2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mardi 3 mars 2026

Manifeste pour les prisonniers politiques sahraouis

Hier marquait la cinquième année de nos rassemblements hebdomadaires devant le ministère des Affaires étrangères d’Espagne pour demander au ministre d'agir en faveur des prisonniers politiques sahraouis incarcérés dans les prisons marocaines. Des amis de la cause sahraouie étaient présents et nous avons lu le communiqué ci-dessous.



Mouvement pour les prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines, Madrid, 2 mars 2026

Traduit par Tlaxcala

MANIFESTE

Pour le cinquième anniversaire des rassemblements pour la libération des prisonniers politiques sahraouis devant le siège du ministère espagnol des Affaires étrangères, de l'Union européenne et de la Coopération (Plaza de la Provincia, Madrid)

Cela fait maintenant cinq ans que nous, membres du Mouvement pour les Prisonniers Politiques Sahraouis (MPPS) dans les prisons marocaines, et toutes les personnes solidaires qui le souhaitent, nous nous rassemblons ici, sur la Plaza de la Provincia, à Madrid, devant le siège du ministère des Affaires étrangères, tous les lundis, pour exiger que le gouvernement espagnol réclame la libération des prisonniers politiques sahraouis.

NOUS DÉNONÇONS, devant les autorités espagnoles et devant le monde entier, l'inqualifiable injustice cruellement perpétrée contre ces prisonniers politiques et, à travers ce qu'ils représentent, contre tout le peuple sahraoui depuis 50 ans. Ils sont emprisonnés pour le seul fait de réclamer la liberté de leur peuple et l'exercice de leur droit légitime à l'autodétermination, proclamé par la Résolution 1514 (XV) des Nations Unies.

Ils sont soumis à toutes sortes de vexations et de tortures pour leur arracher des aveux incriminants, les juger lors de procès bidon, et les condamner à de longues peines de prison, à une mort lente, en territoire marocain, à plus de 1 000 km de leurs familles, soumis à l'isolement et à de constants mauvais traitements et châtiments, dans des conditions carcérales inhumaines, source de toutes sortes de maux et de maladies, dont les autorités carcérales marocaines refusent de permettre le traitement médical, étant également arbitrairement privés de communication téléphonique, de facilités pour étudier, de visites familiales, absolument sans protection en raison de l'interdiction faite aux avocats et aux observateurs, etc., etc., etc.

Leur seul outil pour dénoncer cette situation et tenter de la rendre visible au monde est la grève de la faim, des grèves terribles qui détériorent encore plus, et dangereusement, la santé même des prisonniers, leur causant parfois des maladies irréversibles qui les rapprochent plus rapidement de la mort. Parfois, les autorités carcérales parviennent à briser ces grèves par des tromperies et des promesses qu'elles ne tiendront pas par la suite.

Les Procédures spéciales des Nations Unies répondent toujours positivement aux plaintes pour torture et détention arbitraire de ces prisonniers. Elles demandent leur libération et la réparation due pour la souffrance et les préjudices causés. Mais le Maroc ignore systématiquement les avis de ces instances des Nations Unies.

Nous connaissons l'existence des 31 prisonniers politiques sahraouis actuels. 19 d'entre eux appartiennent au nombreux « Groupe de Gdeim Izik » - l'immense camp de protestation qui a tenu pendant un mois face au Maroc -, qui cumule 8 peines de prison à perpétuité, sur les 9 imposées par le Maroc aux Sahraouis. Mais il y en a plus de 31. Beaucoup ne réclament pas, ne dénoncent pas, ne veulent pas que l'on parle d'eux par crainte des représailles, contre eux-mêmes et aussi contre leurs familles, misérablement. Et pour cela, ils purgent silencieusement leurs peines. Il faut rappeler, dans ce contexte de brutalité, la dernière victime mortelle en captivité, Omar Bahia Abdelmajid, qui a été arrêté un dimanche de novembre 2024 lors d'une manifestation et le mercredi suivant était mort au commissariat. Les données de l'autopsie n'ont pas été rendues accessibles, ce qui a révélé une fois de plus l'obscurantisme et l'impunité propres à l'occupant marocain.

La position du gouvernement espagnol concernant diverses causes est erratique : parfois, il est critique envers le génocide israélien du peuple palestinien, mais en réalité il est complice d'Israël dans de très nombreux cas. En revanche, il n'y a aucun doute dans le cas du peuple sahraoui : notre gouvernement est indéniablement allié du Maroc dans l'occupation du Sahara occidental et, par conséquent, complice des méfaits marocains. Et il fait preuve d'une passivité criante face aux mauvais traitements et à la terrible situation des prisonniers politiques sahraouis.

L'Espagne - le gouvernement espagnol – s’incline devant le Maroc. Comme lorsqu'il a livré de force au Maroc Hussein Bachir Amadour, membre du groupe « Compagnons d'El Ouali », qui demandait l'asile politique en Espagne parce que 15 membres de son groupe étaient déjà en prison, et qui purge maintenant 12 ans de prison au Maroc. Ou comme lorsqu'il n'émet pas la moindre triste note de protestation face aux nombreuses expulsions d'observateurs, auxquels le Maroc ne permet pas d'accéder aux territoires occupés. Ou comme il le fait depuis 2012, étant le premier à soutenir le Maroc face aux plaintes du Front Polisario concernant les Accords illégaux UE-Maroc qui spolient les ressources naturelles des territoires sahraouis occupés. Ou comme lorsque le président du gouvernement, Pedro Sánchez Castejón, a soutenu en 2022, et maintient aujourd'hui, la thèse de la présumée autonomie pour le Sahara occidental, qui, en fait, équivaudrait à une annexion.

L'occupation d'un territoire, en général, et de la majeure partie du territoire sahraoui, en particulier, génère beaucoup de souffrance et toutes sortes d'injustices. C'est la négation de l'être humain en tant que tel et elle entraîne les pires violations des droits. Les habitants originels - les Sahraouis - sont une gêne pour que l'occupant marocain puisse occuper l'espace et piller à loisir les ressources naturelles d'autrui. C'est pourquoi les territoires occupés du Sahara occidental sont une prison à ciel ouvert, sans droits ; et les Sahraouis, victimes des plus grands outrages.

Face aux attaques criminelles qui sont actuellement perpétrées dans le monde, l'occupation du Sahara occidental par le Maroc est le contexte qui implique le plus - et qui devrait le plus impliquer - l'Espagne, car l'Espagne a été pendant près d'un siècle la métropole coloniale, et actuellement elle reste la puissance administrante du Sahara occidental. L'Espagne n'a pas décolonisé, mais a honteusement éludé ses obligations internationales, et a vendu illégalement la population sahraouie qu'elle devait protéger. Et sa responsabilité de veiller sur les Sahraouis - y compris les prisonniers politiques - ne s'éteindra pas tant que le référendum d'autodétermination n'aura pas eu lieu et que les Sahraouis ne pourront pas choisir librement leur avenir.

Mais le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, élude le problème, un problème, qui le concerne avant tout autre. Il ne cherche pas de solutions. Il ignore le cri du peuple sahraoui. Il ne lève pas le petit doigt pour répondre aux réclamations que nous lui adressons tous les lundis aux portes de son ministère, sur la Plaza de la Provincia. Il n'utilise pas le pouvoir et les outils de la diplomatie pour libérer ces prisonniers ni pour adoucir leurs injustes conditions de captivité. Il le fait, en revanche, dans le cas d'autres pays avec lesquels il n'a pas les responsabilités et obligations qui lui incombent en tant que puissance légalement administrante du Sahara occidental.

C'est pourquoi nous continuerons à être là tous les lundis et tout le temps qu'il faudra, dénonçant le Maroc et le gouvernement espagnol, et EXIGEANT LA LIBÉRATION DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES SAHRAOUIS.

Nous avons besoin de votre soutien et de vos idées et initiatives, ainsi que d'une diffusion permanente pour briser le mur du silence et de l'impunité.

Le peuple sahraoui, et en particulier les prisonniers politiques et leurs familles, ont besoin de vous et vous en remercient infiniment.

VIVE LA LUTTE DU PEUPLE SAHRAOUI !

VIVE LE SAHARA LIBRE !

VIVENT LES PRISONNIERS POLITIQUES SAHRAOUIS !

dimanche 25 janvier 2026

Sirat : quand le cinéma blanchit l’occupation marocaine du Sahara Occidental

Le film perpétue le récit officiel du régime marocain, en ignorant le conflit armé, le mur de séparation marocain et l’exil de milliers de Sahraouis dans des camps de réfugiés.

Ana Redondo, Nueva Revolución, 24/01/2026

Traduit par SOLIDMAR

Le film Sirat, réalisé par le cinéaste franco-espagnol Óliver Laxe, a généré un émoi notable dans le panorama cinématographique international depuis sa sortie au Festival de Cannes en mai 2025, où il a obtenu le Prix du Jury. Cette coproduction hispano-française, avec Sergi López et le jeune Bruno Núñez, raconte la quête désespérée d’un père et de son jeune fils à la recherche d’une fille disparue dans l’environnement des fêtes rave parties du désert. L’intrigue se déroule dans un paysage aride et hostile, où les personnages font face non seulement à la perte personnelle, mais aussi aux dangers de l’environnement, incluant des mines antipersonnel et un voyage exténuant vers la Mauritanie.


Cependant, au-delà de son impact visuel et émotionnel,
Sirat a fait l’objet de vives critiques pour son traitement du cadre géographique. Le film situe l’action dans le « sud du Maroc, près de la Mauritanie », une description qui, de facto, assume le cadre territorial imposé par l’occupant marocain et efface l’existence du Sahara Occidental et du peuple sahraoui. Le Maroc ne partage pas de frontière directe avec la Mauritanie sans passer par le Sahara Occidental, un territoire illégalement occupé par le Maroc depuis 1975 après le retrait espagnol, et qui reste la dernière enclave africaine en attente de décolonisation. En présentant cette zone comme partie intégrante du « sud du Maroc », le film perpétue le récit officiel du régime marocain, ignorant le conflit armé, le mur de séparation marocain – connu comme le plus grand champ de mines du monde – et l’exil de milliers de Sahraouis dans des camps de réfugiés.

Le réalisateur Óliver Laxe, qui a déjà tourné au Maroc et affirme pour sa défense que le film s’inspire de « la douleur du monde » et de problématiques globales comme la migration, a reconnu dans des interviews interview que l’histoire se déroule à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie, dans le contexte du conflit pour l’indépendance du Sahara Occidental. Néanmoins, certains critiques ont qualifié cette approche de « mensonge très commode », arguant que des éléments spécifiques du film, comme le train du fer reliant Zouerat à Nouadhibou en Mauritanie, ne sont accessibles qu’en traversant les Territoires Libérés du Sahara Occidental. L’omission du nom « Sahara » et l’absence de toute référence au peuple sahraoui transforment le film en un exercice de blanchiment de l’occupation, privilégiant le spectacle visuel sur la réalité politique.

Ce choix narratif peut être interprété comme un effacement délibéré, où le show cinématographique se superpose au conflit réel, contribuant à l’invisibilisation de la lutte sahraouie pour l’autodétermination. En revanche, les promotions officielles dans les médias marocains célèbrent le tournage dans le « désert du Maroc », renforçant la perception que le Sahara Occidental est une extension naturelle du territoire marocain. Cette divergence souligne comment Sirat, malgré son ambition universelle, s’empêtre dans les complexités géopolitiques locales, adoptant une position qui, pour beaucoup, équivaut à une complicité silencieuse avec le statu quo de l’occupation.

Malgré la polémique, l’Académie du Cinéma espagnole a sélectionné Sirat comme représentant national pour les Oscars 2026 dans la catégorie Meilleur Film International, ce qui a intensifié le débat sur le rôle du cinéma dans la représentation de conflits oubliés. Le film invite non seulement à réfléchir sur des thèmes comme la famille, la perte et la spiritualité dans des environnements extrêmes, mais oblige aussi à s’interroger sur la manière dont les récits artistiques peuvent, intentionnellement ou non, perpétuer des injustices historiques. Dans un monde où le Sahara Occidental attend toujours son référendum d’autodétermination promis par l’ONU, des œuvres comme celle-ci rappellent l’importance de ne pas effacer des frontières ni des peuples entiers au nom de l’art.

samedi 24 janvier 2026

Hydrogène vert : quand la “transition énergétique” du Maroc s’étend au Sahara occidental occupé

Solidmar, 24/1/2026

Présenté comme un pilier de la transition énergétique et un moteur de croissance future, l’hydrogène vert est devenu l’un des nouveaux axes stratégiques du Maroc. À coups d’annonces spectaculaires et de promesses d’investissements colossaux, Rabat met en avant son potentiel solaire et éolien pour se positionner comme fournisseur d’énergie « propre » à destination de l’Europe. Mais derrière ce discours vertueux se cache une réalité beaucoup moins reluisante : une part centrale de ces projets est prévue au Sahara occidental occupé, territoire non autonome selon l’ONU, dont le peuple n’a jamais été consulté.


Les régions d’El Ayoun-Saqiyat El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab, intégrées par le Maroc dans ses « provinces du Sud », concentrent aujourd’hui plusieurs des mégaprojets d’hydrogène vert validés dans le cadre de l’« Offre Maroc ». Ce choix n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une logique déjà ancienne d’exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental — phosphates, pêche, énergies renouvelables — au profit de l’économie marocaine et de partenaires étrangers, en violation du droit international qui exige le consentement du peuple sahraoui.

L’argument écologique sert ici de nouvel habillage à une dynamique de prédation et de normalisation de l’occupation. Le Sahara occidental offre au Maroc ce que recherchent les industriels de l’hydrogène vert : de vastes espaces, des vents puissants, un fort ensoleillement et un accès maritime stratégique vers l’Europe. Autant d’atouts mobilisés pour attirer des investisseurs, au prix d’un effacement total de la question sahraouie dans les récits officiels sur la transition énergétique.

Cette fuite en avant s’opère pourtant dans un contexte africain marqué par les limites structurelles du secteur de l’hydrogène vert. Malgré des centaines de milliards de dollars annoncés à l’échelle du continent, la majorité des projets restent à l’état de vitrines politiques : absence de marchés garantis, coûts exorbitants des infrastructures, pénurie d’eau, dépendance technologique vis-à-vis des pays du Nord. Loin d’une solution miracle, l’hydrogène vert risque de devenir un nouvel outil d’extractivisme vert, orienté vers l’exportation plutôt que vers les besoins énergétiques des populations locales.

Dans le cas du Sahara occidental, ces projets posent une question fondamentale : peut-on parler de transition énergétique juste sur un territoire occupé ? En l’absence de consentement du peuple sahraoui, l’hydrogène vert apparaît moins comme une promesse d’avenir que comme un nouvel instrument de dépossession, repeint aux couleurs du climat et de la « croissance verte ». Une transition qui, une fois encore, se construit sans — et contre — les premiers concernés.

 Hydrogène Vert : Fiche Technique

1. Définition & Classification

L'hydrogène est classé par couleurs selon son procédé de production et son bilan carbone. Ces catégories sont distinctes et parallèles.



Définition précise de l'Hydrogène Vert :
Hydrogène produit par électrolyse de l'eau (séparation de H₂O en H₂ et O₂) en utilisant exclusivement de l'électricité d'origine renouvelable (solaire, éolienne, hydraulique, géothermie). C'est la seule catégorie à garantir une absence d'émissions de CO₂ liées à la production.

2. Caractéristiques Techniques

  • Procédé : Électrolyse de l'eau (technologies : Alcaline, PEM, SOEC).
  • Énergie source : Électricité 100 % renouvelable certifiée.
  • Émissions CO₂ : Nulles lors de la production (cycle de vie complet quasi-nul si chaîne logistique décarbonée).
  • Pouvoir calorifique : 33,3 kWh/kg (PCI) – Densité énergétique massique élevée.
  • Formes : Gazeux (comprimé à 350-700 bar), liquéfié (-253°C), ou vecteur chimique (ammoniac, LOHC).
  • Applications principales :
    • Industrie lourde : Substitut au H₂ gris dans la raffinerie, production d'ammoniac, sidérurgie (réduction directe du fer).
    • Mobilité : Piles à combustible pour transport lourd (camions, trains, maritime).
    • Stockage d'énergie : Valorisation des surplus d'électricité renouvelable.
    • Injection dans réseaux : Mélange dans les réseaux de gaz naturel (Power-to-Gas).

3. Production Mondiale & Répartition (2023–2024)

  • Capacité d'électrolyseurs installée : ~1,5 GW fin 2023.
  • Volume de H₂ vert produit : Environ 180 000 tonnes/an.
  • Part dans la production totale d'hydrogène : < 1% (la production mondiale est encore dominée à >95% par l'hydrogène gris).
  • Répartition géographique des projets majeurs :
    • Europe : Leader en projets annoncés (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, France). Objectif UE : 10 Mt/an d'ici 2030.
    • Chine : Plus grand producteur actuel (capacité >300 MW), moteur de la baisse des coûts des électrolyseurs.
    • États-Unis : Croissance accélérée via l'Inflation Reduction Act (subventions jusqu'à 3 $/kg).
    • Moyen-Orient : Projets "gigafuel" pour l'export (ex. NEOM en Arabie Saoudite : 4 GW).
    • Australie & Amérique du Sud (Chili, Brésil) : Focus sur l'export via un fort potentiel en énergies renouvelables à bas coût.

4. Défis Clés

  • Coût de production : Actuellement 3 à 7 $/kg. L'objectif est de descendre sous 2 $/kg d'ici 2030 grâce aux économies d'échelle et à la baisse du coût des renouvelables.
  • Infrastructures : Nécessité de développer des réseaux de transport (gazoducs adaptés, navires) et de stockage.
  • Efficacité globale : Pertes énergétiques importantes (électrolyse ~70-80% efficacité, + liquéfaction/transport).
  • Eau : Besoin d'eau ultra-pure (~9 litres par kg de H₂) – enjeu dans les zones arides.
  • Certification : Mise en place de systèmes de garanties d'origine pour tracer l'électricité renouvelable.

5. Perspectives (Scénarios AIE & Hydrogen Council)

  • 2030 : Objectif de 50-100 GW de capacité d'électrolyseurs pour une production de ~10 millions de tonnes/an (soit ~10% du marché total de l'H₂).
  • 2050 (Neutralité Carbone) : L'hydrogène vert deviendrait la forme dominante, avec une production potentielle de 500 à 800 millions de tonnes/an, essentielle pour décarboner l'industrie et les transports.

Sources : Agence Internationale de l'Énergie (AIE) - Rapport sur l'Hydrogène 2023, Hydrogen Council, Commission Européenne, BloombergNEF.

 

vendredi 23 janvier 2026

De la guerre des Gaules à la conquête des Amériques et au génocide de Gaza : la contre-insurrection pour mater les peuples indociles

Ayman El Hakim, 23/1/2026

Des empires antiques aux puissances contemporaines, la même logique traverse les siècles : gouverner par la violence des populations qui refusent la domination. Gaza n’est pas une exception, mais l’aboutissement d’une histoire impériale longue.



On présente souvent la contre-insurrection comme une doctrine militaire née au XXᵉ siècle, forgée dans les guerres coloniales puis perfectionnée à l’ère des drones et des algorithmes. C’est une illusion confortable. En réalité, la contre-insurrection est l’un des modes les plus anciens de gouvernement impérial, expérimenté bien avant la modernité, systématisé au XIXᵉ siècle, industrialisé au XXᵉ, et aujourd’hui normalisé sous couvert de sécurité et d’humanitaire.

Ce qui change, ce ne sont pas les objectifs fondamentaux, mais les langages, les outils et les seuils d’acceptabilité.

La matrice originelle : conquérir, disperser, effacer

Les guerres de conquête des Amériques constituent l’un des premiers laboratoires modernes de la contre-insurrection. Face à des sociétés autochtones organisées, enracinées et résistantes, les puissances coloniales espagnoles, portugaises puis anglo-usaméricaines ont développé une grammaire de domination qui demeure tristement familière : destruction des villages et des cultures vivrières, déplacements forcés et marches de la mort, enfermement dans des réserves, fragmentation des communautés, déshumanisation raciale et religieuse.

Les guerres indiennes aux USA prolongent cette logique au XIXᵉ siècle. Il ne s’agissait pas seulement de vaincre militairement des nations autochtones, mais de briser leur capacité collective à exister comme peuples. La réserve n’est pas un espace de protection : c’est un outil de pacification permanente, une technologie de confinement.

Pourtant, ces populations n’ont jamais été passives. Elles ont résisté par la guérilla, la mobilité, les alliances intertribales, la préservation clandestine des langues, des rites et des mémoires. La survie culturelle fut — et reste — une forme de résistance politique.

Avant la modernité : la contre-insurrection sans fard

Cette grammaire impériale ne naît pas avec la colonisation moderne. Elle est déjà pleinement assumée dans l’Antiquité. La guerre des Gaules, telle que la met en scène Jules César, relève d’une contre-insurrection avant la lettre : massacres exemplaires, destructions systématiques des villes et des greniers, mise en esclavage de populations entières, alliances avec des élites locales pour fragmenter les solidarités. Rome comprend que l’insurrection n’est pas seulement militaire, mais sociale et politique.

La répression des révoltes internes — des guerres serviles à la Judée insurgée — radicalise cette logique : punition collective, terreur mise en scène, déportations, effacement territorial et symbolique. La destruction de Jérusalem en 70 et le changement du nom de la province après 135 ne visent pas seulement à vaincre un ennemi, mais à détruire durablement un peuple comme sujet historique. L’Antiquité montre ainsi sans fard ce que les empires ultérieurs chercheront à masquer : la contre-insurrection est d’abord une technique de gouvernement fondée sur la peur des communautés indociles.

Le XIXᵉ siècle : l’empire se rationalise

Les empires européens du XIXᵉ siècle — britannique, français, russe — systématisent ces pratiques. La contre-insurrection devient une science administrative. En Algérie, en Inde, en Irlande, en Afrique australe, on retrouve les mêmes recettes : quadrillage du territoire, fichage des populations, châtiments collectifs, déplacements forcés, destruction des économies locales.

La « pacification » n’est jamais pacifique. Elle vise à produire une population gouvernable, dépouillée de ses structures politiques autonomes. Face à cela, les résistances prennent des formes multiples : insurrections armées, réseaux clandestins, refus de l’impôt et du travail forcé, réappropriation symbolique de la terre, transmission orale de récits interdits. L’empire peut occuper, mais il ne parvient jamais à gouverner sans fracture.

XXᵉ siècle : la contre-insurrection comme doctrine explicite

Avec les guerres de décolonisation et la guerre froide, la contre-insurrection devient un corpus théorisé. Malaisie, Algérie, Vietnam : la population est désormais identifiée comme le centre de gravité du conflit. On regroupe, on déplace, on surveille, on torture, on « développe ». Les camps de regroupement, les « nouveaux villages », les hameaux stratégiques, les zones interdites ne sont pas des anomalies : ils constituent le cœur du dispositif.

Mais ces stratégies échouent politiquement. Parce que les populations développent des contre-contre-insurrections : infiltration des dispositifs, retournement des institutions imposées, politisation de la souffrance, internationalisation des luttes, construction de récits de libération. L’Algérie et le Vietnam montrent que l’on peut perdre la guerre militairement tout en la gagnant politiquement et historiquement.

XXIᵉ siècle : contenir plutôt que conquérir

Le XXIᵉ siècle marque une inflexion majeure. Il ne s’agit plus toujours de conquérir ou d’intégrer, mais de contenir des populations jugées irrécupérables. La contre-insurrection devient urbaine, permanente, technologisée, juridiquement euphémisée.

Gaza incarne cette mutation à son point extrême : blocus, enfermement total, destruction cyclique, dépendance humanitaire, surveillance constante. Tout converge vers une gestion de la vie et de la mort à grande échelle. Ce qui se joue à Gaza n’est pas une anomalie morale ou historique, mais l’actualisation la plus radicale de logiques impériales anciennes : gouverner un peuple en détruisant les conditions mêmes de son existence collective.

Mais la résistance persiste, sous des formes souvent invisibilisées : maintien des solidarités sociales, auto-organisation de l’aide, transmission de la mémoire malgré l’anéantissement, refus de l’effacement symbolique, inscription du récit palestinien dans l’espace mondial. La résistance ne se réduit pas aux armes, elle est ontologique  : continuer à exister comme peuple.

Dans un registre plus silencieux, le Sahara occidental relève de la même grammaire contemporaine de la contre-insurrection. Mur de sable, fragmentation territoriale, colonisation de peuplement, marginalisation économique, criminalisation de la résistance civile : la domination y opère moins par la guerre ouverte que par le gel, la normalisation et l’usure du temps. Comme à Gaza, le droit international est instrumentalisé non pour résoudre le conflit, mais pour le suspendre indéfiniment. L’un est un laboratoire bruyant, l’autre un laboratoire silencieux — mais la logique est identique.

Une constante historique : l’échec politique de la contre-insurrection

Sur la longue durée, un constat s’impose : la contre-insurrection peut détruire, déplacer, tuer — mais elle échoue toujours à produire une légitimité durable. Elle radicalise les sociétés qu’elle prétend pacifier, engendre des mémoires de violence irréversibles, et transforme la domination en instabilité chronique.

Ce que l’histoire enseigne, ce n’est pas la toute-puissance des empires, mais leur fragilité structurelle face à des peuples qui refusent de disparaître.

Conclusion

De la guerre des Gaules aux territoires enfermés du XXIᵉ siècle, la contre-insurrection apparaît pour ce qu’elle est : non une réponse à la violence, mais une peur du politique — la peur de peuples qui revendiquent leur droit à décider d’eux-mêmes. Chaque fois qu’elle s’impose, elle révèle moins la force de l’ordre dominant que son incapacité à tolérer l’existence d’un autre horizon historique. Et chaque fois qu’elle échoue, elle laisse derrière elle ce que les empires redoutent le plus : des peuples militairement dominés, mais politiquement irréductibles.

mercredi 7 janvier 2026

Maroc–Israël : coordination militaire entre deux États engagés dans des guerres coloniales


SOLIDMAR, 7/1/2026

La publication des résultats de la troisième réunion du comité militaire mixte israélo-marocain, tenue récemment à Tel-Aviv, ne constitue pas un simple exercice bureaucratique de coopération sécuritaire. Elle révèle, au contraire, la banalisation d’une alliance militaire entre deux États engagés dans des dynamiques de domination coloniale, l’un en Palestine, l’autre au Sahara occidental.


Présentée comme la « signature récente d’un plan Maroc–Israël pour 2026 », cette séquence ne correspond pas à un traité formel ni à un accord militaire majeur. Il s’agit d’un document de programmation, entérinant la poursuite des mécanismes existants de coopération : réunions d’états-majors, échanges d’expertises, visites d’unités et d’industries de défense. Autrement dit, une feuille de route technico-militaire, sans annonce spectaculaire, mais politiquement lourde de sens.

Un plan de continuité, pas un acte neutre

L’absence de référence explicite à des livraisons d’armes est mise en avant pour minimiser la portée du document. Mais cette prudence lexicale ne doit pas masquer l’essentiel :
ce plan 2026 institutionnalise dans la durée une coopération militaire avec un État accusé de crimes de guerre, de nettoyage ethnique et d’un régime d’apartheid, au moment même où la guerre contre Gaza atteint un niveau de destruction sans précédent.

Le caractère « professionnel » et « technique » des échanges invoqué dans le document relève d’une stratégie de dépolitisation délibérée. Il s’agit de dissocier la coopération militaire des réalités coloniales qu’elle soutient objectivement.

Deux guerres coloniales, une même logique sécuritaire

Israël mène une guerre coloniale ouverte contre le peuple palestinien, fondée sur l’occupation, la colonisation et la violence systémique. Le Maroc, pour sa part, poursuit une politique de contrôle territorial et de répression politique au Sahara occidental, en violation du droit à l’autodétermination reconnu par l’ONU.

Dans ce contexte, la coopération militaire israélo-marocaine n’est pas une simple affaire bilatérale : elle repose sur une communauté de pratiques et de doctrines sécuritaires, forgées dans la gestion coercitive de populations colonisées. Échanges d’expertises, visites d’industries de défense, montée en puissance de capacités militaires nationales : tout cela participe d’un apprentissage mutuel de la domination.

L’Algérie comme alibi, la Palestine comme variable sacrifiée

Le discours entourant ce plan 2026 mobilise implicitement le facteur algérien, présenté comme le principal motif de tension régionale. Cette mise en scène permet d’évacuer la question palestinienne et de réduire la coopération avec Israël à un calcul géopolitique défensif.

L’absence d’annonces sur des ventes d’armes israéliennes au Maroc vise surtout à désamorcer toute réaction algérienne susceptible de compliquer le dossier du Sahara occidental au Conseil de sécurité. La Palestine devient ainsi une variable d’ajustement diplomatique, sacrifiée sur l’autel des équilibres régionaux et des intérêts stratégiques.

Normalisation sécuritaire contre l’opinion publique

La poursuite de cette coopération, en pleine guerre à Gaza, illustre un décalage croissant entre la ligne officielle de l’État marocain et une partie significative de sa société, où les appels à la rupture avec Israël se multiplient.

Le plan Maroc–Israël pour 2026, loin d’être anodin, marque donc une étape supplémentaire dans une normalisation sécuritaire assumée, menée sans débat public, sans contrôle démocratique, et en contradiction flagrante avec les principes du droit international et les luttes anticoloniales.

En s’abritant derrière le vocabulaire de la coopération technique, Rabat et Tel-Aviv entérinent une alliance entre deux États qui partagent une même vision :
la sécurité comme instrument de gestion coloniale, et la force comme réponse aux revendications des peuples.


jeudi 20 novembre 2025

Le Maroc piétine les droits des Sahraouis pour nous fournir en tomates cerises

 

Laury-Anne Cholez, Reporterre, 19/11/2025

L’Union européenne et le Maroc ont conclu un nouvel accord commercial agricole début octobre. Celui-ci piétine encore les droits des peuples du Sahara occidental, un territoire disputé, sous contrôle marocain.

Sur les étals de nos supermarchés, les barquettes de tomates cerises sont bien alignées. Des petites billes rouges sous plastique cultivées dans leur grande majorité au Maroc et au Sahara occidental voisin. Depuis 1975, cette ancienne colonie espagnole est contrôlée par le Maroc, l’Organisation des Nations unies (ONU) la reconnaît donc comme un « territoire non autonome ». Le mouvement politique Front Polisario lutte depuis près de cinquante ans pour l’indépendance de ce territoire, qu’il nomme République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Les tomates marocaines et sahraouies bénéficient toutes les deux des avantages douaniers d’un accord commercial passé entre le Maroc et l’Union européenne, dont la première version est entrée en vigueur en 2012. Ce texte est contesté par les Sahraouis, qui estiment n’avoir jamais été consultés pour donner leur aval et considèrent qu’il ne tient pas compte de leurs droits à l’autodétermination.

Un accord invalidé par la Cour de justice de l’Union européenne

Jusqu’à récemment, les tomates cerises sahraouies étaient étiquetées comme provenant du « Maroc ». Il était donc impossible pour les consommateurs de distinguer celles provenant du Maroc de celles cultivées au Sahara occidental dans des conditions sociales et environnementales que certaines associations qualifient de désastreuses. Il est compliqué d’avoir des preuves, car depuis huit ans, le Maroc interdit au Haut-Commissaire des Nations unies aux droits humains d’accéder au Sahara occidental, selon un rapport de la Commission européenne.

Attaqué deux fois par les avocats des Sahraouis, l’accord commercial a été invalidé par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) le 4 octobre 2024. La CJUE a jugé que les fruits et légumes devaient bel et bien être étiquetés « Sahara occidental » et non « Maroc », au nom du droit d’information des consommateurs. Elle affirmait aussi que les accords avaient été conclus de manière illicite, jugeant que la Commission européenne outrepassait le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination.

« La CJUE rend enfin justice au peuple sahraoui dont les terres colonisées par le Maroc sont utilisées pour produire une partie des fruits et légumes exportés », avait déclaré à l’époque la Confédération paysanne. Le syndicat agricole français s’est engagé dans ce dossier pour défendre les petits producteurs français et marocains contre ce qu’ils considèrent comme une concurrence déloyale.

Le consentement du peuple du Sahara occidental bafoué

C’est pourquoi la Commission européenne s’est attelée à négocier un nouvel accord, en application provisoire depuis le 3 octobre 2025. Il prévoit notamment d’étiqueter les tomates du Sahara occidental comme provenant de « Laâyoune-Sakia El Hamra » ou « Dakhla-Oued Eddahab », le nom donné par la puissance occupante à ces deux régions de production agricole. Pour la Commission européenne, « il s’agit d’une amélioration considérable, tant en matière de capacité des États membres à contrôler l’étiquetage qu’en termes d’information des consommateurs, qui recevront des informations vérifiables », selon un mail envoyé à Reporterre.

Pour la Confédération paysanne, cela reste illégal. « D’un point de vue juridique, cela n’a aucune valeur et ne s’appuie sur aucune législation internationale. On impose un nom d’une région non reconnue dans le droit international », explique à Reporterre Jean-Mathieu Thévenot, membre de la commission internationale de la Confédération paysanne.

Dans son jugement, la CJUE exigeait le consentement du peuple du Sahara occidental à la mise en œuvre de l’accord entre l’UE et le Maroc ainsi qu’un mécanisme de contrôle permettant de vérifier que les populations du Sahara occidental bénéficient des retombées de l’exploitation des ressources naturelles de leur territoire. C’est pourquoi, dans le nouvel accord, la Commission européenne « s’engage à financer des secteurs clés, notamment l’eau, l’énergie et le dessalement, conformément aux critères du développement durable, et à soutenir des initiatives dans les domaines de l’éducation et de la culture ».

Des engagements qui vont être difficiles à mettre en place pour les opposants comme la Confédération paysanne. « Signer cet accord de libre-échange en incluant le Sahara occidental, c’est nier l’autodétermination du peuple sahraoui. C’est illégal car il s’agit d’un territoire occupé », dit Fanny Métrat, porte-parole nationale du syndicat.

Il attend aujourd’hui la suite du parcours législatif de ce nouvel accord, qui doit faire l’objet d’un vote avant la fin de l’année au Parlement européen. « Il y a une probabilité non négligeable que le Parlement vote contre. Les députés des partis de gauche entendent bien respecter l’idée de souveraineté des peuples. Les députés de droite sont dans une logique de défense des producteurs espagnols, pleinement affectés par ces importations », dit Jean-Mathieu Thévenot.

Des exportations en croissance

En attendant, les tomates sahraouies arrivent toujours dans les rayons de nos supermarchés. À quel coût écologique et humain ? En 2022, selon le ministère de l’Agriculture du Maroc, 87 000 tonnes de tomates et melons ont été cueillies dans la région de Dakhla-Oued, soit 10 000 tonnes de plus qu’en 2021. 85 % de ces fruits et légumes ont été envoyés vers l’Europe.

« L’agriculture et les autres grands projets en matière d’infrastructures portuaires, de pêche industrielle ou d’énergies renouvelables sont utilisés par le Maroc comme un instrument politique pour consolider sa présence au Sahara occidental et imposer une légitimité de fait », explique Hassanna Abba, défenseur sahraoui des droits humains interrogé par Le Monde.

En se fondant sur des photos satellites de la région, l’Observatoire des ressources du Sahara occidental (WSRW), une ONG spécialisée sur le sujet, a évalué les surfaces cultivées. Entre 2003 et 2016, les superficies sont passées de 150 à 963 hectares. « À Dakhla [la plus grande ville du Sahara occidental], il y a une explosion du nombre de serres. C’est un Almeria bis [région espagnole qualifiée de « potager de l’Europe »] qui profite d’un climat favorable en hiver pour produire de la tomate et du melon. Ils sont apportés au Maroc, étiquetés dans une usine proche d’Agadir puis présentés comme marocains, ce qui est illégal », explique à Reporterre Jean-Mathieu Thévenot, membre de la commission internationale de la Confédération paysanne.

Des nappes phréatiques bientôt à sec

Pour cultiver des tomates en plein désert, il faut de l’eau. Les agro-industriels de la région puisent aujourd’hui dans les nappes phréatiques selon l’ONG WSRW.

Jusqu’à quand ? Personne n’est en mesure de répondre exactement à la question, pas même la Commission européenne, qui « n’a pas été en mesure de déterminer le volume d’eau des nappes phréatiques qui pourrait être utilisé à des fins d’irrigation », indique le rapport cité plus haut. L’Agence hydraulique locale de Dakhla a souligné que la ville serait confrontée à une grave pénurie hydrique d’ici 2030 rappelle l’ONG WSRW.

Face à cette sécheresse annoncée, les industriels ont trouvé une parade : l’eau dessalée. Deux projets d’usine sont en cours de construction sur le territoire occupé. 75 % de l’eau dessalée servira à créer 13 000 hectares supplémentaires de terres agricoles d’ici 2030, explique la Commission européenne. L’un des plus gros producteurs de la région, Azura, ne cache pas son enthousiasme pour cette technique.

« L’objectif est de basculer sur des eaux dessalées dès la mise en service de l’usine de dessalement de Dakhla, en cours de construction et espérée pour 2025 », explique un article du site dédié à la filière fruits et légumes Réussir. Or, dessaler de l’eau de mer pour lutter contre la sécheresse et irriguer des cultures en plein désert est une catastrophe écologique.

Culture intensive sous serres

La sécheresse n’est pas la seule menace des tomates du désert. Cette culture intensive sous serres est également très gourmande en pesticides. Sauf que personne n’est en mesure de préciser la nature des produits phytosanitaires employés. « La Commission européenne n’a pas obtenu d’informations permettant d’évaluer la situation à cet égard au Sahara occidental », précise le rapport. Omerta également sur les conditions de travail des ouvrières et ouvriers qui travaillent dans les serres.

Sont-elles bien différentes de celles des travailleurs agricoles du Maroc ? Là-bas, la production de tomates destinées à l’exportation repose sur une main-d’œuvre agricole majoritairement saisonnière et féminine, au salaire jusqu’à quatorze fois inférieur au salaire français, selon un rapport de CCFD Terre Solidaire.

mardi 11 novembre 2025

Madrid, 14-15 novembre: Exister, c'est résister! 50 ans de résistance sahraouie à l'occupation (marocaine) et à la trahison (espagnole)

Convocan una movilización estatal por la autodeterminación del Sáhara Occidental el próximo 15 de noviembre


Le mouvement de solidarité espagnol avec le peuple sahraoui a annoncé l'organisation, samedi prochain, d'une marche dans la capitale, Madrid, pour soutenir le droit inaliénable du peuple sahraoui à l'autodétermination, à la liberté et à l'indépendance.
Le militant espagnol des droits humains Manuel de la Rosa Hernandez a expliqué que cette marche «intervient cinquante ans après la signature de l'accord de Madrid, le 14 novembre 1975, qui a permis au Maroc d'occuper le Sahara occidental».
«Nous, en tant que syndicats, organisations sociales, groupes de solidarité (...) devons soutenir fermement la marche de soutien au peuple sahraoui, le samedi 15 novembre», a souligné Hernandez.
Il a ajouté que cette date «est une occasion importante de rappeler au gouvernement espagnol son engagement à soutenir toutes les initiatives politiques pour parvenir à une solution juste et durable, à travers un référendum qui permette au peuple sahraoui d'exercer son droit inaliénable à l'indépendance et à la souveraineté sur l'ensemble de son territoire et de ses ressources».
En parallèle, les organisateurs de cet évènement ont indiqué, dans un communiqué, que l'État espagnol, qui a occupé le territoire jusqu'en 1975, n'a pas appliqué les résolutions des Nations unies qui l'obligeaient à organiser un référendum sur l'autodétermination du peuple sahraoui, rappelant que le 14 novembre 1975, l'Espagne a contribué à la signature de l'accord tripartite illégal de Madrid et a cédé le Sahara occidental au Maroc et à la Mauritanie, avant que le Maroc n'en prenne le contrôle exclusif. Le communiqué précise que, selon l'ONU, l'Espagne conserve le statut juridique de puissance administrant le Sahara occidental, tandis que le Maroc est considéré comme une puissance occupante.

Lire aussi : 

➤SAHARA OCCIDENTAL | 50 ans après les Accords Tripartites de Madrid : la trahison qui a ouvert la voie à l’occupation et que l’Espagne continue de prolonger

lundi 10 novembre 2025

Comment Trump et la Suède ont bradé le Sahara occidental
La fin d’un demi-siècle de principes ?

 

Un reportage de “Konflikt”, Sveriges Radio (7 novembre  2025)

Réalisation : Viktor Löfgren
Production : Anja Sahlberg
Son : Fabian Begnert

Transcription et traduction : Solidarité Maroc
Versión española 
النسخة العربية  

Une grande partie du monde d'en haut, Donald Trump en tête, semble donner raison au Maroc concernant le Sahara occidental occupé. Le droit international est-il en train de s'effondrer ?

La Suède, jadis défenseure du droit international, infléchit sa position sur le Sahara occidental. Une volte-face symbolique, au moment où l’ONU reconnaît la proposition marocaine d’autonomie. Un basculement mondial raconté par “Konflikt” (Sveriges Radio/Radio Suède).

Participants : John Bolton, diplomate usaméricain et ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Sara Yerkes, analyste au sein du groupe de réflexion usaméricain Carnegie, Manuel Devers, juriste français qui a porté devant la Cour de justice de l'Union européenne les affaires relatives à l'accord commercial entre l'UE et le Maroc, Erik Hagen, de Western Sahara Resource Watch, Jytte Guteland, députée social-démocrate membre de la commission des affaires européennes, Senia Bachir, représentant du Polisario en Suède, Mouaad Joumani, militant pro-marocain qui fait pression en faveur du plan d'autonomie du Maroc pour le Sahara occidental, Dahar Rahmouni, militant sahraoui.
Le gouvernement suédois et le ministre du Commerce Benjamin Dousa sont vivement critiqués dans cet épisode. Pendant deux semaines, Konflikt a tenté à plusieurs reprises d'obtenir une interview afin que le ministre puisse répondre aux critiques et clarifier le raisonnement du gouvernement, mais le ministre a refusé l'interview.



Au Parlement, l’homme aux mille courriels

Chaque semaine, les députés suédois voient le même nom s’afficher dans leurs boîtes mail : Mouaad Joumani. Toujours le même ton, la même conviction : « La vérité doit éclater sur le Sahara occidental. »

Pour cet habitant de Göteborg, le Sahara occidental — ce territoire désertique au sud du Maroc, bordé par l’Atlantique — n’est pas une colonie, mais une partie intégrante du Maroc. Une affirmation pourtant contredite par plusieurs décisions de la Cour internationale de Justice.

Longtemps marginal, son discours trouve désormais des échos jusque dans les couloirs du pouvoir. En octobre 2025, la Suède et plusieurs États occidentaux semblent prêts à reconsidérer la question sahraouie. Et, à New York, le Conseil de sécurité s’apprête à franchir un pas inédit : reconnaître le plan marocain d’autonomie comme « la solution la plus réaliste ».

Un peuple exilé, deux réalités

Pour comprendre cette bascule, la journaliste Anja Salberg s’est rendue dans les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie. Près de cent mille personnes y survivent depuis 1975, année où le Maroc a annexé le territoire après le retrait espagnol.

« Je me souviens de la chaleur du jour, du froid de la nuit. Les camps sont devenus des villes de sable, dépendantes de l’aide internationale », raconte-t-elle. En 2010, elle s’est aventurée à El-Ayoun, capitale officieuse du Sahara occidental occupé. Sous étroite surveillance marocaine, elle y rencontre Dahar Rahmouni, militant torturé pour ses convictions. « Je ne me suis jamais senti libre, jamais en sécurité. Toujours surveillé. »

Aujourd’hui encore, les Sahraouis vivent entre exil et contrôle. Les uns, dans les camps d’Algérie. Les autres, sous administration marocaine.Et depuis cinquante ans, la promesse d’un référendum reste lettre morte.

La Suède, d’un phare moral à un pragmatisme assumé

Durant ces décennies, la Suède a incarné une conscience internationale. Dans les institutions européennes, elle défendait la légalité contre la puissance. « La Suède a été un phare de principes en Europe », explique Erik Hagen, du réseau Western Sahara Resource Watch. « Même face aux grandes puissances, elle rappelait la primauté du droit. » Mais à l’automne 2025, ce phare vacille. Le pays qui plaidait hier pour  l’autodétermination des Sahraouis vote en faveur d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Maroc — incluant pourtant le Sahara occidental.

De la Marche verte à l’ère Trump : le monde à l’envers

En 1975, le roi Hassan II appelle les Marocains à marcher vers le Sahara occidental : la Marche verte. Une démonstration de force contraire à un avis de la Cour internationale de Justice, qui venait d’affirmer que le territoire n’appartenait pas au Maroc. L’Espagne se retire, le Maroc s’installe. Le mouvement Polisario prend les armes. Une guerre de seize ans s’ensuit, jusqu’au cessez-le-feu de 1991 — accompagné d’une promesse de référendum, jamais tenue. Trente ans plus tard, les équilibres se déplacent.
Sous Donald Trump, les USA reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation entre Rabat et Israël dans les Accords d’Abraham.  L’ancien diplomate John Bolton résume avec amertume : « Les Marocains ont joué un coup de maître. Trump voulait un trophée diplomatique avant de partir. »

L’Europe, entre droit et commerce

En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne juge que les accords commerciaux avec le Maroc violent le droit international. Mais un an plus tard, Bruxelles introduit un mécanisme de contrôle censé contourner le problème. La Suède, jadis opposée à tout compromis, approuve cette nouvelle version.

Jytte Guteland, députée sociale-démocrate, s’insurge : « Comment condamner l’invasion de l’Ukraine et légitimer celle du Sahara occidental ? »

Le gouvernement, par la voix du ministre du commerce Benjamin Dousa, répond par un communiqué prudent : « Nous prenons en compte la complexité du dossier et les nouvelles garanties européennes. »

Quand la loi dit non

À Stockholm, l’avocat Manuel Devers, représentant du Front Polisario à la Cour de justice de l’UE, démonte cette justification : « L’Union prétend marquer l’origine des produits “marocains” alors qu’ils viennent du Sahara occidental. C’est une violation flagrante du droit. » Pour lui, seul le Polisario, reconnu par l’ONU, peut donner son consentement. Il annonce de nouveaux recours, dénonçant une « politique du faux-semblant » : « Si l’Europe ne respecte plus ses propres règles, elle sape sa crédibilité et celle du droit international. »

Un autre visage de la Suède

À Stockholm, Senia Bashir, représentante du Polisario, rentre d’une visite dans les camps de Tindouf. Elle a grandi là-bas. « Dans les années 1980, les vêtements envoyés de Suède arrivaient avec des cartes et des mots d’amitié. Pour nous, la Suède symbolisait la solidarité. » Mais cette fois, c’est une autre nouvelle qu’elle a dû annoncer : « La Suède nous a tourné le dos. »

Le récit marocain

De son côté, Mouaad Joumani se réjouit. « Ce n’est pas une colonie. Le Maroc construit, investit, crée des emplois. Huit milliards de dollars pour développer la région. » Il défend la proposition d’autonomie marocaine, comparable à celle de la Catalogne : autogestion locale sous souveraineté nationale. « C’est la seule voie réaliste », affirme-t-il.  Le Polisario rejette ce modèle : pour lui, seul un référendum peut trancher entre indépendance et intégration.

L’ONU enterre le rêve sahraoui

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité adopte une résolution historique :
le plan marocain est désormais la « solution la plus réalisable ».
La Chine et la Russie s’abstiennent, les USA, la France et la plupart des Européens votent pour. Sarah Jerkes, analyste au Carnegie Endowment, explique : « Depuis Trump, de nombreux pays ont suivi sans aller jusqu’à la reconnaissance complète. L’idée d’un État sahraoui indépendant est morte. » Elle reconnaît, non sans malaise : « Le droit international est devenu secondaire. Je ne sais pas comment le réparer. » Mais elle plaide pour une autonomie solide, assortie de droits politiques et de garanties sur les ressources. « En 2025, c’est la seule issue praticable. »

Deux réalités, un même silence

À El-Ayoun, Mouaad Joumani filme les festivités du cinquantenaire de la Marche verte. Les rues sont décorées de drapeaux rouges à l’étoile verte. « Ce n’est pas seulement une fête, écrit-il. C’est de la fierté, de l’amour. La ville vibre. »Au même moment, Dahar Rahmouni, l’activiste sahraoui rencontré quinze ans plus tôt, envoie un message vocal depuis la clandestinité : « Rien n’a changé. Nous vivons sous surveillance, arrêtés sans raison. Le monde ne s’intéresse qu’à nos ressources, pas à nos droits. » Puis il ajoute : « J’espère que le monde ne tournera pas complètement le dos au droit international. »

Un monde qui bascule

Cinquante ans après la Marche verte, le Sahara occidental reste à la croisée des chemins. Un territoire figé entre droit et puissance, entre promesse et abandon. La Suède, longtemps symbole de cohérence morale, a rejoint le camp du réalisme politique. Et dans ce virage du monde, le droit international semble, une fois encore, céder sous le poids de la force.