2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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jeudi 22 janvier 2026

Gibraltar : nouveau point d’ancrage de Schengen

Xavier Houdoy et Laura Margueritte, areion24.news, 21/1/2026

Le 11 juin 2025, un accord entre l’Union européenne (UE), l’Espagne et le Royaume-Uni ouvre à Gibraltar les portes de l’espace Schengen. C’est un tournant majeur et la perspective d’un post-« Brexit » apaisé pour cette exclave tiraillée entre sa souveraineté britannique et sa dépendance économique vis-à-vis des Vingt-Sept. Madrid, qui revendique « The Rock » (« le Rocher ») depuis le XVIIIe siècle après l’avoir cédé, se réjouit de voir disparaître cette frontière.

Le référendum du 23 juin 2016 au Royaume-Uni, remporté par le camp du « leave » (quitter l’UE) avec 51,9 %, a placé Gibraltar dans une situation paradoxale. Bien que 96 % de ses résidents (39 330 en 2024) aient voté pour rester dans l’Union, ce territoire britannique d’outre-mer a dû se conformer au « Brexit ». Le 31 janvier 2020, Gibraltar sortait donc de l’UE sans statut spécifique et se retrouvait exposé à une reconfiguration brutale de ses liens politiques et commerciaux avec l’Europe, en particulier l’Espagne. En décembre de la même année, un accord-cadre garantissait la libre circulation, mais la situation demeurait floue.


Une géographie imposante

Occupant 6,8 kilomètres carrés à l’extrême sud de la péninsule Ibérique, à environ 30 kilomètres des côtes marocaines et du port de Tanger-Med, le plus important d’Afrique, Gibraltar surplombe le détroit éponyme, l’un des passages maritimes les plus stratégiques du monde. En raison de cette situation géographique particulière, les Britanniques y installent dès le XVIIIe siècle une base militaire qui permet de surveiller les flux croissants entre la mer Méditerranée et l’océan Atlantique. La Royal Navy y maintient une présence permanente réduite avec 28 soldats en 2023.

Mais ce relief escarpé et cet enclavement au sein de la province espagnole d’Andalousie imposent aussi une forte dépendance économique et commerciale. Chaque jour, environ 15 000 étrangers, majoritairement espagnols (70 %), traversent la frontière pour travailler à Gibraltar, notamment dans les services financiers, les assurances, le commerce, le tourisme ou la santé. Cette main-d’œuvre est cruciale : 55 % des emplois locaux sont occupés par des non-résidents. La plupart vivent dans la ville voisine de La Línea de la Concepción. Marquée par un taux de chômage élevé (29,7 % en juin 2025) et un PIB par habitant annuel de 17 000 euros (inférieur de 30 % à la moyenne nationale), celle-ci tire de sa proximité avec Gibraltar sa principale ressource économique. Le salaire moyen, de 2 500 euros nets mensuels, y apparaît comme une aubaine.

Une histoire tumultueuse

La sortie de l’UE a ravivé un contentieux ancien pour Gibraltar, dont la souveraineté demeure contestée. Cédé au Royaume-Uni par l’Espagne dans le cadre du traité d’Utrecht de 1713, le « Rocher » fait depuis l’objet d’une revendication persistante de Madrid. L’ONU le classe encore parmi les « territoires non autonomes » à décoloniser, au même titre que le Sahara occidental ou la Nouvelle-­Calédonie. En 2002, un projet de souveraineté partagée entre Londres et Madrid a été rejeté par référendum (98,9 % contre) par les Gibraltariens, attachés à leur statut britannique, mais également désireux de conserver des liens étroits avec l’UE.

L’accord signé le 11 juin 2025, après cinq années de négociations, vise à apaiser les craintes de voir les enjeux économiques mis à mal, tout en proposant un compromis pragmatique en matière de souveraineté. Sous réserve de ratification par les Parlements espagnol et gibraltarien, il prévoit l’intégration de Gibraltar dans l’espace Schengen, une première pour un territoire britannique. La frontière terrestre, longue de seulement 1,2 kilomètre, constituait une source majeure de tensions : en l’absence d’accord post-« Brexit » précis, Gibraltar risquait de devenir une limite extérieure de l’UE, menaçant la fluidité des flux pendulaires et l’économie locale en raison de contrôles stricts. Avec ce texte, ces contrôles seront supprimés et toute barrière physique sera levée pour les biens et les personnes. En contrepartie, l’agence Frontex assurera les vérifications d’entrée à Gibraltar depuis les pays non-membres de l’UE. Cette solution écarte la présence policière espagnole sur le « Rocher », que Londres refusait catégoriquement, tout en répondant aux exigences de sécurité de l’UE.

Le point le plus sensible de l’accord concerne l’aéroport de Gibraltar, dont la piste longe la frontière terrestre. L’Espagne conteste son usage exclusif par le Royaume-Uni, affirmant que l’infrastructure empiète sur son territoire. Le texte prévoit une gestion conjointe des installations par les autorités espagnoles, gibraltariennes et britanniques, sous supervision européenne. L’objectif est de transformer l’aéroport en point d’entrée des flux touristiques, dont l’Espagne pourra également bénéficier, sans remettre en cause les revendications de souveraineté.

Ce compromis diplomatique inédit veille à préserver l’autonomie de Gibraltar tout en l’ancrant dans l’espace européen de libre circulation des biens et des personnes. S’il ne met pas fin aux tensions politiques, il offre néanmoins un juste milieu acceptable pour les forces en présence. Les Gibraltariens, de leur côté, maintiennent une position claire : rester Britanniques, mais avec un accès garanti à l’UE. L’intégration dans Schengen semble répondre à cette double exigence, sans trancher le litige historique. 

9 localités d'Espagne ont des rues appelées “Rue Gibraltar espagnol”. Les Imazghen pourraient aussi revendiquer Gibraltar (Djebel Tariq, nommé d'après le conquérant omeyyade Tariq Ibn Ziyad), vu que le rocher a été sous autorité musulmane, faisant partie d'Al-Andalous, de 711 à 1309...

Billet de banque émis en 1995 avec Tariq sur une face...


...et Elisabeth II sur l'autre

mercredi 10 septembre 2025

Sept gosses et un bateau

 Zaïm Gharnati, Le Matin d'Algérie, 8/9/2025


Sept gamins de quinze ans volent un bateau, traversent trois cents kilomètres de Méditerranée, débarquent à Ibiza comme s’ils avaient pris un bus scolaire. Voilà où nous en sommes. Pas besoin de romans ni de statistiques : une image suffit. Celle d’une jeunesse qui n’attend plus rien, qui préfère l’océan au pays.

On dira que c’est de l’inconscience. On dira que ce sont des mineurs, qu’il faut les rapatrier, qu’il faut sermonner les parents. On dira tout, sauf l’essentiel : s’ils ont pris la mer, c’est parce qu’ici, on leur a volé leur horizon avant même qu’ils ne volent ce bateau.

Depuis qu’il a été « élu » ou plutôt désigné, Notre Président enchaîne les promesses comme on raconte des histoires à dormir debout. Promis : des logements, des emplois, des réformes. Résultat : des queues interminables, du chômage, des prix qui flambent. Promis : une Algérie nouvelle. Résultat : un vieux décor repeint. Promis : écouter la jeunesse. Résultat : sept ados qui répondent par un bras d’honneur marin.

Le plus tragique, c’est que ce geste insensé fait rire certains et pleurer d’autres. « Bravo pour le courage », disent les uns. « C’est un scandale », disent les autres. Et au milieu, un État qui feint la surprise, qui promet une enquête, qui versera peut-être une larme télévisée avant de passer à autre chose. La mise en scène habituelle : le mensonge, cette fois sous forme de compassion.

Mais les gosses n’écoutent plus. Ils savent qu’on ne construit pas un avenir avec des discours creux. Ils savent qu’on ne mange pas de la dignité patriotique quand on a le ventre vide. Ils savent qu’aucun ministre ne les sauvera, parce que les ministres se sauvent eux-mêmes. Alors ils ont pris la barre. Sans expérience, sans carte, mais avec une certitude : mieux vaut se perdre en mer que se noyer à sec.

Voilà le bilan Tebboune. Six ans à jongler entre promesses creuses, blagues officielles et larmes de crocodile. Six ans à bricoler un pays qui se défait. Six ans pour accoucher d’une vérité simple : les jeunes n’y croient plus. Le pouvoir s’entête à jouer au père de famille, mais ses enfants lui échappent, parfois en pleine mer.

On peut toujours accuser l’Espagne, l’Europe, les réseaux sociaux. On peut inventer des complots, des manipulations, des agents étrangers. On peut tout dire, sauf la vérité nue : si sept mineurs prennent le risque de traverser la Méditerranée, c’est que le système a déjà coulé.

Alors oui, Tebboune aura marqué l’histoire. Pas par ses réformes, mais par sept gosses dans un bateau volé, filant vers Ibiza comme on fuit un incendie. L’Algérie nouvelle ? Elle est déjà partie avec eux.

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lundi 8 septembre 2025

Il y a 100 ans, les troupes espagnoles débarquaient à Al Hoceima

L’opération amphibie avec l’appui de la France fit basculer la guerre du Rif et détermina la carte actuelle du Maroc

Joaquín LunaLa Vanguardia, 8/9/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Joaquín Luna (Barcelone, 1958) est un journaliste travaillant au quotidien espagnol La Vanguardia depuis 1982


Dix mille hommes ont débarqué à Al Hoceima entre le 8 et le 9 septembre 1925

« Les troupes espagnoles ont foulé la terre maudite d’Al Hoceima » , écrivit en une le journal espagnol de Melilla El Telegrama del Rif pour rendre compte du débarquement réussi, avec le soutien de la France, sur la côte de cette région africaine, ce qui ressemblait à un cauchemar pour l’Espagne du début du XX siècle.


Quelques heures plus tôt, le 8 septembre 1925, un déploiement amphibie sans précédent dans l’histoire des débarquements – par le transport de chars et l’incorporation de l’aviation – réussit à conquérir la plage d’Ixdain et à mettre à terre 10 000 hommes et 2 000 tonnes de matériel en seulement 48 heures.

Le succès de l’opération fut déterminant pour mettre fin à la guerre du Rif – qui se conclut en 1927 – et pour vaincre la figure gigantesque de son leader, Abdelkrim, qui avait tenu en échec l’armée espagnole occupant le nord du Maroc. Le désastre d’Anoual– entre Melilla et Al Hoceima – en 1921 fut la plus grande humiliation de l’histoire militaire espagnole (plus de 10 000 morts), un coup à retardement pour la monarchie d’Alphonse XIII et une fracture entre la population et l’armée, sans laquelle on ne pourrait expliquer la guerre civile.

Malgré le succès du débarquement d’Al Hoceima et son influence décisive dans la configuration actuelle du Maghreb, le ministère espagnol de la Défense n’a pas prévu de commémorer ce que de nombreux historiens considèrent comme le « plus grand succès militaire »  espagnol du XX siècle. Éviter des froissements diplomatiques avec Rabat ? Échapper au passé militariste ?

Le ministère de la Défense n’a prévu aucune commémoration d’un épisode gênant pour la dynastie alaouite.

« Il n’y avait pas de références de débarquements réussis en Europe, car on ne connaissait pas l’opération Albion (réalisée par la marine allemande en Estonie en 1917) et celle des Dardanelles en Turquie (1915) fut un échec. À mon avis, si l’on ne commémore pas, comme on le ferait dans la plupart des pays, c’est pour ne pas mettre en évidence que le sultan du Maroc, Moulay Youssef (arrière-grand-père de Mohammed VI), avait conclu un pacte avec les deux puissances coloniales (la France et l’Espagne) et soutenu le débarquement d’Al Hoceima », explique l’historien Roberto Muñoz Bolaños, qui vient de publier le livre Al Hoceima. El desembarco que decidió la guerra de Marruecos   [Al Hoceima. Le débarquement qui décida la guerre du Maroc] (Desperta Ferro Ediciones).



En quoi le débarquement d’Al Hoceima contribua-t-il à la configuration territoriale du Royaume du Maroc ? Abdelkrim incarnait un nationalisme laïque, « républicain » et germanophile – il bénéficiait aussi de la sympathie des USA – qui s’inspirait de la figure de Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne. Audacieux, bon stratège dans la guerre de guérilla et chef de tribus montagnardes. Abdelkrim profita du désastre d’Anoual pour s’autoproclamer président de la République du Rif, sur le territoire du protectorat espagnol. La France refusa de collaborer avec l’Espagne tant que son propre protectorat n’était pas attaqué par les Rifains.

L’ambition finit par perdre Abdelkrim, qui rejeta l’offre d’accorder au Rif une autonomie symbolique. Il voulait un véritable État. Les guérilleros rifains menacèrent même Taza – point vital sur la route vers l’Algérie – et à Fès, ils se gagnèrent un nouvel ennemi puissant : la France. Le maréchal Pétain, héros de la Première Guerre mondiale, remplaça Lyautey et opéra rapidement un tournant décisif : coopérer avec l’Espagne, alors gouvernée en 1925 par le dictateur et général Primo de Rivera. D’où la coopération à Al Hoceima, avec un rôle secondaire mais important, notamment dans l’aviation. Des armes chimiques furent utilisées sans ménagement contre les Rifains, peuple indomptable.

La France et l’Espagne firent le sale boulot de liquider la révolte rifaine et de livrer à Mohammed V un territoire doté d’une ouverture sur la Méditerranée grâce à l’« amicale » indépendance du Maroc en 1956 (détail révélateur : le roi Hassan II ne visita jamais la région rifaine…).

L’opération amphibie fut un succès après le fiasco des Dardanelles et le début de la fin de la République du Rif.

Le succès d’Al Hoceima propulsa la carrière de deux militaires, Franco et Manuel Goded, les premiers à fouler son sol, et en même temps le germe d’une grande inimitié entre eux. L’Espagne subit peu de pertes lors de l’opération (sept officiers et 114 soldats), grâce en partie au hasard qui fit dévier le débarquement, à cause du mauvais temps, vers une plage sans défenses rifaines. « Al Hoceima a changé l’initiative stratégique », souligne l’historien Muñoz Bolaños.

Adieu aux cauchemars et aux traumatismes de la guerre du Rif.

 


Le colonel Franco avec les généraux Miguel Primo de Rivera et José Sanjurjo aux alentours d'Al Hoceïma après le débarquement, 1925

samedi 19 juillet 2025

Des voix marocaines s’élèvent à Torre Pacheco contre le discours extrémiste : “Nous méritons tous de vivre en paix”


Le même lieu, la place de la mairie, où depuis vendredi dernier se sont rassemblés pour la première fois des groupes d’ultras afin d’encourager la « chasse » aux migrants, a été utilisé symboliquement par un couple marocain pour lire un manifeste appelant à la paix, à la cohabitation et à la dénonciation du racisme.

Osama Alalo, un joven marroquí que reside en Torre Pacheco, lee este viernes un manifiesto en la plaza del Ayuntamiento en denuncia de los disturbios racistas ocurridos en la localidad.
Osama Alalo, un jeune Marocain résidant à Torre Pacheco, lit ce vendredi un manifeste sur la place de la mairie pour dénoncer les émeutes racistes qui ont eu lieu dans la localité. Ags

Álvaro García Sánchez, Torre Pacheco,elDiario.es, 18-7-2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

La normalité et la vie tranquille et paisible règnent à nouveau à Torre Pacheco. La semaine a été très longue, marquée par la peur, la tension, la présence de nombreux groupes d’ultras et de nazis venus de l’extérieur pour mener une violente persécution contre les habitants marocains. Ce vendredi, la place de la mairie, qui avait été utilisée par l’extrême droite pour propager minutieusement la haine, est devenue le théâtre d’une scène tout à fait opposée. Vendredi dernier, et surtout samedi, ces mêmes dalles ont vu se rassembler des jeunes hommes tatoués de croix gammées et le visage dévoré par la rage. Aujourd’hui, d’un pas tranquille, tout juste sortis de chez eux, un dossier sous le bras, le couple formé par Osama Alalo, résident de la commune, et sa compagne, Kenza Midoun, s’est rendu sur la place vers dix heures du matin pour lire un manifeste et une lettre au nom de la communauté immigrée de Torre Pacheco.

Lorsque le couple est arrivé, Mari, une dame qui passait par là pour aller acheter un pot de mayonnaise au supermarché afin de préparer une salade russe, a déclaré, visiblement calmée : « Nous ne méritons pas toute cette barbarie. ça fait 53 ans que je vis ici. Nous avons toujours été ouverts à tout le monde. C’est un soulagement que cette absurdité soit terminée ».

Le manifeste lu par Alalo et Midoun est signé par un total de 51 organisations de la région de Murcie, parmi lesquelles des partis politiques, des syndicats et des collectifs sociaux et antiracistes. Il est également signé par un grand nombre d’associations nationales. « Aujourd’hui, la région de Murcie a le cœur serré par les derniers événements qui font la une de tous les médias du pays. Ce que l’on a appelé les « chasses » à Torre Pacheco sont la conséquence de la criminalisation gratuite de la communauté maghrébine par des partis tels que Vox, qui ont été légitimés par les institutions. À cela s’ajoute l’absence totale de politique sociale de la région de Murcie et de la mairie de Torre Pacheco visant à accueillir et à normaliser la réalité sociale », a déclaré Osama Alalo.

C’est à partir de ce postulat qu’il a construit le reste de son manifeste. « Les messages de haine, d’intolérance, de racisme s’infiltrent dans la population, semant une tension sociale dénaturée, éloignée du désir de vivre en paix ». Alalo a souligné que ceux qui « sèment la terreur dans les rues de Torre Pacheco » sont « une minorité violente qui ne représente pas notre région ». « Un outil politique », a-t-il ajouté, « au service des partis d’extrême droite qui mettent en danger notre démocratie ».

Le jeune Marocain a également mis l’accent sur toutes les « fausses informations » qui ont été propagées par les groupes ultras sur les réseaux sociaux, « aussi fausses », a-t-il souligné, « que celles qui établissent un lien entre migration et délinquance ». « Rien ne justifie le racisme, ni que nous voyions des hommes armés dans les rues du village, attaquant des commerces, insultant et intimidant toute la population. C’est inadmissible ».

Alalo a sévèrement critiqué Vox, estimant que ces émeutes racistes à Torre Pacheco ne sont que « la partie émergée de l’iceberg ». « Un magma s’est formé, alimenté par l’absence de politiques publiques, la précarité de l’emploi et un discours permanent de rejet de l’autre ». « Monsieur Antelo », a-t-il poursuivi en s’adressant directement au leader de la formation d’extrême droite dans la région, « les seuls qui sèment la terreur sont ceux que vous représentez et encouragez ».

« Ce manifeste est une réponse pacifique des communautés racialisées et de la société antiraciste. Nous exigeons une plus grande efficacité de la police lors des affrontements. Ce que nous vivons n’est pas du vandalisme, c’est une organisation terroriste et il faut la traiter comme telle », a-t-il déclaré juste avant de terminer la lecture du texte. Osama Alalo a demandé au PP de « rompre son pacte avec Vox pour approuver le budget », ce dernier étant un parti « qui incite à la violence et est directement responsable du cauchemar que nous vivons actuellement ». « Dehors les racistes de nos rues et de nos institutions », a conclu Alalo.

Lettre de plainte écrite par une femme marocaine

Kenza Midoun a ensuite lu le témoignage, sous forme de lettre, « d’une femme » marocaine « qui ne se sent pas en sécurité pour le faire elle-même ». Midoun a axé son discours exclusivement sur la population migrante de Torre Pacheco, en particulier les femmes. Elle a parlé des personnes qui ont pu « se former, étudier et obtenir des emplois qualifiés », mais aussi de celles qui « doivent abandonner leurs études en cours et trouver des emplois précaires dans différents secteurs, comme l’agriculture ». Midoun a également souligné qu’« il y a ceux qui entreprennent, ceux qui fondent une famille, ceux qui ont des enfants ». « C’est l’histoire de centaines de familles de Torre Pacheco, qui s’étend au reste de la région de Murcie. Il y a une coexistence par nécessité. Certains arrivent à la recherche d’emplois qui ne leur demandent pas de maîtriser la langue, qui ne nécessitent pas de formation qualifiée. Ils se contentent de ce qu’ils ont et sont obligés de subvenir aux besoins de leur famille du mieux qu’ils peuvent ».

Midoun a évoqué des cas concrets de « professeures » arrivées du Maroc qui, ici en Espagne, « doivent accepter des emplois journaliers, de femmes de ménage ou d’aides-soignantes, car la reconnaissance de leurs diplômes est un véritable parcours du combattant ».

La joven Kenza Midoun durante el relato de la carta escrita por una mujer marroquí.
La jeune Kenza Midoun pendant la lecture de la lettre écrite par une femme marocaine. Ags

C’est dans ce contexte, a poursuivi Kenza Midoun, que se créent les groupes « eux et nous ». « Et commencent les étiquettes, le sentiment de ne faire partie de rien », comme « les enfants » qui, parfois, « sont montrés du doigt à l’école et stigmatisés dans la rue ». « Je me rappelle que nous sommes en 2025 », a insisté Midoun, en référence aux événements qui se sont déroulés dans le village la semaine dernière, « car parfois, j’ai tendance à l’oublier avec tout ce que je vois et ce que nous avons entendu ».

« D’autres n’ont pas eu la chance de naître dans le bon quartier ni dans une famille structurée et unie. Ce sont des âmes perdues qui n’ont reçu que haine et stigmatisation, et tout ce qu’elles ont à offrir, c’est cela », a déclaré Midoun. « On nous a demandé de condamner un acte commis par un Maghrébin sans même attendre que la justice fasse son travail et arrête le délinquant. Personne n’a condamné la chasse aux Moros. Nous méritons tous de vivre en paix et en tranquillité, et nous méritons de vivre là où nous sommes aimés, sans nous sentir comme des criminels sous le regard de ceux qui nous stigmatisent. »


mardi 15 juillet 2025

توري باتشيكو: المهاجرون يزرعون، و فوكس يحصد
Torre Pacheco : les migrants sèment, Vox récolte
Torre-Pacheco, los inmigrantes siembran la huerta y Vox recoge los frutos

 

Torre Pacheco : les migrants sèment, Vox récolte

La région de Murcie a offert à l'extrême droite sa première victoire électorale lors des élections générales de 2019. Son discours, plein de contradictions, repose sur trois piliers fondamentaux : l'agriculture, l'eau et l'immigration.

Murcie a été la première et la seule communauté autonome où Vox a remporté la victoire aux dernières élections générales de 2019. Le parti d'Abascal a obtenu près de 30 % des voix et a détrôné le PP. D'un côté, il se vante de défendre les campagnes et encourage les agriculteurs à irriguer sans contrôle. De l'autre, il établit un lien entre immigration et délinquance dans un discours plein de contradictions qui ne repose pas sur des données, mais sur la peur. Et la commune de Torre-Pacheco, en plein cœur de la campagne de Carthagène, en est le meilleur exemple.

Cette commune murcienne essentiellement agricole compte environ 36 000 habitants, dont près de 11 000 étrangers, soit 30 % de la population. La migration a commencé dans les années 80, lorsque le transfert d'eau du Tajo vers la Segura a été achevé et que l'agriculture à sec est devenue une agriculture d'irrigation. Nous avons tenté de comprendre la réalité locale et de connaître le discours du parti d'extrême droite, ses conséquences et ses contradictions dans une région où la tragédie écologique de la Mar Menor monopolise le débat politique.

توري باتشيكو: المهاجرون يزرعون، و فوكس يحصد

 منحت منطقة مورسيا اليمين المتطرف أول انتصار انتخابي له في الانتخابات العامة لعام 2019. ويستند خطابه، المليء بالتناقضات، إلى ثلاث ركائز أساسية: الزراعة والمياه والهجرة.

كانت مورسيا أول وحيدة منطقة ذات حكم ذاتي فاز فيها حزب فوكس في الانتخابات العامة الأخيرة التي جرت في عام 2019. حصل حزب أباسكال على ما يقرب من 30٪ من الأصوات وأطاح بحزب الشعب. من ناحية، يتباهى الحزب بالدفاع عن الريف ويشجع المزارعين على الري دون رقابة. من ناحية أخرى، يربط بين الهجرة والجريمة في خطاب مليء بالتناقضات لا يستند إلى بيانات، بل إلى الخوف. وتعد بلدة توري-باشكو، الواقعة في قلب ريف قرطاجنة، أفضل مثال على ذلك.

تضم هذه البلدية الريفية في مورسيا حوالي 36000 نسمة، منهم حوالي 11000 أجنبي، أي 30% من السكان. بدأت الهجرة في الثمانينيات، عندما اكتمل نقل المياه من نهر تاجو إلى نهر سيغورا وتحولت الزراعة البعلية إلى زراعة ري. حاولنا فهم الواقع المحلي والتعرف على خطاب الحزب اليميني المتطرف وعواقبه وتناقضاته في منطقة تحتكر فيها المأساة البيئية في مار مينور النقاش السياسي.

 






dimanche 13 juillet 2025

Xénophobie, racisme et désinformation : la violence ciblée s’abat sur les Marocains de Torrepacheco

 Fayçal El Amrani, La Vérité, 12/7/2025

À Torrepacheco, le ciel ne s’assombrit pas seulement à cause des tempêtes d’été. C’est une autre forme d’orage, plus insidieuse, plus brutale, qui s’abat sur cette petite ville agricole de la région de Murcie. Là où les champs d’artichauts et de melons racontent d’ordinaire les histoires de sueur et d’exil, les murs crient désormais la peur.


Le rassemblement à Torre Pacheco contre l'agression d'un retraité donne lieu à des attaques racistes promues par Vox

Tout a commencé par une agression. Un vieil homme, espagnol, blessé. Très vite, un nom de coupable circule. Pas un individu, mais une nationalité : « un Marocain ». Rien ne le prouve. Aucune enquête n’a encore abouti. Pourtant, la machine à accuser s’emballe. Sur les réseaux sociaux, des comptes anonymes diffusent rumeurs et montages. Des appels à la vengeance. Et puis Vox relaie. Les bras levés, les poings serrés, des hommes masqués défilent, incendient, frappent.

Les chiffres sont pourtant là. L’agresseur n’a pas été identifié. L’enquête est en cours. Les autorités se taisent. Mais déjà, les regards se durcissent, les insultes se propagent, les agressions s’enchaînent. Des ouvriers agricoles marocains voient leurs domiciles saccagés. Des voitures incendiées. Des femmes insultées dans les supermarchés. Des enfants pris à partie sur le chemin.

Dans les champs, on ne parle plus. On évite. On se cache. On attend que le jour passe. À Torrepacheco, une peur collective, précise, ciblée, s’est installée. Non pas la peur d’un agresseur isolé, mais la peur d’être l’étranger, celui qu’on rend coupable d’un monde qui se fracture.

Ce n’est pas la première fois. Ceux qui ont de la mémoire se souviendront d’El Ejido. Février 2000. Une agression, un drame, un migrant sénégalais accusé à tort. Puis l’embrasement. Trois jours d’émeutes. Des dizaines de blessés. Des serres incendiées. Des vies broyées. Et un pays sous le choc.

Vingt-cinq ans plus tard, les mêmes mécanismes resurgissent. Désinformation. Rumeurs. Déshumanisation. L’histoire se répète, et avec elle, la même indifférence institutionnelle. On attend. On minimise. On relativise.

La communauté marocaine de Torrepacheco ne nie rien. Elle ne fuit pas. Elle demande justice, vérité, apaisement. Elle collabore avec les autorités. Elle condamne l’agression initiale. Elle tend la main. Et pourtant, c’est elle que l’on frappe.

Des familles entières vivent retranchées. Les travailleurs ne sortent que pour récolter ce que d’autres mangeront. Le soir, ils rentrent vite, sans bruit, dans des maisons dont les fenêtres sont devenues des cibles. Chaque regard devient un risque. Chaque silence, une approbation implicite.

Partout au Maroc, les premiers échos venus de Torrepacheco inquiètent et interpellent. Dans quelques cafés, sur certains réseaux sociaux, au détour des conversations intimes, le sujet commence à émerger. À Tanger, à Nador, à Béni Mellal, une inquiétude silencieuse monte. Ce n’est pas une agitation impulsive. C’est une indignation digne. Lucide.

Comment, en 2025, dans un pays européen, peut-on encore désigner un peuple comme ennemi public ? Comment admettre qu’un soupçon individuel suffise à jeter l’opprobre sur toute une communauté ? Pourquoi faut-il que chaque fait divers serve de prétexte à des surenchères politiques qui stigmatisent les innocents ?

À Torrepacheco, comme ailleurs en Europe, l’extrême droite avance avec méthode. Elle transforme les émotions en votes. Elle politise l’anecdote. Elle déchaîne les peurs pour mieux les exploiter. Vox n’est pas seul. Des groupuscules néonazis, des chaînes Telegram, des figures locales masquées dans les débats, orchestrent une campagne d’intimidation.

Ce qui se joue ici dépasse Torrepacheco. C’est un laboratoire de ce que devient l’Europe quand elle oublie sa promesse de fraternité. De la France à l’Italie, de la Hongrie à l’Espagne, le scénario est le même. On cible. On isole. On attaque.

Les Marocains d’Espagne ne demandent pas l’ingérence. Ils demandent qu’on les voie. Qu’on les nomme. Qu’on les soutienne. Que leur dignité soit défendue, au même titre que celle de tout citoyen européen. Le Maroc ne peut pas rester silencieux face à la violence organisée contre ses ressortissants. Mais au-delà de l’État, c’est la société civile marocaine qui doit faire front.

L’Espagne fraternelle existe encore. Celle des luttes ouvrières, des combats partagés, des résistances communes. Celle qui refuse la peur, la stigmatisation et les amalgames. Cette Espagne-là doit parler. Elle doit dire non.

Aujourd’hui, plus que jamais, les Marocains d’Espagne doivent sentir qu’ils ne sont pas seuls. Leur pays d’origine les porte. Pas par diplomatie, mais par solidarité. Ce qui se passe à Torrepacheco n’est pas un simple fait divers. C’est un symptôme. Un cri. Une alerte.

Il faut des mots. Des actes. De la mémoire. Et surtout, il faut que justice soit faite. Car chaque nuit où des familles dorment terrorisées est une nuit de trop. Et chaque silence devant la haine est une complicité.

41 684 habitants, dont 30% d'étrangers (6 000 Marocains, soit 17%) et 1 634 électeurs de Vox. Une économie dominée par l'agroalimentaire, avec la présence des entreprises Florette et Syngenta. La bulle immobilière a suscité une arrivée de nombreux travailleurs marocains dans le BTP il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui, un logement sur quatre à Torre Pacheco est vide

mardi 24 juin 2025

“Ça peut arriver à n’importe qui” : la peur des immigrés de Torrejón après le meurtre dAbderrahim par un policier

Guillermo Martínez, elDiario.es, 21/6/2025
 Traduit par Tafsut Aït Baâmrane
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La communauté africaine immigrée de Torrejón a exprimé sa crainte que ce qui s’est passé mardi dernier, lorsqu’un policier municipal de Madrid a étranglé un homme d’origine maghrébine, puisse se reproduire. Aujourd’hui, ils se sont rassemblés pour condamner ce crime

Rassemblement après la mort d’Abderrahim, étranglé par un policier mardi dernier

Les immigrés de Torrejón de Ardoz ont peur. « S’ils ont fait ça à Abderrahim, ils peuvent le faire à n’importe lequel d’entre nous à tout moment », a critiqué une femme marocaine ce matin lors du rassemblement pour dénoncer le « meurtre », comme l’ont qualifié les organisateurs [et comment auraient-ils du le qualifier ?,NdlT], de cet immigré de 35 ans par un policier mardi dernier. Elle n’était pas la seule à exprimer sa crainte que les forces de l’ordre agissent de cette manière. « S’il avait volé ou fait quoi que ce soit, la loi est là pour ça. Personne ne peut ôter la vie à quelqu’un de cette manière », a déclaré un autre jeune homme.

Il fait référence à l’étranglement qu’un policier municipal de Madrid a infligé à sa victime à l’aide d’un mataleón [étranglement arrière, rear naked choke], une technique d’immobilisation très dangereuse qui a finalement causé sa mort. C’est pourquoi la plateforme Corredor en Lucha [Corridor en lutte], formée par divers collectifs de la région et des centres sociaux de Torrejón, a organisé ce rassemblement auquel ont participé 250 personnes selon les organisateurs et la délégation du gouvernement.

« Aucune personne n’est illégale », « indigène ou étranger, même classe ouvrière » et « assez de racisme policier » sont quelques-uns des slogans qui ont été scandés pendant la manifestation, malgré une chaleur qui n’a pas empêché les proches d’Abderrahim de se rendre sur place. Quelques minutes après midi, ils sont arrivés avec des photos de son visage et se sont montrés très affectés par cette perte. Mimoun Akkouh, le père de la victime, a déclaré à elDiario.es qu’« il est impossible de vivre » après ce qui s’est passé : « Comment tu vas manger ? Comment tu vas dormir ? Ils ont tué mon fils. Ma famille vit à Torrejón depuis 32 ans et nous n’avons jamais eu de problèmes ».

Ils ne demandent que justice

Auparavant, Akkouh avait pris le micro pour partager sa douleur et sa tristesse avec les personnes présentes, mais aussi sa colère et son indignation. « S’il est vrai qu’il a volé le téléphone portable, qu’on l’arrête, qu’il paie une amende ou qu’il aille en prison, mais toujours dans le respect de la loi. C’est tout ce que nous demandons, la justice », a-t-il lancé devant les cris de la foule rassemblée.

Le policier municipal est en liberté sous contrôle judiciaire et fait l’objet d’une enquête pour homicide involontaire, ce que certaines personnes présentes à la manifestation voient d’un mauvais œil. « Si vous passez 15 minutes à étouffer une personne, vous vous rendez compte qu’elle perd peu à peu son souffle. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’imprudence », a soutenu Mouhciwe.

 

Le père de la victime pendant le rassemblement


 Originaire du Maroc, il vit depuis quatre ans à Torrejón et considère que ce qui s’est passé est « inadmissible », « d’autant plus venant d’un policier, qui est censé protéger les gens », a-t-il souligné. Il a également qualifié d’« inacceptable » le fait que certaines personnes défendent l’action du policier au motif qu’Abderrahim avait tenté de lui voler son téléphone portable auparavant. « On ne peut pas se faire justice soi-même et tuer comme ça. La peine de mort n’existe même pas dans ce pays », a-t-il ajouté.

Alors que des dizaines de personnes autour de lui scandaient des slogans tels que « vous, les racistes, vous êtes les terroristes », Mouhciwe a déclaré avoir peur. « Nous avons tous vécu des situations de racisme. Si Abderrahim avait été blanc, je suis sûr qu’ils ne l’auraient pas tué », a-t-il déclaré.

La peur face à la montée du racisme

À quelques mètres de lui, deux femmes se réfugiaient à l’ombre. Elles ont préféré ne pas donner leurs noms, mais ont affirmé qu’elles ne s’attendaient pas à ce qu’un événement de cette ampleur se produise à Torrejón. « S’il s’agit d’un délinquant, que la justice fasse son travail, mais pas qu’un policier le tue. On ne tue même pas les chiens de cette manière », a critiqué l’une d’elles.

Ces deux femmes ont affirmé qu’elles ressentaient une certaine crainte face au racisme qui ne cesse de croître, pour reprendre leurs propres termes. « On vous insulte dans la rue et certaines personnes pensent que tout ce qui va mal est la faute des moros [terme péjoratif pour désigner les Maghrébins]. Peu leur importe que vos enfants soient nés ici, rien que parce qu’ils ont la peau plus foncée, ils les agressent et leur disent de retourner dans leur pays. J’ai aussi peur pour eux », a commenté l’autre. Toutes deux vivent à Torrejón depuis deux décennies et connaissent la famille d’Abderrahim. « Si ça arrive avec un policier, cela signifie qu’on ne peut plus faire confiance à personne. Allons-nous les appeler quand nous aurons un problème ? Espérons que justice sera faite », ont-elles souligné.


Famille et connaissances d’Abderrahim à Torrejón

La mobilisation a rassemblé de nombreux jeunes. L’un d’entre eux, qui n’a pas souhaité révéler son nom, a souligné qu’ils étaient « dévastés ». Comme il l’a expliqué, « tout le monde peut se tromper, et cet homme souffrait d’une maladie mentale, car j’ai vu les rapports médicaux que possède la famille ». Il a 26 ans et est arrivé à Torrejón avant d’avoir atteint l’âge d’un an. « Maintenant, nous avons peur que quelque chose comme ça puisse nous arriver, car cela aurait déjà pu nous arriver. Cela peut arriver à n’importe qui. N’importe lequel d’entre nous aurait pu être Abderrahim cette nuit-là », a-t-il souligné.

Contre la violence policière

Le rassemblement a eu lieu sur la place d’Espagne à Torrejón, qui était à midi complètement encerclée par des fourgons de police postés à chacune de ses entrées. Carlos Buendía, porte-parole de Corredor en Lucha, a critiqué devant les personnes présentes, selon ses propres termes, le mépris de certaines personnes envers la classe ouvrière migrante qui ne peut pas se rendre en Espagne en avion. Il a également dénoncé les « brigades racistes » de policiers qui opèrent régulièrement dans la gare RENFE de la ville, la manifestation ayant eu lieu à quelques mètres de la gare. Les militants ont alors crié « Stop à la violence policière ».


L’affiche du rassemblement

L’ancien député de l’Assemblée de Madrid et membre de Podemos, Serigne Mbayé, était également présent : « Nous remplirons les rues, nous remplirons les places, et ni la chaleur, ni le froid, ni le vent ne nous empêcheront de dénoncer le racisme institutionnel », a-t-il déclaré. La mobilisation a également bénéficié du soutien de diverses organisations politiques et sociales de gauche.

Environ une heure après le début du rassemblement, Buendía a lu aux personnes présentes un communiqué signé par Corredor en Lucha : « Mardi dernier, un nouveau cas de racisme institutionnel s’est produit à quelques rues d’ici. Deux policiers hors service ont étouffé à mort un jeune homme de 35 ans devant de nombreux témoins qui exigeaient qu’ils cessent d’agresser le jeune homme d’origine maghrébine, Abderrahim », a-t-il déclaré.

Le porte-parole a ensuite énuméré d’autres cas de racisme, tels que « les centaines de personnes qui meurent en Méditerranée, notre camarade Mbaye assassiné en 2018 à Lavapiés, le meurtre de Lucrecia, le massacre du Tarajal, les milliers de morts du génocide palestinien aux mains du sionisme ».

La plateforme a donc exigé « que des responsabilités soient assumées pour le meurtre brutal d’Abderrahim » et a appelé « toute la classe ouvrière du Corredor del Henares* à s’organiser pour mettre fin à l’offensive raciste du régime ». « Parce qu’aucune vie ne vaut moins qu’une autre, parce que l’offensive du capital doit cesser, parce qu’il faut en finir avec la résignation, parce qu’il est temps de se battre », a-t-il conclu alors que la place scandait en chœur : « Vous n’êtes pas seuls, nous sommes avec vous ».

NdlT
Le Corredor del Henares (Corridor du Henares) est un axe résidentiel, industriel et commercial développé dans la plaine du fleuve Henares, autour de l'autoroute Nord-Est et de la ligne ferroviaire Madrid-Barcelone, entre les villes espagnoles de Madrid et Guadalajara.

Il englobe des villes hautement industrialisées telles que Coslada, San Fernando de Henares, Torrejón de Ardoz, Alcalá de Henares, Azuqueca de Henares et Guadalajara, qui forment une agglomération urbaine de plus de 600 000 habitants, et un continuum urbain industriel avec des zones industrielles et commerciales qui se développent autour des principaux axes de communication.

 

lundi 5 mai 2025

Espagne : les ouvrières agricoles marocaines s’organisent pour défendre leurs droits

 actumaroc, 5/5/2025


C’est une première historique en Espagne : les ouvrières agricoles marocaines embauchées dans le cadre du dispositif de migration circulaire viennent de constituer leur propre structure syndicale. Une initiative rendue publique le samedi 4 mai 2025, en plein écho des revendications sociales du 1er mai, et portée par le collectif Jornaleras de Huelva en Lucha et le syndicat andalou SOA (Sindicato Obrero Andaluz). Elle marque un tournant dans l’histoire de la contractualisation entre le Maroc et l’Espagne en matière de travail saisonnier.


La création de cette section syndicale, première du genre initiée directement par des travailleuses migrantes marocaines sur le sol espagnol, s’inscrit dans un processus de lutte pour la reconnaissance et la protection de leurs droits. Ces femmes, venues majoritairement des zones rurales du Maroc, sont engagées dans les campagnes de récolte de fraises, myrtilles ou framboises à Huelva, dans le cadre de contrats de courte durée encadrés par l’Ordre Gecco – un dispositif binational reposant sur un retour obligatoire au pays après chaque saison.

Leur profil est bien connu : peu ou pas instruites, sans maîtrise de l’espagnol, attachées à leur famille restée au Maroc. Autant de facteurs qui, pendant des années, ont contribué à les maintenir dans une forme d’invisibilité sociale et juridique, accentuée par des conditions de vie précaires et un accès quasi inexistant aux recours en cas d’abus.


Mais la donne semble changer. Cette structuration syndicale a été accompagnée de l’annonce d’une première procédure de réclamation pour licenciement abusif, lancée depuis le Maroc par une ouvrière sous contrat saisonnier. Une action qui pourrait faire jurisprudence dans un système où les marges de contestation ont longtemps été neutralisées par la précarité et la peur.

Après des années de dénonciations de conditions de logement indignes, de salaires impayés et de violations contractuelles, cette prise de parole collective rompt le silence. Elle ouvre la voie à une nouvelle ère d’organisation, d’autonomie et de solidarité pour ces femmes longtemps considérées comme des travailleuses jetables.

https://linktr.ee/jornalerasdehuelvaenlucha

vendredi 17 janvier 2025

Le nouvel ami et protecteur de Mohamed VI : Youssef Kaddour, le champion espagnol qui a juré “fidélité jusqu’à la mort” au roi du Maroc


Sportif accompli, il était devenu une idole à Melilla. Il fut un éphémère conseiller du gouvernement local. Il a tout abandonné pour répondre à l’appel du monarque alaouite.

Francisco Carrión, El Independiente, 12 / 01 / 2025
 Traduit par Tafsut Aït Baâmrane, Tlaxcala

 

Mohamed VI et Youssef Kaddour | GV

Certains ont été incrédules lorsqu’ils ont entendu parler de « sa nouvelle mission ». Au cours de la dernière décennie, il a remporté une demi-douzaine de championnats du monde et d’Europe d’arts martiaux sous les couleurs espagnoles. Il était devenu une idole à Melilla, un modèle pour les jeunes de la ville autonome. Youssef Kaddour reçoit hommages et récompenses dans son « coin de terre » et devient même un éphémère conseiller du gouvernement local. Jusqu’à ce que Mohamed VI croise son chemin.

Youssef Abdesselam Kaddur (Melilla, 1985) a fêté ses 40 ans le 2 janvier. Il est devenu l’un des plus fidèles confidents de Mohamed VI. Un écuyer et garde du corps qui a rejoint l’entourage formé par le clan des boxeurs Azaitar, les trois frères Abu Bakr, Ottman et Omar qui accompagnent le monarque dans tous ses déplacements depuis son divorce avec Lalla Salma en 2018 et qui jouissent d’une vie de haut niveau, dans les résidences et les dépenses luxueuses du monarque.

Shopping avec le monarque à Abu Dhabi

Sa présence imposante, sculptée par des heures en salle de sport, n’est pas passée inaperçue. L’été dernier, il a passé ses vacances avec Mohammed VI à Medik, une ville côtière près de Tétouan. Début janvier, Kaddour a accompagné le roi lors de sa visite à Abou Dhabi, la capitale des Émirats arabes unis. Sur les images qui ont été diffusées, le natif de Melilla se promène avec le monarque alaouite dans un centre commercial de la ville. Tous deux descendent un escalator au milieu de la foule présente dans le centre. Mohammed VI, le bras en écharpe, porte une chemise orange vif et un bas de survêtement ; Kaddour, lui, porte une chemise blanche.

Ce n’est pas la première fois qu’il est filmé en train d’accompagner le monarque malade. À Melilla, cette amitié ne surprend pas. « Je me souviens avoir reçu une photo de cette relation étroite avec le pouvoir marocaine, mais je ne me souviens pas d’autres détails », admet Eduardo de Castro, l’ancien président de Melilla. Kaddour a été conseiller à la jeunesse dans son premier gouvernement, fruit de l’accord entre Ciudadanos, PSOE et Coalición por Melilla qui a évincé Juan José Imbroda. Il a été nommé le 4 juillet 2019 et est resté en poste jusqu’en novembre de la même année.

« Il ne s’est ni bien ni mal comporté. Il n’a pas joué un rôle important. Il n’avait pas le temps de faire quoi que ce soit », se souvient De Castro. Kaddour a rejoint l’exécutif dans le quota de Coalición por Melilla, la formation fondée en 1995 par Mustafa Aberchán en tant que scission du PSOE Melilla et qui fait l’objet d’une enquête depuis 2023 pour un complot présumé de fraude électorale, de corruption et de vol de votes par correspondance. « Dès que j’ai su qu’il était lié au Maroc, je lui ai retiré la médaille de la ville et tout autre avantage. C’est de la déloyauté », dit De Castro, aujourd’hui retiré de la vie politique. « Dès que j’ai eu connaissance de tout cela, j’ai dit qu’il devait être démis de ses fonctions. C’est ce que j’ai fait lors du premier changement de gouvernement », ajoute-t-il.

Kaddour avec le président de la ville autonome de Melilla, Juan José Imbroda (Parti Populaire, droite) en 2018, lors de la remise de la Médaille d'or

Une enfance marquée par les brimades à l’école

Jusqu’à la fin de la dernière décennie, Kaddour était une figure importante de Melilla. Ses réseaux sociaux attestent de cette idylle avec sa ville natale. En 2017, après que des groupes locaux ont dénoncé le manque de soutien du gouvernement local à sa carrière sportive, il reçoit une série d’hommages signés par le Centre UNESCO de Melilla et l’Association de la presse sportive de la ville autonome. Un an plus tard, le gouvernement de la ville lui a décerné la Médaille d’or de Melilla, la plus haute décoration. Cette distinction a été acceptée à l’unanimité par les groupes politiques représentés à l’Assemblée.

À l’époque, Kaddour se vantait de ses origines mélilliennes. Dans l’une des vidéos publiées sur son compte Youtube, il reconnaît avoir été victime de brimades à l’école. « Mon enfance n’a pas été facile. J’ai été victime de brimades. Je me souviens encore de choses comme être battu à l’école, qu’on me prenne des choses, qu’on m’appelle par des noms, qu’on me donne des surnoms, j’ai vraiment vécu des moments difficiles », explique-t-il. Ces souvenirs amers sont confirmés par sa mère. « Il n’a pas passé de très bons moments à l’école lorsqu’il était enfant. Il était toujours très en colère. Nous savions qu’il vivait mal et c’est pourquoi nous avons eu l’idée géniale de lui faire faire du karaté pour qu’il sache se défendre », raconte sa mère. « J’ai commencé à nager et à faire du karaté pour gagner en confiance et savoir me défendre. Une fois que j’ai essayé le sport, c’était comme une drogue pour moi. Il s’agissait avant tout de m’améliorer : essayer d’être le meilleur en tout, que ce soit en classe ou dans n’importe quel sport ».

Intime avec les frères Azaitar
Kaddour collectionne les photos sur les réseaux sociaux avec les frères Azaitar, devenus la « nouvelle famille » de Mohamed VI après son divorce.

Une ambition et une compétitivité qu’il a conservées intactes à l’âge adulte, sur les tatamis où il s’entraînait et affrontait ses rivaux. Alejandro Liendo, l’un de ses entraîneurs pendant ses années au sommet de la discipline, le confirme : « Nous avons préparé ensemble le championnat d’Espagne de grappling et le championnat du monde de BJJ [jiu-jitsu brésilien] . Il a été champion dans les deux et son implication en tant qu’athlète a été exceptionnelle ». « Très discipliné, avec une très grande capacité d’effort et de sacrifice, comme cela est exigé d’un athlète d’élite de ce niveau. Il ne se plaignait jamais, il était toujours prêt à donner 100 % de sa journée et il avait une personnalité irrésistible », se souvient-il dans une conversation avec ce journal.

Kaddour a régné sur le grappling (sans kimono), le grappling gi (avec kimono) et le jiu-jitsu brésilien. Entre 2016 et 2018, il a bénéficié de l’ADO, le programme de soutien au développement et à la promotion des athlètes espagnols de haut niveau au niveau olympique. Sa dernière médaille remonte au printemps 2019 à Bucarest. Dans la capitale roumaine, il a remporté le bronze au championnat d’Europe de grappling. Les succès de sa carrière sportive, qui a débuté en 2011 avec une médaille d’or aux championnats d’Europe de Lisbonne, se sont achevés à Bucarest.

Kaddour à l’académie des frères Azaitar en 2020

Le Maroc, sa nouvelle patrie

Le jeune homme, qui a étudié les sciences de l’environnement à l’université de Grenade et a passé de longues périodes de formation aux îles Canaries, a inauguré quelques mois plus tard son éphémère carrière politique, dont il n’existe pratiquement pas de photos ou de vidéos. En 2020, ses pas l’ont conduit au Maroc, sous la houlette d’Aboubakr Azaitar, un ancien détenu en Allemagne devenu boxeur, qu’il considère comme « un frère ». Aboubakr est l’un des membres de « cette nouvelle famille » - comme certains l’appellent avec un malaise évident au palais - qui suit Mohammed VI dans ses absences prolongées du trône.

En août 2020, Kaddour annonçait dans ses réseaux « une nouvelle étape ». « « Avec beaucoup d’enthousiasme et de nouveaux objectifs. Alhamdulillah pour les personnes qui chaque jour font ressortir la meilleure version de moi, comme cette grande équipe. De grandes nouvelles sont à venir. Insha’allah. Focus sur la mission », écrit-il. Il l’accompagne d’un cliché sur lequel il pose torse nu avec d’autres « camarades de mission » sur un fond dominé au centre par le portrait de Mohammed VI en costume. De part et d’autre de l’image figurent les portraits des boxeurs qui composent l’entourage du monarque.

Depuis lors, il a éliminé toute mention de son origine melillienne et les mentions « Maroc » et le drapeau du pays sont reproduits dans tous les messages qu’il publie. Au cours des quatre dernières années, sa présence sur les médias sociaux s’est limitée à rappeler ses exploits et à diffuser des messages de motivation : « S’entraîner en s’amusant, persévérer en se reposant et vivre ce dont on rêve. Ma plus grande motivation et ma plus grande force, c’est la foi. La foi pour Allah » ; la reproduction de citations du prophète Mohamed ; le récit de ses voyages et de ses sorties avec les frères Azaitar ; ou encore la vassalité à Mohammed VI. « Que Dieu protège sa majesté le roi Mohammed VI et lui accorde la victoire, ô Allah tout-puissant, que Dieu le protège, prolonge sa vie et guide ses yeux vers l’héritier du prince secret, le puissant Moulay Hassan, et bénisse la vie de tous les membres de l’estimée famille », a-t-il posté lors de l’un des anniversaires de son accession au trône.

Youssef avec son défunt frère dans une image d’archive

La mort de son frère qui a scellé son destin avec Mohammed VI

Contacté par ce journal, Kaddour n’a pas souhaité s’exprimer. « Il n’y a pas lieu d’attendre, je n’ai pas l’habitude de parler de mes affaires, mais je vous remercie de votre intérêt », a-t-il répondu à une demande d’interview. Une tragédie familiale, la mort de son frère Souli Abdesselam en 2021, a scellé ce lien avec le monarque alaouite qu’il ne cache plus. Le roi alaouite est intervenu personnellement dans le rapatriement du corps.

« Aucun mot ne saurait exprimer notre gratitude pour l’amour et le soutien qui nous ont été témoignés après le décès de mon frère Souli. En particulier à Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui, dès le moment du décès, a tout mis en œuvre pour le rapatriement de mon frère, sans tarder plus d’une journée, amenant les proches à l’enterrement, s’occupant de tous les détails et de l’état de la famille, montrant ainsi qu’il est une grande personne. Ma famille et moi-même lui serons éternellement reconnaissants, il aura notre amour et notre loyauté jusqu’à notre mort. Nous lui sommes profondément reconnaissants ».

Un serment qu’il réalise aujourd’hui en tant que garde du corps et complice de Mohammed VI, protagoniste de relations avec les frères Azaitar que le makhzen - le cercle dirigeant du roi - et sa famille biologique considèrent avec beaucoup de suspicion. « Toutes ces relations cachent quelque chose », affirme un membre de l’opposition marocaine, conscient du cercle alternatif d’amis et de fidèles que le roi s’est constitué, loin de tout protocole ou des cercles traditionnels de Rabat.

« À Melilla, nous l’avons perdu de vue. C’était une personne de prestige jusqu’au moment où cette relation avec le Maroc a circulé. Depuis, je n’ai plus de nouvelles de lui. Il continuera à être espagnol, bien que pour le Maroc, la double nationalité n’existe pas. Pour eux, c’est un Marocain qui a choisi de gagner sa vie avec Mohamed VI », conclut De Castro. Dans l’un de ses derniers messages sur Instagram, à l’occasion de l’anniversaire de la Marche verte d’occupation du Sahara alors espagnol, Kaddour résume l’idéal de sa nouvelle vie : « Dieu, la patrie et le roi ».


Le Kaddour new look

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