2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

Affichage des articles dont le libellé est Soudan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Soudan. Afficher tous les articles

samedi 29 mars 2025

Le hajj au temps des colonies: un pèlerinage d’empire en 1949
Un reportage de Kateb Yacine

Fausto Giudice, Tlaxcala & The Glocal Workshop/L’Atelier Glocal

À l’automne 1949 Kateb Yacine, alors âgé de 20 ans, s’embarque à Alger pour Djeddah sur le paquebot Le Providence des Messageries maritimes pour participer au hajj. De ce pèlerinage organisé et contrôlé par les autorités coloniales françaises et administré par la Banque d’Indochine, il rapporte une série d’articles publiés par le quotidien Alger Républicain en novembre 1949. Dans le dernier article de la série, daté du 22 novembre, intitulé Pas de pèlerinage libre sans séparation du culte et de l’État, il écrit :

« ... La joie du retour en terre natale avait tout effacé. Il n’y avait plus place pour aucun souvenir : nous répondions à l’accueil chaleureux de la population accourue sur les quais dès que le Providence avait été visible au large. Pourtant nous n’avions pas mis pied à terre que déjà on nous interrogeait. Et c’est alors que nous avons compris quel lourd devoir nous incombait : la vérité était si pénible à dire à nos interrogateurs si confiants... Mais nous ne pouvions nous taire sur un tel sujet. En dissimulant les peines endurées, les obstacles et les exploitations, nous n’aurions pas seulement caché la vérité. Nous aurions participé à la tromperie, nous serions entrés, nous, victimes du mensonge, dans le camp des menteurs. Aussi sommes-nous nombre de hadji algériens à avoir décidé de tout révéler, pour aussi difficile que cela le sera, après les contes des Mille et Une Nuits diffusés par les troubadours de M. Naegelen [socialiste, gouverneur général de l’Algérie, nommé en 1948, démissionnaire en 1951]. Non, notre pèlerinage n’a pas été libre, comme nos médersas et nos mosquées ne sont pas libres. Est-ce à dire que nous devons montrer la plaie sans chercher à la guérir, est-ce à dire que nous allons renoncer à notre pèlerinage parce que l’administration le déforme et l’utilise contre nous ? Personne ne peut le croire. Il ne nous reste donc plus qu’une voie pour tenir tête aux falsificateurs : engager la lutte dans l’union pour ne plus permettre de telles usurpations. La liberté du culte en Algérie est la première de nos revendications. Ne pas en comprendre l’importance fondamentale, c’est se résigner à voir toujours notre foi tournée en dérision et la terre sainte livrée aux financiers et aux policiers. Il s’agit de rétablir la décence, de faire reculer le mensonge, de ne plus permettre des mystifications aussi cyniques. C’est notre dignité d’hommes qui en dépend, sans compter les sentiments religieux de toute une population déjà opprimée sur tous les autres plans de la vie. Pour ma part, mon premier souci a été de porter témoignage. Il est de bon augure qu’il se soit trouvé un quotidien en Algérie pour accueillir ce témoignage. Sans reculer devant la haine du gouvernement général pour tout ce qui porte un coup à sa scandaleuse ingérence. Nous pouvons donc considérer un premier pas comme accompli. Il reste maintenant une lutte quotidienne, qui est affaire de toute la population, de toutes les organisations, de tous les honnêtes gens, pour le respect et l’indépendance du culte, pour le pèlerinage libre. Ce dernier doit être et rester l’affaire des [associations] cultuelles musulmanes. »

De la Mauritanie à l’Indonésie, la “gestion du culte musulman” dans les empires coloniaux (français, britannique, italien, néerlandais) et en particulier le contrôle des pèlerinages, a fait l’objet de luttes importantes entre colonisés et prépondérants revendiquant le statut de « puissances musulmanes ». Ironie de l’histoire, la puissance française était loin d’appliquer le principe de base de la laïcité, à savoir la séparation des cultes religieux et de l’État. Dans son reportage, Kateb Yacine donne à voir et à entendre la réalité de ce hajj colonial et comment les pèlerins algériens, marocains, tunisiens, ouest-africains vivaient cette expérience tragi-comique, sous la férule de la Banque d’Indochine et face à la Maison Saoud. Les détails qu’il donne sur les clandestins tunisiens à bord du Providence ne manquent pas de sel.

Luc Chantre, auteur d’une thèse doctorale intitulée Le pèlerinage à La Mecque à l’époque coloniale (v. 1866-1940) : France, Grande-Bretagne,  Italie (Poitiers, 2012), a publié en 2018 un livre issu de cette thèse, intitulé Pèlerinages d’empire. Une histoire européenne du pèlerinage à La Mecque (Éditions de La Sorbonne). Nous en reproduisons le chapitre 12, Le retour contesté des pèlerinages dʼempire, qu’il introduit par ces mots : « Le vide laissé par les puissances coloniales pendant les années de [la deuxième] guerre [mondiale] a créé un précédent que ne manquent pas d’exploiter les opposants à la colonisation. Tandis que les puissances européennes entendent restaurer, dès 1945, les organisations d’avant-guerre, le principe de ces pèlerinages officiels organisés par terre, mer ou air est de plus en plus critiqué chez les pèlerins musulmans – y compris chez les élites musulmanes, pourtant choyées durant l’entre-deux-guerres – qui réclament davantage de liberté, quelles qu’en soient les conséquences ».

À l’occasion de l’Aïd, nous offrons ces documents à nos amis musulmans et décoloniaux, pour alimenter leurs combats et leurs réflexions.




         


vendredi 10 novembre 2017

Kurdistan, Soudan, Sahara occidental, Yémen : du droit des peuples à l’autodétermination


Du droit des peuples à l’autodétermination

Quelque peu oublié ces dernières décennies, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes a été remis sur le devant de la scène internationale par les revendications catalanes. Mais cette question se pose de manière particulière dans la région qui va du Maroc à l’Iran, profondément déstabilisée par les guerres et les interventions étrangères.
Si l’exercice du droit à l’autodétermination reste légitime, son application demeure problématique dans cette zone, tant il remet en cause la construction des États-nations et tant il se heurte à des obstacles multiples.
 Au début du XXe siècle, les Kurdes avaient développé une revendication à caractère national et s’étaient vu promettre un État qui leur fut finalement refusé au lendemain de la première guerre mondiale. Un siècle plus tard, ils vivent divisés entre l’Irak, la Turquie, la Syrie et l’Iran. Les Kurdes d’Irak ont profité des interventions internationales pour édifier une région à l’autonomie très poussée depuis la guerre du Golfe de 1990-1991. Se targuant de leur participation à la lutte contre l’organisation de l’État islamique (OEI)1, ils ont mis en place unilatéralement un référendum sur l’indépendance le 25 septembre, provoquant la colère de Bagdad, d’Ankara et de Téhéran. Malgré le caractère massif du « oui », ce scrutin a provoqué une offensive militaire irakienne sur Kirkouk et mis en lumière les divisions profondes des organisations kurdes irakiennes.
Il y a souvent très loin du principe à son application. Le droit à l’autodétermination finalement obtenu par le Soudan du Sud après des décennies de luttes face au chauvinisme de Khartoum (mais aussi d’ingérences américaines et israéliennes en faveur de la sécession) a débouché sur la création en 2011 d’un État indépendant, qui a rapidement sombré dans une guerre civile dont il n’est toujours pas sorti.
Au Yémen, après un processus d’unification du sud et du nord achevé en 1990, la guerre actuelle a offert un nouveau souffle au mouvement sécessionniste sudiste (al-hirak al-janoubi) né au milieu des années 2000. Celui-ci bénéficie du soutient des Émirats arabes unis qui voient dans l’indépendance du Sud un moyen de s’implanter militairement et économiquement. Les combats depuis mars 2015 ont produit une sécession de fait, et l’option sécessionniste semble très largement partagée par la population. Si le leadership sudiste a longtemps été fragmenté, il semble aujourd’hui plus uni derrière le Conseil transitionnel sudiste formé au printemps 2017 derrière Aydarous Al-Zubaydi, mais peine à élaborer un calendrier et une procédure cohérents pour atteindre l’indépendance.
Au Maghreb, les Sahraouis aussi rêvent depuis longtemps d’indépendance. 
 http://orientxxi.info/magazine/kurdistan-soudan-sahara-occidental-yemen-du-droit-des-peuples-a-l,2068
 Bien avant la création en 1973 du Front Polisario, les Nations unies et l’Organisation de l’unité africaine (OUA) invitaient dès 1966 l’Espagne, puissance coloniale, à quitter le territoire selon la procédure d’autodétermination des populations. Le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie avaient alors accepté ce principe. Tout s’est compliqué par la suite, lorsque Hassan II a décidé de faire du Sahara une cause nationale lui permettant de réaliser l’union autour de son trône affaibli. Le conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario pour la souveraineté du Sahara occidental se double d’un contentieux entre Rabat et Alger. Pour affaiblir un voisin qui n’a de cesse de lui contester ses frontières, Alger est venu en aide aux indépendantistes sahraouis. L’Algérie a inscrit le combat du Front Polisario dans le cadre d’une lutte de décolonisation et appuie officiellement le droit à l’autodétermination de ce peuple. La défense de ce principe lui paraît naturelle dans la mesure où elle doit elle-même sa souveraineté à un référendum d’autodétermination organisé en 1962.
Dès lors, l’autodétermination a été pour beaucoup synonyme d’indépendance. Après avoir tergiversé, le Maroc a, dès la fin des années 1990, adopté l’autonomie comme mode de règlement du conflit saharien, écartant implicitement l’autodétermination. Mais cette autonomie n’est ni le fruit d’une négociation ni une option sur laquelle les Sahraouis auront été consultés. Le blocage est total et c’est pour le dépasser que le secrétaire général des Nations unies António Guterres appelle les parties au « réalisme » et à « l’esprit de compromis », alors que ce conflit déstabilise tout le Maghreb.
Le droit à l’autodétermination est un principe fondamental du droit international. Il ne signifie pas nécessairement indépendance. Et les exemples du Kurdistan, du Soudan, du Yémen et du Sahara occidental montrent à quel point il est malaisé à mettre en œuvre dans une région où les régimes ont perdu leur légitimité, répriment toute opposition et bloquent toute perspective de changement, ce qui encourage les tentations sécessionnistes, parfois appuyées par des interventions étrangères.
1En fait, ce sont les Kurdes syriens qui ont joué un rôle majeur, notamment dans la bataille de Kobané.