2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mardi 3 juin 2025

Pauvreté : une baisse en trompe-l'œil ?

C. Jaidani, Finances News Hebdo, 1/6/2025

Pauvreté : une baisse en trompe-l'œil ?

Malgré une baisse du taux de pauvreté annoncée par le HCP, Mohamed Amrani, professeur d’économie, appelle à la prudence. Il alerte sur la montée de la vulnérabilité, les effets pervers de certaines aides sociales, l’urgence de désenclaver le monde rural et la nécessité de réorienter les efforts vers la formation, la coopération et les infrastructures de base. Entretien.

Finances News Hebdo : Le haut-commissariat au Plan (HCP) a annoncé récemment une baisse du taux de pauvreté. Cette tendance peut-elle se poursuivre ?

Mohamed Amrani : La tendance baissière du taux de pauvreté au Maroc se poursuit, et ce malgré l’existence de nombreuses contraintes comme la vague de sécheresse qui a frappé de plein fouet le Maroc pendant six années successives. Mais il faut prendre cette régression avec beaucoup de réserves. Les chiffres publiés récemment par le HCP montrent clairement que la pauvreté a baissé, mais que le niveau de la vulnérabilité a augmenté. En l’absence de mesures drastiques pour lutter contre ce phénomène, plusieurs personnes peuvent basculer facilement vers la pauvreté. Les habitants du monde rural, dont la quasi majorité travaille dans l’agriculture, seront contraints de quitter leurs lieux de résidence vers les villes à la recherche d’emploi dans d’autres activités. Le plus souvent, ils s’installent dans les zones périphériques, particulièrement dans des bidonvilles. Cela crée d’autres problématiques au niveau de la sécurité, le raccordement aux réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement et autres infrastructures ou équipements de base. La lutte contre la pauvreté au Maroc doit se concentrer sur le monde rural pour éviter l’exode vers les villes.

F. N. H. : Outre la généralisation de la protection sociale, existe-t-il d’autres moyens pour mieux lutter contre ce phénomène ?

M. A. : La protection sociale est un grand chantier qui nécessite des moyens importants, notamment budgétaires. Elle permet de réduire les inégalités sociales et d’assurer un minimum de dignité pour la population cible. Mais nous ne devons pas créer une population basée sur l’assistanat. L’octroi mensuel de subventions par le gouvernement aux personnes en situation de précarité a entraîné certains effets pervers, comme l’apparition de gens qui ne veulent plus travailler. Ce phénomène a été relevé par le chef du gouvernement. Car malgré la sécheresse, des fellahs n’ont pas trouvé assez de main-d’œuvre pour faire fonctionner leur exploitation. Il faut plutôt miser sur la formation et l’apprentissage pour que la population démunie dans le monde rural ne soit pas dépendante uniquement de l’agriculture. Il est question aussi de regrouper les personnes cibles dans des coopératives ou des associations pour bien les encadrer et leur inculquer les meilleures pratiques en matière de production, de transformation et de commercialisation. La lutte contre la pauvreté est un travail d’ensemble qu’il faut mener à plusieurs niveaux. Il est indispensable de réduire les inégalités régionales et accorder plus d’attention aux zones qui concentrent le plus de pauvreté. Les efforts de  désenclavement doivent se poursuivre en construisant de nouvelles routes et voies d’accès, sans oublier les autres infrastructures ayant un effet sur le développement humain, comme les écoles et les centres de soin. La lutte contre l’analphabétisme est, elle aussi, un levier pour faire face à la pauvreté et la vulnérabilité.

F. N. H. : Et qu’en est-il des villes ?

M. A. : La pauvreté existe aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Au niveau urbain, l’avantage est qu’il existe une diversité d’activités économiques où l’insertion sociale est plus facile ainsi que la création de nouvelles sources de revenu. Ce qui n’est pas le cas dans le monde rural où l’agriculture est prédominante. Il est donc essentiel de s’inspirer des expériences réussies menées par plusieurs pays dans ce domaine. 



lundi 25 novembre 2024

Migration interne, un phénomène en pleine expansion au Maroc

 , Hespress, 20/11/2024

Migration interne, un phénomène en pleine expansion au Maroc

Face aux défis socio-économiques et climatiques croissants, le Maroc voit émerger des vagues de migration interne au cours de la dernière décennie. Les zones urbaines deviennent le refuge d’une population contrainte de quitter les milieux ruraux. Plutôt que d’envisager une migration à l’étranger, ces individus choisissent de se diriger d’abord vers les villes à la recherche d’une vie plus ou moins stable.

En effet, les effets conjugués de la désertification et des sécheresses réinventent la carte humaine du pays. Selon les données préliminaires du Haut-Commissariat au Plan (HCP) issues du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2024, le Maroc a enregistré un déclin de la population dans les zones rurales de plusieurs régions sur la dernière décennie. Il s’est avéré que près de 2 millions de Marocains ont quitté ces milieux vers les zones urbaines en dix ans.

Pour Charles Autheman, consultant international des questions de la migration, « les problématiques de migration interne au sein d’un pays sont souvent plus difficiles à cerner et à quantifier. En effet, une personne se déplaçant à l’intérieur de son propre pays n’a pas besoin de visa, ne traverse pas de frontière et n’est pas nécessairement tenue de signaler son déménagement« .

Il donne ainsi comme exemple le cas d’une personne qui, originaire d’une région du Maroc, décide de s’installer dans une autre région du même pays. Elle n’est pas tenue de se déclarer auprès des autorités, contrairement à ce qu’exigerait une émigration vers un autre pays. « Cela explique pourquoi nos connaissances sur les migrations internationales sont souvent plus approfondies que celles sur les migrations internes. Il est toutefois possible d’affirmer que les logiques qui sous-tendent ces migrations sont fondamentalement similaires« , précise-t-il à Hespress FR.

Autheman explique que les déplacements sont majoritairement motivés par des raisons économiques, en particulier lorsque la région d’origine cesse d’offrir des perspectives d’emploi. Avant de s’aventurer à l’étranger en quête de nouvelles opportunités, les individus préfèrent généralement explorer les possibilités de travail disponibles au sein de leur propre pays.

Même dans cette situation, « vous pouvez faire face au même phénomène de discrimination, de difficultés, de vulnérabilité, parce que finalement, vous sortez de votre écosystème naturel pour aller ailleurs. Ce que l’on observe aujourd’hui est certainement une augmentation de la migration interne, qui est un peu la grande tendance des dernières décennies« , poursuit le spécialiste.

Il souligne que l’exode rural, phénomène bien connu depuis l’avènement de l’industrialisation, est accentué par la mécanisation agricole qui réduit la nécessité d’une main-d’œuvre importante dans le secteur. En conséquence, de nombreuses personnes se sont progressivement tournées vers l’urbanisation, contribuant au développement des secteurs des services et de l’industrie manufacturière.

A ces dynamiques s’ajoutent des facteurs exacerbant les difficultés de la vie dans certains territoires, notamment ruraux. Parmi ceux-ci, le changement climatique et le dérèglement climatique occupent une place prépondérante. Selon l’expert, le changement climatique représente une transformation de fond qui altère graduellement les conditions climatiques de certaines régions sur le long terme, tandis que le dérèglement climatique rend le climat de plus en plus imprévisible, compliquant ainsi davantage les conditions de vie dans ces zones.

« Au Maroc, on le voit avec la désertification, avec les sécheresses, qui fait que ça pousse un certain nombre de personnes à se déplacer. On nous dit parfois, au niveau international, que ces personnes quitteront le Maroc. Cependant, avant d’envisager un départ à l’étranger, elles se déplacent à l’intérieur du pays. Souvent, elles migrent vers des espaces urbains, considérés comme plus hospitaliers, car il y est plus facile de se sédentariser comparé à un autre espace rural, souvent perçu lui-même comme potentiellement risqué« , fait savoir notre interlocuteur.

vendredi 4 novembre 2022

5000 personnes ont déterré les canalisations d’une future méga-bassineour protéger le cycle de l'eau

 

La Relève et La Peste via bnc3.mailjet.com 

11:49 (il y a 2 heures)




En stockant l’eau de manière artificielle, les méga-bassines assèchent les sols, épuisent les nappes et brisent le cycle de l’eau. Malgré un important dispositif policier déployé, plus de 5000 personnes se sont réunis à Sainte-Soline pour bloquer les projets de méga-bassines en cours dans le Marais Poitevin. Ils ont réussi à s’introduire sur un chantier et déterrer un réseau de canalisations. Les citoyens dénoncent l’accaparement de 720 000 m³ d’eau alors que la France subit une sécheresse hors-norme depuis plusieurs mois.
La Préfète des Deux-Sèvres avait interdit toute manifestation et le gouvernement mobilisé plus de 1700 gendarmes et 7 hélicoptères, mais rien n’a pu ébranler la détermination des activistes, citoyens, paysans et même élus inquiets pour protester contre les méga-bassines suite à l’appel de 150 associations et collectifs. L’objectif du weekend : atteindre un cratère de 16 hectares, creusé il y a près d’un mois pour devenir la plus grande méga-bassine de France. Un pari réussi, malgré la pluie abondante de gaz lacrymogènes et les multiples barrages policiers. Après avoir réussi à atteindre le cratère samedi, grâce à trois cortèges empruntant des itinéraires différents, les participants ont frappé fort dimanche en déterrant un réseau de tuyauterie afin de gêner les futurs chantiers avec le mot d’ordre « No bassaran ! ». Si elle voit le jour, la méga-bassine visée aura 6 réseaux pompant dans les nappes phréatiques pour remplir ses 720 000 m³ d’eau.
Malgré le caractère non-violent de la manifestation, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a accusé leurs actions de relever « de l’écoterrorisme », en précisant « qu’une quarantaine » de militants « fichés S » avaient été identifiés sur place. Une démonstration de la criminalisation de plus en plus importante des écologistes manifestant sur le terrain par l’exécutif. Des propos honteux face à des militants qui protègent l'eau et notre futur. Ces militants sont des gardiens du vivant.
Ecologistes et porteurs des méga-bassines partagent pourtant la même peur : la raréfaction de plus en plus préoccupante de l’eau en France. Et ce n’est pas près de s’arranger avec la montée en puissance de la crise climatique. Après un hiver dramatiquement sec, un été caniculaire avec plusieurs vagues de chaleur, c’est l’automne qui est en ce moment-même anormalement chaud, bouleversant le cycle des écosystèmes et aggravant la baisse des niveaux des nappes phréatiques.
De nombreux hydrologues expliquent pourtant que les bassines sont une solution court-termiste risquant surtout d’aggraver le problème au fil des ans à cause de l’évaporation et l’eutrophisation de l’eau dans les méga-bassines. En stockant l’eau de manière artificielle, les méga-bassines assèchent les sols, épuisent les nappes et brisent le cycle de l’eau.






vendredi 3 avril 2020


Maroc. Le roi, le coronavirus et « la volonté divine »



Dans un contexte économique marqué par l’absence de pluies, le coronavirus aggrave la situation sociale marocaine. Avec des infrastructures sanitaires fragiles, les autorités tentent de gérer les conséquences de l’épidémie, et le roi est en première ligne. La politique néolibérale de régime sec pour des services sociaux suivie depuis des décennies est désormais remise en cause.


Le premier cas officiel de coronavirus est apparu le 2 mars 2020 au Maroc. Selon les autorités, il s’agissait d’un Marocain résidant en Italie et de retour pour les vacances. Deux cas de touristes français s’en sont suivis, et le bilan officiel au 1er avril est de 575 cas et 37 décès. Les autorités marocaines ont pris relativement tôt des mesures jugées courageuses. Elles ont suspendu, dès fin janvier, les vols avec la Chine et intensifié les contrôles au niveau des ports et des aéroports internationaux.
Durant la première phase de la propagation du virus, elles ont ordonné la fermeture des mosquées, des cafés et des restaurants, ainsi que de tous les lieux de divertissement. De même, tous les événements sportifs et artistiques ont été annulés. Quant aux vols internationaux, ils ont diminué progressivement avant d’être totalement suspendus à la mi-mars. Un confinement a également été instauré avant l’état d’urgence sanitaire, décrété le 20 mars, jusqu’au 20 avril prochain.
Au moment du confinement, les forces de l’ordre et les blindés ont été déployés, à la fois pour rassurer et pour dissuader celles et ceux qui ne s’y conformeraient pas. Les autorités ont utilisé les haut-parleurs des mosquées et des mégaphones dans la rue, et ont même fait appel aux crieurs, dans l’espoir de convaincre tout le monde de rester chez soi, en adaptant à chaque fois le discours et le dialecte employé aux spécificités régionales.
Le calme et l’efficacité dont ont fait preuve les autorités sont assez inattendus, et s’expliquent par les circonstances exceptionnelles, exprimées par le ministre de l’intérieur Abdelouafi Laftit dans une intervention marquante : « Nous n’avons jamais eu autant besoin les uns des autres comme aujourd’hui… Nous sommes embarqués sur une même galère. Soit nous nous noierons tous, soit nous serons tous sauvés » (on notera que la possibilité de la noyade précède celle du salut…). Toutefois, quelques arrestations musclées, voire humiliantes, ont été constatées, marquées par la violence physique.

Le Makhzen gère la crise

Comme il est de mise à chaque crise, le régime a fait en sorte de reléguer au second plan le travail du gouvernement et des partis politiques, qui se sont contentés de regarder et de bénir les décisions prises. Le roi est apparu au premier plan, entouré de ses ministres régaliens — imposés au gouvernement par le Palais — et s’appuyant sur des technocrates. Le ministre de la santé a en effet été effacé par Mohamed Alyoubi, chef de la direction des épidémies du ministère, tandis que le chef du gouvernement, Saadeddine El-Otmani, a quasiment vu son ministre de l’intérieur devenir vizir à la place du vizir. Le premier ministre se contente désormais de partager les déclarations de Laftit sur sa page officielle sur Facebook, mises à part quelques déclarations qui sont généralement raillées à grande échelle sur les réseaux sociaux.


L’historien et analyste politique Maâti Monjib juge que la vitesse exigée par les mesures prises oblige le régime à sortir de l’ombre : « On voit ainsi sa manière de fonctionner et on peut juger de qui gouverne réellement le pays. » Mais l’objectif est également psychologique selon lui : « Le Makhzen1 ne craint pas, en temps de crise, de montrer au peuple que c’est lui qui gouverne, car celui qui reflète l’image du pouvoir est assuré de le détenir réellement. »À l’instar de nombreux pays, le Maroc a eu recours à une « dérogation de déplacement » en temps de confinement. Les autorités ont opté pour une permission remise par les [moqademhttps://fr.wiktionary.org/wiki/moqqadem] et les cheikhs, les relais de l’autorité au niveau des quartiers et des villages, dont la relation avec les citoyens est souvent tendue. À l’époque de Driss Basri, ministre de l’intérieur de Hassan II dans les années 1980 et 1990, ils ont acquis la réputation de corrompus, en plus de celle d’indicateurs, puisqu’on les appelle « les yeux des services ». Cette attestation limite les personnes qui peuvent en bénéficier à « un seul membre par famille », ouvrant ainsi la voie aux pots-de-vin, d’autant que le document sera valable jusqu’à la fin de l’état d’urgence. De plus, la distribution de cette dérogation ayant été inégale dans certaines zones, beaucoup de personnes sont sorties trouver les moqadem et les cheikhs pour en avoir une, ce qui a contribué au non-respect du confinement.

Entre complotisme et fatalisme

Entre temps, les théories du complot et les rumeurs sont allées bon train. Par exemple, la police judiciaire a arrêté un salafiste connu sous le nom d’Abou Naïm, accusé d’incitation à la haine et de menace à l’ordre public. Ce dernier était apparu sur une vidéo où il décrivait le coronavirus comme étant « un délire, un fruit de l’imagination, un mirage », et où il critiquait la décision du ministère des affaires religieuses de fermer les mosquées, car un pays qui fait cela « est un pays renégat ». D’autres vidéos ont circulé, montrant des citoyens qui considéraient le virus comme une « plaie divine ».
Selon Maâti Monjib, il existe au Maroc un champ lexical très riche autour des maladies et des pandémies, puisé dans l’histoire du pays. Or, le Makhzen craint tout ce qui peut être perçu par la population comme une « colère divine » : « Sur le plan théologique, Dieu ne saurait se mettre en colère contre un peuple croyant, mais uniquement contre les tyrans qui ne respectent pas la religion, la justice et la volonté divine. » Et dans un pays où la majorité écrasante croit profondément que la volonté divine est au-dessus de celle du roi et des autorités, « cela ne peut qu’affaiblir la légitimité religieuse du régime ». Car « selon la mentalité dominante, si l’autorité est bonne et qu’elle suit le chemin de Dieu, de telles choses qui menaceraient l’existence des musulmans ne sauraient advenir ». Maâti Monjib cite en exemple le séisme qui a détruit la ville d’Agadir, au sud du pays, en 1960, et avait été vu par certains conservateurs comme la conséquence du fait « d’être gouvernés par des athées », en référence à la gauche alors au pouvoir.

Un système de santé fragile

Devant la précarité des infrastructures et des services sanitaires, se tourner vers Dieu reste pour beaucoup le seul refuge. À Tanger, à Tétouan (nord du pays) et à Fès, des habitants ont ainsi scandé : « Dieu est grand, et Il est le seul capable de nous aider ! » Beaucoup d’habitants organisent, dans de nombreuses villes, des implorations collectives depuis les toits ou les fenêtres de leurs maisons, demandant miséricorde et pardon dans une ambiance très solennelle.
De leur côté, les autorités savent bien qu’elles ne peuvent pas juste s’appuyer sur les hôpitaux qui comptaient, selon le chef du gouvernement, 250 lits de réanimation à travers le pays (pour un total de 35 millions d’habitants). Devant les craintes suscitées par cette déclaration, ce dernier a revu le nombre à la hausse, évoquant le chiffre de 1 600 lits et affirmant que « les 250 lits évoqués dans un premier lieu sont exclusivement consacrés aux malades du coronavirus, mais nous pouvons augmenter cette capacité selon nos besoins ».
Quant au roi, il a donné l’ordre de créer une « caisse spéciale pour faire face à la pandémie du coronavirus » afin d’« assurer les dépenses relatives à l’équipement des infrastructures sanitaires ». Il a également annoncé que des mesures seront proposées par le gouvernement afin de soutenir les petites et moyennes entreprises qui sont en difficulté, ainsi que les salariés.
Une cagnotte a également été mise en place sur le site du Trésor public, à la disposition des personnes physiques et morales. Afin de les pousser à la générosité, la Direction générale des impôts a annoncé que les dons seraient non imposables. Plusieurs entreprises publiques et privées, ainsi que des établissements publics et des organismes professionnels ont répondu à l’appel. La Direction générale de la sûreté nationale et la Direction générale de la surveillance du territoire du Maroc (les services secrets) ont contribué pour un montant de 40 millions de dirhams (3,7 millions d’euros), sans parler de personnalités publiques et de ministres, comme celui de l’agriculture et de la pêche, Aziz Akhnouch, ou encore Otmane Ben Jelloun, le PDG de la Bank of Africa, tous deux milliardaires.
Le Maroc a rassemblé à ce jour 23,5 milliards de dirhams (2,11 milliards d’euros) pour lutter contre le coronavirus, soit 2,7 % de son PIB (108,5 milliards d’euros en 2019). Le 27 mars, les autorités ont annoncé que des aides financières seront apportées aux ménages les plus précaires, dont le chiffre est officiellement estimé à 8 millions. Ainsi, à partir du 6 avril, les ménages composés d’une ou deux personnes recevront une aide de 800 dirhams (72 euros), ceux de 3 à 4 personnes toucheront 1 000 dirhams (90 euros) et ceux de plus de 4 personnes 1 200 dirhams (108 euros).

Quarante ans d’austérité

La situation marocaine est d’autant plus critique que la crise du coronavirus advient en une année de sécheresse, dans un pays dont l’agriculture demeure très liée aux aléas météorologiques. Selon l’expert économique Najib Aksabi, « nous vivons deux chocs en même temps. On avait déjà vu avant le coronavirus les prémices d’une année économique et sociale difficile à cause de la sécheresse. Les prévisions parlaient en effet d’une récolte de 40 millions de quintaux de blé, soit 42 % de moins que la moisson de l’année dernière, et 34 % si on compare à la moyenne des 5 dernières années ». Selon Maâti Monjib, « l’effet psychologique de la sécheresse décuple son effet matériel, car les familles cessent de dépenser et préfèrent épargner, tandis que les hommes d’affaires évitent d’investir, ce qui a un effet domino sur tous les secteurs, y compris le tourisme, qui est censé prospérer en période de chaleur. Le Marocain reste d’abord et avant tout un paysan ».
Mais surtout, à l’instar d’autres pays, cette crise a également montré à la classe politique la fragilité des services publics et l’erreur qu’a été la marginalisation de secteurs vitaux jugés non rentables, comme la santé ou l’enseignement. « Le régime a continué à miser sur la sécurité, à tel point que c’est aujourd’hui le ministère de l’intérieur qui contrôle les autres ministères. Ce sont ses employés qui gèrent la situation sur le terrain » , commente Maâti Monjib.
Un point de vue que partage Najib Aksabi, qui estime que la crise a prouvé l’échec cuisant du néolibéralisme sauvage, qui a tenté de faire croire que le marché et le secteur privé pouvaient tout assurer : « Cela fait 40 ans que nous suivons les politiques d’austérité dictées par les institutions internationales. Cette crise a ouvert les yeux de tout le monde. »
Dans une interview polémique, le haut-commissaire à la planification Ahmed Halimi a déclaré que « l’année 2020 sera la pire pour l’économie marocaine depuis 1999 » , estimant que le taux de croissance ne dépassera pas 1 % (la Banque du Maroc l’avait estimé à 2,3 % à la mi-mars). Selon Halimi, la crise du coronavirus a montré « les points faibles du régime et l’absence d’acquis du néolibéralisme imposé par le FMI ». Et d’en conclure : « Le retour à l’État social s’impose. »

Des migrations inversées

La crise du coronavirus a également donné lieu à deux migrations inversées, l’une de l’Europe vers le Maroc, l’autre, sur le plan intérieur, des villes vers la campagne. Les Marocains continuent en effet à se sentir plus en sécurité chez eux malgré tout, et des résidents marocains en Europe ont décidé de « fuir » vers leur pays natal, malgré les messages — parfois ponctués de violence verbale — de leurs compatriotes les incitant à rester là où ils sont, de peur qu’ils ne participent à la propagation du virus.
D’autre part, et devant le retard accusé par les aides financières, des Marocains des villes ont migré vers des villages de campagne qui n’ont pas encore enregistré de cas d’infection, du moins officiellement. Là-bas, ils peuvent compter sur un réseau d’entraide familiale et tribale, et vivre de ce qu’ils cultivent, aussi peu soit-il.
Dans ce contexte, et dans l’espoir de lancer « une nouvelle trajectoire pour la réconciliation nationale » et d’alléger la surpopulation des prisons, une pétition lancée par des militants des droits humains a appelé à « libérer tous les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion, ainsi que les prisonniers des mouvements sociaux, y compris ceux du mouvement du Rif ». Ils ont également demandé une grâce pour une catégorie des prisonniers de droit commun, comme les mères, les personnes âgées et les malades. Un appel similaire, baptisé « l’appel de l’espoir », a été lancé par plus de 200 personnalités, afin qu’une grâce royale soit accordée à tous les prisonniers du mouvement du Rif, ainsi qu’aux journalistes qui ont été condamnés dans ce contexte.
En attendant la réaction des autorités sur ce sujet, le seul « acquis » notable jusque-là est la suspension de la tradition du baisemain à Sa Majesté, un protocole jugé par nombre d’activistes « révolu » et « humiliant », et qu’ils ont appelé à supprimer. Certes, le but de cette suspension est la préservation de la santé du roi. Mais on peut espérer que le retour à cette tradition serait quelque peu gênant pour le Palais.