2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

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mercredi 10 septembre 2025

Sept gosses et un bateau

 Zaïm Gharnati, Le Matin d'Algérie, 8/9/2025


Sept gamins de quinze ans volent un bateau, traversent trois cents kilomètres de Méditerranée, débarquent à Ibiza comme s’ils avaient pris un bus scolaire. Voilà où nous en sommes. Pas besoin de romans ni de statistiques : une image suffit. Celle d’une jeunesse qui n’attend plus rien, qui préfère l’océan au pays.

On dira que c’est de l’inconscience. On dira que ce sont des mineurs, qu’il faut les rapatrier, qu’il faut sermonner les parents. On dira tout, sauf l’essentiel : s’ils ont pris la mer, c’est parce qu’ici, on leur a volé leur horizon avant même qu’ils ne volent ce bateau.

Depuis qu’il a été « élu » ou plutôt désigné, Notre Président enchaîne les promesses comme on raconte des histoires à dormir debout. Promis : des logements, des emplois, des réformes. Résultat : des queues interminables, du chômage, des prix qui flambent. Promis : une Algérie nouvelle. Résultat : un vieux décor repeint. Promis : écouter la jeunesse. Résultat : sept ados qui répondent par un bras d’honneur marin.

Le plus tragique, c’est que ce geste insensé fait rire certains et pleurer d’autres. « Bravo pour le courage », disent les uns. « C’est un scandale », disent les autres. Et au milieu, un État qui feint la surprise, qui promet une enquête, qui versera peut-être une larme télévisée avant de passer à autre chose. La mise en scène habituelle : le mensonge, cette fois sous forme de compassion.

Mais les gosses n’écoutent plus. Ils savent qu’on ne construit pas un avenir avec des discours creux. Ils savent qu’on ne mange pas de la dignité patriotique quand on a le ventre vide. Ils savent qu’aucun ministre ne les sauvera, parce que les ministres se sauvent eux-mêmes. Alors ils ont pris la barre. Sans expérience, sans carte, mais avec une certitude : mieux vaut se perdre en mer que se noyer à sec.

Voilà le bilan Tebboune. Six ans à jongler entre promesses creuses, blagues officielles et larmes de crocodile. Six ans à bricoler un pays qui se défait. Six ans pour accoucher d’une vérité simple : les jeunes n’y croient plus. Le pouvoir s’entête à jouer au père de famille, mais ses enfants lui échappent, parfois en pleine mer.

On peut toujours accuser l’Espagne, l’Europe, les réseaux sociaux. On peut inventer des complots, des manipulations, des agents étrangers. On peut tout dire, sauf la vérité nue : si sept mineurs prennent le risque de traverser la Méditerranée, c’est que le système a déjà coulé.

Alors oui, Tebboune aura marqué l’histoire. Pas par ses réformes, mais par sept gosses dans un bateau volé, filant vers Ibiza comme on fuit un incendie. L’Algérie nouvelle ? Elle est déjà partie avec eux.

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Harga : exploits juvéniles et tragédies en mer, miroir de l’échec des politiques publiques
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dimanche 25 mai 2025

Le Maroc est la deuxième plus grande source de migrants irréguliers vers l'Espagne en 2024

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jeudi 22 mai 2025

Les Marocains toujours nombreux à solliciter un visa Schengen

Les Marocains toujours nombreux à solliciter un visa SchengenUn visa Schengen © DR

Forte augmentation des demandes de visa Schengen des Marocains en 2024, principalement pour la France. Un engouement qui persiste malgré des procédures toujours strictes. Les détails.

En 2024, les demandes de visas Schengen ont atteint un total de 11,716,723 à travers le monde, soit une hausse de 13,5% par rapport à 2023. Selon les données récentes publiées par Schengenvisainfo, cette augmentation témoigne d’un regain d’intérêt pour les déplacements en Europe, après plusieurs années marquées par la pandémie de la Covid-19. Pourtant, les chiffres restent en retrait par rapport aux niveaux atteints en 2019, où près de 17 millions de demandes avaient été enregistrées.

Le Maroc toujours parmi les premiers pays demandeurs

En 2024, le Maroc s’est classé à la quatrième place parmi les cinq premiers pays au monde en nombre de demandes de visa Schengen, derrière la Chine, l’Inde et la Turquie, et juste devant la Russie.

Avec 282.153 demandes déposées uniquement auprès des centres de visa français, le Royaume confirme une tendance durable marquée par une forte mobilité vers l’Europe, notamment pour des motifs touristiques, familiaux, professionnels ou d’études. Cette position reflète également les liens historiques, économiques et humains qui unissent le Maroc à plusieurs pays européens, en particulier la France.

Mais malgré cet engouement, les taux de refus demeurent relativement élevés pour les demandeurs marocains, en particulier en France, où le taux de rejet atteint 15,8%, soit au-dessus de la moyenne de l’espace Schengen (14,8%). Cette situation, bien que légèrement améliorée par rapport à l’année précédente, continue de susciter de l’incompréhension chez de nombreux candidats. Les refus sont parfois perçus comme arbitraires, ce qui renforce un sentiment de traitement inégal, notamment dans les pays d’Afrique du Nord.

Ce volume élevé de demandes marocaines s’inscrit dans un contexte global de reprise des mobilités internationales après la pandémie. Selon Besart Bajrami, fondateur de Schengen Visa Info, le recul global du nombre de demandes par rapport à 2019, année où près de 17 millions de dossiers avaient été déposés, ne s’explique plus par la crise sanitaire. «Le coronavirus n’est plus un facteur. Les restrictions ont été levées depuis un certain temps», affirme-t-il. Pour le Maroc comme pour d’autres pays, d’autres facteurs pèsent désormais sur les décisions des voyageurs, dont les politiques migratoires européennes et les conditions d’obtention des visas.

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France, Espagne et Allemagne restent les destinations préférées

La France demeure le pays le plus sollicité par les candidats au visa Schengen, avec plus de 3 millions de demandes enregistrées en 2024. Elle devance l’Espagne, qui prend la deuxième place avec 1,6 million de demandes, reléguant l’Allemagne à la troisième position avec 1,5 million. Ce trio de tête attire à lui seul une part importante des flux mondiaux, notamment en provenance d’Afrique du Nord et d’Asie.

La France est à nouveau la destination favorite des demandeurs de visa Schengen, avec plus d’un quart des demandes déposées dans le monde entier reçues par ses centres de visa. Parmi ces demandeurs, les Marocains constituent le deuxième groupe le plus important pour l’Hexagone, avec 282.153 demandes, juste derrière les Algériens, qui en ont déposé 352.295.

Si la France reste en tête, elle affiche également le plus grand nombre de refus : 481.139 demandes rejetées, soit un taux de 15,8%, au-dessus de la moyenne européenne. L’Espagne suit avec 244.432 refus (15,7%), tandis que l’Allemagne fait légèrement mieux, avec un taux de refus de 13,7%.

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Sur l’ensemble des pays de l’espace Schengen, le taux moyen de refus s’établit en 2024 à 14,8%, en baisse par rapport à 2023 (16%) et à l’année record de 2022, où il avait atteint 17,9%. Une amélioration perçue comme un signal encourageant pour les voyageurs, mais reste à voir si cette tendance se confirmera en 2025.

Cependant, certains pays continuent de faire face à des taux de refus très élevés. En tête de liste, on retrouve le Bangladesh (54,9%), suivi du Pakistan (47,5%), de la Guinée-Bissau (47%), du Sénégal (46,8%) et d’Haïti (46,3%).

samedi 19 avril 2025

Migrations : l’Afrique en première ligne


Ilyasse Rhamir, lebrief.ma, 18/4/2025

Tantôt territoire d’émigration, tantôt terre d’accueil, l’Afrique se retrouve au cœur des dynamiques migratoires du monde arabe. Entre dépendance aux remises, mobilité intra-africaine et inégalités persistantes, les enjeux migratoires posent un défi majeur aux politiques publiques sur le continent.

L’Afrique est l’un des moteurs silencieux des flux migratoires mondiaux. Dans la région arabe, elle joue un rôle central à plusieurs niveaux, des millions d’Africains quittent leur pays pour rejoindre les États du Golfe, du Maghreb ou du Mashreq, tandis que d’autres trouvent refuge ou opportunité au sein du continent. À l’heure où les politiques migratoires peinent à suivre l’intensité des mouvements humains, le continent reste pris entre impératif de départ et nécessité d’accueil.

Le rapport 2025 sur les migrations dans le monde arabe, publié par la CESAO, rappelle à quel point la mobilité africaine est déterminante dans l’équation migratoire régionale. Ainsi, en 2024, environ 18,1 millions de migrants et réfugiés issus de pays arabes ont migré vers d’autres pays arabes, parmi lesquels une part importante vient des pays africains comme le Soudan, la Somalie, la Mauritanie ou encore le Maroc.

L’Afrique, premier partenaire migratoire du monde arabe

La relation entre le monde arabe et l’Afrique subsaharienne se matérialise par un chiffre décisif, les migrants originaires d’Afrique centrale et méridionale représentent près de la moitié des migrants vers les pays arabes en 2024. Cela en fait, devant l’Asie du Sud et l’Europe, la première région d’origine des flux migratoires vers le monde arabe.

Lire aussi : Le Maroc au cœur des routes migratoires

Ces flux sont en grande partie liés au travail. En 2022, 34,3 millions de travailleurs migrants vivaient dans les pays arabes, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT). Si les statistiques n’indiquent pas précisément la proportion venue d’Afrique, les pays arabes les plus demandeurs de main-d’œuvre peu qualifiée, en particulier ceux du Golfe, s’appuient fortement sur une main-d’œuvre africaine, souvent vulnérable aux abus, au manque de protection sociale et aux restrictions de mobilité.

Les pays africains, champions des transferts d’argent

L’un des impacts les plus concrets et mesurables de la migration africaine reste les remises migratoires, ces transferts d’argent envoyés par les diasporas à leurs familles restées au pays. Sur ce plan, plusieurs pays africains affichent une dépendance structurelle, qui en dit long sur les déséquilibres internes de leurs économies.

Parmi les plus dépendants figurent :

• Le Comores, avec des remises représentant 21% de son PIB

• Le Yémen, également à 21%

• La Somalie, à 15%

• Le Soudan, qui reçoit plus de 50% de ses remises depuis d’autres pays arabes

Lire aussi : Migration record : un essor économique, des défis sociaux

Le graphique du rapport montre aussi que l’Afrique du Nord (notamment le Maroc, l’Égypte et la Tunisie) capte une part significative de ces flux, provenant majoritairement de pays du Golfe et d’Europe.

Mais si les montants augmentent, plus de 50 milliards de dollars d’inflows depuis le début du siècle, les coûts de transfert restent élevés. En 2024, envoyer de l’argent dans la région arabe coûtait en moyenne 6,07% du montant transféré, soit le double de l’objectif fixé par les Objectifs de développement durable (3%). Ce surcoût pèse lourd sur les foyers dépendant de ces fonds, et réduit leur potentiel de développement.

Failles des politiques migratoires africaines

Le rapport pointe un manque de structuration des politiques migratoires dans plusieurs pays africains de la région arabe (comme la Mauritanie, la Libye, le Soudan ou la Somalie). Très peu disposent d’une stratégie nationale de migration ou d’une intégration cohérente des questions migratoires dans leurs plans de développement.

Les lacunes sont nombreuses :

• 14 pays arabes excluent les travailleuses domestiques (dont beaucoup sont africaines) de leur législation du travail.

Lire aussi : Migration : le Maroc, point de départ… et de chute ! (Rapport)

• Seuls 5 pays interdisent la discrimination basée sur la nationalité.

• Très peu de législations garantissent l’accès à l’éducation ou à la santé pour les migrants, qu’ils soient africains ou non.

Sur le plan de la protection sociale, les migrants africains sont souvent exclus des systèmes de pensions, d’assurance chômage ou de soins médicaux. Une inégalité qui renforce leur précarité et alimente les tensions sociales.

Une jeunesse en quête de mobilité

Autre donnée révélatrice, en 2022, plus de 650.000 étudiants issus de pays arabes ont quitté leur pays pour faire des études à l’étranger. Une proportion importante vient de pays africains comme l’Égypte, le Maroc ou le Soudan. Cette fuite des cerveaux traduit à la fois une volonté d’émancipation individuelle et un désaveu des systèmes éducatifs et économiques locaux.

Lire aussi : Autopsie d’une déferlante préméditée

Le rapport alerte sur la nécessité pour les pays africains de réformer en profondeur leurs systèmes éducatifs et de les arrimer aux exigences du marché du travail de demain. À défaut, la pression migratoire, notamment celle des jeunes peu ou moyennement qualifiés, ne fera que s’intensifier.

L’Afrique face à ses responsabilités migratoires

L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un fournisseur de main-d’œuvre ou un réceptacle de crises. Elle doit devenir un acteur stratégique de la gouvernance migratoire régionale. Cela passe par plusieurs leviers :

• La reconnaissance des droits fondamentaux des migrants, quelle que soit leur origine.

• La réduction des coûts de transfert d’argent, afin de maximiser leur impact.

• Le développement de politiques migratoires inclusives, capables d’anticiper les besoins en compétences et de faciliter la mobilité intra-africaine.

Lire aussi : L’Europe face à la montée des refoulements de migrants

L’avenir du continent dépendra aussi de sa capacité à convertir sa jeunesse mobile en moteur de croissance, plutôt qu’en symbole d’exode.

Le rapport 2025 met en lumière une réalité longtemps ignorée, l’Afrique est au cœur des dynamiques migratoires du monde arabe. Par ses migrants, ses travailleurs, ses réfugiés, ses étudiants et ses diasporas, elle irrigue les économies et les sociétés de la région.

Mais sans un effort coordonné, structuré et volontariste, ces flux continueront de nourrir plus de déséquilibres que d’opportunités. Il revient aux pays africains de reprendre la main sur leurs trajectoires migratoires, pour que celles-ci cessent d’être subies et deviennent des instruments de souveraineté, de développement et d’espoir.


mercredi 10 février 2021

Sahara occidental. Chantage marocain à l’immigration pour faire plier l’Espagne

Rabat voudrait que les pays européens suivent l’exemple des États-Unis, qui ont reconnu la souveraineté marocaine sur cette ancienne colonie espagnole qu’est le Sahara occidental. Pour cela tous les moyens sont bons, y compris laisser filer l’émigration clandestine vers les Canaries espagnoles. D’autant qu’en Espagne, l’opinion est plutôt favorable au Front Polisario.

Arrivée de migrants au port d’Arguinegín (Grande Canarie), novembre 2020

Nasser Bourita est soudain passé de l’arabe au français. Pourtant, lors de sa conférence de presse le vendredi 15 janvier 2021 à Rabat, aucune question n’a été posée dans cette langue au ministre des affaires étrangères du Maroc. S’il a subitement changé de langue, c’est sans doute qu’il avait un message à faire passer aux amis européens de Rabat.

« L’Europe doit sortir de sa zone de confort et suivre la dynamique des États-Unis » qui, le 10 décembre 2020, ont reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange de l’établissement de relations diplomatiques entre Rabat et Tel-Aviv. « Une partie de l’Europe doit être plus audacieuse, car elle est proche de ce conflit », a-t-il ajouté.

Bourita concluait avec cet appel à une conférence sponsorisée par son ministère et le département d’État américain en appui au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine du Sahara occidental. Rabat le propose depuis 2007 pour résoudre le conflit. Une quarantaine de pays ont participé à la réunion virtuelle. Parmi eux un seul pays européen, la France.

Après que la superpuissance a reconnu la souveraineté marocaine, après qu’une vingtaine de pays africains et arabes ont même annoncé l’ouverture de consulats au Sahara, la diplomatie de Rabat veut pousser son succès. Elle demande aux dirigeants européens d’emboîter le pas à l’ex-président Donald Trump ou, tout au moins, de soutenir l’autonomie. L’Espagne, ancienne puissance coloniale, est la première visée.

C’est une revendication paradoxale que formule le Maroc. Ce pays a reconnu en catimini qu’il n’était pas souverain au Sahara occidental. Il a en effet signé avec l’Union européenne (UE) de nouveaux accords agricoles et de pêche en mars et juin 2019, qui incluaient une extension pour ce territoire ne faisant pas partie du royaume. Les avocats du Front Polisario (le cabinet lyonnais Devers) considèrent cependant que les Sahraouis n’ont pas donné leur consentement. Ils demandent en conséquence l’annulation de ces deux accords à la Cour de justice de l’UE qui devrait se prononcer avant la fin de l’année.

Un sommet reporté sine die

La pression sur l’Espagne a commencé bien avant que Bourita ne lui fasse un appel du pied depuis Rabat. Le 10 décembre, le jour même où Trump a fait ce geste envers le Maroc, les autorités marocaines ont reporté sine die le sommet bilatéral avec l’Espagne, sous prétexte que la pandémie ne permettait pas de le tenir. C’était pourtant le chef du gouvernement marocain Saad-Eddine Al-Othmani qui avait demandé sa convocation et l’avait même annoncée en novembre sur Twitter. Douze jours après cet ajournement, la pandémie n’a pas empêché le roi Mohamed VI de recevoir au Palais une délégation américano-israélienne dirigée par Jared Kuchner, conseiller et gendre du président Donald Trump.


Lire :  https://orientxxi.info/magazine/sahara-occidental-chantage-marocain-a-l-immigration-pour-faire-plier-l-espagne,4478 

La presse inféodée au palais royal marocain a aussi montré du doigt l’Espagne. « Nombre d’observateurs ont remarqué que l’Espagne a brillé par son absence, ce que bien des diplomates marocains ont regretté » écrivait à propos de la conférence Le 360, journal numérique marocain le plus proche du palais. La diplomatie espagnole et Podemos, le parti d’extrême gauche qui intègre la coalition gouvernementale « se sont passé le mot pour mener campagne auprès de l’administration Biden contre la reconnaissance [par les États-Unis] de la marocanité du Sahara », ajoutait Le Collimateur, un de ces sites marocains que personne ne lit, mais qui sert parfois à faire passer des messages.

L’embarras de Madrid

Le gouvernement espagnol est embarrassé par la demande marocaine. Il craint que Rabat ne passe à la vitesse supérieure et déclenche une grosse crise migratoire ou coupe la coopération antiterroriste, comme il l’avait déjà fait en août 2014. Les socialistes ont depuis longtemps appuyé en sous-main la solution au conflit prônée par Rabat, même si l’autonomie qu’elle offre au Sahara est fort réduite comparée à celle dont jouissent les régions en Espagne. Mais ils ne peuvent le dire ouvertement, car l’opinion publique espagnole sympathise toujours avec le Front Polisario et Podemos continue à lui apporter son soutien. Son leader Pablo Iglesias insiste régulièrement sur le droit à l’autodétermination des Sahraouis.

L’Espagne a quitté précipitamment le territoire, grand comme le Royaume-Uni, en 1975 quand la Marche verte organisée par Hassan II déferlait sur le Sahara et que le général Francisco Franco agonisait à Madrid. Elle en a remis alors les deux tiers au Maroc et un tiers à la Mauritanie. Sous les coups du Front Polisario, cette dernière s’en est retirée en 1979 et l’armée marocaine s’est vite emparée de la portion mauritanienne. Après seize années de guerre, le Maroc et le Polisario ont conclu un accord en 1991 sous l’égide de l’ONU, qui prévoyait un cessez-le-feu et un référendum d’autodétermination. Celui-ci n’a pas eu lieu, car Rabat n’en veut plus, et la guerre a repris, depuis novembre dernier, mais sur une petite échelle.

Madrid se considère dégagée de toute responsabilité au Sahara depuis la lettre remise, le 26 février 1976, par l’ambassadeur d’Espagne à l’ONU à son secrétaire général de l’époque Kurt Waldheim. Le gouvernement socialiste l’a encore rappelé, le 16 novembre 2020, dans une réponse écrite à des députés. Hans Corell, secrétaire général adjoint aux questions juridiques, a cependant contredit, en 2002, la position officielle espagnole. Dans un avis de droit rendu à la demande du Conseil de sécurité, il affirme que l’Espagne est toujours la puissance administrant le territoire.

Les migrants bloqués aux Canaries

La négociation tripartite entre les États-Unis, le Maroc et Israël a démarré, d’après des sources diplomatiques, à la fin de l’été dernier, juste au moment où l’émigration irrégulière sur les Canaries montait en flèche. En 2020, 23 023 immigrés clandestins sont arrivés par la mer dans l’archipel, surtout au cours du dernier trimestre. C’est un chiffre en hausse de 757 % par rapport à 2019. Les Marocains représentent une courte majorité. Ils sont partis, tout comme bon nombre de subsahariens, des côtes du Sahara, un phénomène sans précédent. Lors de la précédente crise migratoire, en 2006, les rafiots des sans-papiers prenaient la mer surtout du côté de la Mauritanie et du Sénégal.

Le profil des immigrés marocains débarqués dans les îles est différent de ceux qui traversent le Détroit de Gibraltar (3 850 en 2020) pour rejoindre la péninsule ibérique. Ils sont un peu plus âgés, ont souvent travaillé au Maroc dans la restauration ou le secteur touristique et possèdent parfois un passeport flambant neuf. Au chômage depuis des mois à cause de la crise provoquée par la pandémie, ils ont pris le risque de s’embarquer pour cette traversée de l’Atlantique. Dakhla, au sud du Sahara, était le point de départ de 68 % d’entre eux fin décembre, selon une enquête de Frontex, l’agence européenne pour le contrôle des frontières.

Les diplomates espagnols qui suivent de près le dossier marocain se demandent cependant si à cette explication purement économique de l’émigration aux Canaries il ne faut pas en ajouter une autre. Rabat laisserait filer ses citoyens depuis le Sahara pour arracher à l’Espagne un geste en appui à son offre d’autonomie. Après tout, ce territoire désertique de 266 000 kilomètres carrés est l’un des mieux contrôlés au monde. Les deux tiers de l’armée marocaine y sont déployés, auxquels il faut ajouter la gendarmerie, la police et les Forces auxiliaires qui servent à mater tout embryon de protestation des Sahraouis.

L’immigration irrégulière massive aux Canaries pose un triple problème aux autorités espagnoles. Faute de campements d’accueil — ceux érigés à la va-vite ne disposent actuellement que de 600 places —, plus de 7 500 migrants sont logés dans des hôtels vides de touristes. Cela ne va pas sans créer des tensions avec les populations locales encouragées, dans certains cas, par des maires populistes.

Le ministère espagnol de l’intérieur cherche, tant bien que mal, à les retenir aux Canaries contre l’avis du secrétariat d’État aux migrations. Bloquer les migrants dans les îles a un effet dissuasif sur les candidats au départ au Maroc qui rêvent de rejoindre l’Europe continentale. Qui plus est, des pays européens comme la France insistent auprès de l’Espagne pour qu’elle les garde dans l’archipel, car, une fois dans la péninsule, bon nombre d’entre eux cherchent à traverser les Pyrénées.

La France boucle les Pyrénées

Ce ne sont pas les Marocains qui tentent en plus grand nombre à gagner la France, mais les Algériens. En 2020 — autre chiffre record —, 11 450 d’entre eux sont arrivés en Espagne par la mer. Partis des côtes d’Oran ou de Mostaganem ils débarquent surtout à Almería et Murcie. Pour essayer d’empêcher les immigrés irréguliers de rentrer en France, les préfets de Haute Garonne, des Pyrénées-Orientales et des Pyrénées-Atlantiques ont fermé, entre le 6 et le 14 janvier, quinze points de passage avec l’Espagne empruntés surtout par des travailleurs frontaliers et des touristes. « De trente à cinquante personnes sont interpellées chaque jour en situation irrégulière depuis novembre », affirmait Étienne Stroskopf, préfet des Pyrénées-Orientales, pour justifier la décision. Le président Emmanuel Macron s’était d’ailleurs rendu en novembre 2020 au Perthus (Pyrénées-Orientales) pour annoncer que le nombre de policiers, gendarmes et militaires déployés aux frontières doublerait pour atteindre les 4 800 fonctionnaires.

Pendant près de neuf mois, le Maroc n’a pas accepté le rapatriement d’un seul de ses citoyens débarqués irrégulièrement en Espagne. Après le déplacement à Rabat, le 20 novembre 2020, du ministre espagnol de l’intérieur Fernando Grande-Marlaska, son homologue marocain Abdelouafi Laftit a donné le feu vert à des retours au compte-goutte. Entre 60 et 80 immigrés marocains sont rapatriés chaque semaine en vol régulier depuis Las Palmas, accompagnés chacun par deux policiers espagnols. Le nombre est très insuffisant au regard de ceux qui sont ou qui continuent à arriver, mais l’intérieur espère que le bouche-à-oreille au Maroc sur ces retours forcés fera changer d’avis ceux qui s’apprêtent à prendre le large.

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mercredi 13 janvier 2021

Un tiers des migrants marocains ont un niveau d’enseignement supérieur (HCP)

TelQuel

Un tiers des migrants marocains actuels (33,5 %) ont atteint le niveau d’enseignement supérieur, dont 24,4 % qui sont allés au bout, selon les résultats de l’enquête nationale sur la migration internationale 2018-2019, menée par le Haut-Commissariat au plan (HCP).

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La part des migrants ayant le niveau secondaire qualifiant est de 17,4 %, le niveau collégial 16,3 % et le niveau primaire 16,9 %, précise cette enquête, dont les principaux résultats ont été présentés lors d’un webinaire tenu ce vendredi 18 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des migrants.

Pour ce qui est des migrants actuels n’ayant aucun niveau d’éducation, leur part est de 10,2 %, ajoute la même source, notant qu’en général, le niveau d’éducation des migrants actuels est supérieur à la moyenne de la population du Maroc.

Les domaines de spécialisation des hommes et des femmes sont différents, relève le HCP, faisant remarquer que le domaine relatif au commerce et à la gestion est relativement plus le fait des femmes, ainsi que les langues et la santé. De leur côté, les hommes sont plus versés dans les technologies d’information et de communication, l’ingénierie, les mathématiques et statistiques, ou encore les sciences physiques.

Fuite des cerveaux

Parmi les migrants actuels qui ont terminé le niveau d’études supérieures, près des trois quarts (74,1 %) ont obtenu leur diplôme au Maroc et un quart (25,8 %) à l’étranger, notant que parmi ces derniers, la France se place en premier (14,9 %), suivie de très loin par le Canada (2,4 %), les États-Unis (2,2 %) et l’Allemagne (1,8). Des chiffres qui éclairent sur les lieux de formation des MRE.

Par ailleurs, le HCP fait savoir que près de deux migrants actuels sur trois (64 %) exercent une activité professionnelle dans leur pays d’accueil. La part des hommes actifs occupés (76 %) est deux fois plus élevée que celle des femmes (38,2 %). Cette proportion varie nettement selon l’âge et passe de 37,9 % parmi les jeunes de 15 à 29 ans à 79,6 % parmi les 40-49 ans. Une part non négligeable des migrants actuels âgés de 60 ans et plus est toujours en activité (44,2 %).

Analysés selon le statut professionnel, plus de huit migrants actuels sur dix (82,2 %) sont des salariés, un sur dix (10,4 %) des indépendants et 3,3 % des employeurs. Les secteurs d’activité où travaillent les migrants actuels sont assez divers. Agriculture, sylviculture et pêche demeurent le premier secteur pourvoyeur d’emplois, suivi par le bâtiment et travaux publics (BTP), et le commerce.

Notons que cette enquête, qui s’inscrit dans le cadre du programme d’appui de l’Union européenne aux politiques migratoires du Maroc, a permis d’appréhender les nouvelles tendances de la migration internationale, les comportements des migrants ainsi que les déterminants, impacts et conséquences de la migration internationale sur le développement.

Ciblant les MRE, les migrants de retour et les intentions d’émigrer des Marocains non migrants, elle a été réalisée sur le terrain entre août 2018 et janvier 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 15.000 ménages, dont 8200 ménages de migrants actuels, 4100 ménages de migrants de retour et 2700 ménages de non-migrants. Une deuxième phase sera menée en 2021 auprès des réfugiés et demandeurs d’asile, des migrants irréguliers et des immigrés régularisés.