Pour accéder aux salles d’audience de la Cour d’appel de Casablanca, il
faut en passer par un escalier monumental de vingt-sept marches.
Interminables. Réplique absurde et misérable d’une architecture
coloniale qui se voulait grandiloquente, brandie en guise d’épée de
Damoclès, afin de mieux frapper l’esprit des indigènes et impressionner
les éventuels contradicteurs d’entre eux. Le colonisateur parti, les
réflexes sont restés. Le Makhzen se les est naturellement appropriés, pour mieux terroriser le petit peuple.
Dans
cet escalier de dix mètres de large, il n’y a pas un seul garde-corps,
pas une seule rambarde ou filière pour ceux qui seraient à la peine,
les vieillards, les impotents et autres handicapés. Point d’escalator ni
d’ascenseur non plus. Il en va ainsi de la vie au Maroc. Point de salut
ni de soutien aux plus faibles.
Et
les deux paliers intermédiaires n’y feront rien, ceux qui empruntent
cette interminable montée sont condamnés à la subir, comme première
étape d’un long calvaire qui leur fera boire le calice de l’injustice
jusqu’à la lie. Car n’allez surtout pas, l’espace d’un instant, imaginer
ceux qui détiennent les leviers du pouvoir et de l’argent, fouler ces
marches. Ceux-là en seront quittes pour un simple appel téléphonique. La
punition est exclusivement réservée aux pauvres parmi les pauvres,
aux sans-voix et aux sans-grades. Des justiciables comme ils disent et
qui n’ignorent rien de ce qui les guette, au bout de cette interminable
escalade: un supplice ourdi par une justice aux ordres qui intime le
silence, brise les consciences et fait se consumer les cœurs des
familles et des bien-aimés.