2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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lundi 20 décembre 2021

FREDERIC WEHREY
Maroc : les multiples répercussions de la rébellion du Rif (1921-1926)

 Frederic Wehrey (bio), The New York Review of Books, 18/12/2021 Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Comme il se doit pour un mouvement anticolonial qui a créé le modèle de ceux qui ont suivi, la révolte berbère des années 1920 se répercute aujourd'hui sur un siècle d'histoire.

Une gravure représentant Abdelkrim Al Khattabi à cheval dirigeant les rebelles du Rif contre les forces espagnoles, Maroc, années 1920 ; Apic/Getty Images

Un soir d'octobre dernier, je suis monté dans un bus à Rabat, la capitale marocaine, pour un voyage d'une nuit vers la côte méditerranéenne. Après plusieurs heures, nous grimpions dans les montagnes du Rif, le véhicule gémissant et se balançant dans les virages en épingle à cheveux. Le Rif est une chaîne de montagnes relativement récente - géologiquement plus jeune que les sommets plus connus de l'Atlas et moins grandiose - qui s'élève à pic depuis la mer au nord, mais qui s'abaisse en escarpements doux au sud.

Dans la pénombre du clair de lune, le paysage paraissait assez inquiétant : des massifs imposants tapissés de maquis, des bosquets de cèdres et de sapins, et des ravins profonds entourés de rochers calcaires. Il n'était pas difficile de comprendre comment, il y a cent ans, ce terrain a fait naître la peur dans le cœur des jeunes conscrits de l’Espagne, qui gouvernait le nord du Maroc en tant que protectorat, alors qu'ils étaient confrontés à une insurrection féroce du peuple amazigh indigène, également connu sous le nom de Berbères.

« La pire guerre, au pire moment, dans le pire endroit du monde », a écrit un journaliste espagnol à propos du conflit de cinq ans connu sous le nom de guerre du Rif.

Les combats ont commencé au début du mois de juin 1921, lorsque des tribus rifaines ont tendu une embuscade à un petit contingent de forces espagnoles sur un affleurement rocheux de la frange nord du Rif, le mont Ubarran. Rétrospectivement, cet engagement n'était que l'escarmouche initiale d'une bataille beaucoup plus importante et, du point de vue espagnol, catastrophique, qui s'est déroulée un mois plus tard dans et autour du village voisin d'Annual (accentuation de la dernière syllabe). Le désastre d'Annual, comme on l'appelle aujourd'hui en Espagne, a entraîné la mort d'au moins 13 000 soldats espagnols, infligée par seulement 3 000 Rifains. Pendant dix-huit jours, les combattants ont assiégé des soldats espagnols mal entraînés et des troupes indigènes dans des avant-postes ensablés, les privant de vivres et d'eau - certains soldats ont dû boire leur urine - et les abattant à coups de fusil ou de poignard alors qu'ils se repliaient pêle-mêle vers l'enclave espagnole de Melilla. Le commandant espagnol sur le terrain, un célèbre général imprudent du nom de Manuel Fernández Silvestre, a péri dans la mêlée, peut-être par suicide. Sa dépouille n'a jamais été retrouvée.

 

Le campement espagnol à Annual après sa prise par les Rifains, Maroc, 21 juillet 1921. Photo12/UIG via Getty Images

 C'est la pire débâcle militaire de l'histoire moderne de l'Espagne et sans doute la plus grave défaite qu'une armée coloniale européenne ait subie sur le continent africain, dépassant même la déroute de l'armée italienne à la bataille d'Adoua en Éthiopie en 1896. Ses conséquences se sont propagées en Afrique du Nord, en Méditerranée et en Asie, atteignant même les USA, où elle a suscité la sympathie du public pour la cause rifaine et électrisé les panafricanistes noirs usaméricains tels que les disciples de Marcus Garvey. Le centenaire d’Annual en juillet de cette année est passé pratiquement inaperçu dans le monde anglophone, mais il reste une grande source de fierté pour les Amazighs des montagnes du Rif, un héritage troublant pour la monarchie marocaine et un traumatisme national persistant en Espagne.

La nouvelle de la déroute d'Annual plonge l'Espagne dans une crise politique. Elle incite l'opinion publique à réclamer l'abandon du protectorat espagnol au nord, qui existe depuis 1912 grâce à un accord avec la France, qui gouverne le territoire au sud. Elle a contribué au renversement du gouvernement parlementaire espagnol et à l'instauration de la dictature du général Miguel Primo de Rivera. Elle a également donné lieu à une campagne de vengeance et de reconquête du Maroc par l'armée espagnole, qui a permis l'ascension fulgurante d'un jeune officier espagnol nommé Francisco Franco Bahamonde.

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vendredi 10 août 2018

Hirak : le bâton, seule réponse du pouvoir marocain

par
 






Les lourdes condamnations qui ont frappé les dirigeants du Hirak le confirment, le pouvoir marocain refuse d’entendre les revendications populaires. Il ne connaît qu’une réponse aux aspirations sociales et démocratiques : la répression.
Article 1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Déclaration universelle des droits de l’homme
Rien au monde
Ne pourra t’obliger
à plier genou
renoncer
à ton identité humaine
Ne mesure pas ta force
A la balance de tes bourreaux
Abdellatif Laâbi, In Praise of Defeat, First Archipelago Books edition, 2016 (édition bilingue).
En septembre 2017, après l’arrestation d’un certain nombre de manifestants du mouvement Hirak par l’Etat marocain, le comité éditorial du New York Times a publié un article intitulé « Morocco’s Refusal to Listen ». Maintenant que de lourds verdicts sont tombés sur les manifestants, le gouvernement a sans surprise prouvé qu’il était sourd à la voix du peuple. Mais ce qui est également démontré sans l’ombre d’un doute, c’est que le peuple refuse de plier le genou. Le pouvoir est entré dans une relation d’affrontement avec lui. D’un côté, il y a les autorités traditionnelles qui possèdent les richesses du pays et qui règnent par l’autocratie. Et de l’autre, il y a les gens qui en ont assez d’être enfermés pour avoir parlé et qui expérimentent maintenant des types de mouvement sans leader sur Internet. Ils ne font plus confiance à l’État.

« Ont-ils tué Kennedy ? »

Imaginez que vous élevez collectivement la voix pour demander un avenir meilleur et que la réponse, ce sont trois siècles de prison accumulés. Vous assistez à votre premier procès. Les procureurs vous accusent d’avoir miné la sécurité intérieure de l’État, ce qui justifie votre incarcération à vie. Vous vous défendez en disant que vous voulez simplement un emploi, un hôpital, une université, la fin de l’omniprésence de la police et de ses informateurs dans votre région. Vous affirmez que votre protestation pacifique pour la réalisation de ces revendications légitimes est un droit constitutionnel. Le procès se répète 84 fois pendant une période de neuf mois et trois jours. Cela devient une farce. Les gens dans la rue demandent : « Ont-ils tué Kennedy ? »
Mais qui sont ces gens ? Ils appartiennent à la deuxième vague de dirigeants et de manifestants du Hirak à être emprisonnés, après une première vague de manifestants condamnés en appel à une peine de sept mois chacun en juillet dernier, après la condamnation du militant du Hirak Elmortada Lamrachen à cinq ans d’emprisonnement, et après que Jamal Oulad Abdennabi, 18 ans, a pris vingt ans, réduits à cinq en appel. Cette deuxième vague inclut Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Ouassim El Boustati, Samir Ighid, tous condamnés à vingt ans de prison. Mohamed Jelloul, auparavant détenu pendant cinq ans pour son activisme, est maintenant condamné à dix ans de plus. Mohamed Asrihi, directeur du journal Rif24, et Rabie El Ablak collaborateur du journal Badil aujourd’hui fermé après la détention de son fondateur Hamid El Mahdaoui, ont été condamnés à cinq ans chacun. Hamid El Mahdaoui a pris trois ans.
La liste, caractéristique d’un régime autoritaire, est composée de 54 prisonniers politiques au total. On s’attend à ce que les prisonniers fassent appel, bien que selon les informations qui circulent, certains d’entre eux hésitent.

mercredi 25 octobre 2017

Coordination Européenne de Soutien au Mouvement Populaire dans le RIF

L’image contient peut-être : texte 
Le 1er anniversaire de l’assassinat de Mohsin Fikri, martyr du gagne-pain, de la dignité, s’approche à grands pas dans des circonstances régionales, nationales et internationales caractérisées par de sérieuses régressions au niveau des droits individuels et collectifs d'une part, et la crise économique mondiale qui se détériore et étend sa surface, ce qui reflète la réalité des contradictions vécues par la société capitaliste d’autre part. Les États européens n’hésitent pas à résoudre leur crise sur le dos des peuples opprimés et continuent à partager et repartager leurs zones d'influence, que ce soit en menant des guerres directement pour soumettre les pays qui leur sont dépendants politiquement en plaçant des régimes vassaux qui veillent à servir leurs intérêts économiques et politiques, ou en semant les confits, couvrant tous ces crimes sous de nombreux slogans creux (Lutte contre le terrorisme, démocratisation des sociétés ...). Malheureusement, les forces réactionnaires continuent à parrainer les intérêts des « superpuissances », notamment en assurant la survie de ces réactions et en atteignant leurs objectifs étroits.

Nouveaux détails autour du procès de Nasser Zefzafi, leader du mouvement « Hirak »

Nouveaux détails autour du procès de Nasser Zefzafi, leader du mouvement « Hirak » lesinfo.ma, 24/10/2017 
 Le procès de Nasser Zefzafi, leader du mouvement « Hirak » du Rif a débuté ce mardi 24 Octobre à la Cour d’appel de Casablanca. Un procès très attendu qui a laissé en haleine tout un pays, et tout plein de défenseurs de la cause d’un leader. On vous raconte tout…
Après plusieurs mois d’instruction et d’attente, le procès de Nasser Zefzafi a débuté ce matin à la Cour d’appel de Casablanca. Un procès qui clôt tout un chapitre nommé : « le Hirak du Rif ». Il est à rappeler que le leader de « Hirak » est poursuivi pour un chef d’accusations des plus lourds et sérieux, puisque l’un d'entre eux « l’atteinte à la sécurité intérieure du pays » lui fait risquer la peine de mort.

samedi 5 août 2017

"L'Art en Action": Lancement d'une campagne artistique de solidarité avec le Hirak



    Publication:
    HOCEIMA


    SOLIDARITÉ - Ce n’est pas seulement avec des sit-in que le comité de soutien du Hirak à Casablanca compte continuer à défendre sa cause: la libération des détenus politiques. Il lance, samedi 5 août, une campagne dédiée à l’art sous toutes ses formes baptisée "L’Art en Action".
    Pour l’inauguration de cet événement, ouvert au public, les projecteurs se tourneront vers les artistes rifains et rappeurs de tous bords, à partir de 17h au local de la CDT à Derb Omar.
    "En dehors du soutien logistique aux familles des détenus du Hirak, le comité a mis en place un programme d’actions diverses. Au mois de juillet, il a été placé sous le signe de la solidarité féminine, alors que le mois d’août est consacré à la culture", explique au HuffPost Maroc Soraya El Kahlaoui, membre du comité de soutien au Hirak à Casablanca. 

    Hommage à Silya
    L’artiste du Hirak, Silya, graciée samedi 29 juillet, ne sera pas de la partie. "Nous espérions qu’elle soit avec nous, mais elle est très fatiguée. Nous lui rendrons un vibrant hommage à l’occasion, notamment à travers une grande toile de son portrait réalisée par l’artiste marocain Houssine Benzaoual", indique cette militante.

    Lire l'article :

    jeudi 3 août 2017

    URGENT : Rabii Al Ablaq, 36ème jour de grève de la faim, a été transféré au service d'urgence de l'hôpital Moulay Youssef.

    Siha Moha
    Traduit de l'anglais
    Campagne internationale de solidarité avec hirak rif

    URGENT / Rabii Al Ablaq, l'activiste hirak qui est entré dans son 36ème jour de grève de la faim, a été transféré au service d'urgence de l'hôpital Moulay Youssef.

    Selon l'expérience palestinienne, une personne à son 35ème jour de grève de la faim souffre de "sensations extrêmement désagréables de vertige et de vomissements incoercibles".
    L'hospitalisation de Rabii Al Ablaq n'intervient que deux jours après que le roi du Maroc a prononcé une grâce royale pour environ 50 militants hirak détenus principalement à Al Hoceima - une liste dans laquelle le nom de Rabii n'était pas inclus, même si son état de santé se détériore. Le public doit le savoir . Aidez-nous à sauver la vie de Rabii Al Ablaq en exigeant sa libération immédiate ! Nous sommes à un moment crucial où le désintérêt et l'inaction ne sont pas un choix !
    #كلنا_الريف #Hirak #Rif
    https://www.facebook.com/SolidarityHirak/photos/a.109619552980332.1073741828.109471039661850/131160030826284/?type=3&theater


     ·



    dimanche 30 juillet 2017

    Discours du Trône du 29 juillet 2017 : partie consacrée au Mouvement populaire du Rif

    Retour sur le discours de MVI du samedi 29 juillet 2017
    "Les événements" , qu'il ne cite pas d'ailleurs, "certaines régions" et pour cause le nom même du RIF fait peur !
    ....
    Cher peuple,
    Les événements, qui se sont produits dans certaines régions, ont révélé, hélas, une irresponsabilité sans précédent.
    En effet, au lieu que chaque partie remplisse son devoir national et professionnel, et que prévalent l’esprit de coopération et la volonté de mise en commun des efforts pour régler les problèmes des habitants, la situation a dérapé à tel point que les différents acteurs se sont rejeté mutuellement la responsabilité. Au moment où se sont imposés les calculs politiques étriqués, la notion de patrie s’est éclipsée et les intérêts des citoyens ont été malmenés.
    Certains partis politiques pensent que leur mission consiste à tenir leurs congrès, à réunir leurs bureaux et leurs comités exécutifs, et qu’elle s’interrompt à la fin des campagnes électorales ! Et lorsqu’il s’agit de communiquer avec les citoyens et de régler leurs problèmes, ces partis sont aux abonnés absents et ne remplissent nullement leur mission. C’est là une attitude inadmissible, de la part d’instances dont la fonction est de représenter, d’encadrer les citoyens et de servir leurs intérêts.

    samedi 8 juillet 2017

    Marocaines debout contre l’emprisonnement politique

    نساء مغربيات ضد الاعتقال السياسي

    le
    Depuis plusieurs mois, le Maroc est secoué par un mouvement social historique: le #Hirak du Rif. Né dans une région marginalisée, suite à la mort de Mohcine Fikri, pêcheur broyé alors qu’il essayait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités, le #Hirak est un mouvement qui vient revendiquer plus de justice sociale et lutter contre la marginalisation. Face à l’ampleur de ce mouvement, l’État marocain n’a malheureusement eu qu’une seule réponse : celle de la répression qui a donné lieu à environ à 150 arrestations à ce jour.
     
    Dans ce contexte, et conscientes de l’importance que jouent les femmes dans le #Hirak du Rif et au vu de l’arrestation de la chanteuse du mouvement Silya, nous, femmes marocaines appelons à faire du mois de juillet un mois placé sous le signe de la lutte pour la libération des prisonniers politiques du #Hirak.
    Aujourd’hui, plus que jamais les voix des femmes doivent porter la voix des femmes de #Al Hoceima qui bravent les matraques quasi-quotidiennement en sortant dans les rues de la ville exprimer leur colère et demander la libération de leurs maris, leurs fils, leurs frères ou camarades aujourd’hui derrière les barreaux.
    Nous femmes marocaines, demandons à toutes les femmes issues de la diaspora et de l’immigration de se solidariser avec la cause des prisonniers politiques du #Hirak et à la cause des femmes du #Hirak qui aujourd’hui continuent à porter la voix de celles et ceux que l’État a décidé de bâillonner.
    Ensemble soyons debout pour faire du mois de juillet un mois de lutte internationale pour la libération des prisonniers politiques du #Hirak !
    À Casablanca nous sortirons le vendredi 7 juillet 2017 ! Et vous ?
    Pour les Casablancais.es RDV le vendredi 7 juillet à 17h Place Maréchal.
    #Marocainescontrelahoggra
    #MarocainesavecleHirak
    #LibérezlesprisonniersduHirak

    jeudi 29 juin 2017

    Une révolte révélatrice des impasses politiques : Au Maroc, le Rif défie le roi

    par Aboubakr Jamai, Le Monde diplomatique, juillet 2017

    La persistance de la contestation populaire dans le nord-est du Maroc et ses revendications de mieux-être social mettent en relief l’échec des programmes de développement économique et des projets d’infrastructure pilotés par la monarchie. Malgré la répression, l’ampleur des manifestations pose la question d’une nouvelle réforme constitutionnelle sur des bases plus ambitieuses qu’en 2011.

    Manifestation à Al-Hoceïma, 2017. Photo Louis Witter / hanslucas.com
    Suivre Depuis plusieurs mois, la région du Rif (nord-est du Maroc) connaît une importante contestation populaire. Le mouvement a démarré dans la ville d’Al-Hoceïma après la mort, le 28 octobre 2016, de Mouhcine Fikri, un marchand de poisson broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer une grande quantité d’espadon que la police venait de lui confisquer pour cause de pêche illégale. Depuis, les manifestations se répètent en dépit d’une forte répression et de peines de prison ferme requises contre les principaux contestataires. L’opiniâtreté du mouvement et le niveau de mobilisation remettent en question la stratégie adoptée par la monarchie depuis le « printemps arabe » de 2011. En réponse aux revendications du Mouvement du 20 février (date de la manifestation au cours de laquelle cinq jeunes étaient morts à Al-Hoceïma), le roi Mohammed VI avait fait adopter une révision constitutionnelle pour accorder plus de pouvoir au premier ministre, poste auquel il nomma un islamiste du Parti de la justice et du développement (PJD) à l’issue des élections, le 25 novembre 2011. Mais aujourd’hui le chômage des jeunes et l’incapacité des institutions à canaliser les revendications de populations mieux informées et mieux organisées qu’il y a cinq ans débordent du Rif ; la contestation pourrait se propager au reste du pays.
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    Hirak du Rif : manifestation de solidarité ce samedi 1er juillet à Lyon

    Depuis quelques semaines, ce sont près de 200 militants activistes de ce mouvement marocain qui ont été arrêtés. Accusés d’atteinte à la sureté de l’Etat, certains encourent de lourdes peines de prison.

    A l’initiative du Comité du Rhône de soutien au Hirak du Rif, un sit-in de solidarité avec le mouvement contestataire du Rif est prévu samedi 1er juillet à Lyon 14 h place Bellecour.
    Environ 150 personnes, dont 8 journalistes ont été arrêtées depuis le début des manifestations quotidiennes dans la région du Rif au Maroc, alors que les principales revendications du mouvement contestataire (Hirak) n’ont pas été satisfaites.
     
    Le vendredi 30 octobre 2016, Mouhcine Fikri, 31 ans, a été broyé par un camion d’éboueur où il s’était engouffré.
    A Al-Hoceima, ville côtière du Rif, dans le nord du Maroc, la police venait d’y jeter les espadons que le jeune homme transportait. La pêche de ce poisson est interdite à cette période de l’année. Difficile de savoir avec certitude ce qui s’est déroulé pendant l’altercation à l’issue de laquelle le jeune homme a sauté dans le camion-benne pour tenter d’y récupérer sa marchandise. Une chose est sûre, la version suivante s’est répandue comme une traînée de poudre au Maroc : un policier aurait demandé un pot-de-vin à Mouhcine Fikri qui aurait refusé, puis ordonné au conducteur de mettre en route le mécanisme de la benne en ordonnant "broie-le" quand celui-ci s’y est introduit. Très vite, un hashtag # طحن_مو ("Broie-le" en français, NDLR) a été créé sur Twitter.


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    Zohra Koubia (AMDH) : « Le Maroc va perdre beaucoup dans cette crise » (La Voix du Nord)

    Interview de Zohra Koubia de l'AMDH (Association marocaine des droits de l’homme). Les gens de la génération Hassan II ont connu un État « makhzen » (réseau proche du pouvoir) mais pas les petits jeunes. Ils croyaient à un État de droit et à la constitution. C’est fini. Le Maroc va perdre beaucoup dans cette crise. On va retourner en arrière. »

    Hirak : Cinq présidents de communes du Rif claquent la porte suite aux violents affrontements


    Cinq élus issus de l’USFP, du PAM et du Parti de l’Istiqlal ont présenté mercredi une démission collective adressée à Farid Chourak, fraîchement nommé par le roi Mohammed VI en tant que gouverneur de la province d'Al Hoceima. Une décision qu'ils justifient par l’intervention musclée des forces de l’ordre le jour de l’Aïd.

    Les forces de l'ordre face aux manifestants
    à Al Hoceima lors d'une manifestation. / Ph. DR
    Nouveau rebondissement après les violences qui ont éclaté lundi à Al Hoceima et sa région. 
    Cinq présidents de communes du Rif ont présenté hier une démission collective au gouverneur de la province, en guise de protestation contre l’intervention musclée des forces de l’ordre lors des affrontements ayant opposé manifestants et policiers.
    Il s’agit d’El Makki Hannoudi, président USFP de la commune rurale de Louta et de Rochdi Ziyani, président de Bni Hadifa, du Parti de l’Istiqlal. Les PAMistes Abid Aknibess de la commune de Rouadi, Abdelhamid Khammari (cercle de Bni Ouriaghel) et Omar Noureddine (Imrabten) figurent aussi parmi les signataires, selon le document adressé à Farid Chourak, fraîchement nommé par le roi Mohammed VI en tant que gouverneur de la province d’Al Hoceima.
    Dans leur lettre, les désormais cinq ex-présidents de communes expliquent que leur démission collective intervient suite à la «situation et la crise de la région, après que les autorités locales ont rompu tout dialogue et consultation, et en guise de protestation contre l'usage répété et les abus continus et excessifs de la force, et l’approche sécuritaire pure et dure face aux demandes et revendications de la population».

    Maroc : La matraque à la place de l’argent

    par Maroc Leaks,29/6/2017
    Casablanca, sit-in de soutien au Hirak, 28 juin 2017

    Le manque d’argent et les dettes exhorbitantes paralysent le gouvernement marocain pendant que les besoins de la population attendent dans le placard au risque d’être oubliés.

    Avec la crise financière traversée par le Maroc depuis plusieurs années et que Rabat n’arrive à peine à dissimuler, la capacité d’initiative du gouvernement s’est avérée très étroite. Il n’y a pas d’argent, le tourisme en baisse et les dettes accumulées sont toujours là. La précarité aussi ne fait que monter dans une société de plus en plus consciente de ses droits légitimes. Le régime, pour sa part, focalise sur le Sahara Occidental qui accapare toute son attention et intérêt.

    La crise du Rif a mis à l’épreuve le régime du Maroc. Le slogan du plus beau pays au monde est tombé à l’eau. De même, la vitrine largement exposée de l’exception  marocaine.

    Surendetté, le Makhzen se trouve au bord de la faillite. Incapable de subvenir aux besoins de la population, le régime a choisi la fuite en avant matraque en main en vue de mater le Hirak du Rif. Coincé dans ses contradictions et sa soummission à la volonté du palais, le gouvernement du PJD se cache derrièle le silence. Il n’est même pas utile pour canaliser la rue tel qu’il l’a fait en 2011 dans le but de sauver le régime des foudres du Printemps Arabe.

    Le peuple marocain s’est trouvé face à une réalité dure : Le fait de voter pour des partis politiques qui sont, en réalité une coquille vide. Ils ont voté pour le PJD sans que celui-ci ait un programme clair et transparent. C’est le résultat des votes achetés à 200 DHM.
    Cependant, un fait important pourrait changer la donne. Cinq des présidents des communes d’Al Hoceima ont présenté leurs démissions. Il paraît que d’autres suivront. Une première dans les conflits sociaux marocains.

    Manifestations à Lyon, Paris et Madrid pour la libération des détenus politiques rifains


    Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais

    Rosa Moussaoui
    Jeudi, 22 Juin, 2017
    L'Humanité
    L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.
    Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.
    Suite de la page une
    La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

    Des journalistes croupissent derrière les barreaux

    Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.
    Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

    Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

    Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.
    Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

    Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

    À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.
    Journaliste à la rubrique Monde

    Aussi sur l'Humanité.fr

    Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais

    Rosa Moussaoui
    Jeudi, 22 Juin, 2017
    L'Humanité
    L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.
    Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.
    Suite de la page une
    La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

    Des journalistes croupissent derrière les barreaux

    Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.
    Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

    Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

    Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.
    Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

    Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

    À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.
    Journaliste à la rubrique Monde

    Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais

    Rosa Moussaoui
    Jeudi, 22 Juin, 2017
    L'Humanité
    L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.
    Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.
    Suite de la page une
    La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

    Des journalistes croupissent derrière les barreaux

    Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.
    Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

    Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

    Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.
    Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

    Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

    À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.
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