2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mercredi 16 juillet 2025

Des cagoules, des rois et des messages cachés : la triade qui a fait exploser Torre Pacheco sous les yeux de l’Espagne


Pour comprendre ce qui s’est passé à Torre Pacheco, il faut souligner deux points : la myopie volontaire à l’égard du Maroc et le paternalisme progressiste qui transforme le migrant en être de lumière abstrait.

Héctor Bujari Santorum, Nueva Revolución, 16/7/2025  

Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

La victime, identifiée uniquement comme Domingo, âgé de 68 ans, se rendait comme chaque matin au cimetière lorsqu’il a croisé trois jeunes. Non seulement ils lui ont fracturé le septum nasal, mais cette agression a brisé le fragile pacte de cohabitation d’une commune d’environ 40 000 habitants, où près de 30 % de la population est d’origine étrangère.

Ce qui a suivi, à savoir des attaques contre des commerces et une intervention policière controversée, n’était pas « justice pour Domingo ». C’était un scénario écrit par les nazis dans la rue, abandonné par l’État depuis ses bureaux et exploité sans vergogne par le Maroc.

Il est certain qu’avant cet incident, des mouvements importants étaient déjà en cours dans le contexte politique :

1.                  5 juillet : Le PP reçoit officiellement le délégué du Front Polisario lors de son congrès national.

2.                 8 juillet : Réponse marocaine : le Maroc ferme les postes-frontières de Ceuta et Melilla.

3.                 9 juillet : Des émeutes éclatent à Torre Pacheco après l’agression d’un homme âgé.

4.                10 juillet : Lettre adressée à Alberto Nuñéz Feijóo par Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal et ministre du Développement du Maroc.

5.                 12 juillet : Le Maroc réactive le Comité pour la libération de Ceuta et Melilla après 11 ans d’inactivité.

Sur les 13 personnes arrêtées, seules 3 sont poursuivies pour l’agression de l’homme âgé qui a déclenché les émeutes. En outre, la Garde civile a identifié 120 personnes, dont beaucoup se sont vu retirer des objets pouvant être utilisés comme armes, selon les informations fournies par le colonel Francisco Pulido, chef de la Garde civile dans la région de Murcie.

Ce même soir, à Torre Pacheco, alors que des nazis et des voyous détruisaient des kebabs et transformaient les rues en terrain de jeu, les forces de sécurité qui, quelques semaines auparavant, avaient semé la terreur parmi les ouvriers de Cadix à coups de matraques et de balles en caoutchouc, faisaient marche arrière avec leurs véhicules. Silence complice pour un gouvernement qui a besoin des spectres de l’extrême droite... tout en finançant le monstre par sa lâcheté passive.

Au milieu du chaos, des commerces comme celui de Hassan, propriétaire d’un kebab, ont été touchés. « Ce furent cinq minutes très difficiles », a-t-il raconté. Ils étaient « cagoulés, armés de pierres et de machettes. Certains clients se sont réfugiés dans les toilettes ; nous nous sommes échappés par l’arrière, mais d’autres personnes nous attendaient ». Son témoignage reflète la peur ressentie par les commerçants qui n’avaient rien à voir avec le conflit.

Derrière les cagoules néonazies, il n’y a pas d’idéologues, seulement des mercenaires de la violence qui filment leurs exploits pour se cacher ensuite. Alors que ces voyous ne sont jamais qualifiés de lumpen (terme jalousement réservé à la population maghrébine), beaucoup passent sous silence leur double jeu. Je parle de cette génération de Marocains qui, en Espagne, feignent la rébellion antisystème, mais qui, en privé, sont les lèche-bottes du roi Mohammed VI, scandant les slogans de la DGED (services secrets marocains) entre les prières dirigées par des imams-espions. Et qui paie les pots cassés ? Les seuls innocents : la femme qui cueille des fraises à Huelva et les travailleurs dignes, ceux qui ont traversé le détroit pour se construire une vie digne.

L’Espagne et l’Europe les utilisent comme une armée de réserve, tout comme la France utilise nos jeunes dans ses vignobles ou la Suisse dans ses hôtels. Ils sont la chair à canon du capital transnational : aujourd’hui dans les serres de Torre Pacheco, demain dans les entrepôts d’Amazon. Brisés par la machine, utilisés comme boucs émissaires et abandonnés par un État qui ne se souvient de leur existence que lorsqu’il transforme leurs quartiers en champs de bataille.

Pour comprendre le drame de Torre Pacheco, il faut démanteler deux mensonges fondamentaux. Premièrement, la myopie volontaire sur le Maroc. Beaucoup émettent des opinions sur le royaume alaouite à partir de leur ignorance, voire de leur imagination. Ils ignorent que rien n’y est ce qu’il semble être, pas même ce que le cynisme le plus extrême pourrait imaginer. Sous la façade d’une monarchie modérée se cache un État hybride où les services secrets (DGED), les imams et les narcotrafiquants dansent au rythme du même scénariste : le palais royal. Ceux qui ne comprennent pas cette machine à triple fond ne parviendront jamais à déchiffrer ce qui s’est passé en Murcie.

Le Maroc n’est pas un pays ami de l’Espagne, mais son principal adversaire. Il s’enhardit face à l’absence de réponse et à la faiblesse du gouvernement espagnol, et sait en outre qu’il bénéficie du soutien des USA et d’Israël. Telle est la réalité.

Ensuite, le paternalisme progressiste qui transforme le migrant en être de lumière abstrait. Ce racisme complexé, aussi néfaste que celui de l’extrême droite, cache une vérité dérangeante : il existe bel et bien des délinquants marocains, comme dans toute communauté de 5 000 personnes. Mais réduire tout le monde à cette étiquette est aussi stupide que de nier leur existence.

Le véritable crime, c’est l’analyse paresseuse : soit on sanctifie, soit on diabolise.

Ils arrivent toujours en retard. Ceux-là mêmes qui instrumentalisent aujourd’hui la cause sahraouie – en annonçant des soutiens théâtraux ou des retraits stratégiques selon que ça convient à leur discours – brillent par leur absence dans les tranchées quotidiennes de la résistance. Leur activisme de salon se réduit à pointer du doigt les positions des Sahraouis eux-mêmes, alors que la réalité crie haut et fort : ils se fichent complètement de la lutte réelle. Tout n’est que pure instrumentalisation politique, un marché aux puces où la dignité d’un peuple devient une monnaie d’échange.

Comme le dénonce un militant antiraciste bien connu : « Commencer la journée en écoutant le maire de Torre Pacheco établir un lien entre immigration et délinquance sans données — seulement « sa perception » —, puis voir Marlaska pontifier sur les droits humains... le même Marlaska du massacre de Melilla ». Ici, une correction s’impose : c’était à Nador, pas à Melilla. Qu’un militant « oublie » le lieu n’est pas une négligence : c’est une stratégie. Car cela permet de diluer les responsabilités. Le massacre a été perpétré par des bourreaux bien précis : la police marocaine sous les ordres de son régime, sous les applaudissements de la bourgeoisie locale et avec la complicité nécessaire du gouvernement espagnol. Manipuler le nom du lieu est la première étape pour blanchir le sang.

Quand une personne issue de l’immigration commet un délit, la loi s’applique exactement comme pour n’importe qui d’autre. Ce sont des gens qui vivent et travaillent ici, un point c’est tout. Ici, les fascistes sont peu nombreux, mais leurs complices sont trop nombreux. Donc, si nous voulons vraiment viser plus haut, regardons qui a intérêt à ce que tout cela se passe. Si la « révolte » de Torre Pacheco avait été dirigée contre les patrons exploiteurs qui s’y trouvent, on aurait déjà envoyé les tanks.

Les quartiers ouvriers sont devenus des banlieues marginalisées, confrontées à des problèmes économiques, culturels et de cohabitation. Un discours pro-immigration vide, sans plan social ni urbanistique, n’offre pas des conditions dignes à la classe ouvrière, migrants inclus, qui voit ses quartiers se détériorer. C’est ainsi que le fascisme s’installe : par l’abandon d’une social-démocratie qui prétend les défendre mais qui fait partie des élites autoproclamées.

Le Maroc promeut l’islam malékite, contrôlé par le roi MohamedVI en tant que «Commandeur des croyants». Par l’intermédiaire de l’Institut MohammedVI, il forme des imams pour l’Europe comme alternative au salafisme, gagnant ainsi un soutien institutionnel. En Espagne, environ 40% des imams ont été formés là-bas. Beaucoup ne se contentent pas de diriger des mosquées, mais exercent également un contrôle social sur la communauté maghrébine et diffusent la ligne officielle de Rabat. Ainsi, le Maroc surveille sa diaspora, contrôle le discours religieux et évite les critiques à l’égard du régime. Certaines fédérations islamiques en Espagne ont des liens directs avec le gouvernement marocain, comme le Conseil supérieur des oulémas, dont les membres sont élus par le roi et agissent depuis l’intérieur du pays.

Selon des sources du ministère marocain de l’Intérieur, Rabat a financé des pressions politiques par le trafic de drogue, renforçant ainsi sa position diplomatique : un véritable « narco-État diplomatique ».

Les réseaux criminels combinent immigration clandestine et trafic de haschisch. Par exemple, un réseau opérant entre Ceuta et Ibiza a utilisé des mineurs comme passeurs pour transporter des immigrants et 22kg de haschisch, pour un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros.

En outre, le Maroc a utilisé les crises migratoires comme moyen de pression, assouplissant ses frontières en période de tensions diplomatiques. Un exemple flagrant : la crise de mai 2021 à Ceuta, avec 8 000 migrants en 48 heures, qui a contraint l’Espagne à adopter une position plus favorable à Rabat.

Certains frappent les immigrés, applaudissent ceux qui le font et votent pour ceux qui encouragent ces pratiques : des pions du capital qui nous maintiennent dans l’opposition tandis que l’accumulation s’accélère. D’autres réclament l’ouverture des frontières pour avoir davantage de pauvres à leur service. C’est tout.

dimanche 24 novembre 2024

Le Makhzen utilise le changement de position de la France comme monnaie d’échange pour exiger de nouvelles concessions de la part de l’Espagne

Un homme politique marocain souligne publiquement que la démarche de Macron impose à l’Espagne d’adopter “une position plus claire et essentiellement opérationnelle”.

Francisco Carrión, El Independiente, 15/11/2024
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane, Tlaxcala

Mohamed VI avec le président français Emmanuel Macron à Rabat. Photo EFE

Il était prévisible, mais le mouvement a commencé à se manifester de toute évidence. Pour s’imposer, sans demi-mesure ni euphémisme. À peine deux semaines après la visite d’Emmanuel Macron à Rabat, méritant tous les honneurs et agrémentée d’accords d’une valeur de 10 milliards d’euros, le régime marocain offre en public les premiers témoignages exigeant de nouvelles concessions de la part de l’Espagne et l’avertissant qu’elle est à la traîne.

La thèse défendue dans les officines de Rabat est que le virage copernicien opéré par Pedro Sánchez en mars 2022 a vite et mal vieilli. Il est dépassé par les événements et manifestement insuffisant au regard de la nouvelle position du président français, ardent défenseur depuis juillet non seulement des « trois pages » du plan marocain d’autonomie pour le Sahara, mais aussi de la souveraineté marocaine sur l’ancienne colonie espagnole, dont l’Espagne reste la puissance administrante de jure.

« Il ne fait aucun doute que le soutien exprimé par Sánchez dans sa lettre à Mohamed VI le 14 mars 2022 était à l’époque un pas courageux et considérable, mais dans le contexte actuel, il ne suffit pas que  l’Espagne considère la proposition marocaine d’autonomie présentée en 2007 comme la base la plus sérieuse, la plus crédible et la plus réaliste pour la résolution de la question du Sahara », déclare Mohamed Benabdelkader, ancien ministre de la Justice (2019-2021, dans le gouvernement El Otmani II) et dirigeant de l’Union socialiste des forces populaires, une organisation sœur du PSOE et incluse dans l’Internationale socialiste* avec le soutien exprès de la rue Ferraz [siège du PSOE, NdT], dans une interview accordée au média officiel marocain Rue20.com

Cette affirmation n’est pas isolée au sein de l’establishment alaouite, même si, jusqu’à présent, on avait évité de la formuler aussi clairement en public. Pour Benabdelkader, « la nouvelle perspective qui s’ouvre au niveau régional et mondial nécessitera certainement l’adoption d’une position plus claire et essentiellement opérationnelle ». Un avertissement direct à Sánchez, lancé par un parti d’opposition mais qui pratique une loyauté absolue envers le makhzen, qui pourrait être un avant-goût de nouvelles exigences et concessions.


Sanctions commerciales

La principale serait de suivre les traces de l’Elysée et de proclamer la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. C’est l’intention du Maroc, qui a célébré un prétendu erratum publié dans le BOE [Journal officiel de l’État espagnol, NdT] l’année dernière comme un signe qu'on était sur la bonne voie. En février, El Independiente a rapporté que le gouvernement espagnol avait reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara dans le cadre d’un appel d’offres pour la rénovation de l’école espagnole d’El Ayoun, accompagné d’une série de documents l’identifiant comme un territoire marocain. L’information a provoqué des versions contradictoires entre les ministères de l’Education et de la Culture, respectivement aux mains du PSOE et de Sumar. Finalement, le département d’Ernest Urtasun [ministre de la Culture, NdT] a refusé de rectifier le document, affirmant qu’elle s’était produite des mois auparavant, lorsque le socialiste Miquel Iceta dirigeait le ministère.

L’un des leviers que le Maroc utilisera pour imposer de nouvelles concessions est l’atout commercial, en élargissant et en attisant le différend entre les entreprises espagnoles et françaises. Lors de la tournée de Macron, le Maroc a récompensé la nouvelle direction prise par la France avec des contrats de milliards après deux années de crise déclenchée par l’espionnage du président français et d’une bonne partie de son cabinet par les services marocains utilisant le logiciel israélien Pegasus. Le gros lot est revenu à la société française Alstom avec la fourniture de 18 trains pour la future ligne ferroviaire à grande vitesse Kénitra-Marrakech, qui, pour 1,8 milliard d’euros, était en concurrence avec les sociétés espagnoles CAF et Talgo, la société coréenne Hyundai Rotem et la société chinoise China Railway Rolling Stock Corp.

« Quelle que soit la lecture en Espagne du nouveau rapprochement de la France avec le Maroc, il est clair que les médias de notre pays voisin ibérique, en soulignant l’ampleur des projets signés entre la France et le Maroc lors de cette visite, et en insistant sur l’engagement de Paris à accompagner Rabat dans la défense de son initiative d’autonomie, auront compris deux choses importantes », argumente l’homme politique marocain. La première est que le « partenariat d’exception renforcé » entre la France et le Maroc est un signal d’alarme pour l’Espagne qui a besoin d’une stratégie plus compétitive et coordonnée sur le marché marocain. La seconde est que le président français, en plaçant la barre plus haut, a montré l’exemple que la nouvelle dynamique de la question du Sahara marocain nécessite non seulement des mots, mais des gestes, et appelle à des actions concrètes en plus des belles déclarations ». Cette semaine, l’ambassadeur de France à Rabat s’est rendu pour la première fois dans les territoires occupés du Sahara, accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires et d’une promesse d’ouverture de consulat, le prix habituel exigé par la diplomatie alaouite.

La carte du Maroc, avant et après
«Pour la France le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine»
Le ministère français des Affaires étrangères a modifié la carte du Maroc sur son site internet pour inclure le territoire du Sahara occidental dans la cartographie du pays maghrébin, profitant du voyage de Macron à Rabat.

Débloquer la cession de l’espace aérien
La stratégie du Maroc consiste également à avancer sur certains dossiers qui n’ont pas été satisfaits depuis la lettre de Sánchez à Mohammed VI en mars 2022. Parmi eux, la cession de l’espace aérien du Sahara occidental, actuellement contrôlé depuis les îles Canaries. Dans le jargon aéronautique, FIR est une région d’information de vol où est assuré un service d’information de vol et d’alerte (ALRS). L’OACI [Organisation de l’aviation civile internationale] délègue le contrôle opérationnel d’une FIR donnée à un pays, en l’occurrence, celle qui couvre les îles Canaries et le Sahara occidental relève de l’Espagne.

Le groupe de travail mis en place par le Maroc et l’Espagne depuis le virage copernicien du gouvernement espagnol dans le conflit du Sahara et le début de la « nouvelle ère » des relations hispano-marocaines se penche sur la question du transfert de la gestion, qui - s’il est réalisé - constituerait une violation du droit international. Le partenaire de la coalition s’oppose ouvertement à cette mesure. « Nous rejetons la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental. Nous rejetons également la souveraineté du Maroc sur les eaux territoriales et l’espace aérien », ont déclaré des sources de Sumar à notre journal il y a plusieurs mois. D’autres mesures qui auraient conduit à la reconnaissance du statut marocain du territoire, comme l’installation d’un centre de l’Institut Cervantes, ont été suspendues**.

Ces nouvelles exigences de Rabat, exprimées par un politicien socialiste, interviennent au milieu de l’impasse dans laquelle se trouvent les bureaux de douane de Ceuta et Melilla, complètement bloqués du côté marocain et avec le sentiment qu’ils ne seront pas ouverts parce que, pour les autorités marocaines, cela signifierait reconnaître les frontières terrestres avec l’Espagne, ce qu’elles nient avec insistance.

Le PSOE omet le Maroc dans son document cadre du Congrès

Dans ce contexte de concurrence entre la France et l’Espagne pour obtenir les faveurs du Maroc, l’absence de toute mention du Maroc et du conflit du Sahara dans le document cadre du PSOE pour son congrès qui se tiendra à la fin du mois à Séville est frappante. Le document se targue que « le PSOE a ramené l’Espagne au premier plan de la politique internationale et a porté notre prestige et notre influence à des niveaux sans précédent dans l’histoire récente de notre pays », mais omet toute référence au Maroc.

Lors du Congrès de 2021, la rue Ferraz avait cependant décrit le Maroc comme un « partenaire clé sur la rive sud de la Méditerranée », donnant un avant-goût des actions qui allaient suivre dans les mois suivants. « Nous devons continuer à renforcer ces liens et ces intérêts, ce qui nous permettra de surmonter certaines difficultés. C’est pourquoi, au cours des prochaines années, nous progresserons dans le partenariat stratégique bilatéral à long terme que les gouvernements socialistes ont toujours promu ; d’autre part, et comme elle l’a fait depuis son entrée en fonction, l’Espagne continuera à défendre en Europe le caractère stratégique que ce pays a pour l’Espagne et pour l’Europe », promettait le document.

L’Espagne et la France, par leurs actions diplomatiques de ces dernières années, ont été prises dans la rivalité entre le Maroc et l’Algérie. « L’Algérie partage avec le Maroc la tendance à considérer ses interlocuteurs en fonction de leur position sur la question. Au fil des ans, alors que le Maroc a abandonné l’option du référendum, Alger s’est accroché au principe de l’autodétermination, rendant impossible toute négociation de sortie de crise », note Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du Maghreb et membre du comité de rédaction du magazine français en ligne Orient XXI. « En conséquence, le conflit du Sahara occidental s’est figé, ce qui est préjudiciable, d’une part, aux Sahraouis et, d’autre part, à l’ensemble du Maghreb, dans la mesure où cela empêche l’intégration de la région. L’Algérie perçoit désormais la coopération entre le Maroc et Israël comme une menace, ce qui accroît la tension et éloigne un peu plus la solution à la question du Sahara occidental », conclut-elle.

NdT
*Le Front Polisario fait  partie de l’Internationale socialiste en tant que membre consultatif.

** L’Institut Cervantes, qui dépend du ministère espagnol des Affaires étrangères, est dirigé par le poète grenadin Luis García Montero, militant historique d’Izquierda Unida (Gauche Unie), parti qui participe à la coalition gouvernementale de Pedro Sánchez à travers la plateforme Sumar de la vice-présidente du gouvernement Yolanda Díaz. En voyage au Maroc en mars dernier, il a déclaré : « Lors de ce voyage, la possibilité » d’ouvrir une annexe de Cervantes à El Aaiún n’a pas été envisagée.
L’Institut Cervantes compte actuellement six centres actifs au Maroc : Rabat, Casablanca, Tanger, Tétouan, Marrakech et Fès. Le projet d’en ouvrir un à El Ayoun avait suscité les critiques du Front Polisario et de l’eurodéputé Manu Pineda. Selon des sources espagnoles, 12 000 habitants d’El Ayoun parlent l’espagnol. D’autre part, une décision d’ouvrir une annexe de l’Institut à Tindouf en Algérie pour enseigner l’espagnol à des réfugiés sahraouis, prise en 2019, ne s’est jamais concrétisée. L’Institut est présent à Alger et Oran.
 

Pedro Sánchez devra faire encore un effort pour mériter une Koumiya


jeudi 26 mai 2022

Guerre du Rif : le parti socialiste espagnol refuse de compenser les dommages causés par l’utilisation d’armes chimiques

, TelQuel, 23/5/2022
Deux puissances coloniales, l’Espagne et la France, ont dû
 unir leurs forces pour venir à bout de la République du Rif.

Présentée au Congrès des députés le 24 mars dernier par le groupe parlementaire pluriel (grupo parlamentario plural), qui rassemble plusieurs partis, cette initiative vise à clarifier “ces événements du début du siècle dernier dans la région du Rif”, a expliqué la députée Mariona Illamola Dausá (parti Junts per Catalunya).

Selon la parlementaire, de nombreuses études prouvent que, durant la Guerre du Rif (1921-1927), les forces espagnoles et françaises ont utilisé des agents chimiques contre des cibles militaires, mais aussi touché la population civile, “répandant du gaz moutarde depuis des avions”.

La députée a rappelé que ces agents chimiques avaient d’abord été achetés en Allemagne, avant d’être produits à “La Marañosa”, une usine située près de Madrid, construite sur la base d’un accord entre l’Espagne, l’Allemagne et l’Union soviétique, écrit El Faro de Melilla.

Selon la représentante du groupe parlementaire pluriel, les recherches montrent que les attaques continues de l’Espagne et de la France au gaz moutarde et autres agents chimiques ont causé des pertes militaires et civiles, mais également des cas de cécité, de maladies respiratoires ou encore des problèmes de production agricole et d’élevage “à long terme”.

 

jeudi 12 septembre 2019

Sahara Occidental : L’Espagne lâche le Maroc

L’Espagne, alliée traditionnelle du Maroc sur la question sahraouie tout comme la France, vient de lâcher subitement son partenaire aux abois ces deux dernières années. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez plaide, désormais, pour un élargissement de la mission de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme au Sahara Occidental, une vieille revendication du Polisario qui a toujours été combattue par le Maroc, qui ferraille dur pour l’écarter des discussions bilatérales. Car les atteintes aux droits de l’Homme dans les territoires occupés sont monnaie courante.
Les services de sécurité marocains pratiquent une véritable chasse aux sorcières en ce qui concerne tous les citoyens sahraouis soupçonnés à tort ou à raison de sympathie à l’égard du Polisario : tortures, sévices corporel multiples, arrestations arbitraires, chasse à l’homme, traques policière, emprisonnements sont en effet le lot quotidien des citoyens sahraouis dans les territoires occupés.
Aussi l’élargissement de cette question des droits de l’Homme gêne considérablement le régime marocain. Assistons-nous enfin à un véritable tournant dans les relations maroco-espagnoles ? Le PSOE de Pedro Sanchez a opéré une révision profonde de sa position sur le Sahara occidental. Le parti socialiste a exhumé une vieille revendication du Polisario déclarant : " Le gouvernement espagnol soutient les processus de négociations sur le Sahara occidental, tant au niveau des Nations unies que dans d’autres cadres, basé sur un total respect des obligations du droit international"  .
Mieux encore, le PSOE s’est engagé officiellement à élargir les prérogatives de la MINURSO. » Nous appuierons un élargissement du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme » dans la région « , dit il. Une mesure inscrite dans le document » Proposition ouverte pour un programme commun progressiste « , élaboré par les socialistes et révélé le mardi 3 septembre à Madrid.
Elle constitue une nouveauté par rapport à la ligne observée jusque- là par la gauche classique mais également par le PP quand il était au pouvoir. En effet, aux élections anticipées du 28 avril, ils avaient plutôt plaidé pour une » solution du conflit qui soit juste et mutuellement acceptée » par les parties. Aucun parti espagnol au pouvoir ne s’est engagé à soutenir publiquement la surveillance des droits de l’Homme au Sahara occidental par la mission onusienne.
Le régime marocain qui a appris cette nouvelle est pour l’instant incapable de réagir. Groggy, il observe les évènements sans broncher. Le ministre des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, questionné lors d’une conférence de presse sur cette volte-face espagnole est resté muet : » Je n’ai pas l’habitude de commenter les programmes électoraux de partis étrangers « , a affirmé le ministre.
Visiblement, la réponse de Mustapha El Khalfi n’a pas vraiment convaincu les représentants des médias présents lors de sa conférence de presse, au point qu’un autre journaliste a plus tard posé la même question. Une nouvelle fois, Mustapha El Khalfi s’est refusé de commenter la proposition du PSOE. Il a également rappelé que l’élargissement des prérogatives de la MINURSO à la surveillance de la situation des droits humains a été définitivement balayée par les Nations unies en 2013.
La représentante du Front Polisario en Espagne, Khira Boulahi, a exprimé récemment sa condamnation la plus ferme de la politique du régime marocain et du blocus imposé aux zones occupées du Sahara occidental en empêchant l’accès au territoire à des journalistes et observateurs internationaux.
Dans une déclaration publiée après l’expulsion, par les autorités d’occupation marocaines, de l’avocate espagnole Cristina Martinez Benitez, Mme Boulahi a averti que » l’expulsion des observateurs internationaux, le manque de pression de la communauté internationale et l’absence de mécanismes des droits de l’Homme pour la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental encouragent une puissance occupante à prononcer des peines sévères et illégales à l’encontre de militants pacifiques « .
La représentante du Polisario a dénoncé » l’attitude préoccupante du Maroc et l’impunité avec laquelle il opère « , demandant aux pays de l’Union européenne, principalement l’Espagne et la France, » de garantir la libre circulation de leurs citoyens et de garantir l’accès des observateurs internationaux dans les zones occupées du Sahara occidental « .
Dans ce contexte, l’avocate espagnole Cristina Martinez a été empêchée, pour la deuxième fois en moins d’un mois, par l’occupant marocain de se rendre dans la ville d’El Ayoun occupée où elle devait assister au procès intenté contre 8 militants sahraouis. La jeune militante sahraouie Sabah Hamida été tuée par un véhicule de la police marocaine qui a foncé à pleine vitesse sur la foule sortie célébrer pacifiquement la victoire de l’équipe algérienne face à la sélection sénégalaise. C’est en l’absence des observateurs internationaux et avec une procédure jugée » illégale » par des organisations de défense des droits de l’Homme.
Durant l’année 2019, le Maroc a expulsé plus de 30 observateurs internationaux, avocats et journalistes, qui devaient se rendre au Sahara occidental occupé pour s’enquérir notamment de la situation des droits de l’Homme et des conditions de détention des militants politiques sahraouis. Plusieurs organisations internationales ont condamné cette attitude marocaine, exigeant le respect de la légalité internationale et l’entrée libre aux observateurs des droits de l’Homme dans les territoires sahraouis occupés.
Source : Tribune des Lecteurs, 8 sept 2019