Nadine Rosa-Rosso - L'air du temps, 6/3/2018
Le 24 mars
2018, nous serons sûrement nombreux dans les rues de Bruxelles à manifester
contre le racisme. Quatre jours plus tôt, le 20 mars 2018, il y aura exactement
quinze ans que les États-Unis lançaient leur seconde guerre contre l’Irak. Une
guerre qu’ils n’ont à ce jour pas gagnée. Tout comme ils ont perdu la première
guerre contre ce pays, lancée dix-sept ans plus tôt.
Les
États-Unis ont perdu la guerre contre la Corée en 1953, ils ont perdu la guerre
contre le Vietnam en 1975 ; ils ont perdu la guerre contre l’Afghanistan,
dans lequel ils sont toujours empêtrés depuis dix-sept ans.
Mais pour
ceux qui lancent toutes ces guerres, l’important n’est pas de gagner.
L’important est qu’il y ait des guerres, des guerres ouvertes, des guerres
rampantes, des guerres à l’extérieur, des guerres à l’intérieur. Des états de
guerre permanente dans les ghettos noirs, où la police peut tirer à vue, où les
gangs se mènent des batailles sanglantes.
Un état de guerre permanent: seuls les pauvres paient
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| https://www.nouvelobs.com/monde/20130320.OBS2530/guerre-d-irak-10-ans-et-des-centaines-de-milliers-de-morts |
Peu importe
à ceux qui en décident : ce sont quand même toujours les pauvres qui
paient le prix, ce sont eux qui meurent, qui vivent dans la peur, qui subissent
les famines et les épidémies liées aux embargos et à la démolition des
infrastructures essentielles ; ce sont eux qui sont handicapés, mutilés à
vie, qui n’ont plus d’écoles ni d’eau potable et qui attendent les quelques
heures de « couloir humanitaire » ou de ravitaillement tombé du ciel,
entre les tapis de bombes. Ce sont les paysans qui sautent sur les mines en
cultivant leur champ ou leurs enfants qui naissent encore toujours déformés au
Vietnam, plus de quarante ans après la fin de la guerre, des suites de l’agent
orange.
Cet état de
guerre permanent n’est pas la réponse au terrorisme de quelques milliers
d’individus, c’est au contraire la cause
et l’origine de ce terrorisme « d’en bas ». L’état de guerre est
strictement indispensable à ce système mondial où l’ordre, il faudrait dire le
désordre, est défini par et pour une poignée de milliardaires. Ce désordre
mondial dans lequel « la vie urbaine
et économique des pays du Nord (la nôtre, donc !) est fondamentalement dépendante des pays du Sud postcolonial (et
parfois néocolonial).»[1].
La guerre : un terrorisme cynique, planifié, sur grande échelle, et qui rapporte
Les guerres
n’ont pas pour seule mission de préserver l’accès du Nord riche aux matières
premières du Sud. Il ne s’agit pas seulement de guerres « pour le
pétrole ». Les guerres fournissent un débouché de premier ordre au
complexe militaro-industriel : la guerre du Golfe de 1991 a permis
d’écouler le gigantesque armement prévu pour combattre l’Union soviétique,
entre-temps disparue. Elles sont aussi un immense « salon des inventions » grandeur nature, où les multinationales
testent et prouvent sur le terrain l’efficacité de leurs produits. Savez-vous
que le GPS a pour la première fois été utilisé pendant la première guerre du
Golfe [2]?
Toutes les technologies liées à Internet ont connu un essor fabuleux suite à
cette guerre. Quelle plus belle publicité pour la technologie qu’une guerre
bien destructrice, avec peu de pertes humaines du côté de l’agresseur ? Et
détruire signifie reconstruire : de nouveaux contrats juteux en
perspective, cette fois pour les lobbys
de la construction, de l’appareillage médical etc. Et avec la garantie que les
États s’engageront dans les financements… Profits maximaux garantis. Et puis la
guerre permet de développer en permanence l’idéologie de superpuissance, de
lutte « contre les barbares ».





