2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mercredi 22 janvier 2025

Bouhamroun : la propagation de la rougeole, un défi de santé publique

, Femmes du Maroc, 21/1/2025

La rougeole, maladie virale contagieuse, est de retour en force au Maroc. Depuis 2023, plus de 24 000 cas ont été recensés, comme l’alerte le directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé. Une course contre la montre est enclenchée pour freiner l'épidémie.

24 474. C’est le nombre de cas de rougeoles au Maroc depuis sa réapparition en octobre 2023 dans la région de Souss-Massa. Depuis, près de 120 décès ont été enregistrés et les campagnes de sensibilisation et de vaccination ne cessent de s’enchaîner. L’objectif est à chaque fois le même, comme on peut le constater dans les communiqués du ministère de la Santé : il est de rétablir les niveaux de vaccination des enfants aux niveaux observés avant la pandémie de la Covid-19, qui a entraîné une baisse des taux de couverture vaccinale dans la plupart des régions et provinces du Royaume.

La rougeole est caractérisée par une éruption cutanée et des symptômes tels que de la fièvre, la toux et un écoulement nasal. Elle peut aussi entraîner des complications graves (pneumonies, infections et dans les cas extrêmes, la mort). Les enfants non vaccinés, en particulier ceux de moins de 5 ans, sont les plus vulnérables face à cette maladie.

La rougeole se transmet facilement d’une personne à l’autre par les gouttelettes respiratoires. Une personne infectée peut ainsi contaminer jusqu’à 18 autres personnes, ce qui explique la rapidité de la propagation de l’épidémie. Pourtant, la vaccination contre la rougeole est gratuite et largement disponible au Maroc, dans les centres de santé et via les campagnes de vaccination nationales.

Face à une telle situation, le département de tutelle est sur le qui-vive et multiplie les initiatives, aux côtés d’organisations internationales telles que l’OMS et l’UNICEF ou également du système éducatif, encourageant vivement les parents à examiner les carnets de santé de leurs enfants et de les amener, si nécessaire, dans les centres de santé ou des cabinets médicaux pour recevoir les doses requises afin de prévenir la rougeole.



Rougeole dans les prisons marocaines : 47 cas recensés et une campagne de vaccination en cours

Actu Maroc, 10/1/2025

La Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) a annoncé une augmentation du nombre de cas de rougeole, localement appelée « Bouhamroun », dans neuf établissements pénitentiaires à travers le Maroc. Le bilan fait état de 47 cas confirmés à ce jour, avec des efforts intensifiés pour contenir la propagation de la maladie.

40 détenus encore en traitement

Selon un communiqué publié le vendredi 10 janvier 2025, 47 détenus ont été diagnostiqués depuis le début de l’épidémie. Parmi eux, 7 sont désormais rétablis, tandis que 40 autres restent en traitement, dont 38 en isolement médical au sein des prisons et 2 sous surveillance dans des hôpitaux publics.

Les cas sont répartis entre plusieurs établissements :

Prison locale Tanger 2 : 16 cas (15 en isolement, 1 à l’hôpital).

Prison locale Mohammedia : 9 cas.

Prison locale Ain Sebaa (Ain Borja) : 7 cas (6 en isolement, 1 à l’hôpital).

Prison centrale de Kénitra et prison locale Bourkayz à Fès : 2 cas chacune.

Prisons locales de Bouarfa, Kelaat Sraghna, Benslimane et Tétouan : 1 cas chacune.

Des employés également touchés

En plus des détenus, 5 membres du personnel pénitentiaire ont été contaminés. Parmi eux, un employé s’est rétabli, tandis que les autres suivent actuellement le protocole sanitaire recommandé.

Une campagne de vaccination en cours

Pour limiter la propagation de la rougeole, une campagne de vaccination volontaire a été lancée en partenariat avec le ministère de la Santé et de la Protection sociale. 3 788 détenus et 84 membres du personnel ont déjà été vaccinés sous la supervision des équipes médicales régionales.

Une mobilisation constante

La DGAPR a assuré que toutes les prisons restent en état de mobilisation pour prévenir la propagation de la maladie. Les mesures mises en place incluent l’application stricte d’une circulaire interne et une coordination continue avec le secteur de la santé publique.

Cette annonce survient après une mise à jour précédente, qui faisait état de 41 cas au mercredi 8 janvier. L’augmentation rapide des cas souligne l’urgence d’une réponse sanitaire coordonnée et efficace.

mercredi 10 août 2022

Les chiffres inquiétants de l’Observatoire marocain des prisons


L’Observatoire marocain des prisons (OMP) vient de publier son rapport sur les établissements pénitentiaires du royaume. Entre détention préventive, surpopulation carcérale et grèves de la faim, le rapport fait état d’une situation alarmante au sein des prisons marocaines.

Par

 
Yassine Toumi / TelQuel

Conditions défavorables. Telle était la conclusion du rapport annuel de l’Observatoire marocain des prisons (OMP) sur la situation des prisonniers en 2021 : “La situation des prisons connaît toujours plusieurs faiblesses.”

Énumérées par le rapport, les faiblesses des institutions de la DGAPR sont nombreuses, de la surpopulation carcérale à la flambée des cas de détention préventive, passant par l’augmentation — révélatrice — des grèves de la faim.

En outre, la composition des prisonniers pose un problème encore plus grave : 77 % des détenus des prisons marocaines sont des jeunes entre 18 et 40 ans.

Surpopulation carcérale, la bête noire des prisons marocaines

À fin 2021, le Maroc comptait 75 prisons au lieu de 78 un an auparavant, soit une diminution du nombre d’établissements pénitentiaires contre une augmentation progressive du nombre de détenus.

En effet, le nombre total de la population carcérale au Maroc était à 88.941 personnes à fin 2021, alors que la capacité d’accueil de l’ensemble de ces 75 établissements pénitentiaires ne dépasse pas les 53.956 places. Un taux de surpopulation de 156,17 %.

Ce phénomène touche la majorité des régions du royaume, mais il est encore plus important dans certaines. Il s’agit notamment de la région de Marrakech-Safi, qui est la plus touchée au niveau national, avec un taux de 154,31 %, suivie par Rabat-Salé-Kénitra (146,33 %), puis Casablanca-Settat (139,5 %).

Seules quatre régions affichent des taux de remplissage inférieurs à 100 % : Lâayoune-Sakia El Hamra (77,78 %), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (80,33 %), l’Oriental (96,88 %) et Drâa-Tafilalet (99,63 %).

Selon l’OMP, ce phénomène ne fait qu’augmenter au cours des années, notamment à cause de la diminution progressive du nombre de prisons face à la tendance haussière de la population carcérale, et particulièrement celle des détentions préventives.

Cette situation ne dégrade pas seulement les conditions de détention, mais elle est aussi à l’origine de plusieurs actes de violences, d’automutilation ou d’agression, avertit le rapport.

Détention préventive : à quand la rationalisation ?

Les règles des Nations unies pour l’élaboration de mesures non privatives de liberté ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques considèrent la détention préventive comme mesure “de dernier ressort”, qui “ne doit pas être de règle”. De son côté, le Code de procédure pénale marocain y voit “une mesure exceptionnelle”.

Pourtant, les chiffres dévoilent un recours excessif, parfois même abusif, à cette mesure privative de liberté. Les données de l’OMP sont parlantes : 37526 de détenus prévenus dans les prisons marocaines, soit 42,19 % de l’ensemble de la population carcérale.

Durant la dernière décennie, le pourcentage des cas de détentions préventives a connu une diminution légère, mais progressive, allant de près de 43 % en 2014 à 39 % en 2019. Cependant, la première année de la pandémie a enregistré un record avec plus de 46 %.

“Depuis plus de quarante ans, nous ne sommes toujours pas parvenus à résoudre le problème de la détention préventive qui continue de constituer une préoccupation majeure pour la politique pénale”, affirmait Mohamed Abdennabaoui à TelQuel en 2018, alors chef du parquet général.

Quatre ans plus tard, cette “préoccupation” n’est toujours pas traduite en mesures concrètes en vue de rationaliser le recours à la détention préventive.

Grèves de la faim, des chiffres révélateurs

La grève de la faim est connue, universellement, comme moyen pacifique pour les détenus de protester contre leurs situations de détention, ou en vue d’acquérir leurs droits. Cet acte de protestation sert aussi à sensibiliser l’opinion publique, éclaire l’OMP dans son rapport.

En 2021, les cas de grèves de la faim dans les prisons marocaines ont atteint les 1158, répartis comme suit :

  • Moins d’une semaine : 746 cas
  • D’une semaine à un mois : 320 cas
  • Plus d’un mois : 92 cas

Les motifs et raisons de ces grèves étaient nombreux, mais les détenus protestaient principalement contre les jugements et verdicts (79 %) et contre les conditions de détention (16 %), selon le même document.

L’OMP y voit un phénomène qui suscite l’attention de la communauté internationale, et qui prend de l’ampleur au Maroc.

Et de conclure : “Le pourcentage relatif aux conditions de détention est révélateur. Il remet en question l’accès aux droits fondamentaux garantis” par différents textes juridiques nationaux et universels, “ainsi que la manière dont sont traités les détenus, qui est parfois liée à l’abus, la violence ou la torture.”


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jeudi 21 janvier 2021

Les inégalités provoquent la délinquance

7 partages

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Pour Luk Vervaet, la délinquance n’est pas engendrée par la pauvreté. Ce sont les inégalités qui provoquent la délinquance. Enseignant en prison, Luk Vervaet est un intervenant engagé dans la lutte anti-carcérale. 
 Son site internet www.supermax.be est une référence en la matière.
Retrouvez l'interview en intégralité sur notre site
📣 Et venez défendre l'indépendance de notre coopérative de presse

 

dimanche 8 novembre 2020

Des hôpitaux ou des prisons : un choix de société


Ce que vous voyez sur les photos n'est pas la construction d'un hôpital mais d'une gigantesque méga-prison à Haren (Bruxelles). Une construction pour enfermer 1200 détenus, et non pour soigner 1200 patients. En pleine crise sanitaire on est en droit de se poser la question sur l'(ir)responsabilité des politiques de tous les gouvernements successifs qui ont augmenté les investissements pour la répression et les diminuent pour les soins.

 

Dans une étude sous le titre "Les soins de santé en Belgique" (https://www.cadtm.org/Les-soins-de-sante-en-Belgique-De...) on peut lire ceci : Si l’on observe l’évolution des dépenses publique dans la santé en Belgique entre 1995 et 2018, on constate que celles-ci ont tendance à augmenter...de plus en plus lentement sur la dernière décennie, voire à diminuer certaines années... Ces cinq dernières années, le budget santé des administrations publiques n’a augmenté, en moyenne, que de 0,67 % par an, ce qui est largement insuffisant pour combler l’augmentation des besoins de financement. Par exemple, dans le même temps, le nombre total de séjours à l’hôpital a augmenté de 22 % ! Comme on s’en doute, les impacts du manque de financement des services de santé ne se limitent pas aux hôpitaux mais s’étendent à l’ensemble du secteur. Ce sous-financement se traduit par des conséquences très tangibles sur la qualité des soins de santé et sur la pression exercée sur le personnel du secteur, ce qui se répercute in fine sur la santé publique".
Le prix de la construction de cette prison ? Selon La Libre (https://www.lalibre.be/.../megaprison-a-haren-au-moins-un... ) : "Mégaprison à Haren: au moins un million d’euros par cellule… Le détail pour Haren ? La Cour des comptes estime à 49 millions la redevance annuelle qui serait due à partir de 2018. Le calcul est simple, dit la Plateforme : au total, la mégaprison coûterait la bagatelle de 1,225 milliard d’euros ! Au minimum : le ministre Geens a admis que la redevance pourrait grimper à 60 millions par an…"!!!
Respect pour tous les activistes qui ont su bloquer la construction de cette prison pendant toutes ces années. La lutte n'est pas finie !

 

mercredi 3 juin 2020

Prisons : près de 1 000 personnalités et organisations appellent Emmanuel Macron à "une véritable politique de déflation carcérale"

Franceinfo3 juin 2020


Une quarantaine d'associations et organisations professionnelles de la justice et près de mille personnalités publiques appellent Emmanuel Macron à mettre en œuvre "une véritable politique de déflation carcérale à même de garantir l'encellulement individuel et des conditions de détention dignes".
Dans une lettre ouverte publiée mercredi 3 juin par l'Observatoire international des prisons (OIP), les signataires affirment que "la France ne doit pas renouer avec l'inflation carcérale" qu'elle connaît depuis 20 ans et qui a "contraint les personnes détenues à vivre dans la promiscuité et l'indignité". Cela a conduit à "une quête vaine pour donner du sens à une peine de prison avant tout synonyme de désolation, désocialisation et déshumanisation".

13 500 détenus en moins avec la crise du coronavirus

Avec la crise sanitaire, en deux mois, "le nombre de personnes détenues a été réduit de plus de 13 500", rappelle l'OIP. "Pour la première fois depuis près de vingt ans, il y a en France moins de prisonniers que de places de prison", écrivent les signataires. "Cette situation fait naître un fol espoir" et n'est "ni déraisonnable, ni dangereux" mais au contraire, "une mesure de salutaire (...)

mardi 14 avril 2020

Coronavirus : Les prisonniers et leurs familles durement mis à l'épreuve depuis la suppression des parloirs

Par Christine Ravier


Photo d'archives. Plus de parloirs dans les prisons en raison des risques liés à l'épidémie de coronavirus / © P. Lopez/AFP
Photo d'archives. Plus de parloirs dans les prisons en raison des risques liés à l'épidémie de coronavirus / © P. Lopez/AFP
Ils n'ont plus le droit de se parler, de se voir, d'échanger... Les détenus n'ont plus accès au parloir depuis le début du confinement. Une épreuve faite de doutes, de désarroi et d'incertitude pour les prisonniers mais aussi pour leurs familles.


Le 17 mars, le couperet tombe. La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, annonce la suspension des parloirs pour 15 jours. Au moins. Toutes les demandes en cours sont annulées. Pour les détenus et pour leurs familles commence une longue, une très longue attente.

"C'est carrément une torture !" confie Monica dans un souffle. Son frère, incarcéré depuis 6 mois, vit dans l'attente de son procès. Elle était prête à aller à sa rencontre. Le sac contenant ses affaires, qu'elle a laissé depuis dans le salon, le lui rappelle à toutes les heures du jour.


Confiné dans le confinement

Juste avant le parloir, un coup de fil. Déception. Amertume. Inquiétude... Il est au plus bas, sous anti-dépresseur. Elle correspond avec lui par courrier mais se ronge les sangs à la lecture des quelques lignes qu'il couche sur le papier.

"Il est seul 24 heures sur 24. Confiné dans le confinement, rapporte Monica avec des larmes dans la voix. Pas de promenade, pas de contact. Rien. J'aimerais par dessus tout entendre sa voix, savoir s'il va bien. Il plonge dans une dépression. J'ai peur que ça se passe comme dans les Epadh. Plus il est fragilisé, plus il est vulnérable. S'il tombe malade, il n'aura pas les défenses...".

Monica ne comprend pas pourquoi il n'a pas le droit de sortir, pourquoi on garde en collectivité des gens comme lui. "Je ne dis pas de libérer des personnes qui ont tué ou commis des actes de pédophilie. Mais lui, il doit répondre de corruption passive. Il est en détention provisoire. Nous sommes français, toute sa famille est ici. Il ne va pas s'enfuir", plaide-t-elle. Avant de se dire prête à l'héberger et se porter garant pour lui devant le juge.
Son dernier courrier m'a fait peur. Il m'écrit que les anti-dépresseurs le rendent confus. Je ne sais même pas s'il s'alimente. On imagine tout et n'importe quoi... J'ai juste peur !

J'entends parler de contaminations de détenus. Il est livré à lui-même face à cette maladie. on ne sait rien de ce qui se passe dans ce centre pénitencier".

Sanction démesurée

Pour Monica, qui oscille entre une révolte contenue et un désarroi profond, le problème n'est pas de nier sa responsabilité. Mais "de prendre des mesures exceptionnelles dans une période exceptionnelle". Elle ne comprend pas que certaines institutions s'arrêtent de fonctionner. "Il a commis une faute grave, c'est vrai mais la sanction par rapport à ce qui se passe, est démesurée !"

"Les personnes qui ne sont pas une menace pour les autres, il faut les mettre à l'abri. Ne pas les abandonner !"

"On nous a expliqué qu'on pouvait faire mieux avec moins, s'insurge cette fonctionnaire. Il y a eu des mouvements pour dire que ce n'était pas possible. Et maintenant, une crise éclate et plus rien ne fonctionne".
Il faut remettre les choses en question, agir dans l'urgence, ne pas laisser la situation s'envenimer. Or c'est ce qui est en train de se passer.



A l'intérieur des murs, le sentiment est plus que partagé. Celui que nous appellerons Laurent, 30 ans, répond à notre coup de fil. Il tient, dit-il, grâce à ce portable qu'il a dans les mains.

C'est sa compagne qui a établi le contact. C'est elle, le fil qui le relie à l'extérieur, à la vie. Laurent répond à nos questions sur un ton saccadé. La tension est palpable chez lui, même s'il préfère ne pas se plaindre. Ce qu'il veut dit-il : la justice.

Aucune protection

"Déjà tout le monde ne fume pas en prison. J'entends : pas de parloir, pas de drogue... Il faut arrêter de nous stigmatiser". Ce qui le révolte par dessus tout : l'absence de protection face à la maladie.
On n'a ni gel, ni masques. Nos surveillants en ont un par journée. Autant dire que ça ne sert à rien. 

"On sort à 50 types une fois par semaine au stade et dans la cour, tous les jours 40 minutes sans protection. ça vaut pour nous et pour les surveillants. On est à la même enseigne. C'est un problème au-dessus, de l'administration pénitentiaire".


"On le vit très mal, très très mal"

Le sentiment des détenus ? Que leur vie ne vaut pas la peine qu'on les sauve. "On le vit très mal, très très mal. Le pire, c'est le matin quand on se lève et qu'on se met à attendre. On nous garde à l'intérieur, pourquoi ?"

"Il n'y a plus de réinsertion. Ma formation en espaces verts est arrêtée. On n'a aucune info. On ne sait pas si des détenus sont contaminés. Il y a des suspicions mais on ne sait rien".

L'angoisse d'être contaminé

Laurent a été incarcéré en 2019 pour vol en récidive. Il lui reste 18 mois avant de sortir. Il ne comprend pas pourquoi sa peine ne peut être commuée comme la loi Taubira le préconise. Et l'angoisse d'être contaminé ressurgit : si je suis contaminé, je ne le saurai même pas. On n'est pas dépisté. Ils ne peuvent rien faire d'autre ici que de nous isoler".

"C'est comme si on nous demandait de ne plus respirer, là, sans nouvelles de personne, sans savoir comment ça se passe. Ce qu'on voit, c'est nos surveillants qui deviennent médecins, qui sont obligés de sevrer des détenus qui ne sont plus approvisionnés en drogue"
Ils n'ont aucun moyen. Ils doivent faire face à de grosses tensions. Tous les jours, un détenu au moins pète les plombs !

Les détenus lavent eux-mêmes leur linge dans les cellules. Dans ce centre de détention, une seule machine à laver est mise à leur disposition. Ces échanges de linge avec la famille, c'était un lien, tangible. Un polo repassé, quelques magazines... une preuve une fois de retour dans la cellule, dans l'isolement, que quelqu'un vous attend quelque part.

Laurent le reconnaît, c'est fondamental. Même si c'est illégal, heureusement, il a son portable et sa compagne au téléphone. Elle l'écoute, l'apaise. Elle l'attend à l'extérieur et lui dit "Tiens bon". Monica envoie la même pensée pour son frère, chaque jour, au-delà des barbelés : "Tiens bon !" 

lundi 6 avril 2020

Koen Geens : le monde vacille, mais les prisons belges restent debout.

Par Luk Vervaet, Prisoner’s News, 5/4/2020

Depuis le début de la crise du coronavirus et la crise qu’elle a provoqué dans les prisons, le ministre de la Justice Koen Geens et les autorités pénitentiaires sont dans le déni. 
 « Rien à signaler, rien à déclarer, tout va bien, tout est normal et sous contrôle, l'hygiène est assurée comme avant, non, il n’y a pas plus de médecins qu'avant, les détenus ont bien tenu pendant deux mois pendant la grève du personnel pénitentiaire, alors ... ». 
 C’était le ton de l’intervention du ministre à la chaine LN24. Une annonce à peine voilée sur ce sur ce qui attend les prisonniers dans les semaines qui viennent : encore plus d’isolement. En Belgique, laisse sous-entendre le ministre, la crise n’est pas aussi dramatique que dans d’autres pays. Le monde vacille, mais les prisons belges restent debout. Le calme légendaire de cet homme d’Etat, le manager faisant face à toutes les crises, n’impressionne que le monde politique et médiatique. Les propos de Koen Geens ont été ressentis comme des gifles par les détenus et leur famille, qui sont dans l’abandon et l’angoisse.

Lire :  Koen Geens : le monde vacille, mais les prisons belges restent debout.
Monsieur le ministre, n’entendez-vous pas les cris qui traversent les barreaux ? Les demandes à répétition des mamans et des sœurs de détenus, de la CLAC, de l’OIP, des Familles de détenus Belgique, en passant par le Genepi Belgique, la Ligue pour les Droits humains jusqu’au Conseil Central de surveillance des établissements pénitentiaires, jusqu’à l’ONU… qui plaident tous pour des réductions immédiates du nombre de détenus dans les prisons ? 
Faut-il s’étonner qu’en absence d’une réponse à ces appels, des détenus mettent le feu, des détenus se battent entre eux, des gardiens se font agresser ? 
La grève des syndicats, annoncée pour le 12 au 19 avril, rendra la situation encore plus intenable. Une situation sanitaire qui risque à tout moment de devenir aussi grave dans les prisons que dans les homes, les maisons de repos et autres formes de détention. 

 L'isolement
La politique du gouvernement est double : quelques miettes pour calmer la colère, comme les 20 euros pour le téléphone, un petit mot de remerciements de la part du Roi pour remercier les détenus qui fabriquent des masques, tout en se dirigeant en même temps vers un isolement total des détenus. Silence radio pour les détenus quant à la propagation du virus au sein des prisons. Des détenus qui pourraient sortir de prison dans quelques semaines ou quelques mois doivent y rester. Des personnes qui sont en détention préventive (et donc présumés innocentes) y restent. Pour donner un exemple parlant : leur procès étant reporté jusqu’au 8 mai, les personnes inculpées pour être venues en aide et avoir hébergé des réfugiés (« trafic d’êtres humains » !), dont trois sont depuis 10 mois en détention préventive, restent en prison. Tandis que des hôpitaux et des maisons de repos lancent un appel à des volontaires pour renforcer les équipes médicales et de soins, les prisons font le contraire, elles se renferment complètement : les visites des familles ainsi que toutes les activités sont annulées. En plus, le personnel pénitentiaire étant à bout et déjà réduit pour cause de maladie, ceux qui travaillent encore se mettent en grève à chaque fois qu’un incident ou une agression se produit. 

Moins catholique que le pape ? 

Il suffirait de laisser parler le bon sens. Nous savons tous que la prison ne peut pas faire face au virus. Qu’il faut libérer des détenus. Lors de sa prière de l’Angelus du 29 mars, le pape, le guide spirituel du ministre Geens, s’est inquiété du sort des personnes vivant le confinement « en groupe ». En particulier celles « dans les prisons surpeuplées ». Et il a ajouté : « Je demande aux autorités d’être sensibles à ce grave problème et de prendre des mesures pour éviter les tragédies à venir ».  
Ces personnes dont parle le pape font partie de ceux d’en bas. Partout la population carcérale est composée d’ouvriers, de chômeurs, de sans-profession, de sans-diplôme, avec, comme aux États-Unis, une surreprésentation des minorités « étrangères et/ou (d’origine) immigrées ». Serait-ce une des raisons du désintérêt pour cette population ? 
Le contraste avec l’impunité et la liberté dont jouissent les criminels au sommet de nos sociétés, est révoltant. Aucun des criminels qui ont provoqué les crises financières comme celle de 2008, ce qui a entraîné des drames sociaux par milliers et des suicides par centaines, n’ont été mis en prison (sauf en Islande !). Impunité aussi pour ceux qui s’évadent avec leurs milliards vers les paradis fiscaux, privant ainsi nos sociétés des fonds nécessaires pour l’éducation, le logement ou les hôpitaux. Impunité aussi pour ceux qui sont responsables de ce système capitaliste mondial qui investit 1000 fois plus dans les armes, la guerre, les drogues et la destruction que dans le matériel et le personnel de soins.     
Ceux d’en bas se trouvent dans des prisons, des lieux confinés, où les mesures contre la contamination du virus, recommandées à l’extérieur, sont impossibles à respecter. En temps normaux déjà, l’hygiène et les soins n’y sont pas assurés. Il y a les rats, les cafards, les punaises, les moisissures. Il y a une population carcérale dont une partie est âgée, malade, fragile, ce qui en fait un groupe extrêmement vulnérable. 
Il faut donc libérer les détenus, comme le propose la Clac. Il faut désengorger immédiatement les prisons et libérer ceux et celles qui peuvent l’être, comme le disent d’autres organisations. Il faut écouter les messages et regarder les vidéos des détenus qui sortent de prison et y donner suite : gratuité du téléphone et de la télévision, possibilité d’utiliser Skype, comme aux Pays-Bas, mise à disposition d’un téléphone pour ceux qui n’en ont pas, comme en Espagne, renforcement des équipes médicales et de soins, mesures supplémentaires d’hygiène pour les détenus, pas d’augmentation des prix de la cantine, grâce royale… 

Utilisez vos pouvoirs spéciaux 
Une crise sanitaire qui paralyse le monde ne demande-t-elle pas des mesures exceptionnelles ? 
Vous venez de recevoir des pouvoirs spéciaux pour gérer la crise. Vous pouvez prendre des mesures exceptionnelles et ordonner la libération des détenus. Si vous n’en avez pas le courage, vous pouvez demander au Roi de prononcer une amnistie ou une grâce, comme c’était le cas jusque dans les années 90. Ce geste humain mettrait plus de détenus sur la bonne voie que de les faire subir des années de prison dans des situations intenables.  
Prenons l’exemple du Portugal. S’il est vrai que ce pays compte 2000 détenus de plus dans ces prisons que la Belgique, il a au moins le mérite de suivre la recommandation de l’ONU de libérer des prisonniers. Le gouvernement portugais a décidé « de simplifier la procédure pour gracier des prisonniers par le Président de la République. D’accorder une grâce partielle pour les peines jusqu'à deux ans / ou pour les deux dernières années de détention - en sont exclus : les homicides et viols, abus de mineurs, violence domestique ou des crimes commis par des gens ayant exercés des fonctions de responsabilité (les hommes politiques, membres des forces de l'ordre, les magistrats, les militaires etc.). Les congés pénitentiaires passent de trois jours à 45 jours, au terme desquels les autorités judiciaires peuvent décréter la liberté conditionnelle. Tous les prisonniers libérés sont bien entendu soumis aux règles de confinement en vigueur.
Non, monsieur Geens, notre objectif immédiat n’est pas d’avoir 10.000 détenus dans les prisons belges, mais 5.611 !
En 2014, vous avez déclaré que votre ambition était, je cite : « d’arriver à faire descendre le nombre de détenus en-dessous de 10.000 ». D’abord, je n’ai toujours pas compris d’où vous sortez ce chiffre phare et ce qui vous fait dire que ce chiffre est un objectif. Vous avez oublié qu’en 1980, le nombre de détenus en Belgique était 5.611, c’est-à-dire la moitié. Pourquoi ce chiffre ne vous sert-il pas d’objectif à atteindre ? 
Les Pays-Bas comptent 17 040 000 habitants. La Belgique en compte 11 400 000, c’est-à-dire 6 millions en moins. En dix ans, les Pays-Bas ont réduit leur population carcérale de la moitié : de 21 826 détenus en 2005 à moins de 10 000 en 2014.  Selon les ministères de l'Intérieur et de la Justice des Pays-Bas « 27 établissements pénitentiaires et judiciaires jugés excédentaires ont été fermés depuis 2014 » Si le taux d’incarcération (le nombre de détenus sur 100.000 habitants) se situe entre 50 et 60 pour les Pays-Bas, celui de la Belgique tourne de 90 à 100, c’est-à-dire quasi le double ! 
Ensuite, depuis votre promesse, et malgré la construction de nouvelles prisons, malgré le transfert d’un nombre d’internés dans des institutions psychiatriques, ce chiffre n’est jamais descendu en-dessous des 10.000, à l’exception de l’été 2018. En 2019, il y avaient 10.556 prisonniers en moyenne dans nos prisons, avec un nombre de 10.883 en décembre 2019, le niveau le plus élevé depuis quatre ans. Nous avons toujours 1.862 détenus « de trop » dans les prisons. Pour 55 places à la prison de Ypres il y a 133 détenus. À Saint-Gilles, il y a 863 détenus pour 579 places. À Anvers, 717 prisonniers pour 413 places. À Malines 144 détenus pour 84 places. À Turnhout, 283 détenus pour 262 places.
Monsieur le ministre, que cette crise serve au moins à ramener le nombre de détenus au chiffre de 1980 !  
Ce ne sera qu’un premier pas. Par après, la question se posera autrement.
Vers une société égalitaire !
Depuis quelques décennies le monde est victime d’une pandémie carcérale : de nouvelles prisons, centres de détention, camps pour réfugiés, murs… ont été érigés partout. Quand cette crise sera derrière nous, nous ne voulons pas retourner à ce qui était « la normalité ». 
Le résultat de cette crise sera une confrontation. Entre ceux qui veulent sauver ce système par le renforcement de l’exploitation et de la répression, par l’augmentation du nombre de prisons et de prisonniers et de système de contrôle de toute une population, pour répondre à une misère et une révolte sociale qui s’annoncent. Et entre ceux qui veulent la fin de ce système capitaliste qui a prouvé sa faillite et qui font le choix d’une société égalitaire. Dans cette conception, l’abolition des prisons se posera. Il ne s’agira pas d’instaurer un régime d’impunité, il s’agira de nous défaire de notre addiction à la prison, de reconstruire des communautés solidaires qui cherchent ensemble des solutions pour prévenir le mal et le réparer autant que faire se peut. Il s’agira de s’appuyer sur les formes solidaires qui se développent entre les gens, de remettre la justice dans leurs mains en développant des formes de justice réparatrices, restauratrices et transformatrices. 

jeudi 2 avril 2020

Coronavirus: qu’attend le Maroc pour désengorger les prisons?


Par Reda Mouhsine,





Alors que plusieurs pays dans le monde ont libéré des détenus pour éviter la propagation du coronavirus en milieu carcéral, le Maroc n’a encore rien entrepris dans ce sens.
Quel est le point commun, en ces temps marqués par la crise du coronavirus, entre la France, l’Iran, l’Italie ou encore la Turquie? Ces quatre pays ont décidé de libérer un nombre considérable de prisonniers pour éviter la prop/agation du covid-19 en milieu carcéral. A elle seule, l’Iran a libéré 85.000 détenus pour renforcer la lutte contre le coronavirus. Plusieurs pays dans le monde ont adopté des mesures similaires, vivement encouragées par l’ONU, signe que la question est prise très au sérieux.
La Haut-commissaire aux droits de l’Homme des Nations-unies, Michelle Bachelet, avait d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme la semaine dernière, appelant à libérer des détenus à travers le monde pour éviter des «ravages» dans le milieu carcéral. L’ancienne présidente chilienne avait exhorté «les gouvernements et les autorités compétentes à travailler rapidement en ce sens pour réduire le nombre de personnes en détention» et proposé de libérer «les détenus les plus âgés et les malades, ainsi que les délinquants présentant un risque faible de récidive».

Taux d’occupation de 300%

Au Maroc, rien de tel n’a encore été annoncé par les autorités. La situation carcérale dans le royaume est pourtant alarmante. Le taux d’occupation des prisons dépasse les 300% et le pays ne compte que 82 établissements pénitentiaires pour plus de 80.000 détenus. Les appels à libérer certaines catégories de prisonniers se sont pourtant multipliés ces derniers jours, à l’instar de celui publié par l’Observatoire marocain des prisons (OMP). L’ONG estime en effet urgent de libérer plusieurs détenus, compte tenu de la «vulnérabilité des populations carcérales de par leur confinement et leur promiscuité, aggravée par la carence criante d’infrastructures et de personnels soignants dans les établissements pénitentiaires».

L’ONP recommande notamment de libérer immédiatement les détenus devant sortir en mars 2020, de libérer les mineurs en attente de procès, de libérer les personnes âgées de plus de 65 ans ou encore de «libérer les prisonniers d’opinion et les militants pacifiques». Cet appel a été partagé par plusieurs acteurs de la société civile marocaine, à l’instar de l’ancienne présidente de l’AMDH, Khadija Riyadi. Contactée par H24info, la droit-de-l’hommiste ne cache pas son inquiétude. «Les conditions d’incarcération sont très mauvaises. Nos prisons sont surpeuplées. Nous soutenons à 100% les recommandations émises par l’OMP et nous estimons qu’il faut absolument donner la priorité aux prisonniers politiques et aux prisonniers d’opinion».
Pour Riyadi, ce sont des milliers de détenus que le Maroc devrait libérer, d’autant que selon elle, «la moitié des prisonniers sont des détenus en attente de jugement». «Nous pensons que toute personne de plus de 60 ans doit être relâchée, idem pour les personnes malades ou encore les personnes en fin de peine. Bien entendu, ces mesures ne doivent pas concerner les personnes jugées pour des crimes de sang, des homicides, des faits liés au terrorisme, des agressions sur les mineurs ou encore les personnes jugées pour trafic de drogue», précise l’activiste.

Projet de loi

La question se pose aussi chez certains hommes politiques. C’est le cas du député de la Fédération de la gauche démocratique (FGD, opposition), Omar Balafrej. «Nous n’avons pas arrêté de dire que le gouvernement a fait de bonnes choses depuis deux semaines, y compris sur le plan économique et social. Mais nous voulons aussi que le gouvernement évolue sur la question des prisonniers», déclare le député de la Chambre des représentants à H24info. Pour Balafrej, «il en va de la santé publique des prisonniers, aussi bien de ceux qui, espérons-le, serons libérés, mais également de ceux qui vont rester en détention».


Si le député souhaite que le gouvernement prenne les devants et annonce des mesures de libération de prisonniers, il révèle à H24info qu’il prépare «un projet de loi» avec Mohammed Chennaoui (Député FGD) qui vise à permettre la libération exceptionnelle d’une catégorie spécifique de prisonniers. «Il faut réagir rapidement pour ne pas qu’on se retrouve à gérer des foyers de développement de la maladie en milieu carcéral», avertit le député de Rabat, qui estime qu’il est temps pour l’Etat marocain de «faire des gestes».
Des gestes, on l’aura compris, envers les dizaines de détenus du Hirak d’Al Hoceima qualifiés par plusieurs ONG de prisonniers d’opinion, au même titre que certains journalistes ou blogueurs, pour qui la justice a eu la main lourde ces dernières années. L’Etat va-t-il saisir l’occasion apportée par l’épidémie du coronavirus pour ouvrir une nouvelle page en matière de droits humains et de politique carcérale? L’avenir (proche) nous le dira.