Le Maroc est au cœur de l’actualité
internationale à travers les actes terroristes de ses ressortissants qui
ont endeuillé l’Espagne. Dans son dernier discours à la nation, le roi
n’a pas évoqué ce sujet lié aux migrations, ni celui, interne, de la
crise sociale dans le Rif. Tous ces sujets concernent pourtant la nature
de son régime, de plus en plus questionnée.
La terreur des fous de Dieu en Europe, en majorité d’origine marocaine, le retour explosif des pateras vers le Vieux Continent via
l’Espagne, la situation toujours préoccupante dans le Rif et les
questionnements qui en découlent sur la suprématie de la monarchie sur
tous les pouvoirs politiques au Maroc ont constitué l’essentiel de
l’actualité marocaine ces derniers jours, à l’aune des événements
sanglants de Barcelone, Cambrils et Turku. Pourtant, aucun de ces sujets
qui mettent plus que jamais le Maroc sous les feux des projecteurs n’a
été abordé par le roi Mohammed VI, lors de son discours prononcé il y a
une semaine à l’occasion du 64e anniversaire de la « Révolution du roi et du peuple ». Celui-ci a préféré le consacrer, contre toute attente, à l’Afrique, où Rabat mène depuis des mois une intense offensive diplomatique.
En interne, le grand public a attendu, voire espéré, une suite « logique » au discours du Trône, prononcé quelques semaines auparavant. Dans le contexte des événements d’Al Hoceima
qui agitent la région du Rif depuis neuf mois, ce discours avait été
compris comme un prélude à une désescalade au profit des détenus du Hirak (le
mouvement contestataire rifain), mais aussi un premier pas dans le sens
de la normalisation des rapports entre autorités et populations
locales.
Il n’en fut rien. Une poignée de détenus avaient été graciés pour
l’occasion, mais pas le noyau dur du mouvement, toujours accusé « d’atteinte à la sûreté de l’État ».
Dans le Rif, les arrestations sont quotidiennes. Le roi, en
villégiature dans le nord du pays (avant de se rendre à Paris pour un
nouveau séjour privé, le troisième en quelques mois), a donné un
blanc-seing à son appareil sécuritaire pour en finir avec les dernières
poches de sédition, alors que les manifestations à Al Hoceima et dans
les localités avoisinantes ont perduré mais perdu leur intensité,
tant le mouvement social rifain a été laminé. Plus de 300 personnes ont
été arrêtées à ce jour. Les médias, endormis par la torpeur de l’été, le
buzz des faits divers grossis à l’envi
et l’actualité internationale, ont déserté la région. Seuls les
activistes continuent de couvrir au jour au jour l’actualité rifaine,
faite de manifestations sporadiques et de descentes de police.
« Le ministère de l’intérieur a refusé de commenter les
accusations de torture et de répression contre les manifestants
pacifiques, et le porte-parole du gouvernement n’a pas répondu aux
interrogations de la presse », a commenté récemment le New York Times, rappelant que lors de son précédent discours de juillet à l’occasion de la Fête du Trône, « le
roi Mohammed a blâmé les partis politiques pour les troubles du Rif,
mais n’a pas proposé de solutions spécifiques aux griefs des habitants
de la région ». Une vaste enquête a, certes, été diligentée, et des
ministres ont été privés de vacances d’été pour rattraper les retards
accumulés depuis des années dans les chantiers de développement de la
région.




