Blog du Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental, de Palestine et du monde, créé en février 2009 à l'initiative de Solidarité Maroc 05, AZLS et Tlaxcala
2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas
El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.
Sahara occidental: cinquante ans après, quelles perspectives pour le Front Polisario?
Créé le 10 mai 1973, le Front populaire pour la
libération de Sakia el-Hamra et du Rio de Oro – devenu une année plus
tard le Front Polisario –, avait pour but de libérer ce territoire de
266 000 km2 de l’emprise espagnole. Le Sahara occidental s’appelait
alors « Sahara espagnol » et était réclamé, à l'époque, à la fois par le
Maroc et par la Mauritanie.
Le
Front Polisario était, dans un premier temps, financé et armé par la
Libye de Kadhafi, qui souhaitait être le soutien des mouvements de
libération en Afrique. Le rôle a plus tard été repris par l’Algérie qui,
à l’époque, confisquait les armes venant de Libye pour le compte du
Polisario, ne voulant pas fâcher l’Espagne d’un côté et le Maroc de
l’autre.
Cinquante ans
jour pour jour après la naissance du mouvement, où en est-on de cette
lutte pour l'indépendance d’un territoire dont les deux tiers sont
aujourd’hui contrôlés par le Maroc ?
Un statu quo qui arrange tout le monde
Lors de son 16e congrès en janvier dernier au camp de Dakhla, l'un des combattants du Polisario a déclaré au journal Le Monde que « l’inaction de la communauté internationale nous condamne à une mort lente. Nous préférons, a-t-il dit, mourir avec dignité ». Un refus net du statu quo qui prédomine dans ce conflit post-colonial, le plus vieux sur le continent africain.
Publicitée statu quo est l’un des problèmes de ce conflit qui n’est pas géostratégiquement
important pour attirer une attention suffisante qui fasse que la
communauté internationale mette la pression sur les parties pour arriver
à une résolution »,
affirme Aboubakr Jamaï, spécialiste du Maghreb et professeur de
relations internationales à Aix-en-Provence. Cet universitaire remarque
qu’il «y a
toujours eu des conflits plus pressants pour la communauté
internationale, comparé à un conflit qui est assez froid en réalité...
On peut probablement dire que c'est un échec du Polisario, parce qu'il
pensait qu'en décidant de rompre le cessez-le-feu, il allait pouvoir
attirer cette attention-là. Force est de constater qu'il a perdu sur ce
point, parce qu’il n’y a pas eu de regain d'intérêt en faveur de ce
conflit, ce qui, à mon avis, joue en faveur du statu quo et qui est en faveur du Maroc ».kr Jamaï, c'est cette situation de statu quo qui fait que «les prémices d'une solution sont éloignées en raison de cette radicalisation des uns et des autres le président américain Donald Trump a reconnu la «marocanité»
du Sahara, l’attitude marocaine fait écho à cette position même si, en
question de droit international, rien n’a changé et que le Sahara, au
regard des Nations unies, reste un territoire «non autonome».Selon plusieurs observateurs, ce uo
arrange finalement tout le monde, surtout les Européens qui ne veulent
pas se brouiller avec le Maroc ou avec l’Algérie à cause de cette
question. Ils ne veulent pas non plus aller contre la volonté des
États-Unis.
La jeunesse du Polisario s’oppose à l’ancienne génération
Aujourd’hui, il y a, au sein du mouvement Polisario, deux tendances qui s'opposent : la jeunesse qui réclame un changement de stratégie face au statu quo.
Elle appelle à un durcissement de la lutte armée. Face à elle, la
vieille génération parie toujours sur l’ONU et la communauté
internationale pour résoudre ce conflit.
La
position de cette jeunesse et son opposition est un élément très
important qui vient d'apparaître dans l'équation sahraouie. Selon
Ricardo Fabbiani, directeur de recherche sur le Maghreb à
l’International Crisis Group, «c'est une opposition au leader, Ibrahim Ghali.
La jeunesse réclame de faire monter un peu le niveau de combats et
d’essayer de mener une espèce d'escalade militaire contre le Maroc, à
l’intérieur même du territoire occupé, afin de faire monter la tenson
dans la région».
Une position qui va à l’encontre de la
stratégie adoptée par le chef du Polisario, qui continue, lui, dans une
certaine mesure à être ouvert à l'hypothèse de la reprise de
pourparlers. «Cette
opposition au sein du Polisario est surtout soutenue par la jeunesse.
Il y a une génération de Sahraouis, dans les camps de Tindouf, qui a
grandi dans l'atmosphère de cessez-le-feu de 1991 et donc l'accord de
l'ONU pour organiser un referendum, qui n'a jamais donc eu lieu. C'est
une jeunesse qui en a marre du statu quo et qui croit qu'il faut revenir aux armes pour libérer le territoire occupé », analyse Ricardo Fabbiani.
L’impuissance de l’ONU
Si
ce long conflit marque également le manque d'intérêt géopolitique de la
communauté internationale pour cette région, la guerre récente en
Ukraine n’arrange pas les choses. « Finalement, on est revenu à une
configuration internationale, États-Unis contre la Russie, Occidentaux
contre ce qu'on appelait autrefois les non-alignés. Donc, le fait de
revenir à une configuration qui n'est pas la guerre froide, mais qui y
ressemble, ne va pas, en tout cas, dans le sens d'une régulation, souligne Pierre Vermeren, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Cela étant dit, ce qui va être très important, c'est la sortie de la
crise de l’Ukraine. Est-ce que la Russie va gagner, est-ce que qu'il y
aurait un statu quo ? Est-ce que les États-Unis ou leurs alliés vont plutôt marquer des points ?»
C’est
donc l’issue de ce conflit en Ukraine qui va déterminer le nouveau
contexte international et qui fera naître, peut-être, un nouvel ordre
mondial. Il faut rappeler, note Pierre Vermeren, «que
cette question du Sahara, elle est en débat chaque année à l'ONU, que
l'ONU est présente sur le terrain, que l'ONU a montré depuis très
longtemps son impuissance, notamment à cause de la guerre froide, mais
la guerre froide est finie depuis très longtemps et l'impuissance (de l’ONU) a demeuré».
Actuellement,
l'hypothèse d'une reprise de pourparlers semble difficile à envisager.
Le Polisario exige une évolution de la position de l'ONU. Quant au
Maroc, il a réussi à imposer une nouvelle réalité sur le front politique
et diplomatique. Plusieurs pays africains et européens reconnaissent
désormais la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
De plus en plus de mineurs isolés ou non accompagnés viennent
chercher refuge en France. Leur nombre varie suivant les critères
utilisés parmi ceux qui sont visibles, mais beaucoup ne le sont pas.
Ceux qui sont pris en charge bénéficient de la protection de l’Etat
jusqu'à leur majorité, souvent difficile à établir. Mais le système
peine à prendre en compte leurs traumatismes et leurs histoires et ces
enfants qui arrivent en piteux état en France ne sont pas au bout de
leurs souffrances. Entretien avec Eric Sandlarz, psychanalyste,
psychologue clinicien au Centre Primo Levi, un organisme en pointe pour
les réfugiés victimes de torture et de violences politique dans leur
pays d'origine.
Le centre Primo Levi est un centre de soins à Paris destiné aux
personnes victimes de la torture et de la violence politique dans leur
pays d’origine et aujourd’hui réfugiées en France. Ces personnes sont
reçues par une vingtaine d’intervenants (médecins, psychologues,
kinésithérapeutes). L’organisme très réputé a une liste d’attente de six
mois minimum.
En 2018, plus de 46 700 personnes (mineurs inclus)
ont été placées sous la protection de l’Office français de protection
des réfugiés et apatrides (Ofpra) au titre du statut de réfugié et de la protection subsidiaire, un chiffre en hausse de 9% par rapport à 2017.
RFI: Eric Sandlarz, qui sont ces mineurs isolés étrangers en France?
Eric Sandlarz : C’est
extrêmement vaste, divers, complexe et variable selon les périodes, les
situations dans les pays d’origine et les moments de crue migratoire. Ce
qu’on peut dire, c’est qu’il y en a beaucoup plus qu’avant, avec un
vrai problème de respect de l’adolescence.
On ne parle plus
aujourd’hui de mineur isolé, mais de mineur non accompagné, on ne cesse
de faire se succéder des sigles, des acronymes pour désigner ces jeunes
et au fur et à mesure des désignations, on perd de plus en plus les
enjeux. Quand on passe d’isolé étranger à non accompagné, on ne parle
plus du tout des mêmes choses. Que « l’étranger » saute et que
« l’isolé » saute, ce qui saute c’est ce qu’ils éprouvent eux, d’être
des étrangers pour les autres et d’être étranger à eux même, précisément
parce qu’ils sont isolés. Donc de passer d’un acronyme à l’autre, on
peut déjà s’arrêter et se focaliser là-dessus et se rendre compte que
cette évolution linguistique acronymique banalise des enjeux cruciaux.
Ils
partent pour mille et une raisons. Il y a toujours une situation
politique d’origine. Faire une différence entre migration économique et
migration politique est une ânerie. Je ne sais pas comment on peut
dissocier l’économique du politique. Il n'y a qu’en Occident, pour des
raisons de préciosité linguistique et des enjeux électoralistes, que
l’on fait ces différences. Mais s’il y a une situation économique qui
pousse un jeune à s’en aller, il est évident qu’à l’origine de cette
situation, il y a un enjeu politique. Donc, il y a toujours une question
politique qui pousse ces jeunes à partir, car il n’y a pas d’avenir.
C’est « no future ».
Quand on parle de ces jeunes, on parle de quelle tranche d’âge?
Ça
va de 10 ans à 22 ans. Massivement, cela touche une population qui a
entre 12, 13 ans jusqu’à 20, 22 ans. Sachant que s'ils sont reconnus
majeurs, c'est-à-dire au-delà de 18 ans, ils sont censés ne pas être
pris en charge. Donc, quand je dis « une population qui va de 12 à 22
ans » c’est parce que je prends en compte tous ces jeunes errants qui ne
sont pas nécessairement reconnus comme mineurs isolés ou mineurs non
accompagnés parce qu’ils ont 19 ou 20 ans, suivant un âge osseux qui est
mesuré, comme le Conseil d’État vient de le dire, avec une marge
d’erreur de trois à 18 mois.
On voit bien que pour un adulte, le voyage est difficile et coûte cher. Mais comment un mineur peut-il le faire ?
Il
a toujours son corps à négocier, pour dire les choses crûment. Comment
un jeune peut-il partir de Syrie et arriver jusqu’en France, traverser
tout ce qu’il traverse et rester à peu près debout ?... Il y a une chose
essentielle qui s’est modifiée depuis deux ans, qui concerne les
Subsahariens, voire un certain nombre de jeunes du Moyen-Orient, c’est
le passage par la Libye, par la torture, par les viols… On se retrouve
aujourd’hui avec en face de nous, des jeunes qui ont eu des
problématiques dans leur pays, fort différentes des uns aux autres selon
les pays d’origine, qui ont été, pour une bonne partie d’entre eux,
obligé de passer par la Libye et là c’est l’horreur. Ces jeunes ont
alors quelque chose d’enkysté, et cela va être extrêmement compliqué
d’en parler, d’arriver à transformer les échecs qu’ils ont vécus en
Libye, et cette douleur n’est quasiment pas prise en compte. Le soin
psychique des réfugiés, et a fortiori de ses adolescents, est réduit à une peau de chagrin.
L’état
de la psychiatrie et de l’offre psy privée en France aujourd'hui ne
permet pas d'orienter ces jeunes. Donc, on leur propose, de manière
accélérée, des « prêt-à-porter » sociaux, d’apprentissage, d’accès à
l’autonomie et il faut que ça aille très vite, car ça coûte cher à
l’État français. Donc à peine arrivés, ils doivent apprendre le
français, avoir une formation. Comme en plus on supprime les contrats
jeunes majeurs pour les 18-21ans, à 18 ans, ils doivent être des
ouvriers autonomes sur le territoire français, sans que l'on prenne en
compte tout ce qu’ils ont vécu, et ça, c’est un vrai scandale. C’est une
maltraitance monumentale.
C'est
très compliqué de les écouter et beaucoup ne sont pas formés pour ça.
Ces jeunes n’ont pas intérêt à parler, parce que c’est revivre les
humiliations et on ne va pas se présenter en proposant une image de
soi-même qui a été éminemment dégradée. Ce que disent les éducateurs,
les travailleurs sociaux sur le territoire français, c’est que ces
jeunes, à l’inverse des cas sociaux d’ici, sont extrêmement silencieux,
ils ne racontent pas leurs histoires. La question pour les gens qui les
suivent, c’est comment avoir accès à ce qui s’est passé pour eux. Pour
les jeunes, la problématique c’est « comment faire en sorte que l’adulte
qui est en face de moi s’occupe de moi le mieux possible et le plus
rapidement possible, en plus il n’y a pas de temps et cela ne va
certainement pas aider de savoir tout ce qui m’est arrivé ». Les jeunes
finalement se protègent et protègent ceux à qui ils ont affaire pour
pouvoir s’intégrer le plus vite possible pour obtenir leurs papiers,
apprendre le français et avoir une formation…
Ils sont les
représentants de notre merveilleuse humanité, donc parmi eux, il y a des
gens très intelligents, très fins, mais cela n'est pas pris en compte,
en général on leur propose d’être « techniciens de surface ». Ces jeunes
viennent de quelque part, ils ont eu des parents, parfois ils ont une
histoire qui les pousseraient vers un métier, mais tout cela n'est pas
écouté. Je me souviens d’un jeune dont le père était infirmier et qui
voulait être infirmier. Son père avait disparu dans la pièce d’à côté,
massacré, il avait tout entendu, il avait douze ans. Jamais on n'a
accepté qu’il fasse des études d’infirmier. Car c’est trop long, ça
coûte trop cher et tout cela est un gâchis économique monumental. On
prend en charge ces jeunes avec l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et il y
a une pression massive pour que ce soit liquidé à leurs 18 ans. Quand
la prise en charge des mineurs majeurs ASE s’arrête, ils sont sortis des
hôtels, des foyers et mis à la rue.
Pour certains,
l’enfer c’est aussi à l’arrivée. Il y a les trafiquants d’êtres humains
qui peuvent les exploiter, les prostituer par exemple.
Ce
sont des proies. Ce sont des gens qui ne comptent pas. Il y a ceux
qu’on voit arriver qui sont la partie émergée de l'iceberg et tous ceux
qu’on ne voit pas, plus tous ceux qui sont morts en route. Depuis deux
ans, on parle des morts en Méditerranée, mais il y a aussi tous les
morts en Libye, dans le désert et un peu partout. Tous ces jeunes que
j’écoute ont vu quelqu’un mourir à côté d’eux, ça fait partie des choses
les plus difficiles avec lesquelles ils vivent. Ce cadavre inscrit dans
leur psyché comme s’ils étaient des sépultures. Ils sont les derniers
témoins d’un jeune qui a disparu sur le chemin. Dans la survie, le
copain devient le personnage essentiel et quand il meurt à côté de vous,
c’est un bout de vous qui part.
D’un point de vue psy, le
traumatisme est cumulatif : ils arrivent en miettes et c'est la première
démolition qui conditionne les autres.« Une fois que j’ai été
violé, je suis persuadé que tout le monde le sait ». Quand quelqu’un me
regarde un peu fixement, au bout de 30 secondes j’imagine qu’il sait,
qu’il l’a deviné. Vous imaginez la vie de ces jeunes femmes ou de ces
jeunes hommes, victimes de viol, habités par l’intime conviction que ça
se sait ! C’est comme si vous étiez une baraque qui a été cambriolée, si
vous passez devant vous voyez les portes, les fenêtres ouvertes et
n’importe qui peut rentrer. C’est la sensation qu’a le sujet. Donc, dans
ces conditions-là, ce sont des proies et il y a des prédateurs.
Il y a des populations particulières chez ces mineurs isolés étrangers?
Il
y a plein de populations différentes. Vous avez toute la problématique
des prostituées nigérianes qui ont entre 12 et 22 ans. Autre exemple,
vous avez ces Marocains de 12-13 ans, polytoxicomanes, qui ont amené la
police du XVIIIe arrondissement de Paris à faire appel à des policiers
du Maroc pour essayer de traiter le problème, car eux-mêmes étaient
complètement dépassés. Ces gamins de 12-13 ans sillonnent l’Europe, vous
les mettez dans un foyer et le lendemain ils sont partis. Ils
fonctionnent en grappe, il n’y a pas de sujet, ce sont des grappes,
comme des enfants soldats, et travailler avec une grappe, c’est très
compliqué. Donc, il y a plein de psychologies comme cela, différentes
les unes des autres.
Ce qu’on observe actuellement, c’est une
augmentation massive des Afghans et des Guinéens qui sont la deuxième
population plus importante de mineurs isolés en France… Une autre
histoire différente, ce sont celles qui fuient leur pays pour ne pas être
victimes de l’excision, car sur ce motif en France, on peut obtenir le
statut aujourd’hui, et cela concerne énormément de femmes africaines.
Comment on survit en France?
Quand
on est un jeune et qu’on arrive sur le territoire français, on est dans
la survie, on va essayer de chercher où on peut trouver du pain, où on
peut dormir, où on peut trouver la personne qui va répondre, qui va vous
donner un vêtement, etc. Tout cela s’apprend et ils ont eu le temps
d’apprendre quand ils sont passés par la Libye et ailleurs. Par exemple,
sur le territoire français, suivant les départements, vous obtenez
votre statut ou pas, on reconnaît votre minorité ou pas, car les préfets
n’appliquent pas la loi de la même façon. Les directions ASE suivant
les départements se comportent différemment, il y a des départements où
il y a encore des contrats "jeunes majeurs", mais dans les trois quarts,
il n'y en a plus. Donc, quand on est un jeune, on a intérêt à se
renseigner pour sauver sa peau.
Ce qui est moche, c’est que c’est
souvent raconté comme si le réfugié était menteur, retors, rusé, alors
qu’ils sont dans la survie. Il y a le discours d’extrême droite sur le
soi-disant fait qu’ils pillent la sécurité sociale et ainsi de suite, et
on ajoute des éléments les uns aux autres pour dresser un certain type
de tableau, que ces jeunes sont missionnés, par exemple.
Quand je
suis un père en Afghanistan et que je sais que mon enfant n’aura pas de
boulot, qu’il risque sa peau avec les talibans parce que je suis Hazara,
je l’envoie en France ou en Angleterre, parce que c’est une
responsabilité de père que je remplis, pour lui laisser la possibilité
d’un avenir.
Comment répond le système français à ces jeunes mineurs?
Ce
qui est génial en France, c’est qu’il y a la protection de l’enfance et
puis l’Aide sociale à l'enfance et l’obligation de scolarité jusqu'à 16
ans, car l’État est tuteur. Mais dès qu’ils ont 18 ans, on s’en
débarrasse. On dit : « Ça suffit, ça à coûté assez d’argent », pourtant
quand ces jeunes arrivent ici, ils sont démolis et ils n’ont qu’une
envie, c’est de s’intégrer.
Dans tous les lieux où j’interviens,
il y a une demande énorme de formation sur les mineurs isolés. On se
balade un peu partout, Poitiers, Nice… il n’y a pratiquement plus
d’endroits, plus de départements, où l'on peut proposer des contrats
« jeunes majeurs », dont le suivi s’achève à 21 ans, ce qui permet
vraiment d’avoir l’apprentissage du français et d’un métier avec CAP
(certificat d'aptitude professionnelle), BTS (brevet de technicien
supérieur) par exemple. Mais en arrêtant tout à 18 ans, beaucoup ont à
peine le temps de passer un CAP, d’apprendre le français et ils sortent
du système ASE. Tous les gens que je rencontre disent qu’avec ces jeunes
en général, il n’y a aucun problème scolaire, aucun problème de
règlement.
Donc, c’est un gâchis économique et un gâchis de soin
aussi, car si un jeune est correctement suivi, qu’il apprend le français
et qu’il trouve un boulot, il pourra vraiment consulter en ayant repris
un peu d'assise.
Mais quand un jeune est complètement démoli,
avec la carence d’offre sur le territoire français et qu’à 18 ans, même
s'il a été pris en charge, il se retrouve du jour au lendemain à la rue,
que ce passe-t-il ? C’est ça la problématique des mineurs isolés en
France et cela concerne plus d’une dizaine de milliers de jeunes.
Combien s’en sortent?
C’est
difficile à dire. Peut-être un peu plus de la moitié, mais le problème,
c’est qu’on ne compte pas les morts, on ne compte pas ceux qui ne sont
pas dans le circuit, ceux qui ne trouvent pas une porte ouverte ici et
qui vont dans le pays suivant... tout cela n’est pas comptabilisé. On
peut faire des estimations au vu des résultats, de l’obtention du
statut, des choses comme ça, car c’est chiffré, mais il y en a des tas
qui échappent aux chiffres. Alors, on peut s'interroger sur ce que
reflètent ces chiffres ?
Il y a des tas de départements ou l’Aide
sociale à l'enfance dit aux jeunes : « Votre demande d’asile, vous avez
une chance sur dix de l’avoir, donc on ne va pas perdre du temps,
faisons une demande de vie privée familiale pour un an pour que vous
puissiez trouver un boulot et comme ça vous transformerez votre carte
plus vite ».
Ce qui est clair, c’est que, quelles que soient les
horreurs vécues par la victime, cela ne sera pas reconnu, on n’en
parlera pas parce que cela va nous encombrer, on ne va pas se lancer
là-dedans. Il y a une majorité de structures ASE dans les départements
qui répondent comme cela aux jeunes, ils ne vont pas dans la direction
de l’asile alors qu’ils mériteraient le statut de réfugié. Donc, on les
met dans des situations sociales et juridiques qui sont compliqués
après.
Moi, je reçois des jeunes qui ont un statut d’étudiant,
parce qu’ils sont en train de finir un CAP et qu'ils n’ont pas le droit
de travailler parce qu’ils ont un statut d’étudiant. Certains, je les
suis dans cette situation depuis trois ou quatre ans et quand ils ont un
récépissé pour trois mois, ils travaillent trois mois. Mais quand le
récépissé devient caduc, le patron les vire, et ils se retrouvent à la
rue à nouveau… Des jeunes de 19 à 22 ans. Je continue de les recevoir,
je suis psy, mais quel boulot je fais ? Vous pensez que je parle de
l’Œdipe ?
Ce que j’essaye de faire dans les formations, dans la
transmission de mon expérience auprès de tous ceux qui interviennent
auprès de ces mineurs, c’est de dire que ce sont d’abord des
adolescents, d’arrêter de se focaliser sur l’étranger, le culturel, le
transculturel et je ne sais quel traumatisme… commençons par faire
simple: on a affaire à des adolescents et avec ça, on est déjà
suffisamment embarrassés, car il n'y a pas plus embarrassant qu’un
adolescent.
Les
Algériens sont à nouveau en masse dans la rue. Ils s’opposent encore
plus fermement à une nouvelle candidature d’Abdelaziz Bouteflika. La
jeunesse est en première ligne. Elle dit son amertume et sa colère.
Reportage dans les rues d’Alger.
Combien
sont-ils dans la rue lors de la deuxième grande journée de contestation
pour dire « non ! » à un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika,
président en exercice depuis avril 1999 ? Sans doute des centaines de
milliers à Alger, Oran, Constantine, Annaba, des dizaines de milliers
dans les villes de moindre importance et, vraisemblablement, des
millions à travers tout le pays. Ces chiffres-là prennent de court des
dirigeants jusque-là convaincus de leur superpuissance, de la peur
qu’ils peuvent inspirer. « L’État a prouvé par le passé qu’il peut
maîtriser la rue », clamait, le 2 février dernier, lors d’une conférence
de presse, le premier ministre, Ahmed Ouyahia. Il avait tout faux. Sa
menace, à peine voilée, ne les a pas dissuadés : les Algériens sont
sortis en masse le 22 février, ils déferlent à nouveau aujourd’hui.
C’est la rue, et elle seule, qui prend à présent la
parole. Les partis politiques se sont mis en veilleuse, les médias
publics ronronnent autour du bilan du gouvernement, les TV privées,
grassement nourries par le pouvoir, continuent à servir sa propagande
sans rien dire des rassemblements qui s’enchaînent depuis plus d’une
dizaine de jours. Les faits sont inédits : trois générations se donnent
la main dans un élan historique. Celle des années post-indépendance,
amèrement déçue devant ce « fleuve détourné », comme le disait
l’écrivain Rachid Mimouni, dans l’intérêt exclusif de clans de
ploutocrates ; celle d’octobre 1988 qui a arraché le pluralisme et la
liberté d’expression avant de les voir étouffés ; celle enfin des années
1980-1990, qui n’a rien connu d’autre que la violence meurtrière de
l’intégrisme islamiste et le règne d’Abdelaziz Bouteflika. Et c’est
surtout cette dernière qui est désormais à l’avant-garde du mouvement
populaire.
« Je suis avec les manifestants. Je serais demain en première ligne »
« Ce pays ne m’a rien donné… je partage mes journées entre
la zatla (fumer du cannabis), quand je trouve les moyens, et les
discussions sans fin avec les copains. Que veux-tu que je fasse de mes
20 ans ? » soupire Hamid, rencontré à la veille de la « grande marche
pacifique » de ce vendredi dans le quartier algérois de Bab El Oued,
jadis fief du Front islamique du salut (FIS). https://www.humanite.fr/algerie-il-faut-quils-sen-aillent...