeur de projet pour l'Afrique du Nord à l'International Crisis Group. "Ils doivent être aux commandes et mettre de côté les politiciens, les dirigeants élus, la façade démocratique".


C'est un écho discret des événements survenus ailleurs dans les pays arabes, où les promesses des soulèvements de la dernière décennie qui ont renversé d'anciens dictateurs ont été étouffées par de nouveaux autocrates ou par la guerre civile. Mais au Maroc, il y a eu une différence essentielle : le pays a tenu bon pendant le printemps arabe, faisant juste assez de concessions pour éviter les grondements de mécontentement.

Il y a maintenant la perspective d'une agitation croissante alors que l'économie du Maroc, qui dépend du tourisme, des exportations vers l'Europe et de l'agriculture, est ravagée à la fois par le Covid-19 et par la pire sécheresse depuis une génération.

Le produit intérieur brut pourrait se contracter de 5,2 % cette année, et le Centre marocain de conjoncture estime que 2 millions d'emplois seront perdus dans un pays déjà miné par le chômage des jeunes. Ce sera la première récession sous le règne du roi Mohammed VI et un test de résistance sans précédent de son règne de 21 ans.

Pour l'instant, les 36 millions d'habitants du Maroc doivent faire confiance à la dynastie alaouite sous le monarque de 56 ans. Il avait l'habitude de poser pour des photos qui deviennent souvent virales, vêtu d'un costume coloré, traînant avec des musiciens français et un trio de boxeurs élevés en Allemagne et connus sous le nom des frères Azaitar. Il a fait moins d'apparitions depuis la pandémie.

Devant un bâtiment de la police en bas de sa résidence officielle, une veuve âgée nommée Aicha a déclaré que la pandémie de coronavirus avait mis son fils hors de son travail de maçon. Elle et d'autres personnes réclamaient leur part de "l'argent de notre maître", une référence aux paiements promis aux personnes touchées par Covid-19.

"Laissez le Makhzen vous aider, mais vous devez aussi nous aider", a déclaré un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur en tenue militaire à un groupe improvisé. "Vous devez être patients pour qu'ensemble nous puissions nous sortir de ce fléau."

De tels appels ne sont pas nouveaux. Alors que la réforme du Printemps arabe du roi a reconnu la langue amazighe et a inscrit l'égalité des sexes et la responsabilisation des fonctionnaires, elle n'a pas permis d'éradiquer les problèmes systémiques. Le taux de chômage des jeunes a atteint 40 %, la perception de la corruption demeure, des pans entiers du pays sont encore sous-développés et des Marocains qualifiés continuent de partir à l'étranger en quête d'un avenir meilleur.

Ce sont les protestations dans le Rif, une région montagneuse du nord, déclenchées par la mort accidentelle d'un poissonnier qui ont marqué un tournant. Pendant huit mois, à partir d'octobre 2016, les manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes, ce qui a entraîné des arrestations massives.

Peu de temps après, le roi a commencé à jouer un rôle plus important dans l'économie. Il a ordonné la conception d'un "nouveau modèle de croissance" à la suite des élections parlementaires et a nommé une commission chargée de faire des recommandations économiques de grande envergure.

"Le recul des acquis démocratiques symboliques a commencé bien avant la pandémie, mais il a été relativement subtil", a déclaré Ahmed El-Bouz, professeur de politique à l'université UM5 de Rabat. Maintenant, la fenêtre du changement après le printemps arabe "est fermée pour de bon", a-t-il dit.

C'est le cas plus que jamais à l'époque du coronavirus. Bien que le nombre officiel de décès au Maroc soit d'environ 285, soit une fraction de celui des pays d'Europe occidentale, les autorités mettent en garde contre des temps sombres pour l'économie. Elles ont déjà eu recours à une bouée de sauvetage du Fonds monétaire international pour la première fois depuis son accord en 2012 et le gouvernement se prépare à doubler le montant de ses emprunts à l'étranger.

Les promesses de prendre soin du peuple brûlent rapidement à travers un fonds de 3,3 milliards de dollars que le roi a ordonné pour atténuer l'impact de Covid-19. Environ 5,1 millions de ménages ont droit à des allocations mensuelles d'environ 40 dollars par personne en moyenne, bien que l'on pense que les trois quarts de ce groupe ont travaillé dans l'économie informelle sans assurance sociale.

Les autorités gardent un œil vigilant. Peu après qu'une quarantaine de personnes aient été arrêtées en mars, plusieurs conseillers locaux ont été arrêtés pour avoir distribué de la nourriture à des électeurs. Le ministère de l'intérieur a alors suspendu les réunions des conseils locaux, même en ligne, une mesure que seule la constitution permet au Parlement de prendre.

Peu de temps après, alors que la presse locale louait le roi et les services de sécurité pour leurs efforts durant la pandémie, un magnat influent a écrit un article d'opinion largement diffusé demandant que le gouvernement soit limogé et remplacé par un cabinet de technocrates.

Le Parti de la justice et du développement au pouvoir, un groupe islamiste modéré, et ses partenaires de coalition ont dénoncé ce qu'ils ont appelé une tentative de violer la démocratie avant les élections de 2021.

Le Makhzen "ne se contente pas de faire irruption à tout hasard et de prendre ouvertement les choses en main sans envoyer aux citoyens le message que l'État formel les laisse tomber", a déclaré Aboubakr Jamai, ancien rédacteur en chef du défunt magazine d'information marocain Le Journal Hebdomadaire, qui critiquait le roi.

"La crainte du public concernant la pandémie et le système de santé inadéquat dont nous disposons a été exploitée pour pousser ce message à ses limites extrêmes", a déclaré M. Jamai, aujourd'hui directeur du programme de relations internationales du Collège américain de la Méditerranée à l'université d'Aix-en-Provence en France.

D'autres mesures ont été plus brutales. Plus de 80 000 personnes ont été arrêtées pour avoir défié les ordres de confinement, dont 30 militants condamnés à des peines allant jusqu'à six mois de prison, selon Youssef Raissouni, secrétaire général de l'AMDH, le principal groupe de défense des droits humains au Maroc. Certains journalistes, étroitement surveillés dans le royaume, ont été arrêtés, a-t-il dit.

Cela pourrait cependant laisser le Makhzen face à un nouveau danger, a déclaré Mohammed Masbah, directeur de l'Institut MIPA, un groupe de réflexion basé à Rabat. Sans les "façades démocratiques" des politiciens qui peuvent être tenus responsables, a-t-il dit, "le système peut être laissé dans une confrontation directe avec des citoyens en colère".

Par Souhail Karam
Lire l'article original en anglais sur Bloomerg
Publié Le 23/07/2020 à 20h21

Omar Radi : Huit ONG internationales appellent à mettre fin au «harcèlement» judiciaire

Temps de lecture: 2'
Photo d'illustration / DR.

Huit organisations internationales de défense des droits humains, actives au Maroc et à l’étranger, ont appelé les autorités marocaines à cesser le «harcèlement» à l’égard du journaliste et militant Omar Radi. Dans cet appel parvenu à Yabiladi, les signataires déplorent les sept convocations de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ) reçues «en moins d’un mois».

Dans le cadre d’une enquête préliminaire, le journaliste est en effet soupçonné de «réception de financements étrangers, en lien avec des services de renseignement». Les signataires rappellent que le concerné «conteste fermement les accusations portées contre lui». Il a été entendu pour la première fois le 25 juin, «trois jours après la publication d’un rapport d’Amnesty International dénonçant la mise sous surveillance de son smartphone par le biais du logiciel espion Pegasus, conçu par la société israélienne NSO Group».

«Ces multiples convocations, chacune donnant lieu à des interrogatoires de 6 à 9 heures, semblent viser à exercer une pression psychologique sur M. Radi, probablement en représailles contre son travail journalistique», écrivent les huit ONG.

Omar Radi a été arrêté le 25 décembre 2019, «huit mois après avoir publié un tweet critique au sujet d'une condamnation en justice des dirigeants de manifestations socio-économiques dans la région du Rif». En mars dernier, il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour «outrage à magistrat».

Ainsi, les signataires dénoncent «les incessantes campagnes de diffamation (...) menées par des médias réputés proches des autorités marocaines». Ils appellent aussi à «garantir que les journalistes puissent effectuer leur travail librement, sans crainte de représailles» et à veiller, «en toutes circonstances», à ce que les défenseurs des droits humains au Maroc «soient en mesure de mener leurs activités» sans redouter de vindicte.

Dans ce sens, les signataire disent leur «inquiétude face à la multiplication des procès qui violent le droit à la liberté d’expression», réclamant par ailleurs «le respect des conventions internationales» ratifiées par le Maroc.

Cet appel a été signé par EuroMed Droits, Front Line Defenders, ARTICLE 19, la Fédération internationale des droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, Human Rights Watch, Freedom House et Reporters Sans Frontières.



...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/96891/omar-radi-huit-internationales-appellent.html?fbclid=IwAR3eRs-zictk7wJx6SznwUsy3teOWcF1kNulSXLspwbp3P3UjLW8Stxf-gs
Publié Le 23/07/2020 à 20h21

Omar Radi : Huit ONG internationales appellent à mettre fin au «harcèlement» judiciaire

Temps de lecture: 2'
Photo d'illustration / DR.

Huit organisations internationales de défense des droits humains, actives au Maroc et à l’étranger, ont appelé les autorités marocaines à cesser le «harcèlement» à l’égard du journaliste et militant Omar Radi. Dans cet appel parvenu à Yabiladi, les signataires déplorent les sept convocations de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ) reçues «en moins d’un mois».

Dans le cadre d’une enquête préliminaire, le journaliste est en effet soupçonné de «réception de financements étrangers, en lien avec des services de renseignement». Les signataires rappellent que le concerné «conteste fermement les accusations portées contre lui». Il a été entendu pour la première fois le 25 juin, «trois jours après la publication d’un rapport d’Amnesty International dénonçant la mise sous surveillance de son smartphone par le biais du logiciel espion Pegasus, conçu par la société israélienne NSO Group».

«Ces multiples convocations, chacune donnant lieu à des interrogatoires de 6 à 9 heures, semblent viser à exercer une pression psychologique sur M. Radi, probablement en représailles contre son travail journalistique», écrivent les huit ONG.

Omar Radi a été arrêté le 25 décembre 2019, «huit mois après avoir publié un tweet critique au sujet d'une condamnation en justice des dirigeants de manifestations socio-économiques dans la région du Rif». En mars dernier, il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour «outrage à magistrat».

Ainsi, les signataires dénoncent «les incessantes campagnes de diffamation (...) menées par des médias réputés proches des autorités marocaines». Ils appellent aussi à «garantir que les journalistes puissent effectuer leur travail librement, sans crainte de représailles» et à veiller, «en toutes circonstances», à ce que les défenseurs des droits humains au Maroc «soient en mesure de mener leurs activités» sans redouter de vindicte.

Dans ce sens, les signataire disent leur «inquiétude face à la multiplication des procès qui violent le droit à la liberté d’expression», réclamant par ailleurs «le respect des conventions internationales» ratifiées par le Maroc.

Cet appel a été signé par EuroMed Droits, Front Line Defenders, ARTICLE 19, la Fédération internationale des droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, Human Rights Watch, Freedom House et Reporters Sans Frontières.



...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/96891/omar-radi-huit-internationales-appellent.html?fbclid=IwAR3eRs-zictk7wJx6SznwUsy3teOWcF1kNulSXLspwbp3P3UjLW8Stxf-gs