lundi 20 mai 2019

Le PTB répond au Comité Free Ali Aarrass concernant les 3lois ciblant les binationaux

 

Le PTB répond à la lettre du Comité Free Ali Aarrass


  dans AU PARLEMENT/DOUBLE NATIONALITE par
 
Le Comité Free Ali Aarrass a interpellé des têtes de liste des partis pour les élections fédérales à Bruxelles concernant les 3 lois votées ces dernières années ciblant les citoyens binationaux.
Deux questions ont été posées aux candidats Didier Reynders (MR); Georges Dallemagne (CDH); François De Smet (Défi); Ahmed Laaouej (PS); Zakia Khattabi Abtoy (Ecolo); Maria Vindevoghel Merlier (PTB), Dyab Abou Jahjah (Be.One)
1) Quelle est la position de votre parti sur ces trois lois ; 2) Votre parti compte-t-il demander leur abrogation s’il participe au prochain gouvernement fédéral ? « 

Voici la réponse du PTB
Notre position de base est la suivante : nous sommes pour l’égalité des droits et nous nous battons pour protéger la citoyenneté des enfants nés en Belgique ou ayant grandi en Belgique, ainsi que pour tous les citoyens ayant la double nationalité.
Nous ne voulons pas qu’il y ait des citoyens de première et de seconde zone.
Et c’est au quotidien que nous nous battons dans les entreprises, dans les quartiers, contre le racisme et les discriminations structurelles qui touchent nos compatriotes. Il est inacceptable qu’en 2019, en Belgique, une partie importante de la population porte un double fardeau, exclusion sociale et racisme, et n’a pas les mêmes chances de décrocher un emploi correct, une bonne école, un logement abordable, etc.
Ces 3 lois (déchéance nationalité, déportation, assistance consulaire) ciblant les citoyens binationaux renforcent un statut de sous-citoyens et instituent une double (et même triple) peine. Il faut que cela cesse. Ce combat concerne d’ailleurs l’ensemble du monde du travail. Où va s’arrêter la logique de créer des citoyens de seconde zone ? Ces mesures peuvent toucher à terme tous les travailleurs, tous les activistes, etc. On commence par attaquer les droits des minorités nationales comme banc d’essai pour réduire ensuite les droits de la population tout entière.
Nous exprimons notre solidarité avec le combat du Comité et avec Ali Aarrass, devenu l’une des victimes et symbole vivant des dérives de la lutte anti-terroriste.
Le PTB demande l’abrogation de ces lois. Il serait impossible pour le PTB de participer à un gouvernement alors que de telles lois sont en vigueur.

Les migrants bloqués sur l'île de Perejil ont été renvoyés au Maroc

Après 15 heures d'attente et un mort.

dimanche 19 mai 2019

Gap : Deux évènements : Présentation de l'AMD et de son travail au Bangladesh et Commémoration de l'abolition de l'esclavage


 




E'LM v mailchimpapp.net 

 

18:15 (il y a 44 minutes)


ET

  



"Le jour où ils ont rasé le camp, tout le monde pleurait" : six mois après, que reste-t-il des "gilets jaunes" de Vannes ?


Franceinfo est retourné sur un campement visité en décembre. Depuis, celui-ci a été rasé, portant un coup à la mobilisation. Mais les liens forts qui se sont créés entre les militants perdurent.
Des \"gilets jaunes\" du camp d\'Atlantheix, près de Vannes (Morbihan), répondent aux coups de klaxon des automobilistes, le 16 mai 2019.Des "gilets jaunes" du camp d'Atlantheix, près de Vannes (Morbihan), répondent aux coups de klaxon des automobilistes, le 16 mai 2019. (LOUIS BOY / FRANCEINFO)
"Les gilets jaunes, au début, je ne comprenais pas ce qu'ils voulaient, se souvient Sandrine. Je pensais que ça ne durerait qu'un week-end." Et pourtant, cette mère de famille est là, jeudi 16 mai, gilet fluorescent sur le dos, au bord de la route qui mène au rond-point d'Atlantheix, en périphérie de Vannes (Morbihan). Le lendemain, ce sera les six mois de l'occupation du lieu, et de centaines d'autres ronds-points du pays. Sandrine avait fini par se laisser convaincre, en novembre, et a consacré de nombreuses journées au mouvement depuis, pour défendre son pouvoir d'achat, la retraite de ses parents, l'avenir de ses deux fils. "J'ai vite compris qu'on ne lâcherait rien", dit-elle. 
Franceinfo l'avait rencontrée, ainsi que des dizaines d'autres "gilets jaunes" d'Atlantheix, en décembre, à l'occasion d'un reportage sur leur vision des médias. Alors que la mobilisation dans les grandes villes, tous les samedis, persiste mais semble marquer le pas, nous avons décidé de retourner à Vannes, à la rencontre de ceux qui ne lâchent pas leur rond-point, et de ceux qui s'en sont éloignés.

"Les gens klaxonnent, mais ne s'arrêtent plus"

Ce jeudi, ils sont une petite dizaine à se retrouver sur cette étroite bande de gazon en bordure de la route départementale. Il y a Marine, la trentaine, devenue seule administratrice de leur groupe Facebook, et fidèle au poste plusieurs après-midi par semaine, quand son emploi du temps de peintre en bâtiment le permet. Avec Sandrine et leur ami Valentin, ils sont les seuls rescapés, ce jour-là, du groupe de jeunes "gilets jaunes".
Les autres font davantage partie des "anciens", comme Bernard, Catherine, la mère de Marine, et les syndicalistes à la retraite Jean-Claude, Yannick et Michel. Ils viennent presque quotidiennement, quelle que soit la météo bretonne, assure Catherine : "On a ramassé une bonne saucée l'autre jour, mais on était là." Ils n'ont pas de cabane ou d'abri ni de feu de camp, mais une chaise en toile et deux drapeaux, un français et un breton, symbole d'un caractère tenace. A quelques dizaines de mètres de là, les herbes folles ont pris possession du rond-point qu'ils n'ont plus le droit d'occuper.
A 81 ans, Michel est le doyen d'Atlantheix, et il a l'intention d'investir les lieux "tant qu'il n'y aura pas un gouvernement qui fera quelque chose contre l'injustice", ce qu'il n'imagine pas pour demain. Avec détermination, et parfois une pointe de mauvaise foi, il maintient que la mobilisation ne s'essouffle pas :
Ne venez pas dire qu'on est moins nombreux. On fait avec les moyens du bord. Chacun fait comme il peut, c'est ça qu'il faut retenir.Michel à franceinfo
En décembre, des "gilets jaunes" se relayaient pour que le camp soit occupé en permanence, même la nuit. En deux jours, une centaine de personnes différentes étaient passées sur le rond-point. Aujourd'hui, les rassemblements se font entre 14 heures et 19 heures et le week-end, où ils sont plus nombreux, une trentaine, à en croire les photos postées sur Facebook.
Retraités, Catherine et Jean-Claude viennent encore plusieurs jours par semaine pour montrer que leur mobilisation se poursuit. \"J\'y suis, j\'y reste\", dit le gilet de Catherine.Retraités, Catherine et Jean-Claude viennent encore plusieurs jours par semaine pour montrer que leur mobilisation se poursuit. "J'y suis, j'y reste", dit le gilet de Catherine. (LOUIS BOY / FRANCEINFO)
Pour tous, maintenir cette présence, même quelques heures par après-midi, est une façon de "montrer qu'[ils sont] toujours là" et de faire en sorte que les automobilistes continuent d'apercevoir quelques gilets fluo quand ils quittent la ville. "J'y suis, j'y reste", a écrit Catherine sur le sien. Des conducteurs continuent de les saluer en passant. Après six mois, les "gilets jaunes" commencent à les reconnaître, et pas seulement ceux qui sont aussi leurs anciens camarades.

Être un mineur isolé étranger en France


À lire jusqu'au bout pour comprendre

Jeune garçon originaire de Guinée récupéré en Méditerranée par le bateau d'aide aux migrants «Golfo Azzuro» affrété par l'ONG espagnole Proactiva Open Arms, le 3 février 2017.
© REUTERS/Giorgos Moutafis

De plus en plus de mineurs isolés ou non accompagnés viennent chercher refuge en France. Leur nombre varie suivant les critères utilisés parmi ceux qui sont visibles, mais beaucoup ne le sont pas. Ceux qui sont pris en charge bénéficient de la protection de l’Etat jusqu'à leur majorité, souvent difficile à établir. Mais le système peine à prendre en compte leurs traumatismes et leurs histoires et ces enfants qui arrivent en piteux état en France ne sont pas au bout de leurs souffrances. Entretien avec Eric Sandlarz, psychanalyste, psychologue clinicien au Centre Primo Levi, un organisme en pointe pour les réfugiés victimes de torture et de violences politique dans leur pays d'origine.

Le centre Primo Levi est un centre de soins à Paris destiné aux personnes victimes de la torture et de la violence politique dans leur pays d’origine et aujourd’hui réfugiées en France. Ces personnes sont reçues par une vingtaine d’intervenants (médecins, psychologues, kinésithérapeutes). L’organisme très réputé a une liste d’attente de six mois minimum.
En 2018, plus de 46 700 personnes (mineurs inclus) ont été placées sous la protection de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) au titre du statut de réfugié et de la protection subsidiaire, un chiffre en hausse de 9% par rapport à 2017.

RFI : Eric Sandlarz, qui sont ces mineurs isolés étrangers en France ?
Eric Sandlarz : C’est extrêmement vaste, divers, complexe et variable selon les périodes, les situations dans les pays d’origine et les moments de crue migratoire. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il y en a beaucoup plus qu’avant, avec un vrai problème de respect de l’adolescence.
On ne parle plus aujourd’hui de mineur isolé, mais de mineur non accompagné, on ne cesse de faire se succéder des sigles, des acronymes pour désigner ces jeunes et au fur et à mesure des désignations, on perd de plus en plus les enjeux. Quand on passe d’isolé étranger à non accompagné, on ne parle plus du tout des mêmes choses. Que « l’étranger » saute et que « l’isolé » saute, ce qui saute c’est ce qu’ils éprouvent eux, d’être des étrangers pour les autres et d’être étranger à eux même, précisément parce qu’ils sont isolés. Donc de passer d’un acronyme à l’autre, on peut déjà s’arrêter et se focaliser là-dessus et se rendre compte que cette évolution linguistique acronymique banalise des enjeux cruciaux.
Frontière de l'Europe entre la Bulgarie et la Turquie. © NIKOLAY DOYCHINOV / AFP
 
 
 
 
Pourquoi partent-ils ?
Ils partent pour mille et une raisons. Il y a toujours une situation politique d’origine. Faire une différence entre migration économique et migration politique est une ânerie. Je ne sais pas comment on peut dissocier l’économique du politique. Il n'y a qu’en Occident, pour des raisons de préciosité linguistique et des enjeux électoralistes, que l’on fait ces différences. Mais s’il y a une situation économique qui pousse un jeune à s’en aller, il est évident qu’à l’origine de cette situation, il y a un enjeu politique. Donc, il y a toujours une question politique qui pousse ces jeunes à partir, car il n’y a pas d’avenir. C’est « no future ».

Quand on parle de ces jeunes, on parle de quelle tranche d’âge ?
Ça va de 10 ans à 22 ans. Massivement, cela touche une population qui a entre 12, 13 ans jusqu’à 20, 22 ans. Sachant que s'ils sont reconnus majeurs, c'est-à-dire au-delà de 18 ans, ils sont censés ne pas être pris en charge. Donc, quand je dis « une population qui va de 12 à 22 ans » c’est parce que je prends en compte tous ces jeunes errants qui ne sont pas nécessairement reconnus comme mineurs isolés ou mineurs non accompagnés parce qu’ils ont 19 ou 20 ans, suivant un âge osseux qui est mesuré, comme le Conseil d’État vient de le dire, avec une marge d’erreur de trois à 18 mois.

On voit bien que pour un adulte, le voyage est difficile et coûte cher. Mais comment un mineur peut-il le faire ?
Il a toujours son corps à négocier, pour dire les choses crûment. Comment un jeune peut-il partir de Syrie et arriver jusqu’en France, traverser tout ce qu’il traverse et rester à peu près debout ?... Il y a une chose essentielle qui s’est modifiée depuis deux ans, qui concerne les Subsahariens, voire un certain nombre de jeunes du Moyen-Orient, c’est le passage par la Libye, par la torture, par les viols… On se retrouve aujourd’hui avec en face de nous, des jeunes qui ont eu des problématiques dans leur pays, fort différentes des uns aux autres selon les pays d’origine, qui ont été, pour une bonne partie d’entre eux, obligé de passer par la Libye et là c’est l’horreur. Ces jeunes ont alors quelque chose d’enkysté, et cela va être extrêmement compliqué d’en parler, d’arriver à transformer les échecs qu’ils ont vécus en Libye, et cette douleur n’est quasiment pas prise en compte. Le soin psychique des réfugiés, et a fortiori de ses adolescents, est réduit à une peau de chagrin.
L’état de la psychiatrie et de l’offre psy privée en France aujourd'hui ne permet pas d'orienter ces jeunes. Donc, on leur propose, de manière accélérée, des « prêt-à-porter » sociaux, d’apprentissage, d’accès à l’autonomie et il faut que ça aille très vite, car ça coûte cher à l’État français. Donc à peine arrivés, ils doivent apprendre le français, avoir une formation. Comme en plus on supprime les contrats jeunes majeurs pour les 18-21 ans, à 18 ans, ils doivent être des ouvriers autonomes sur le territoire français, sans que l'on prenne en compte tout ce qu’ils ont vécu, et ça, c’est un vrai scandale. C’est une maltraitance monumentale.

Des migrants secourus par l'Aquarius des ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, le 10 août 2018 au large de la Libye. © REUTERS/Guglielmo Mangiapane
 
Y a-t-il une écoute sur l’histoire de ces jeunes ?
C'est très compliqué de les écouter et beaucoup ne sont pas formés pour ça. Ces jeunes n’ont pas intérêt à parler, parce que c’est revivre les humiliations et on ne va pas se présenter en proposant une image de soi-même qui a été éminemment dégradée. Ce que disent les éducateurs, les travailleurs sociaux sur le territoire français, c’est que ces jeunes, à l’inverse des cas sociaux d’ici, sont extrêmement silencieux, ils ne racontent pas leurs histoires. La question pour les gens qui les suivent, c’est comment avoir accès à ce qui s’est passé pour eux. Pour les jeunes, la problématique c’est « comment faire en sorte que l’adulte qui est en face de moi s’occupe de moi le mieux possible et le plus rapidement possible, en plus il n’y a pas de temps et cela ne va certainement pas aider de savoir tout ce qui m’est arrivé ». Les jeunes finalement se protègent et protègent ceux à qui ils ont affaire pour pouvoir s’intégrer le plus vite possible pour obtenir leurs papiers, apprendre le français et avoir une formation…
Ils sont les représentants de notre merveilleuse humanité, donc parmi eux, il y a des gens très intelligents, très fins, mais cela n'est pas pris en compte, en général on leur propose d’être « techniciens de surface ». Ces jeunes viennent de quelque part, ils ont eu des parents, parfois ils ont une histoire qui les pousseraient vers un métier, mais tout cela n'est pas écouté. Je me souviens d’un jeune dont le père était infirmier et qui voulait être infirmier. Son père avait disparu dans la pièce d’à côté, massacré, il avait tout entendu, il avait douze ans. Jamais on n'a accepté qu’il fasse des études d’infirmier. Car c’est trop long, ça coûte trop cher et tout cela est un gâchis économique monumental. On prend en charge ces jeunes avec l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et il y a une pression massive pour que ce soit liquidé à leurs 18 ans. Quand la prise en charge des mineurs majeurs ASE s’arrête, ils sont sortis des hôtels, des foyers et mis à la rue.

Pour certains, l’enfer c’est aussi à l’arrivée. Il y a les trafiquants d’êtres humains qui peuvent les exploiter, les prostituer par exemple.
Ce sont des proies. Ce sont des gens qui ne comptent pas. Il y a ceux qu’on voit arriver qui sont la partie émergée de l'iceberg et tous ceux qu’on ne voit pas, plus tous ceux qui sont morts en route. Depuis deux ans, on parle des morts en Méditerranée, mais il y a aussi tous les morts en Libye, dans le désert et un peu partout. Tous ces jeunes que j’écoute ont vu quelqu’un mourir à côté d’eux, ça fait partie des choses les plus difficiles avec lesquelles ils vivent. Ce cadavre inscrit dans leur psyché comme s’ils étaient des sépultures. Ils sont les derniers témoins d’un jeune qui a disparu sur le chemin. Dans la survie, le copain devient le personnage essentiel et quand il meurt à côté de vous, c’est un bout de vous qui part.
D’un point de vue psy, le traumatisme est cumulatif : ils arrivent en miettes et c'est la première démolition qui conditionne les autres.« Une fois que j’ai été violé, je suis persuadé que tout le monde le sait ». Quand quelqu’un me regarde un peu fixement, au bout de 30 secondes j’imagine qu’il sait, qu’il l’a deviné. Vous imaginez la vie de ces jeunes femmes ou de ces jeunes hommes, victimes de viol, habités par l’intime conviction que ça se sait ! C’est comme si vous étiez une baraque qui a été cambriolée, si vous passez devant vous voyez les portes, les fenêtres ouvertes et n’importe qui peut rentrer. C’est la sensation qu’a le sujet. Donc, dans ces conditions-là, ce sont des proies et il y a des prédateurs.
Le tribunal pour enfants © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Il y a des populations particulières chez ces mineurs isolés étrangers ?
Il y a plein de populations différentes. Vous avez toute la problématique des prostituées nigérianes qui ont entre 12 et 22 ans. Autre exemple, vous avez ces Marocains de 12-13 ans, polytoxicomanes, qui ont amené la police du XVIIIe arrondissement de Paris à faire appel à des policiers du Maroc pour essayer de traiter le problème, car eux-mêmes étaient complètement dépassés. Ces gamins de 12-13 ans sillonnent l’Europe, vous les mettez dans un foyer et le lendemain ils sont partis. Ils fonctionnent en grappe, il n’y a pas de sujet, ce sont des grappes, comme des enfants soldats, et travailler avec une grappe, c’est très compliqué. Donc, il y a plein de psychologies comme cela, différentes les unes des autres.
Ce qu’on observe actuellement, c’est une augmentation massive des Afghans et des Guinéens qui sont la deuxième population plus importante de mineurs isolés en France… Une autre histoire différente, ce sont celles qui fuient leur pays pour ne pas être victimes de l’excision, car sur ce motif en France, on peut obtenir le statut aujourd’hui, et cela concerne énormément de femmes africaines.

Comment on survit en France ?
Quand on est un jeune et qu’on arrive sur le territoire français, on est dans la survie, on va essayer de chercher où on peut trouver du pain, où on peut dormir, où on peut trouver la personne qui va répondre, qui va vous donner un vêtement, etc. Tout cela s’apprend et ils ont eu le temps d’apprendre quand ils sont passés par la Libye et ailleurs. Par exemple, sur le territoire français, suivant les départements, vous obtenez votre statut ou pas, on reconnaît votre minorité ou pas, car les préfets n’appliquent pas la loi de la même façon. Les directions ASE suivant les départements se comportent différemment, il y a des départements où il y a encore des contrats "jeunes majeurs", mais dans les trois quarts, il n'y en a plus. Donc, quand on est un jeune, on a intérêt à se renseigner pour sauver sa peau.
Ce qui est moche, c’est que c’est souvent raconté comme si le réfugié était menteur, retors, rusé, alors qu’ils sont dans la survie. Il y a le discours d’extrême droite sur le soi-disant fait qu’ils pillent la sécurité sociale et ainsi de suite, et on ajoute des éléments les uns aux autres pour dresser un certain type de tableau, que ces jeunes sont missionnés, par exemple.
Quand je suis un père en Afghanistan et que je sais que mon enfant n’aura pas de boulot, qu’il risque sa peau avec les talibans parce que je suis Hazara, je l’envoie en France ou en Angleterre, parce que c’est une responsabilité de père que je remplis, pour lui laisser la possibilité d’un avenir.
927 enfants ont été tués en Afghanistan en 2018: ils constituent le 1/3 du nombre total de victimes civiles selon les chiffres des Nations unies (photo: enfant sautant au dessus des restes d'un char soviétique, Jalalabad, le 15 février 2019). © REUTERS/Parwiz
Comment répond le système français à ces jeunes mineurs ?
Ce qui est génial en France, c’est qu’il y a la protection de l’enfance et puis l’Aide sociale à l'enfance et l’obligation de scolarité jusqu'à 16 ans, car l’État est tuteur. Mais dès qu’ils ont 18 ans, on s’en débarrasse. On dit : « Ça suffit, ça à coûté assez d’argent », pourtant quand ces jeunes arrivent ici, ils sont démolis et ils n’ont qu’une envie, c’est de s’intégrer.
Dans tous les lieux où j’interviens, il y a une demande énorme de formation sur les mineurs isolés. On se balade un peu partout, Poitiers, Nice… il n’y a pratiquement plus d’endroits, plus de départements, où l'on peut proposer des contrats « jeunes majeurs », dont le suivi s’achève à 21 ans, ce qui permet vraiment d’avoir l’apprentissage du français et d’un métier avec CAP (certificat d'aptitude professionnelle), BTS (brevet de technicien supérieur) par exemple. Mais en arrêtant tout à 18 ans, beaucoup ont à peine le temps de passer un CAP, d’apprendre le français et ils sortent du système ASE. Tous les gens que je rencontre disent qu’avec ces jeunes en général, il n’y a aucun problème scolaire, aucun problème de règlement.
Donc, c’est un gâchis économique et un gâchis de soin aussi, car si un jeune est correctement suivi, qu’il apprend le français et qu’il trouve un boulot, il pourra vraiment consulter en ayant repris un peu d'assise.
Mais quand un jeune est complètement démoli, avec la carence d’offre sur le territoire français et qu’à 18 ans, même s'il a été pris en charge, il se retrouve du jour au lendemain à la rue, que ce passe-t-il ? C’est ça la problématique des mineurs isolés en France et cela concerne plus d’une dizaine de milliers de jeunes.

Combien s’en sortent ?
C’est difficile à dire. Peut-être un peu plus de la moitié, mais le problème, c’est qu’on ne compte pas les morts, on ne compte pas ceux qui ne sont pas dans le circuit, ceux qui ne trouvent pas une porte ouverte ici et qui vont dans le pays suivant... tout cela n’est pas comptabilisé. On peut faire des estimations au vu des résultats, de l’obtention du statut, des choses comme ça, car c’est chiffré, mais il y en a des tas qui échappent aux chiffres. Alors, on peut s'interroger sur ce que reflètent ces chiffres ?
Il y a des tas de départements ou l’Aide sociale à l'enfance dit aux jeunes : « Votre demande d’asile, vous avez une chance sur dix de l’avoir, donc on ne va pas perdre du temps, faisons une demande de vie privée familiale pour un an pour que vous puissiez trouver un boulot et comme ça vous transformerez votre carte plus vite ».
Ce qui est clair, c’est que, quelles que soient les horreurs vécues par la victime, cela ne sera pas reconnu, on n’en parlera pas parce que cela va nous encombrer, on ne va pas se lancer là-dedans. Il y a une majorité de structures ASE dans les départements qui répondent comme cela aux jeunes, ils ne vont pas dans la direction de l’asile alors qu’ils mériteraient le statut de réfugié. Donc, on les met dans des situations sociales et juridiques qui sont compliqués après.
Moi, je reçois des jeunes qui ont un statut d’étudiant, parce qu’ils sont en train de finir un CAP et qu'ils n’ont pas le droit de travailler parce qu’ils ont un statut d’étudiant. Certains, je les suis dans cette situation depuis trois ou quatre ans et quand ils ont un récépissé pour trois mois, ils travaillent trois mois. Mais quand le récépissé devient caduc, le patron les vire, et ils se retrouvent à la rue à nouveau… Des jeunes de 19 à 22 ans. Je continue de les recevoir, je suis psy, mais quel boulot je fais ? Vous pensez que je parle de l’Œdipe ?
Ce que j’essaye de faire dans les formations, dans la transmission de mon expérience auprès de tous ceux qui interviennent auprès de ces mineurs, c’est de dire que ce sont d’abord des adolescents, d’arrêter de se focaliser sur l’étranger, le culturel, le transculturel et je ne sais quel traumatisme… commençons par faire simple: on a affaire à des adolescents et avec ça, on est déjà suffisamment embarrassés, car il n'y a pas plus embarrassant qu’un adolescent.

 

samedi 18 mai 2019

Maroc : l’injustice fiscale à l’ère des privilégiés

https://www.middleeasteye.net/
La mise sur pied d’une fiscalité équitable demeure un vœu pieux dans le royaume chérifien où la fraude et l’évasion fiscales touchent même le plus haut sommet de l’État
Pour Aziz Chahir, vingt ans après son intronisation, à aucun moment le roi Mohammed VI n’a pu se saisir de l’outil fiscal pour redresser un pays traversé par les inégalités entre les riches et les pauvres (AFP)
 
« Le Maroc est le pays le plus inégalitaire d’Afrique du Nord » : tel est le constat implacable fait par l’ONG Oxfam dans un rapport intitulé « Un Maroc égalitaire, une taxation juste », publié lundi 29 avril. 
L’expertise plaide pour une fiscalité plus équitable et établit par là même un constat précis et consistant des inégalités de richesses qui déchirent le pays.  
Pure coïncidence ou action préméditée ? Une chose est sûre : le rapport d’Oxfam est tombé à point nommé alors que gouvernement s’apprêtait à lancer, les 3 et 4 mai à Rabat, des troisièmes assises de la fiscalité sous le thème de l’« équité fiscale ». L’objectif déclaré de cette entreprise à terme étant de fournir aux politiques une base de travail pour l’élaboration d’un projet de loi-cadre (2020-2024) visant la réforme du système fiscal. 

Pour l’anecdote, la préparation de ces assises de la fiscalité a été confiée à Mohamed Berrada, un homme du sérail, économiste et ex-ministre des Finances. Durant les années 1980, ce dernier a été chargé par Hassan II d’accompagner l’application du Plan d’ajustement structurel (PAS), imposé par le Fond monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. 
En 1988, le jeune ministre libéral, issu d’une grande famille fassie, avait accusé à l’époque le patronat de défendre des rentes de situation, en s’opposant à la libéralisation du commerce. Trois décennies après, ce chantre du libéralisme économique est appelé, cette fois-ci par le roi Mohammed VI pour empêcher le Maroc de basculer dans le club des paradis fiscaux. Le challenge est de réfléchir à une modernisation « par le haut » d’un dispositif fiscal archaïque fondé sur les rentes et les privilèges.     
On est loin ici de la philosophie de la justice sociale qui se traduit par une redistribution juste et équitable des richesses. À l’origine, l’équité fiscale a toujours été un principe fondateur des régimes démocratiques. La légitimité de l’État dépendait ainsi de la perception des impôts en vue d’assurer les services publics dans l’intérêt général de la collectivité. Dans les régimes autoritaires, le système fiscal est souvent considéré comme un outil régalien qui tend à asseoir l’hégémonie du pouvoir en place, notamment à travers le financement de son appareil répressif et son train de vie luxueux.

Aux origines du système fiscal : le makhzen

Dans l’imaginaire collectif des Marocains, le fisc renvoie historiquement à l’appareil impitoyable du makhzen, qui collecte les impôts pour renflouer les caisses de l’État et asseoir la domination du sultan sur ses sujets. 
Littéralement, le mot « makhzen » renferme la notion d’imposition, dans la mesure où c’est un terme arabe qui désigne un entrepôt fortifié utilisé jadis pour le stockage des aliments et des biens, et qui a donné le mot « magasin » en français. Dans le langage courant et familier au Maroc, le makhzen renvoie par ailleurs au pouvoir central et à ses réseaux d’influence. Ceux-ci sont caractérisés par le clientélisme et le népotisme, qui conduisent souvent à la corruption. 

Le Maroc, le faux bon élève du développement
Lire
 
Depuis la moitié du XVIIe siècle, les alaouites sont parvenus à ériger le système des impôts en mode de gouvernement de la communauté. Ce faisant, les sultans contrôlaient la rareté des ressources et assuraient le financement de leur trône. 
Par ailleurs, la collecte des impôts fut souvent associée à des actes de violence ou d’humiliation (hogra) à l’encontre des tribus insurgées (siba). À l’époque, on ne comptait d’ailleurs plus les campagnes armées (el-harkate) diligentées par les caïds et les pachas contre les populations qui refusaient de payer les taxes imposées par le protectorat. Maroc : l’injustice fiscale à l’ère des privilégiés. En même temps, le makhzen utilisait les impôts afin d’assurer sa survie financière, mais aussi et surtout pour dominer les notabilités et les membres influents de la communauté, à l’instar des oulémas et des saints. 
En 1908, par exemple, le sultan Moulay Abdelaziz imposa un système exorbitant de taxation (moukouss) qui froissa les notables et accéléra la montée des insurrections populaires, ayant conduit, par la suite, à l’instauration du protectorat. 

La fiscalité érigée par le roi en mode de domination 

Après l’indépendance, un système fiscal centralisé, sélectif et arbitraire a permis à la monarchie d’assurer sa survie financière et dominer les notabilités sociales et économiques du royaume. 

 https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/maroc-linjustice-fiscale-lere-des-privilegies

Nos enfants ont-ils le droit de nous aimer (lorsque nous portons un foulard) ?


Et toi, cheh,la honte, ta daronne à toi meskina elle a même pas le droit de se montrer quand on sort dans la rue !!!
"Nous qui sommes les parents de ces enfants, nous le savons : l'enfant ne comprend pas pourquoi les autres enfants ont le droit de voir leur mère les accompagner, et pas lui
il éprouve de la colère pour sa mère qui « ne veut pas être normale », qui « lui cause des problèmes au sein de l'école », qui « ne fait pas assez de sacrifices pour lui »
il éprouve de la honte pour sa mère
il éprouve de la honte pour lui-même, la honte d'être l'enfant d'une mère qui « n'est pas normale »
il éprouve de la colère vis-à-vis de l'institution qui cherche à humilier sa mère, et dès le plus jeune âge, éprouve du rejet pour une institution qu'il vit comme injuste et inégalitaire.

Qu'en est-il des enfants dont la mère ne porte pas un foulard sur la tête ?
l'enfant associe « foulard » (et plus généralement « Islam ») à « danger », « problème », « anormalité »
il apprend qu'il est « normal » d'être intolérant et discriminant
il apprend qu'il est « normal » que des femmes aient moins de droits, parce que musulmanes
il apprend qu'il est « normal » de chercher à contrôler le corps et le vêtement des femmes.
En quoi l'impact sur les enfants, tel que décrit ici, est-il positif pour l’Éducation nationale ? En quoi provoquer de nouvelles tensions entre école et parents des quartiers populaires, mais surtout entre ces parents et leurs enfants, ou entre l'école et ces enfants, va-t-il arranger les difficultés que l'on connait déjà ?