2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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lundi 8 septembre 2025

Il y a 100 ans, les troupes espagnoles débarquaient à Al Hoceima

L’opération amphibie avec l’appui de la France fit basculer la guerre du Rif et détermina la carte actuelle du Maroc

Joaquín LunaLa Vanguardia, 8/9/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Joaquín Luna (Barcelone, 1958) est un journaliste travaillant au quotidien espagnol La Vanguardia depuis 1982


Dix mille hommes ont débarqué à Al Hoceima entre le 8 et le 9 septembre 1925

« Les troupes espagnoles ont foulé la terre maudite d’Al Hoceima » , écrivit en une le journal espagnol de Melilla El Telegrama del Rif pour rendre compte du débarquement réussi, avec le soutien de la France, sur la côte de cette région africaine, ce qui ressemblait à un cauchemar pour l’Espagne du début du XX siècle.


Quelques heures plus tôt, le 8 septembre 1925, un déploiement amphibie sans précédent dans l’histoire des débarquements – par le transport de chars et l’incorporation de l’aviation – réussit à conquérir la plage d’Ixdain et à mettre à terre 10 000 hommes et 2 000 tonnes de matériel en seulement 48 heures.

Le succès de l’opération fut déterminant pour mettre fin à la guerre du Rif – qui se conclut en 1927 – et pour vaincre la figure gigantesque de son leader, Abdelkrim, qui avait tenu en échec l’armée espagnole occupant le nord du Maroc. Le désastre d’Anoual– entre Melilla et Al Hoceima – en 1921 fut la plus grande humiliation de l’histoire militaire espagnole (plus de 10 000 morts), un coup à retardement pour la monarchie d’Alphonse XIII et une fracture entre la population et l’armée, sans laquelle on ne pourrait expliquer la guerre civile.

Malgré le succès du débarquement d’Al Hoceima et son influence décisive dans la configuration actuelle du Maghreb, le ministère espagnol de la Défense n’a pas prévu de commémorer ce que de nombreux historiens considèrent comme le « plus grand succès militaire »  espagnol du XX siècle. Éviter des froissements diplomatiques avec Rabat ? Échapper au passé militariste ?

Le ministère de la Défense n’a prévu aucune commémoration d’un épisode gênant pour la dynastie alaouite.

« Il n’y avait pas de références de débarquements réussis en Europe, car on ne connaissait pas l’opération Albion (réalisée par la marine allemande en Estonie en 1917) et celle des Dardanelles en Turquie (1915) fut un échec. À mon avis, si l’on ne commémore pas, comme on le ferait dans la plupart des pays, c’est pour ne pas mettre en évidence que le sultan du Maroc, Moulay Youssef (arrière-grand-père de Mohammed VI), avait conclu un pacte avec les deux puissances coloniales (la France et l’Espagne) et soutenu le débarquement d’Al Hoceima », explique l’historien Roberto Muñoz Bolaños, qui vient de publier le livre Al Hoceima. El desembarco que decidió la guerra de Marruecos   [Al Hoceima. Le débarquement qui décida la guerre du Maroc] (Desperta Ferro Ediciones).



En quoi le débarquement d’Al Hoceima contribua-t-il à la configuration territoriale du Royaume du Maroc ? Abdelkrim incarnait un nationalisme laïque, « républicain » et germanophile – il bénéficiait aussi de la sympathie des USA – qui s’inspirait de la figure de Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne. Audacieux, bon stratège dans la guerre de guérilla et chef de tribus montagnardes. Abdelkrim profita du désastre d’Anoual pour s’autoproclamer président de la République du Rif, sur le territoire du protectorat espagnol. La France refusa de collaborer avec l’Espagne tant que son propre protectorat n’était pas attaqué par les Rifains.

L’ambition finit par perdre Abdelkrim, qui rejeta l’offre d’accorder au Rif une autonomie symbolique. Il voulait un véritable État. Les guérilleros rifains menacèrent même Taza – point vital sur la route vers l’Algérie – et à Fès, ils se gagnèrent un nouvel ennemi puissant : la France. Le maréchal Pétain, héros de la Première Guerre mondiale, remplaça Lyautey et opéra rapidement un tournant décisif : coopérer avec l’Espagne, alors gouvernée en 1925 par le dictateur et général Primo de Rivera. D’où la coopération à Al Hoceima, avec un rôle secondaire mais important, notamment dans l’aviation. Des armes chimiques furent utilisées sans ménagement contre les Rifains, peuple indomptable.

La France et l’Espagne firent le sale boulot de liquider la révolte rifaine et de livrer à Mohammed V un territoire doté d’une ouverture sur la Méditerranée grâce à l’« amicale » indépendance du Maroc en 1956 (détail révélateur : le roi Hassan II ne visita jamais la région rifaine…).

L’opération amphibie fut un succès après le fiasco des Dardanelles et le début de la fin de la République du Rif.

Le succès d’Al Hoceima propulsa la carrière de deux militaires, Franco et Manuel Goded, les premiers à fouler son sol, et en même temps le germe d’une grande inimitié entre eux. L’Espagne subit peu de pertes lors de l’opération (sept officiers et 114 soldats), grâce en partie au hasard qui fit dévier le débarquement, à cause du mauvais temps, vers une plage sans défenses rifaines. « Al Hoceima a changé l’initiative stratégique », souligne l’historien Muñoz Bolaños.

Adieu aux cauchemars et aux traumatismes de la guerre du Rif.

 


Le colonel Franco avec les généraux Miguel Primo de Rivera et José Sanjurjo aux alentours d'Al Hoceïma après le débarquement, 1925

samedi 5 août 2023

Des livres sur le RIF et la guerre du Rif

📚Le Rif et la guerre du Rif






 
Abdelkrim Khattabi: une épopée d’or et de sang de Zakya Daoud
 
Maroc, 1921. Au cœur des montagnes du Rif, à seulement dix-sept kilomètres des côtés ibériques, un surprenant stratège, Abdelkrim, entame une extraordinaire épopée. À la tête d’une troupe de paysans pauvres, il défait une imposante armée espagnole et construit, en terre d’islam, un État moderne et révolutionnaire pour son temps. Pendant cinq ans, de 1921 à 1926, l’Émir rifain va mettre en péril l’ordre colonial alors à son apogée. Son action aura un retentissement mondial et sera saluée par Lénine, Hô Chi Minh, Sultan Galiev, Chakib Arslan, Mao Tsé-Toung, Tito…
 
Ce livre retrace cette impressionnante épopée, complexe, controversée et paradoxalement ignorée durant des décennies. Alors que les acteurs de cette histoire, emportés par le tumulte d’événements exceptionnels, paraissent tout droit échappés d’un roman d’aventures délirantes, Zakya Daoud s’est attachée à la relation de faits exacts, recoupés par des sources avérées, méticuleusement vérifiées. Notre reconnaissance lui va pour avoir donné vie avec tant de passion, à cet épisode de l’histoire marocaine, d’une paradoxale actualité mondiale.
 
 
 
La guerre du Rif de Germain Ayache
 
Le présent ouvrage fait suite à la remarquable étude du même auteur, Les origines de la guerre du Rif. Il est de la même veine : servi par une parfaite connaissance de l'arabe, Germain Ayache a pu avoir accès à des sources écrites variées et inédites, ainsi qu'aux témoignages des survivants du drame ; il scrute et reconstitue l'histoire avec sûreté et dans un style d'une très grande limpidité. L'auteur poursuit ici le but qui l'animait dans sa précédente étude : faire comprendre, expliquer clairement un événement qui eut en son temps un très grand retentissement et qui fut travesti soit par les interprétations coloniales, soit par le mythe qu'il est devenu pour les mouvements de résistance à la colonisation. En effet, comment peut-on concevoir que d'humbles paysans montagnards, les Rifains, coupés comme ils le furent du grand corps marocain dont ils ne formaient d'ailleurs qu'une infime partie, aient pu mettre en danger la présence conjuguée de deux puissances européennes, l'Espagne et la France ? Tel est donc ce qu'éclaire cette étude. Nous y suivrons, notamment, le sinueux itinéraire d'Abdelkrim, dont la prestigieuse figure se confond avec l'événement qui fut, comme malgré lui, entraîné vers des sommets qu'il ne soupçonnait pas. L'auteur étant décédé en 1990, la publication de ce livre essentiel n'a été rendue possible que grâce à l'initiative et au travail de sa fille, Evelyne Myriam Ayache..
 
 
 
Ēchos de la mémoire sur les montagnes du Rif de Fatiha Saidi
 
Échos de la mémoire sur les montagnes du Rif dresse le portrait de 9 femmes du Rif, originaires, pour la plupart, de la région d’Al Hoceima. Dans des témoignages profonds, elles se livrent, avec un luxe de détails sur une série de thématiques passant des rituels des cérémonies, par le quotidien familial et conjugal…, faisant ainsi connaître de larges pans de leur vie.
 
L’image des femmes rurales imprimée dans nos représentations mentales est celle de femmes soumises, recluses, mariées de force à un conjoint à qui elles donneront des enfants et qu’elles se contenteront de servir. Or, leurs réalités sont plus complexes, plus nuancées et plus subtiles. Leur récit donnera à voir des femmes actives, parfois révoltées et rebelles, menant la gestion de la famille de main de maîtresse en tentant de sortir des rôles subalternes dans lesquels on tentait de les enfermer. Au-delà du récit, Fatiha Saidi a questionné leur histoire pour décoder la nôtre. Elle a recueilli, avec respect et empathie, les bribes de la mémoire qui lui revenaient, comme en écho, des montagnes rifaines. En les compilant dans l’ouvrage Échos de la mémoire sur les montagnes du Rif, elle a répondu à l’exigence de l’écho d’être porté toujours plus haut, toujours plus loin.
 

 

vendredi 4 août 2023

La guerre du Rif : Abdelkrim Khattabi: une épopée d’or et de sang

Abdelkrim Khattabi: une épopée d’or et de sang

Zakya Daoud

140 DH

Maroc, 1921. Au cœur des montagnes du Rif, à seulement dix-sept kilomètres des côtés ibériques, un surprenant stratège, Abdelkrim, entame une extraordinaire épopée. À la tête d’une troupe de paysans pauvres, il défait une imposante armée espagnole et construit, en terre d’islam, un État moderne et révolutionnaire pour son temps. Pendant cinq ans, de 1921 à 1926, l’Émir rifain va mettre en péril l’ordre colonial alors à son apogée. Son action aura un retentissement mondial et sera saluée par Lénine, Hô Chi Minh, Sultan Galiev, Chakib Arslan, Mao Tsé-Toung, Tito… Ce livre retrace cette impressionnante épopée, complexe, controversée et paradoxalement ignorée durant des décennies. Alors que les acteurs de cette histoire, emportés par le tumulte d’événements exceptionnels, paraissent tout droit échappés d’un 17 d’aventures délirantes, Zakya Daoud s’est attachée à la relation de faits exacts, recoupés par des sources avérées, méticuleusement vérifiées. Notre reconnaissance lui va pour avoir donné vie avec tant de passion, à cet épisode de l’histoire marocaine, d’une paradoxale actualité mondiale.

ISBN

9789920769495

Dimensions145 × 25 × 215 mm
Poids0.70 kg
Date de publication

2020

Nombre de pages

440

Langue

 

jeudi 26 mai 2022

Guerre du Rif : le parti socialiste espagnol refuse de compenser les dommages causés par l’utilisation d’armes chimiques

, TelQuel, 23/5/2022
Deux puissances coloniales, l’Espagne et la France, ont dû
 unir leurs forces pour venir à bout de la République du Rif.

Présentée au Congrès des députés le 24 mars dernier par le groupe parlementaire pluriel (grupo parlamentario plural), qui rassemble plusieurs partis, cette initiative vise à clarifier “ces événements du début du siècle dernier dans la région du Rif”, a expliqué la députée Mariona Illamola Dausá (parti Junts per Catalunya).

Selon la parlementaire, de nombreuses études prouvent que, durant la Guerre du Rif (1921-1927), les forces espagnoles et françaises ont utilisé des agents chimiques contre des cibles militaires, mais aussi touché la population civile, “répandant du gaz moutarde depuis des avions”.

La députée a rappelé que ces agents chimiques avaient d’abord été achetés en Allemagne, avant d’être produits à “La Marañosa”, une usine située près de Madrid, construite sur la base d’un accord entre l’Espagne, l’Allemagne et l’Union soviétique, écrit El Faro de Melilla.

Selon la représentante du groupe parlementaire pluriel, les recherches montrent que les attaques continues de l’Espagne et de la France au gaz moutarde et autres agents chimiques ont causé des pertes militaires et civiles, mais également des cas de cécité, de maladies respiratoires ou encore des problèmes de production agricole et d’élevage “à long terme”.

 

vendredi 24 décembre 2021

Guerre du Rif : comment une "harka" de résistants rifains s'est transformée en armée régulière

Rachid Oufkir, 23/12/2021 

Abdelkrim avec un combattant en position de tir derrière une mitrailleuse HOTCHKISS

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La lutte contre l'impérialisme espagnol a progressivement transformé une "harka" de résistants rifains en une armée régulière , permanente(près de 65 000 hommes), et cela a nécessité le développement d'une bureaucratie militaire, une chaine de commandement centralisé, de direction des opérations et des responsabilités identifiées.
En résumé, le Rif fonctionnait comme un État indépendant, une république fédérale indépendante et moderne, proclamée le 18 septembre 1921. Les soldats rifains modernes étaient bien formés. ils recevaient régulièrement leurs traitements. 
 
 En 1921 , on comptabilisait 30.000 soldats qui avaient des compétences techniques et entraînés au maniement de différents types d'armes de guerre modernes . Les troupes engagées étaient composées de différentes unités militaires notamment, l'Infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie ( l'ensemble des techniques d’attaque et de défense des places, des postes, et de construction des infrastructures nécessaires aux armées au combat.), Les transmissions ( unité spécialisée dans la mise en œuvre des systèmes d'information et de communication militaires) une force navale , pris à titre de butin de guerre.
Pour information ; l'armement, les arsenaux de fusils et de munitions, des canons ( ex. Krupp ) les équipements, les véhicules, des chars , les ressources militaires rifaines étaient soit achetés soit pris à l'ennemi lorsqu'ils furent abandonnés
"À la tête de plusieurs harka regroupant chacune plusieurs milliers d’hommes, les chefs rifains croient avant toute chose aux vertus de la mobilité et de la rapidité. Bénéficiant d’une connaissance inégalée du terrain, leur tactique repose essentiellement en la multiplication de raids ponctuels et limités afin de rallier les tribus non encore soumises, tout en divisant l’effort des unités espagnoles. Farouches soldats et très bons tireurs, les combattants rifains battent les troupes espagnoles à plusieurs reprises (défaites de Dhar Abarran et d’Anoual en 1921, de Tizi 3ezza en 1924, etc.) et obligent ainsi l’armée espagnole à évacuer la région à la fin de l’année 1924, laissant les autorités françaises seules devant les revendications d’Abd el-Krim.
Face à la complexité géographique du Rif et à l’opiniâtreté des harkas rifaines, structurées et particulièrement bien armées, l’armée française est contrainte de revoir, dans l’urgence, sa conception, non seulement des opérations coloniales, mais également de l’appréciation de la technicité et en particulier de l’aviation".

Lire :
Gilles Krugler
Le colonel Paul Armengaud et l’émergence de l’emploi tactique de l’aviation (1925-1928)

 

dimanche 17 janvier 2021

HISTOIRE : 1925, guerre du Rif. L’alliance entre Pétain et Franco contre les insurgés marocains


Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi dit « Abdekrim », vivant dans la partie du Maroc sous contrôle de Madrid, lève l’étendard de la révolte contre l’occupant espagnol en 1921. Il lui inflige une cuisante défaite à Anoual (juillet 1921). En Espagne, le général Miguel Primo de Rivera prend le pouvoir en septembre 1923, installant une des premières dictatures d’extrême droite d’Europe. Rageusement, Madrid va répliquer par une guerre d’une cruauté inouïe, utilisant massivement l’arme chimique (d’ailleurs fournie alternativement par les deux anciens ennemis, la France et l’Allemagne).

 En avril 1925, les troupes d’Abdelkrim empiètent sur le territoire du Haut-Ouergha, dans le Maroc français. Occasion rêvée pour le colonialisme français de mater ce dissident devenu menaçant. La France est alors dirigée par un gouvernement de gauche, dit « du Cartel » (Paul Painlevé est président du Conseil), dirigé par le Parti radical, soutenu par la Section française de l’internationale socialiste (SFIO). Nationalistes à Madrid, hommes d’une certaine gauche à Paris : il n’y a pas de barrières idéologiques quand il s’agit de défendre la civilisation occidentale.

Au plus fort de la guerre, Abdelkrim dispose de 75 000 hommes, pour seulement 30 000 fusils. En face, la France et l’Espagne aligneront un corps expéditionnaire énorme (120 000 combattants, 400 000 supplétifs), disposant d’une supériorité matérielle écrasante (artillerie lourde, chars, aviation), utilisant les armes les plus terribles, dont des bombes chimiques.

« Il faut de l’aviation »

Lorsque la France entre dans le conflit, le maréchal Hubert Lyautey préside aux destinées du pays depuis treize ans, malgré la fiction du protectorat qui ne trompe personne. Il mènera une guerre sans pitié contre Abdelkrim. Sans pitié, mais sans guère de résultats. Bien des postes français sont isolés, et Fez paraît même un instant menacée. La personnalité et la politique du maréchal Lyautey sont de plus en plus remises en cause à Paris, d’autant qu’une vieille méfiance l’amène à s’opposer à toute manœuvre commune avec les Espagnols. Le 14 juillet 1925, le gouvernement décide d’envoyer en inspection le maréchal Philippe Pétain. Camouflet supplémentaire pour Lyautey, qu’une inimitié réciproque (et de notoriété publique) oppose à Pétain. Le sens de la mission de ce dernier est net : « Il faut renforcer les effectifs, il faut de l’aviation, il faut intensifier notre action. »1 Mais cette mission a également une signification diplomatique : la seule parade imaginable à la menace rifaine est de sceller un pacte avec les Espagnols. Fin juillet ont lieu à Madrid, puis à Ceuta, les premiers entretiens entre Pétain et Primo de Rivera. C’est à cette occasion, semble-t-il, que Pétain rencontre pour la première fois Francisco Franco, colonel et patron de la Bandera, la Légion espagnole. Une complicité de vingt années commence.

En septembre, Lyautey est rappelé à Paris. Il subit des remontrances des politiques et, surtout, il apprend la nomination de Pétain comme commandant en chef, qui passe donc d’une mission temporaire à une fonction permanente. C’en est trop. De retour au Maroc le 15 septembre, il démissionne le 24. Il est remplacé par Théodor Steeg, le ministre de la justice, mais c’est Pétain qui a désormais les pleins pouvoirs militaires.

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L’initiative concertée peut commencer : les Espagnols envoient un corps expéditionnaire au nord (Alhucemas, 8 septembre 1925) pendant que les Français attaquent par le sud. Début décembre, la presse annonce que Pétain va se rendre de nouveau à Madrid. Primo de Rivera déclare devant le conseil des ministres du 8 décembre 1925 que la France, « désirant donner une preuve de ses sentiments d’amitié envers l’Espagne, avait décidé qu’une visite serait faite prochainement à Madrid par le maréchal Pétain ». Les deux hommes se rencontrent effectivement le 25 du même mois à Madrid, puis le 28 à Tétouan, afin de combiner leurs opérations2.

L’utilisation des armes chimiques

Lors de l’hiver 1925-1926, le territoire d’Abdelkrim fait figure de forteresse assiégée. Comme il l’avait promis, Pétain mène une guerre de grande envergure. Le gouvernement lui a accordé les moyens demandés. Alors qu’en juillet, Lyautey n’avait obtenu que 2 bataillons de renforts, le nouveau commandant en chef en obtient 36 ! Surtout, la coopération militaire entre les deux pays — dont l’un utilisait des armes chimiques depuis 4 ans — devait déboucher sur une aggravation de la guerre chimique. On sait aujourd’hui que l’armée française a alors utilisé des obus au phosgène, à la chloropicrine (obus no. 7) et à l’ypérite3.

Pétain rentre en France le 6 novembre. À son arrivée à Marseille, il lâche : « Abdelkrim est encerclé. Il n’est plus à craindre. L’action militaire est terminée. Je passe la main à la politique »4 « L’action militaire est terminée »… ce n’est alors vrai qu’en partie. Il reste l’ultime assaut. Mais on peut penser qu’avec cette formule, il embarrassait son illustre prédécesseur : Pétain avait réussi là où Lyautey avait piétiné, et son successeur, le général Edmond Boichut (si Abdelkrim ne s’était pas rendu, c’eût été sa faute). Quant à la formule « Je passe la main à la politique », elle faisait allusion aux pourparlers d’Oujda entre Abdelkrim et des émissaires français, qui échouèrent. Le militaire Pétain était également un fin politique : dans tous les cas de figure, il apparaissait comme le seul vainqueur, il dégageait sa responsabilité de tout échec éventuel.

Début 1926, la guerre prend une autre dimension. Les Français alignent 48 bataillons, 17 batteries, 2 compagnies de chars et 3 escadrilles d’avions. Les armes chimiques, que Paris avait longtemps refusées à Lyautey, font désormais partie de l’arsenal français5. Comme l’écrira, presque au terme des combats, le général Niessel, inspecteur général de l’aéronautique : « Nous exécutons sur le front nord du Maroc de véritables opérations de guerre »6.

L’offensive finale est déclenchée le 8 mai 1926. Finalement, face à la supériorité mécanique des armées française et espagnole, Abdelkrim se soumet, le 27 mai. Au terme d’une guerre éprouvante, 100 000 des siens, combattants tués au front ou civils bombardés par des armes chimiques, avaient perdu la vie.

Grand-croix de la Légion d’honneur

Le 14 juillet suivant, sous l’Arc de Triomphe, le général Primo de Rivera, « pantalon rouge vif soutaché d’argent, tunique bleu sombre coupée du cordon de la grand-croix de la Légion d’honneur, shako pastel et or que couronne un plumet blanc »7 est l’invité d’honneur. Il est entouré du président Gaston Doumergue, d’Aristide Briand, président du Conseil (il a succédé à Painlevé) et, pour faire bonne mesure, du sultan Moulay Youssef.


mercredi 14 novembre 2018

Pétain, bourreau en chef du peuple marocain du Rif








Après l’hommage rendu par le président Macron, le 7 novembre à Charleville-Mézières, à Pétain et à ses “qualités de soldat”, Alain Ruscio rappelle que ce dernier, entre Verdun et Vichy, fut également responsable de la mort de milliers de civils marocains dans le Rif, en 1925 et 1926.

En 1921, Mohammed ben Abdelkrim El-Khattabi, couramment appelé Abd el-Krim, un Rifain issu d’une grande famille, vivant dans la partie du Maroc sous contrôle de Madrid, lève l’étendard de la révolte contre le colonialisme espagnol. Puis, en avril 1925, la guerre se généralise. La France coloniale, qui occupe la plus grande partie du pays, mène une guerre impitoyable contre les insurgés. Cet épisode, connu sous le nom de “guerre du Rif”, sera un des premiers grands affrontements entre une population en armes et deux grandes puissances, préfiguration de toutes les guerres de libération nationale du siècle.
 
Mohamed ben Abdelkrim el-Khattabi en couverture du Times, 1925

Dans un premier temps, la guerre est menée, côté français, par le maréchal Hubert Lyautey, qui occupe depuis 1912 le poste de Résident général. Mais l’armée française piétine. Aux yeux du pouvoir politique parisien, Lyautey est un administrateur hors pair, mais a-t-il les qualités d’un guerrier impitoyable ? C’est alors que naît au sein du gouvernement dit du Cartel des gauches cette prodigieuse idée : faire appel à celui qu’on appelle le « vainqueur de Verdun ». Cette mission a également une signification diplomatique : la seule parade imaginable est de sceller un pacte avec les Espagnols, politique à laquelle Lyautey était hostile. C’est donc un gouvernement de gauche qui va entamer le processus de coopération avec l’une des premières dictatures d’extrême droite d’Europe (le général Miguel Primo de Rivera avait pris le pouvoir par un coup d’État en septembre 1923).
Fin juillet 1925, ont lieu de premiers entretiens Pétain-Primo de Rivera. C’est à cette occasion, semble-t-il, que Pétain rencontrera pour la première fois Francisco Franco, alors colonel et patron de la Bandera, la Légion espagnole. Les deux hommes avaient des convictions communes. Nul doute que cette rencontre scellera, sinon une amitié, du moins une complicité, qui se confirmera en mars 1939 quand, Franco devenu maître de l’Espagne, Pétain sera envoyé près de lui comme ambassadeur !
La presse conservatrice, qui critique discrètement Lyautey depuis le début de l’offensive d’Abd el-Krim, exprime son « soulagement » (Le Figaro, 17 juillet 1925). Le sens de la mission Pétain est net : « Il faut renforcer les effectifs, il faut de l’aviation, il faut intensifier notre action » (Le Petit Journal, 17 juillet 1925).


L’initiative concertée peut commencer : les Espagnols débarquent au nord (Alhucemas, 8 septembre 1925) pendant que les Français attaquent Abd el-Krim par le sud. Lors de l’hiver 1925-1926, le territoire d’Abd el-Krim fait désormais figure de forteresse assiégée.
Comme il l’avait promis, Pétain mène une guerre de grande envergure. Le gouvernement lui a accordé les moyens demandés. Alors qu’en juillet, Lyautey n’avait obtenu que deux bataillons de renforts, le nouveau commandant en chef en obtient trente-six ! Début 1926, la guerre prend une autre dimension. Les Français alignent quarante-huit bataillons, dix-sept batteries, deux compagnies de chars et trois escadrilles d’avions. Les armes chimiques font désormais partie de l’arsenal français. Comme l’écrira, presque au terme des combats, le général Niessel, Inspecteur général de l’aéronautique : « Nous exécutons sur le front nord du Maroc de véritables opérations de guerre » (Revue de Paris, 1er février 1926).
L’offensive finale est déclenchée le 8 mai 1926. Finalement, face à la supériorité mécanique des armées française et espagnole, Abd el-Krim se soumet, le 26 mai. La presse conservatrice exulte : « La fin de l’aventure marocaine. Abd el-Krim s’est rendu. Il s’est réfugié dans nos lignes » (Le Figaro, 27 mai)…
Si l’armée espagnole a subi lors de cette guerre de lourdes pertes (13 000 à 19 000 morts), si l’armée française a vu 12 000 hommes mourir (dont 9 000 auxiliaires marocains, algériens, sénégalais ou présentés comme tels), on ne connaît pas les chiffres des pertes rifaines. Certaines sources, invérifiables, évoquent la mort de 100 000 personnes. Mais, au sein de cette masse, combien de combattants ? Et combien de civils morts sous les bombardements de l’armée de la République française ? Combien – question qui fâche – sont morts de leurs brûlures du fait de la guerre chimique espagnole et française ?
Voilà une « glorieuse épopée » à laquelle le nom de Philippe Pétain restera attaché. Entre les fusillés pour l’exemple de 1917 et les juifs envoyés dans les camps en 1942, il y eut les Marocains fauchés par milliers en 1925-1926.

Alain Ruscio est historien, il a notamment dirigé l’ Encyclopédie de la colonisation française, 4 volumes, Les Indes Savantes, 2016-2019.


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En 1921, Mohammed ben Abdelkrim El-Khattabi, couramment appelé Abd el-Krim, un Rifain issu d’une grande famille, vivant dans la partie du Maroc sous contrôle de Madrid, lève l’étendard de la révolte contre le colonialisme espagnol. Puis, en avril 1925, la guerre se généralise. La France coloniale, qui occupe la plus grande partie du pays, mène une guerre impitoyable contre les insurgés. Cet épisode, connu sous le nom de “guerre du Rif”, sera un des premiers grands affrontements entre une population en armes et deux grandes puissances, préfiguration de toutes les guerres de libération nationale du siècle. Mohamed ben Abdelkrim el-Khattabi en couverture du Times, 1925 Dans un premier temps, la guerre est menée, côté français, par le maréchal Hubert Lyautey, qui occupe depuis 1912 le poste de Résident général. Mais l’armée française piétine. Aux yeux du pouvoir politique parisien, Lyautey est un administrateur hors pair, mais a-t-il les qualités d’un guerrier impitoyable ? C’est alors que naît au sein du gouvernement dit du Cartel des gauches cette prodigieuse idée : faire appel à celui qu’on appelle le « vainqueur de Verdun ». Cette mission a également une signification diplomatique : la seule parade imaginable est de sceller un pacte avec les Espagnols, politique à laquelle Lyautey était hostile. C’est donc un gouvernement de gauche qui va entamer le processus de coopération avec l’une des premières dictatures d’extrême droite d’Europe (le général Miguel Primo de Rivera avait pris le pouvoir par un coup d’État en septembre 1923). Fin juillet 1925, ont lieu de premiers entretiens Pétain-Primo de Rivera. C’est à cette occasion, semble-t-il, que Pétain rencontrera pour la première fois Francisco Franco, alors colonel et patron de la Bandera, la Légion espagnole. Les deux hommes avaient des convictions communes. Nul doute que cette rencontre scellera, sinon une amitié, du moins une complicité, qui se confirmera en mars 1939 quand, Franco devenu maître de l’Espagne, Pétain sera envoyé près de lui comme ambassadeur ! La presse conservatrice, qui critique discrètement Lyautey depuis le début de l’offensive d’Abd el-Krim, exprime son « soulagement » (Le Figaro, 17 juillet 1925). Le sens de la mission Pétain est net : « Il faut renforcer les effectifs, il faut de l’aviation, il faut intensifier notre action » (Le Petit Journal, 17 juillet 1925). L’initiative concertée peut commencer : les Espagnols débarquent au nord (Alhucemas, 8 septembre 1925) pendant que les Français attaquent Abd el-Krim par le sud. Lors de l’hiver 1925-1926, le territoire d’Abd el-Krim fait désormais figure de forteresse assiégée. Comme il l’avait promis, Pétain mène une guerre de grande envergure. Le gouvernement lui a accordé les moyens demandés. Alors qu’en juillet, Lyautey n’avait obtenu que deux bataillons de renforts, le nouveau commandant en chef en obtient trente-six ! Début 1926, la guerre prend une autre dimension. Les Français alignent quarante-huit bataillons, dix-sept batteries, deux compagnies de chars et trois escadrilles d’avions. Les armes chimiques font désormais partie de l’arsenal français. Comme l’écrira, presque au terme des combats, le général Niessel, Inspecteur général de l’aéronautique : « Nous exécutons sur le front nord du Maroc de véritables opérations de guerre » (Revue de Paris, 1er février 1926). L’offensive finale est déclenchée le 8 mai 1926. Finalement, face à la supériorité mécanique des armées française et espagnole, Abd el-Krim se soumet, le 26 mai. La presse conservatrice exulte : « La fin de l’aventure marocaine. Abd el-Krim s’est rendu. Il s’est réfugié dans nos lignes » (Le Figaro, 27 mai)… Si l’armée espagnole a subi lors de cette guerre de lourdes pertes (13 000 à 19 000 morts), si l’armée française a vu 12 000 hommes mourir (dont 9 000 auxiliaires marocains, algériens, sénégalais ou présentés comme tels), on ne connaît pas les chiffres des pertes rifaines. Certaines sources, invérifiables, évoquent la mort de 100 000 personnes. Mais, au sein de cette masse, combien de combattants ? Et combien de civils morts sous les bombardements de l’armée de la République française ? Combien – question qui fâche – sont morts de leurs brûlures du fait de la guerre chimique espagnole et française ? Voilà une « glorieuse épopée » à laquelle le nom de Philippe Pétain restera attaché. Entre les fusillés pour l’exemple de 1917 et les juifs envoyés dans les camps en 1942, il y eut les Marocains fauchés par milliers en 1925-1926. Alain Ruscio est historien, il a notamment dirigé l’ Encyclopédie de la colonisation française, 4 volumes, Les Indes Savantes, 2016-2019. Source : Histoire coloniale A lire aussi : Vous m’avez fait le don infiniment précieux de la pauvreté Annie Lacroix-Riz : “collabos de gauche et résistants de droite”? L’œuvre négative du colonialisme français aux Antilles : la production et la reproduction d’une pigmentocratie Derniers articles d'Investig'Action : Chris Hedges La crucifixion de Julian Assange Alain Ruscio Pétain, bourreau en chef du peuple marocain du Rif Jean-Pierre Page Sri Lanka : « rétablir » la vérité ! Redaction de Notre Amerique / Paulo Correia Résister c’est progresser Dernières vidéos : Michèle Janss Commémorations de la fin de la guerre 14-18 Michel Collon Salon du livre à Beyrouth: La Belgique censure Michel Collon. Mais le débat aura lieu ! 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